Cinéphilie

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Re: Cinéphilie

Message par Invité le Lun 9 Juil 2012 - 21:25

Au delà des noms, le metteur en scène des films ouverts est un possibiliste qui, littéralement, découvre un monde et traite son spectateur comme un invité.

Le metteur en scène du film fermé est, lui, un autocrate qui " crée " un monde et traite son spectateur comme une victime

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Message par Invité le Lun 9 Juil 2012 - 21:30

Il faudra attendre le cinéma moderne pour voir se mélanger ces deux traditions.
On retrouve la même polarisation en examinant les règles sur lesquelles s'appuie un film :là où le cinéma de genre comporte une " fermeture " au niveau des formules de présentation, le cinéma expérimental est plus " ouvert ".

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Message par Invité le Lun 9 Juil 2012 - 21:37

Pour finir la polarité se reflète aussi dans les formes du jeu des acteurs : le film ouvert donne de l'emphase à la dimension progressive et surprenante d'un personnage ; le film fermé ne considère le personnage que comme un élément de la composition visuelle ( dans les films de Welles par exemple ).

Dans un cas on a un acteur qui doit exprimer des potentialités et des états d'âme variés ; dans l'autre, un acteur qui doit se limiter et se retenir.

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Message par Invité le Lun 9 Juil 2012 - 21:42

Mais là encore la modernité a aboli cette distinstion : par exemple l'intérêt du film mexicain Sangre de Amat escalante, tient aux deux régimes de jeu auquel sont confrontés les acteurs et qui déterminent une des dimensions du film, un de ses sujets, ici formel.

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 13:11

Narboni : " J'avais une idée de base, qui était que Louis xiv avait changé le monde à partir d'un changement de costume, d'étiquette. Avec Jean Gruault et Philippe Erlanger comme conseiller historique, nous avons fait le film à partir de là, très simplement ".
C'est le genèse selon Rossellini de de La Prise de pouvoir.

Le changement de monde est donc un changement de mode. A la fin du film on voit le roi abandonner les jardins de Versailles et les courtisans empêtrés dans leur déluge de rubans, et regagner son cabinet de travail. Lui aussi, comme le préconisait Saint François, mais en politique, en brechtien convaincu, a tenu à donner l'exemple en s'habillant ainsi le pemier. Selon Rossellini : "C'est quelqu'un qui s'est dit que dans un monde de salauds, il allait être plus salaud que les autres ".

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 13:20

Le roi donc, songeur, un livre à la main, se débarrasse d'un gant, de son épée, de son chapeau, d'un autre gant, de sa perruque, de son baudrier et de son lourd pourpoint ; puis il se met à l'aise en passant une ample veste, et lit à haute voix, lentement, puis répète enfin pour lui même quelques lignes de La Rochefoucauld se terminant par : "Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ".

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 14:17

Si la mort et le soleil non regardables désignent le point d'horreur aveuglant du réel de leur rencontre que vient faire là le changement de costume ?
Sans doute indique t-il le passage d'un univers de vanités décoratives à une simplicité qui convient mieux à la méditation - et la conscience naissante chez le roi de son inéluctable destin.
Mais il pourrait également renvoyer à une opposition formulée à plusieurs reprises par Rossellini, opposition par laquelle il ne divise rien de moins que le monde en deux camps. Répartition intuitive mais à laquelle il se tient et qu'il pense riche de prolongements.

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 14:24

Cette distinction ne met pas face à face travail et capital - bien qu'il ait projeté de faire un film sur Marx. Elle ne met pas plus en avant les croyants et les impies, les pauvres et les riches ou les humbles et les orgueilleux, bien qu'il ait réalisé Le Messie. Ni même ceux qui sont nus et ceux qui sont vêtus.
En fait elle ordonne le monde en drapés et en cousus.


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Message par Borges le Sam 14 Juil 2012 - 14:31

n'oublions pas que c'est un roi soleil, et mortel, qui cherche à être regardé, vu, toujours en spectacle; jolie contradiction.
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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 14:36

Ce couple d'opposition est une pemière fois posé à propos de Voyage en Italie
que Rossellini résume comme l'aventure de deux cousus exemplaires ( nordiques corsetés physiquement, vestimentairement et spirituellement, défiants et fermés au nouveau ), jetés dans un monde de drapés ( latinité, désordre vivant, respiration plus ample, ouverture à ce qui survient, liberté de mouvements ) ...

Bazin le premier grand commentateur de RR, avait déjà posé, comme horizon du cinéma réaliste qu'il appelait de ses voeux, " la robe sans couture du réel ".

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 14:50

Borges a écrit :

n'oublions pas que c'est un roi soleil, et mortel, qui cherche à être regardé, vu, toujours en spectacle; jolie contradiction.

l'énigme du film c'est comment ce jeune homme qui a des sentiments vrais et qui les exprime aussi peut il en arriver avec un tel cynisme ?
Son idée d'être, comme le soleil au centre du monde, sa mise en scène du pouvoir ont réussi : il est le roi-soleil. Mais à quel prix ! Il est victime de sa propre mise en scène ( ce qui est une idée assez moderne ).
De toute façon ce qui intéresse RR n'est pas le roi mais la prise de pouvoir elle même, l'affaire d'un instant.

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Message par Borges le Sam 14 Juil 2012 - 14:56

ah, mais il ne peut pas être le roi SOLEIL, si le soleil ne peut pas se contempler, pas plus que la mort...le soleil ne demande pas à être regardé, il éclaire, c'est une source de lumière, c'est le don, la générosité, indifférente à ce qu'elle éclaire... c'est pas l'écran, c'est pas les images, mais la source cachée des images...le roi soleil, c'est le roi absent de l'image, le vrai metteur en scène du spectacle...Dieu ou RR
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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 18:02

tu joues avec les mots mais il est évident que la réalité de l'Etat est mise en scène par le roi, que le rapprochement entre le personnage et le cinéaste saute aux yeux, et que cela cadre parfaitement avec RR.

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 19:11

Rancière : Un film de Rossellini est une surface d'inscription qui n'accepte nulle trace de dissimulation, nulle présence à quelque chose qu'il faudrait maintenir latent, vérité cachée derrière l'apparence, scandale dissimulé derrière la surface lisse des choses.

Le scandale est ici d'une toute autre force, est justement que rien ne soit dissimulé ou dissimulable.

Si intensément qu'elle scrute les visages la caméra de Rossellini s'interdit de rien découvrir que le regard attentif ne percevrait pas par lui même.

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 19:21

C'est un nouveau traitement auquel RR allait soumettre le visage, comme nudité opaque, avec à sa suite Bergman et Godard.

Leenhardt : le cinéma comme microscope ne permet nullement de fouiller psychologiquement les personnages et de traverser des apparences tenues pour trompeuses. Le gros plan n'est pas une unité psychologique et complexe mais lyrique et élémentaire.

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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 19:28


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Message par Invité le Sam 14 Juil 2012 - 19:38


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Message par Invité le Lun 23 Juil 2012 - 18:35


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Message par Invité le Lun 23 Juil 2012 - 18:52

un des plus beaux textes écrits sur Rossellini l'a été par Glauber Rocha, en deux articles qui ont été fusionnés, l'un datant du début des années 60, l'autre de 1977, année de la présidence de Rossellini au festival de Cannes et aussi année de sa mort d'une crise cardiaque.

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Message par Invité le Lun 23 Juil 2012 - 19:17

Selon Rocha, RR subvertit l'esthétique de l'imagination par l'esthétique de la matière.
Il découvre la caméra comme instrument d'investigation et de réflexion, il filme le réel dans son flux.
Le territoire de visconti c'est l'utopie révolutionnaire.
Tandis que Visconti croit, Rossellini doute.
RR est un mystique avant d'être un néoréaliste.

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Message par Invité le Mar 24 Juil 2012 - 19:27

Glauber Rocha :

" Devant l'univers comme un chien traqué, Rossellini se libère en lançant des questions. Peut être parce qu'il connaît déjà le fond des choses, le détail des objets, la misère et la bonté des visages humains - à cause de ces vérités qu'il méprisent - Rossellini ne rapproche pas la vision, n'avance pas la caméra, dédaigne le gros plan, abdique du particulier vers le général.

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Message par Invité le Mar 24 Juil 2012 - 19:35

C'est un panthéiste à l'envers, toujours sur les ruines de la guerre, le brouillard des enfers italiens, la fumée des volcans ou la poussière archéologique. Il se bat en duel avec l'univers. Le style naît de la chair, la distance qu'il faut à la parole, c'est la distance de la caméra. C'est le cinéaste du plan moyen et du plan général. Il n'est pas rationnel et c'est pourquoi le montage est anarchique, les mouvements de caméra obéissent à la réalité et non à la technique.

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Message par Invité le Mar 24 Juil 2012 - 19:44

Tandis que Visconti a un discours dialectique sur le thème, Rossellini interroge le thème. Il interroge toujours, sa caméra parfois tourne comme une folle, lorsque l'homme, par hasard est perdu. Dans ce délire surgit un Monde Plastique Original.Ce sont des gravures de journaux, des nouvelles tragiques de notre temps. Adoptant les formes photographiques d'un reporter, Rossellini use des symboles du siècle.

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Message par Invité le Mar 24 Juil 2012 - 19:50

La représentation graphique de l'Europe d'aujourd'hui est présente dans les cadres de Rossellini : camps de concentration, saints, fous, héros fusillés, enfants-suicides morts dans les rues bombardées. Rossellini n'ajoute pas à la non-existence des objets, il ne cherche pas dans la fiction un degré supérieur de leur existence."

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Message par Invité le Mar 24 Juil 2012 - 19:54

Rocha a été présenté à Rossellini à Bahia par le peintre Di Cavalcanti dont il était l'ami.

Le film de Glauber Di Cavalcanti sur le peintre donc, a été primé à Cannes en 77, Rossellini était président du jury.

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