Cinéphilie

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Re: Cinéphilie

Message par Invité le Dim 6 Mai 2012 - 1:24

Après la Trilogie de guerre ( Rome, Païsa, Allemagne année zero ) le polyptique tourné avec bergman entre 1949 et 1954.

Chez rossellini, l'Histoire n'est jamais vraiment absente, et ne l'est donc d'aucun des films formant le polyptique bergmanien dans son entier, c'est à dire :

Stromboli, Europe 51, Voyage en Italie, l'épisode Ingrid Bergman dans le film collectif Nous les femmes, Jeanne au bûcher ( basé sur l'Oratoire dramatique de Claudel et Honneger, et La peur, une coproduction italo-allemande tournée à Munich.

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Re: Cinéphilie

Message par Invité le Dim 6 Mai 2012 - 1:40

Le Stromboli insipra à jules Vernes un fantasme de seconde naissance dans Voyage au centre de la terre.

Entrés par un volcan d'Islande pour percer les secrets des entrailles terrestres, le jeune Axel entraîné par son oncle, le professeur Lidenbroch vont être remenés au jour par le Sromboli, soulevés sur leur radeau par la vague de feu d'une éruption.

Ils se retrouvent indemnes sur les bord du cratère, " par lequel s'échappait de quart d'heure en quart d'heure, avec une très forte détonation, une haute colonne de flammes, mêlées de pierre ponce, de cendre et de lave ".

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Message par Invité le Dim 6 Mai 2012 - 1:58

Maintenant la science confirme que les volcans sont associés au début de la vie.

La première cellule, la cellule originaire, celle dont nous sommes issus, aurait pris naissance en leur sein.

Les cellules eucaryotes, dites " à noyau ", dont nous sommes constitués, proviendraient d'organismes hyperthermophiles, capables de vivre à des températures très élvées.

Jim lake, de l'université de californie, a baptisé " écocytes " ces archéobactéries qui vivent encore dans les geysers volcaniques et les zones abyssales, qui sont anaérobies, se nourissent de souffre et supportent des températures supérieures à celles entraînant la cuisson des tissus vivants

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Message par Borges le Dim 6 Mai 2012 - 8:00

le plus simple, pour "stromboli", c'est de se souvenir que les volcans furent une des premières représentations sensibles de dieu dans la bible; Yahvé est un dieu des volcans... un volcan lui-même...
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Message par Invité le Dim 6 Mai 2012 - 9:01

oui Borges mais c'était l'occasion d'aborder le fantasme de seconde naissance que Jung développa en raison de de sa supposée signification spirituelle et que Freud se crut bon d'éventer à propos de l'homme au loups - il intéresse Stromboli, le film.

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Re: Cinéphilie

Message par Invité le Dim 6 Mai 2012 - 10:38

Jule verne livre les clés du fantasme initiatique de seconde naissance par le passage suivant : la nuit du départ, Axel fait un cauchemar : " je passais cette nuit à rêver de gouffres ! ... Je me sentais étreint par la main vigoureuse du professeur, entraîné, abîmé, enlisé ! Je tombais au fond d'insondables précipices avec cette vitesse croissante des corps abandonnés dans l'espace. Ma vie n'était plus qu'une chute interminable ".

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Message par Invité le Dim 6 Mai 2012 - 10:52

Ce séjour dans les entrailles de la terre, guidé par le " père ", ne cache guère le voeu oedipien d'être autorisé à l'inceste par celui-la même qui aurait le pouvoir de l'interdire.

" Le fantasme de la seconde naissance est vraisemblablement, écrit freud, en règle générale, une atténuation - pour ainsi dire un euphémisme - du fantasme des rapports incestueux avec la mère. Mais aussi, selon son autre face, il est l'expression du désir d'être dans le corps de la mère afin de se substituer à la mère dans le coît, pour prendre sa place auprès du père ".

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Message par Invité le Dim 6 Mai 2012 - 11:01

Dans ce fantasme on est soi même le fruit de l'inceste, à la fois l'enfant que l'on voudrait recevoir du père et celui que l'on souhaiterais donner à la mère tout en étant le témoin, in situ, de la rencontre sexuelle primitive dont on est issu.

Il n'est pas jusqu'à l'ambiguïté de la chute qui ne soit évoquée par le cauchemar d'Axel.

Tomber, c'est se séparer du grand corps de l'autre, mère ou monde, et c'est aussi y faire retour en s'engouffrant dans ses profondeurs.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 16:55

Sade et Bataille célébrèrent à leur manière le Vésuve et l'Etna.

Les volcans ne pouvaient que ravir Sade, pour qui la nature est indissociable d'une volonté de destruction :

" Les désordres, les volcans de cette nature, toujours criminelle, plongent l'âme dans un trouble qui la rend capable des grandes actions et des passions tumultueuses ".

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 17:06

Bataille puise aux mêmes sources.

" Tout était noir et aussi chargé de terreur sournoise pendant la nuit où Laure et moi nous avions gravi les pentes de l'Etna. Nous étions épuisés, exorbités par une solitude trop étrange, trop désastreuse : c'est le moment de déchirement où nous nous sommes penchés sur la blessure béante, sur la fêlure de l'astre où nous respirons.

Il était impossible d'imaginer quelque chose où l'horrible instabilité des choses fût plus évidente ".

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 17:16

Cette beauté terrible des choses, le désir que nous en avons n'est- pas ce qui s'exalte dans le sentiment du sublime, dont Kant fit l'un des piliers de son esthétique et qui naît, dit-il, au spectacle des forces de la nature pour lesquelles notre perte est si peu de chose ?

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 17:22

Le sublime est le ressort du néoréalisme de Rossellini qui " consiste à suivre un être, avec amour, dans toutes ses découvertes, dans toutes ses impressions. Il est un être tout petit au-dessous de quelque chose qui le domine et qui, d'un coup, le frappera effroyablement au moment précis où il se trouve librement dans le monde, sans s'attendre à quoi que ce soit ".

Il ajoutait : " Ce qui importe pour moi, c'est cette attente, c'est elle qu'il faut développer, la chute devant rester intacte ".

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 18:39

Le néoréalisme de Rossellini est, avec Stromboli, premier film avec l' " Etrangère " ( Bergman ) - comme l'appelle Deleuze - au tournant où la perte vire au salut, où ça n'est plus le coup fatal qui fond sur la créature mais la grâce.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 18:49

Le film suit pas à pas l'"Etrangère" qui s'avance à la recontre de son heure de vérité. On la voit se prendre toujours plus au piège de l'île.

Son ultime tentative de fuite la jette sur les pentes du volcan.

Epuisée, asphyxiée, elle comprend qu'elle est allée au devant de sa perte et qu'elle est sans recours face à l'écrasante puissance de la nature.

En proie à la terreur elle s'écroule en criant " je suie finie " et s'abîme dans le sommeil.

Quand elle s'éveille comme au premier matin du monde, elle murmure :

" Ô Dieu, quel mystère, quelle beauté ".

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 18:59

Bergman livre dans ses mémoires ce qui l'avait animée pour devenir l'actrice de Rossellini.

Elle dit avoir été bouleversée par ce dont ses films portaient témoignage : la détresse d'un peuple vaincu, son desarroi moral et matériel.

Suédoise, elle était d'origine allemande par sa mère.

Il lui sembla qu'il y avait là un message qu'il fallait faire entendre aux vainqueurs, en amérique en particulier et qu'il était de son devoir d'aider à faire connaître l'oeuvre de ce cinéaste presque inconnu, projet qu'elle conçut sitôt avoir vu Roma, puis Païsa.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:08

Avec une étonnante prescience, le rôle que Rossellini avait imaginé pour elle opérait un retournement du fantasme qui laissait augurer une suite difficile :

là où elle entendait lui faire don de sa réussite, il lui répondait qu'elle aurait à lui donner ce qu'elle n'avait pas.

C'était en femme désarmée qu'il la voyait, qu'il la voulait, dépossédée, au bout du rouleau, mais qui trouvait dans le dépouillement et l'abandon son salut spirituel.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:09

Ensemble ils allaient faire des films qui compteraient parmi les plus importants de l'histoire du cinéma.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:17

A Ingrid Bergman qui lui offrait sa réussite et sa gloire, il répond en invoquant la noblesse de l'échec et la vertu du dénouement.

Elle voulait le sauver ou au moins lui apporter son soutien, il lui offre de se perdre, car il n'est pas de salut qui ne passe par la perte.

Entre les lignes elle pouvait lire que, tout démuni qu'il fût au regard de sa célébrité, il était un homme puissant et libre, et qu'il faudrait qu'elle en passe par son désir.

Dans le malentendu ils s'entendirent : croyant le secourir, elle accourut se mettre à sa merci.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:26

Selon gilles Deleuze, les Américains auraient vu dans les films de Rossellini " la prétention démesurée d'un pays vaincu, un odieux chantage une manière de faire honte aux vainqueurs ".

Rossellini aurait "osé" instaurer une autre conception du cinéma, sur les décombres de l'industrie cinématographique italienne.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:32

Selon lui, c'est dans cette perspective qu'il convient d'interpréter le " scandale Ingrid Bergman ":

devenue la fille adoptive de l'Amérique, elle n'abandonne pas simplement sa famille pour Rossellini, elle abandonne le cinéma des vainqueurs ".

Aux yeux de l'Amérique puritaine, la réussite est le signe de l'élection divine.

Choisir le camp des vaincus ne pouvait qu'être la marque d'une influence maligne !

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:41

Si l'on en croit les mémoires de Bergman le tournage à Stromboli fut un enfer - chacun porte en mémoire la pente raide du volcan !

Deleuze a cette formule : " Stromboli met en scène une étrangère qui va avoir une révélation de l'île d'autant plus profonde qu'elle ne dispose d'aucune réaction pour atténuer ou compenser la violence de ce qu'elle voit ".

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:48

Les conditions de vie étaient aussi rudes que le film permet de l'imaginer.

Elles reproduisaient, mutatis mutandis, le scénario du film, lequel devenait ainsi, selon la formule d'Alain Bergala, " le documentaire de son propre tournage ".

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 19:59

La réalisation du désir prend souvent le visage du malheur.

Ingrid laissa sa fille seule avec son père en Amérique comme elle même l'avait été à l'âge de trois ans par la mort de sa mère.

Son père était mort à son tour, sept ans plus tard. Photographe il fut le premier metteur en scène de sa fille.

Rossellini allait porter aux yeux d'Ingrid, au paroxyme, les traits paternels.

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Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 20:09

Sombre reflet de leur drame personnel, leur dernier film, italo-allemand, La peur est le film de la persécution conjugale.

En Italie, on considère que les films bergmaniens de Rossellini marquent l'abandon regrettable du néoréalisme pour une orientation mystique qui n'emporte pas la conviction.

C'est la critique française, la nouvelle vague et les cdc qui devaient leur rendre justice.

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Re: Cinéphilie

Message par Invité le Lun 7 Mai 2012 - 20:15

Ingrid Bergman ignora jusqu'au bout qu'ensemble, ils avaient fait des chefs-d'oeuvre.

" nous n'étions pas un bon mélange, disait-elle encore peu avant sa mort. Le monde haïssait la version de moi que donnait Rossellini, de sorte que rien n'allait. Il était encombré de moi. Qu'est-ce qu'il pouvait tirer d'une star internationale ? Rien. Il ne savait pas quoi écrire pour moi ".


Dernière édition par slimfast le Mar 8 Mai 2012 - 8:46, édité 1 fois

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