Comment agir avec un adolescent en crise ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Comment agir avec un adolescent en crise ?

Message par balthazar claes le Jeu 21 Oct 2010 - 9:41

C'est en couverture du Monde aujourd'hui : c'est une publicité pour le livre d'un certain J.-D. Nasio (c'est chez payot). En voilà une campagne promotionnelle qui tombe en plein dans un contexte particulièrement heureux. Va se faire des c... en or, le Nasio.





"pornographie, fugue, viol, honte, suicide, défonce" : J.-D. Nasio a une solution pour tout ça : n'a-t-il pas été "promu au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur et, plus tard, d'Officier de l'Ordre du Mérite en reconnaissance de son travail dans le domaine de la psychanalyse et de la psychiatrie", apprend-on sur son site. "18 ouvrages traduits en douze langues", aussi. Quasiment la petite-nièce de Freud, d'après l'arbre psychanalytique-généalogique qui le fait remonter en droite ligne de Freud himself, de divan en divan.

S. FREUD a été l’analyste de K. ABRAHAM (Vienne)
K. ABRAHAM a été l’analyste de T. REIK (Berlin)
T. REIK a été l’analyste de ANGEL GARMA (Berlin)
ANGEL GARMA a été l’analyste de E. PICHON-RIVIÈRE (Buenos Aires)
E. PICHON-RIVIÈRE a été l’analyste de JOSÉ BLEGER (Buenos Aires)
JOSÉ BLEGER a été l’analyste de EMILIANO DEL CAMPO (Buenos Aires)
EMILIANO DEL CAMPO a été l’analyste de J.-D. NASIO (Buenos Aires)





Sa méthode ? L'empathie diachronique :

Pour libérer le patient de ses symptômes et le conduire à cette réconciliation profonde avec lui-même, et partant, avec l’autre, il faut d’abord que le thérapeute dévoile le conflit infantile et refoulé, générateur des troubles. Mais, comme je vous l’ai dit, cette opération intellectuelle ne suffit pas. Encore faut-il que le praticien puisse ressentir en lui-même, et ce sans se laisser affecter personnellement, l’ancienne douleur vécue par le patient lorsqu’il était enfant et dont il n’a plus conscience. Plus exactement, il ne s’agit pas de ressentir la souffrance dont le patient se plaint, mais la douleur de son traumatisme infantile : ressentir en soi ce que le patient a oublié. Toute notre difficulté de psychanalyste est d’abord de réussir un tel engagement intime avec le patient sans se laisser troubler ; et ensuite, fort de cette expérience émotionnelle, dire au patient ce qu’il a probablement ressenti lorsqu’il était enfant, de le lui dire avec des mots simples et expressifs, et de l’amener à revivre dans le présent de la séance toute l’intensité de l’émotion oubliée.

Des mots simples et expressifs, afin que le jeune parvienne "à s'aimer autrement."

Peut-on échapper à l'œdipe ?

Non, c'est impossible. Car aucun enfant de 4 ans n'échappe au torrent des pulsions érotiques qui affluent en lui, pas plus qu'il ne peut échapper à l'apprentissage de la marche ou de la parole. Vous allez me demander : quid des enfants abandonnés ou orphelins? Comme les autres, ils sont des chatons espiègles qui font leurs griffes sur le dos des adultes qui s'occupent d'eux. En l'absence de parents, ils peuvent faire leur Œdipe avec une tante, une éducatrice, un frère aîné, ou toute autre personne qui, en leur enseignant la pudeur, en socialisant leur désir « sauvage », favorisera leur passage dans la vie en société.

Un livre à méditer.

C'est à se demander s'il ne faudrait pas plutôt allonger la durée du travail en amont pendant qu'on la prolonge en aval.




balthazar claes

Messages : 1009

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Comment agir avec un adolescent en crise ?

Message par balthazar claes le Lun 25 Oct 2010 - 18:39

1981 – CONTRE LE RACISME À LA FRANÇAISE

Où veut-on en venir ? Dans quelle sorte de société de merde est-on en train de nous précipiter ? Le sort actuel des jeunes Maghrébins de la seconde génération est, à cet égard, exemplaire. Nés en France ou y vivant depuis leur enfance, ils sont aujourd’hui un million cinq cent mille à être pris pour cibles, non seulement par les flics en uniforme, mais aussi par les flics miniatures implantés dans la tête de tout un bon peuple en mal de sécurité. Inutile de leur mettre des étoiles jaunes, on les détecte au premier regard, au feeling. Objets de haine et de fascination, l’inconscient collectif les a relégués dans ses zones d’ombre les plus inquiétantes. Ils incarnent tous les maléfices de notre société, toutes les incertitudes de la situation présente. Alors que, dans le meilleur des cas, les travailleurs immigrés de la première génération – vous savez, ceux que l’on voit sur les chantiers avec leurs pelles, leurs marteaux piqueurs, leurs cirés jaunes et leurs gamelles – relevaient d’une sorte de « complexe de l’Oncle Tom », fait de compassion et de mépris, ces jeunes sont vécus comme une nouvelle race de fauves urbains, qui risquent de contaminer, par leur exemple, la partie la plus exposée de notre blanche et saine jeunesse. Leur vitalité provocante est subversive en tant que telle ; leur bronzage permanent est ressenti comme une provocation. Et puis, c’est énervant, on dirait qu’ils sont constamment en vacances ! Ils semblent aller et venir à leur guise. Il n’est évidemment pas question de réaliser que leur « disponibilité » apparente et, pour quelques-uns, leur délinquance résultent principalement de leur exclusion sociale, du chômage et de la nécessité, fréquente pour nombre d’entre eux, d’échapper au quadrillage territorial. Il est toujours plus facile de criminaliser les victimes et de fantasmer sur leur dos que de faire face aux réalités !

Pour exorciser un tel phénomène, pour chasser cette jeunesse de ses rues et de son imaginaire, la société française a recours à tout un éventail de rituels conjuratoires, de comportements sacrificiels et aussi de mesures discriminatoires d’ordre policier et administratif. Il y a les fantasmes de pogrom, parallèles au discours manifeste des médias. Tout haut, on parle de quotas, de « vrais problèmes », qui seraient mal posés par les élus communistes, tandis que, tout bas, on rêve de chasse à l’homme : « Il faudrait leur couper les couilles à tous ces types-là, pour qu’ils laissent enfin tranquilles nos femmes et nos filles. » Les actes « manqués » de plus en plus fréquents, les bavures policières et les exploits des tenants de l’autodéfense, comme par hasard, atteignent presque toujours des immigrés. Il y a la réalité pénitentiaire : 75 % des détenus mineurs portent un nom arabe. Et il y a la solution finale ou que l’on imagine telle : l’expulsion massive.

Sous le premier prétexte venu, les jeunes Maghrébins – plutôt les jeunes gens que les jeunes filles, qu’on espère peut-être récupérer et assimiler – sont expédiés de l’autre côté de la Méditerranée, où ils se retrouvent dans des pays qu’ils ne connaissent pratiquement pas, au sein desquels ils n’ont pas d’attaches véritables et qui, d’ailleurs, ne souhaitent nullement leur venue. Dans ces conditions, 90 % d’entre eux reviennent en France aussitôt que possible et par n’importe quel moyen. La France est leur territoire, sinon leur patrie ; ils y ont leurs amis, leur mode de vie bien particulier. Ils savent qu’un jour ou l’autre ils seront repris par la police, mis en prison et réexpulsés, mais ils n’ont pas d’autre choix.

Sans la lucidité et la détermination d’une poignée de prêtres, de pasteurs et d’anciens militants anticolonialistes, l’opinion publique aurait continué d’ignorer totalement l’existence de cette noria absurde et monstrueuse. Pour parvenir à se faire entendre, certains d’entre eux n’ont pas trouvé d’autres moyens que d’entamer une grève de la faim illimitée – c’est-à-dire jusqu’à la mort. Leur objectif, formulé par Christian Delorme [2], prêtre lyonnais, est d’obtenir l’aménagement du texte de loi actuel relatif aux immigrés, par l’adoption d’une circulaire stipulant que les jeunes nés en France ou y ayant vécu plus de la moitié de leur vie ne pourront plus désormais être expulsés. Voilà qui est clair, simple et même modeste.

Une victoire sur ce point, outre qu’elle éclairerait quelque peu l’avenir des intéressés, aurait l’immense intérêt de démontrer qu’il est possible aujourd’hui d’engager des luttes à contrecourant dans des domaines de ce genre, que rien n’est joué, que tout est encore possible. La campagne actuelle de soutien aux grévistes de la faim, pour être efficace, pour être à la mesure de son enjeu, s’efforce de trouver des moyens d’expression d’une autre nature que les formes d’action humanitaire traditionnelles. Par exemple, les signataires de l’appel contre « La France de l’apartheid » se sont déclarés prêts à lutter contre les expulsions, y compris par des moyens illégaux. Il ne s’agit donc pas seulement de s’attendrir sur le sort des immigrés, il s’agit de changer un mode de ségrégation raciale profondément ancré dans la subjectivité collective. La nouvelle guerre coloniale interne qui est en train de saisir de l’intérieur les anciennes puissances impérialistes (en Angleterre, en France, en Belgique…) ne concerne pas uniquement un problème sectoriel ; il en va de l’avenir de l’ensemble des luttes sociales dans ces pays. Il est clair qu’on ne laissera pas impunément le nouveau type de pouvoir autoritaire inauguré par Giscard d’Estaing se faire la main sur les couches les plus vulnérables de la société. Après la loi Peyrefitte [3], après la tutelle renforcée sur les médias, les universités, les administrations, c’est un renforcement systématique du contrôle social qui est programmé. On prétend faire de la France une des puissances clés du nouveau capitalisme mondial. Pour cela, il convient de soumettre, de gré ou de force, l’ensemble des populations vivant dans ce pays. Les Français doivent se vivre comme une race dominée par les nouveaux modèles capitalistes et comme une race dominante par rapport à tous ceux qui échappent à ces mêmes modèles. Ils doivent s’habituer à sacrifier leurs propres différences, la particularité de leurs goûts, la singularité de leurs désirs et, symétriquement, celle des autres. Le renouveau des luttes sociales, la redéfinition d’un authentique projet de libération sociale passent inéluctablement par une assumation totale de la multisocialité sur tous les plans et dans tous les domaines.

Guattari, Les Années d'hiver

http://www.article11.info/spip/Annees-d-hiver-un-Guattari-vous

balthazar claes

Messages : 1009

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Comment agir avec un adolescent en crise ?

Message par Largo le Lun 25 Oct 2010 - 21:15

1981... Suspect

Merci pour le texte en tout cas.
avatar
Largo

Messages : 3181

Voir le profil de l'utilisateur http://www.raphaelclairefond.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Comment agir avec un adolescent en crise ?

Message par Invité le Lun 25 Oct 2010 - 23:41

Hello,

J'avais déjà lu ce texte dans un recueil d'articles de Guattari (et Deleuze, je crois?). Dans un sens c'est quand même étonnant de retrouver Guattari sur ce "terrain" là (du moins celui qui a écrit avec Deleuze), il y a d'ailleurs des choses assez bizarres, comme la longue référence aux actions des prêtres. Curieux, préférant en rester à la dénonciation des fantasmes de l'autre, Guattari ne parle pas du tout de culture, de religion en ce qui concerne ces "maghrébins" mal accueillis. Il en "parle" ailleurs, c'est ça qui me chiffonne.. et puis cette façon d'en faire un truc franco-français..

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Comment agir avec un adolescent en crise ?

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum