A World not ours (Mahdi Fleifel - 2012)

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A World not ours (Mahdi Fleifel - 2012)

Message par adeline le Dim 10 Nov 2013 - 19:57

C'est un très classique documentaire d'histoire familiale, images d'archives filmées par le réalisateur et son père, quelques images d'archives télé ou historiques, voix off, musique, etc. C'est très bien dans les limites du genre. Mais c'est plus qu'intéressant. Il faut le voir en pensant aussi à "Five Broken Cameras", dont c'est l'opposé tout en étant le pendant.

Deux histoire palestiniennes qui cherchent à se résoudre dans deux types d'engagements politiques, ou non, et deux manières de filmer liées à la position du réalisateur.

(peut-être que je vais raconter beaucoup de choses sur l'histoire du film, genre des "spoilers")

Mahdi Fleifel filme trente ans d'histoire du camps de réfugiés d'Ain al-Hilweh, au sud du Liban. 70.000 habitants vivent dans un camp fermé d'un km2. Dans ce camps, où on n'entre et sort que sous contrôle de l'armée libanaise et muni de sa carte de réfugié, les hommes n'ont pratiquement pas le droit de travailler. Le réalisateur occupe une place différente de celle de ceux qu'il filme. Lui a vécu la majeure partie de sa vie en Arabie Saoudite (petit) puis au Danemark où ses parents ont émigré lorsqu'il avait moins de dix ans. (Je peux me tromper sur les âges et les chiffres). Il n'a que très peu vécu dans le camp et ses souvenirs sont surtout ceux des vacances qu'il y passait. Il le dit à un moment, le camp, c'est sa Palestine à lui. Il filme surtout certains membres de sa famille et un ami. Autant de vies absolument brisées, de destins plus que tristes. Son grand-père, qui attend encore de pouvoir retrouver ses terres en Palestine ; son grand-oncle devenu un peu fou après la mort d'un frère sous un tir de sniper, qui élève des pigeons et vend des canettes ramassées dans la rue ; et son ami Abu Eyad, militant du Fatah en passe de rendre sa carte, perdu dans ce camp et perdu dans sa vie. Ce sont des Palestiniens sans terre à défendre (à l'inverse de "Five Broken Cameras"), des habitants du Liban sans permis d'y vivre, des militants du Fatah sans plus aucun horizon politique de lutte. Le réalisateur, lui, filme tout ça sans pouvoir le ressentir de la même manière. Durant la guerre qu'Israel mena contre le Liban en 2006, alors que les roquettes tombaient sur le camp, le réalisateur a pu partir, fuir comme il le dit lui-même, rapatrié en Europe grâce à son passeport danois. Il a alors mis trois ans à trouver le courage pour retourner voir sa famille, qu'il avait abandonnée.

Je me suis rendu compte en voyant le film que jamais je n'avais eu d'autres idées que très vagues sur ce que "camp de réfugié" peut vouloir dire, particulièrement en ce qui concerne "le problème du retour des réfugiés palestiniens". Là, tout prend vie et tout prend sens. Des gens qui sont dans l'impossibilité absolue d'agir, c'est en tout cas ce que montre le film. Dont l'horizon de vie est fermé. Dont la seule action de résistance possible ne peut passer que par une prise d'armes (quelle opposition entre le mode de lutte du village de "Five Broken Cameras" et toutes ces images de gamins qui ont des armes en main, de jeu ou réelles). Les héros sont des gamins de quinze en treillis qui se battent contre des snipers et des soldats, le seul argent que les jeunes hommes reçoivent est celui du Fatah qui organise la sécurité intérieur du camp, mais contre qui Abu Eyad est dans une colère effroyable. Jamais non plus je n'avais pu imaginer ce que "membre du Fatah" peut vouloir dire.
À un moment, le réalisateur a eu l'occasion d'aller en Palestine, dans le cadre d'un voyage d'un groupe de jeunes juifs danois. Pour toute sa famille, c'était l'incroyable possibilité d'un retour au pays, il y va donc, surtout pour pouvoir rendre visite à une partie de sa famille restée en Palestine. Deux séquences sont marquantes. Celle où, au musée de Yad Vashem sur la Shoah, il explique qu'il ne peut absolument pas communier avec le reste du groupe, car lui a en tête des images de soldats juifs tirant des balles dans la tête de Palestiniens, ou brisant leurs membres à coups de pierres (images que l'on voit). Et celle de la tombe de Ben Gourion, dans le désert du Néguev, où il ne peut pas ne pas entendre les mots de cet homme à propos des réfugiés palestiniens "Les vieux mourront et les jeunes oublieront".

Le film est en fait l'histoire de vies sans futur et c'est incroyablement triste. Sans futur et sans plus aucune possibilité de lutte. L'inverse, comme je le disais, de "Five Broken Cameras" qui est d'une incroyable force sur la nécessité et le possibilité de la lutte, et de la lutte non-violente.

adeline

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Re: A World not ours (Mahdi Fleifel - 2012)

Message par adeline le Lun 11 Nov 2013 - 15:53

Le film est visible ici encore pendant trois jours :

http://mubi.com/programs/dialogue-of-cultures-international-film-festival/

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Re: A World not ours (Mahdi Fleifel - 2012)

Message par adeline le Dim 24 Nov 2013 - 11:10

Le film sort en France le 4 décembre, et j'ai vu en passant sur Facebook que les salles ne le prennent pas. Le distributeur ne comprend pas, il rafle plein de prix dans les festivals, vraisemblablement c'est un film qui pourrait trouver un public et les salles ne le veulent pas. Ça dit quand même quelque chose de la France, non ?

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