Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
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Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
Je commence Comment Hitchcock m'a guéri sous titre Que cherchons nous dans les images ?
C'est pas récent : 2003.
Quelqu'un l'a lu ?
C'est pas récent : 2003.
Quelqu'un l'a lu ?

slimfast- Messages: 1219
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
c'est de Serge Tisseron ; psychanalyste : evidemment !

slimfast- Messages: 1219
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
Et spécialiste de Tintin, j'en ai pas mal parlé dans le passé.
A propos de tintinophiles, je pense, du coup, à Benoît Peeters. Je poserais la question à Borges, qui l'avait évoquée, sans plus: ça vaut le coup, sa biographie de Derrida? J'ai envie d'acheter mon premier livre depuis 5 ans. lol.
A propos de tintinophiles, je pense, du coup, à Benoît Peeters. Je poserais la question à Borges, qui l'avait évoquée, sans plus: ça vaut le coup, sa biographie de Derrida? J'ai envie d'acheter mon premier livre depuis 5 ans. lol.
Invité- Invité
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
Benoît Peeters, il y a un entretien avec lui sur Tintin dans le dernier Cahiers.
Sinon, Jerzy, j'ai récupéré les Mémoires d'un vieux con.
Sinon, Jerzy, j'ai récupéré les Mémoires d'un vieux con.

Largo- Messages: 3167

Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
le bouquin sur derrida, y a des choses sur l'enfance, la jeunesse... les débuts, l'image d'un type hyper fragile, mélancolique, passant son temps à pleurer, un peu de sociologie du champs philosophique, et des institutions, les maisons d'édition, les postes, les soutiens, les ennemis... on dirait que les idées n'ont aucune importance, aucune puissance interne... tout dépend de copinages, de comptes rendus de grandes signatures, de la protection des grands au début, et du soutien de quelques fans médiocres à la fin pour qu'une pensée vive... des choses qu'on sait, mais qui démolissent absolument l'idée même d'idée philosophique... si le bouquin ne pense jamais rien (on se demande si le mec a lu un seul texte de derrida, ce que j'appelle lire) il est le plus souvent tellement bête qu'il en devient fascinant; on dirait du paris match, ou je sais pas, un texte people, comme en faisait avec plus de talent l'actuel ministre de la culture; mais ce qui marche avec les rois, et les stars ne passe pas tellement avec des penseurs...
le plus grave (pour moi qui lis et aime derrida depuis des siècles) c'est qu'à la fin de ma lecture (rarement concentrée, intéressée) je me suis mis à le détester; un peu comme si j'avais été trompé; je pouvais plus voir un de ses bouquins; tout ce qui restait de derrida, c'était l'image d'un mec stratège, sans audace, calculateur, narcissique, parano, obsédé par son image, sa pensée, passant son temps à tisser des réseaux pour faire de la pub à ses livres, à ses idées...ne supportant autour de lui que des gens complètement soumis...
mais comme je dis c'est tellement bête par moment que ça en devient fascinant, quelques passages, presque au hasard :
« Lorsqu’il était étudiant, derrida se disait fragile et mangeait à la table des « régimes ». Depuis sa santé est excellente, ce qui ne l’empêche pas d’être hypocondriaque et de s’affoler à la moindre alerte. Il a le rythme cardiaque d’un coureur cycliste ou d’un marathonien, moins de cinquante pulsations par minute, ce qui lui donne une capacité de physique et une force de récupération hors du commun. Il surveille son alimentation et n’est pas spécialement amateur de vin, ce qui ne l’empêche pas d’être épaté par les connaissances en ce domaine de son ami René Major. Dès l’époque de Koléa, il a renoncé aux cigarettes leur préférant de petits cigarillos. Sous la pression de son fils jean, il a fini par y renoncer et est passé à la pipe, qu’il oublie souvent d’allumer, mais avec laquelle il se laisse volontiers photographier. En fait, s’il est d’une grande sobriété, le souci constant de sa santé n’y est pas étranger. Il a tant de projets, tant de livres à écrire, qu’il aimerait vivre très vieux. »
un jour chez des amis, avital ronell, grande végétarienne, laisse passer un plat ;embarras ; elle explique qu’elle des raisons philosophiques ; derrida demande lesquelles, « avital parle alors de ce que signifie pour elle s’incorporer le corps d’un autre. C’est peu de temps plus tard que derrida, extraordinairement réceptif à ce genre de choses, s’est mis à parler de carnophallogocentrisme plutôt que de phallogocentrisme. « par suite, avec moi et devant moi, il disait qu’il était végétarien. Mais un jour, on m’a rapporté qu’il avait mangé un steak tartare, le comble de l’alimentation carnivore. Pour moi, c’était comme s’il m’avait trahie. Quand je lui en ai parlé, il m’a d’abord traitée de flic. Puis il m’a dit joliment : « je suis un végétarien qui mangue quelques fois de la viande ».
« Séduire est pour derrida un besoin irrésistible. Et s’il parle presque de son rapport aux femmes, c’est parce que l’obsession du secret est plus grande sur ce terrain que sur n’importe quel autre. Mais beaucoup savent que le féminin, chez lui, se conjugue toujours au pluriel (…) parmi toutes les femmes qu’il a connues, sylvianne agacinski occupe une place à part. Jamais plus, il ne s’exposera à ce point ; jamais plus, il ne voudra autant souffrir ni faire souffrir. Mais il reste un grand séducteur, et s’il apprécie les succès et la gloire, c’est qu’ils rendent les choses plus faciles. Le respect immense pour les femmes, et surtout sa grande aptitude à les écouter, un peu à la manière d’un analyste, sont des armes redoutables (…) cette qualité (l’écoute), rare chez un homme, plus rare encore chez une personnalité aussi forte que lui, impressionne beaucoup celle qu’il côtoie. (…) les années passant, il préfère de plus en plus la compagnie des femmes à celles des hommes, et pense d’ailleurs que ce sont elles qui l’ont le mieux lu (…) quel que soit son alliance théorique avec les féministes, derrida aime les femmes qui affirment leur féminité et l’assument sans hystérie. Une femme qui ne l’attire pas physiquement a beaucoup de mal à l’intéresser, quelles que soient ses qualités intellectuelles. « au début des nos relations raconte alan bass, il lui arrivait souvent de se décrire comme « un horrible macho méditerranéen ».
« Souvent jacques s’endormait après le dîner. De façon générale, il avait des stratégies pour dissimuler son besoin de sommeil. Pendant les colloques, il lui arrivait de se tenir la tête entre les mains comme s’il réfléchissait profondément. En réalité il s’assoupissait brièvement (…)"
« la télévision a une grande importance dans sa vie (…) le dimanche matin, tout en faisant du vélo d’appartement, il suit avec un réel intérêt les émissions religieuses musulmane et juive, entre 8h45 et 9h50. «
« Derrida aime conduire. Il a appris très jeune, sur le tas, avec l’automobile de son père. Mais n’ayant pas étudié le code de la route, il en a une notion toute personnelle, ce qui donne parfois des résultats spectaculaires. Il considère par exemple que la plupart des sens interdits ne sont pas faits pour lui et que les grandes avenues devraient automatiquement avoir priorité sur les petites. Au volant derrida, s’énerve facilement. Dans les embouteillages, il peut frôler la crise de nerfs. »
« il n’apprécie que modérément woody allen, trop européen à son goût. Ce qu’il aime ce sont avant tout les films de mafieux et ce qui constitue à ses yeux le pur cinéma américain. Il ne se lasse pas de la trilogie du parrain, de il était une fois en amérique, de heaven’s gate…le grand pardon a aussi ses faveurs… »
(on me l'avait offert;ça vaut pas le coup de l'acheter, sauf pour rire de sa connerie;on peut le trouver à la bibliothèque, si je me trompe pas... je sais pas si tu y vas encore)
le plus grave (pour moi qui lis et aime derrida depuis des siècles) c'est qu'à la fin de ma lecture (rarement concentrée, intéressée) je me suis mis à le détester; un peu comme si j'avais été trompé; je pouvais plus voir un de ses bouquins; tout ce qui restait de derrida, c'était l'image d'un mec stratège, sans audace, calculateur, narcissique, parano, obsédé par son image, sa pensée, passant son temps à tisser des réseaux pour faire de la pub à ses livres, à ses idées...ne supportant autour de lui que des gens complètement soumis...
mais comme je dis c'est tellement bête par moment que ça en devient fascinant, quelques passages, presque au hasard :
« Lorsqu’il était étudiant, derrida se disait fragile et mangeait à la table des « régimes ». Depuis sa santé est excellente, ce qui ne l’empêche pas d’être hypocondriaque et de s’affoler à la moindre alerte. Il a le rythme cardiaque d’un coureur cycliste ou d’un marathonien, moins de cinquante pulsations par minute, ce qui lui donne une capacité de physique et une force de récupération hors du commun. Il surveille son alimentation et n’est pas spécialement amateur de vin, ce qui ne l’empêche pas d’être épaté par les connaissances en ce domaine de son ami René Major. Dès l’époque de Koléa, il a renoncé aux cigarettes leur préférant de petits cigarillos. Sous la pression de son fils jean, il a fini par y renoncer et est passé à la pipe, qu’il oublie souvent d’allumer, mais avec laquelle il se laisse volontiers photographier. En fait, s’il est d’une grande sobriété, le souci constant de sa santé n’y est pas étranger. Il a tant de projets, tant de livres à écrire, qu’il aimerait vivre très vieux. »
un jour chez des amis, avital ronell, grande végétarienne, laisse passer un plat ;embarras ; elle explique qu’elle des raisons philosophiques ; derrida demande lesquelles, « avital parle alors de ce que signifie pour elle s’incorporer le corps d’un autre. C’est peu de temps plus tard que derrida, extraordinairement réceptif à ce genre de choses, s’est mis à parler de carnophallogocentrisme plutôt que de phallogocentrisme. « par suite, avec moi et devant moi, il disait qu’il était végétarien. Mais un jour, on m’a rapporté qu’il avait mangé un steak tartare, le comble de l’alimentation carnivore. Pour moi, c’était comme s’il m’avait trahie. Quand je lui en ai parlé, il m’a d’abord traitée de flic. Puis il m’a dit joliment : « je suis un végétarien qui mangue quelques fois de la viande ».
« Séduire est pour derrida un besoin irrésistible. Et s’il parle presque de son rapport aux femmes, c’est parce que l’obsession du secret est plus grande sur ce terrain que sur n’importe quel autre. Mais beaucoup savent que le féminin, chez lui, se conjugue toujours au pluriel (…) parmi toutes les femmes qu’il a connues, sylvianne agacinski occupe une place à part. Jamais plus, il ne s’exposera à ce point ; jamais plus, il ne voudra autant souffrir ni faire souffrir. Mais il reste un grand séducteur, et s’il apprécie les succès et la gloire, c’est qu’ils rendent les choses plus faciles. Le respect immense pour les femmes, et surtout sa grande aptitude à les écouter, un peu à la manière d’un analyste, sont des armes redoutables (…) cette qualité (l’écoute), rare chez un homme, plus rare encore chez une personnalité aussi forte que lui, impressionne beaucoup celle qu’il côtoie. (…) les années passant, il préfère de plus en plus la compagnie des femmes à celles des hommes, et pense d’ailleurs que ce sont elles qui l’ont le mieux lu (…) quel que soit son alliance théorique avec les féministes, derrida aime les femmes qui affirment leur féminité et l’assument sans hystérie. Une femme qui ne l’attire pas physiquement a beaucoup de mal à l’intéresser, quelles que soient ses qualités intellectuelles. « au début des nos relations raconte alan bass, il lui arrivait souvent de se décrire comme « un horrible macho méditerranéen ».
« Souvent jacques s’endormait après le dîner. De façon générale, il avait des stratégies pour dissimuler son besoin de sommeil. Pendant les colloques, il lui arrivait de se tenir la tête entre les mains comme s’il réfléchissait profondément. En réalité il s’assoupissait brièvement (…)"
« la télévision a une grande importance dans sa vie (…) le dimanche matin, tout en faisant du vélo d’appartement, il suit avec un réel intérêt les émissions religieuses musulmane et juive, entre 8h45 et 9h50. «
« Derrida aime conduire. Il a appris très jeune, sur le tas, avec l’automobile de son père. Mais n’ayant pas étudié le code de la route, il en a une notion toute personnelle, ce qui donne parfois des résultats spectaculaires. Il considère par exemple que la plupart des sens interdits ne sont pas faits pour lui et que les grandes avenues devraient automatiquement avoir priorité sur les petites. Au volant derrida, s’énerve facilement. Dans les embouteillages, il peut frôler la crise de nerfs. »
« il n’apprécie que modérément woody allen, trop européen à son goût. Ce qu’il aime ce sont avant tout les films de mafieux et ce qui constitue à ses yeux le pur cinéma américain. Il ne se lasse pas de la trilogie du parrain, de il était une fois en amérique, de heaven’s gate…le grand pardon a aussi ses faveurs… »
(on me l'avait offert;ça vaut pas le coup de l'acheter, sauf pour rire de sa connerie;on peut le trouver à la bibliothèque, si je me trompe pas... je sais pas si tu y vas encore)

Borges- Messages: 4044
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
Borges a écrit :
il [Derrida] n’apprécie que modérément woody allen, trop européen à son goût
cela me rappelle que j'ai lu je ne sais plus où - mais pas dans ce livre - qu'enseignant de longues périodes aux Etats-Unis Derrida passait beaucoup de temps au cinéma à voir n'importe quoi du reste mais il disait fort justement que le cinéma correspondait parfaitement à l'Amérique car on voyait les films seuls - l'individualisme - au milieu d'autres spectateurs - la communauté !

slimfast- Messages: 1219
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
Merci pour ce compte-rendu éclairant, je vais économiser encore, alors
C'est hallucinant, parce que, d'une certaine façon, les passages semblent sortir des "mémoires d'un vieux con" de Topor, mentionnées plus haut.
C'est hallucinant, parce que, d'une certaine façon, les passages semblent sortir des "mémoires d'un vieux con" de Topor, mentionnées plus haut.
- Spoiler:
- (si par bibliothèque tu entends l'U.D., évidemment je n'y passe plus, ça risquerait de terminer dans la rubrique "délinquance & faits divers", cf. mon autobiographie parcellaire sur la fin de mon séjour en Valachie). Si c'est les Chiroux, j'y passe encore)
Invité- Invité
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
slimfast a écrit:Borges a écrit :
il [Derrida] n’apprécie que modérément woody allen, trop européen à son goût
cela me rappelle que j'ai lu je ne sais plus où - mais pas dans ce livre - qu'enseignant de longues périodes aux Etats-Unis Derrida passait beaucoup de temps au cinéma à voir n'importe quoi du reste mais il disait fort justement que le cinéma correspondait parfaitement à l'Amérique car on voyait les films seuls - l'individualisme - au milieu d'autres spectateurs - la communauté !
c'est dans son entretien avec les cahiers, je crois, où il dit la grosse connerie condescendante du savoir légitime sur le cinéma, art populaire, plaisir d'enfance, voire infantile; en gros le cinéma, c'est pour se marrer, régresser, faire comme les masses, le peuple, les prolos : le sérieux de la pensée et ses jouissances, c'est dans la philo, et les autres arts qu'il faut aller les chercher; on se souvient de ce que disait sartre de citizen kane, dans les années 1940 : c'est pas bien, parce que ça prétend à la pensée, être artiste, intellectuel... la film traduit la coupure entre les élites américaines et les masses, c'est pas la vocation du cinéma, surtout américain, de chercher à penser; le cinéma est un art des masses... et comme les masses ne pensent pas... je vois pas pourquoi l'essence du cinéma serait définie par le bas, ses productions majoritaires, dominantes, et pas celle de la littérature, on peut refuser joyce au nom des best sellers,des polars... chez badiou, c'est plus intéressant, le cinéma "art populaire" est une synthèse disjonctive : il arrive que le cinéma atteigne à son essence, soit un art et populaire (les exemples de badiou, chaplin, l'aurore, que badiou, curieusement pense avoir été un gros succès populaire, alors que ce fut je crois savoir un échec...)
( derrida est assez nul, quand il cause cinéma, en tous les cas de son expérience du cinéma, on est loin de deleuze, de cavell, de rancière...)

Borges- Messages: 4044
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
Faudrait informer Peeters que "heaven’s gate" n'est pas un film de mafieux. Il a dû s'emmêler dans ses fiches en bristol.
Invité- Invité
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
j'ai chopé au hasard à la médiathèque un pavé Le documentaire Un autre cinéma ; en général j'aime pas trop les documentaires, surtout les animaliers ou même les humains, moi ce que j'aime c'est quand des acteurs ont appris une leçon qu'ils s'efforcent de bien réciter devant un metteur en scène pointilleux qui donne l'impression de savoir ce qu'il fait ( sauf votre respect il n'y en a guère que quelque uns ) bref quand tout est bidon et qu'on essaie d'y voir des trucs. un film c'est didactique tout au plus.
mais ce livre avait en couverture un plan de Profils paysans. La vie moderne ou on voit s'éloigner un des deux frères appuyé à son baton au milieu de son troupeau de vaches dans le clair obscur des sous-bois. Le livre est noir est la photo est ombrée de vert sombre ce qui semble la poser sur la face d'un cube.
j'aime cette couverture, j'avais aimé ce film.
et puis j'ouvre le sommaire au hasard et je tombe comme ça sur le chapitre huit, seconde partie : Le tournage, un regard et une éthique deuxième paragraphe Se faire oublier.
c'est banal ; forcément ça ne peut pas être mauvais, non ?
mais ce livre avait en couverture un plan de Profils paysans. La vie moderne ou on voit s'éloigner un des deux frères appuyé à son baton au milieu de son troupeau de vaches dans le clair obscur des sous-bois. Le livre est noir est la photo est ombrée de vert sombre ce qui semble la poser sur la face d'un cube.
j'aime cette couverture, j'avais aimé ce film.
et puis j'ouvre le sommaire au hasard et je tombe comme ça sur le chapitre huit, seconde partie : Le tournage, un regard et une éthique deuxième paragraphe Se faire oublier.
c'est banal ; forcément ça ne peut pas être mauvais, non ?

slimfast- Messages: 1219
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
non en fait je dévore le bouquin d'Alix de Saint André qui s'est lancée un peu à la légère sur le chemin de Compostelle sans préparation physique et que j'ai envie d'attaquer depuis Verviers, une première pour laquelle il va me falloir baliser tout le début du périple jamais réalisé.

slimfast- Messages: 1219
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?

La dédicace du Petit Prince m'a conduit vers ce livre. Vraiment très bien. Un livre qui appartient à la catégorie rare de ceux qui peuvent instruire les cons. Je le recommande.
Tony le Mort- Messages: 342
Re: Dans quel bouquin êtes vous plongés ?
Ha putain mais toute l'articulation du rapport Husserl/Heidegger est contenue sous forme compressée dans Gramsci en fait. C'est marrant.
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La science et les idéologies « scientifiques
L'affirmation d'Eddington : « Si nous éliminions dans le corps d'un homme tout l'espace dépourvu de matière et que nous réunissions ses protons et ses électrons en une seule masse, l'homme (le corps de l'homme) serait réduit à un corpuscule à peine visible au microscope » a frappé et mis en mouvement l'imagination de G.A. Borgese (cf. son petit livre).
Mais que signifie concrètement l'affirmation d'Eddington ? A y réfléchir un peu, elle ne signifie proprement rien et n'a d'autre sens que son sens littéral. Même si une telle réduction avait été faite (par qui ?) et étendue au monde entier, les rapports ne changeraient pas et les choses resteraient ce qu'elles sont. Les choses changeraient si les hommes seulement ou un groupe d'hommes déterminé subissaient cette réduction ; on aurait ainsi, dans cette hypothèse, une concrétisation de quelques chapitres des Voyages de Gulliver, avec les Lilliputiens et les géants, et Borgese-Gulliver parmi eux.
En réalité, il ne s'agit pas d'un nouveau mode de pensée scientifique ou philoso¬phique, mais d'un jeu de mots, d'une science romancée d'une façon de poser les questions tout juste capable de faire rêver les têtes vides. Sans doute, la matière vue au microscope n'est-elle plus une matière réellement objective, mais une pure créa¬tion de l'esprit humain qui n'existe ni objectivement ni empiriquement ? On pourrait rappeler à ce propos le conte hébreux de la petite fille qui a subi un tout petit mal¬heur... aussi petit qu'un coup d'ongle. Dans la physique d'Eddington et dans plusieurs autres manifestations de la science moderne, la surprise du lecteur naïf dépend du fait que les mots utilisés pour indiquer des faits déterminés sont arbitrairement employés pour désigner des phénomènes absolument différents. Un corps reste, dans le sens traditionnel, « massif » même si la « nouvelle » physique démontre qu'il est constitué de 1/1000 000 de matière et de 999 999 de vide. Un corps est, dans le sens tradi¬tionnel, « poreux », il ne le devient pas avec la « nouvelle » physique, même après l'affirmation d'Eddington. La position de l'homme reste la même, aucun des concepts fondamentaux de la vie n'est le moins du monde ébranlé et encore moins renversé. Les commentaires de tous les Borgese ne réussiront à la longue qu'à ridiculiser les conceptions subjectivistes de la réalité qui permettent de semblables insignifiants jeux de mots.
Le professeur Mario Camis écrit :
« En considérant l'extrême minutie de ces méthodes de recherches, me revenaient en mémoire les paroles d'un membre du dernier Congrès philosophique d'Oxford qui, selon ce que rapporte Borgese, en parlant des phénomènes infiniment petits qui attirent aujourd'hui tant l'attention, remarquait qu' « ils ne peuvent être considérés indépendamment du sujet qui les observe ». Ce sont des paroles qui font beaucoup réfléchir et qui remettent en jeu dans des perspectives complètement nouvelles, les grands problèmes de l'existence subjective de l'univers et de la signification des informations sensorielles dans la pensée scientifique. »
Ceci est, semble-t-il, un des rares exemples d'infiltration parmi les hommes de scien¬ce italiens du mode de pensée extravagant de certains savants, surtout anglais, con¬cernant la « nouvelle » physique. Le professeur Camis aurait dû penser que si l'ob¬ser¬vation rapportée par Borgese donne à réfléchir, la première réflexion devrait être la suivante : que la science ne peut plus exister comme elle l'a fait jusqu'à pré¬sent, mais qu'elle doit se transformer en une série d'actes de foi dans les affirmations des expérimentateurs, parce que les faits observés n'existent pas indépendamment de leur esprit. L'ensemble du progrès scientifique ne s'est-il pas manifesté jusqu'à présent par le fait que des expériences et des observations nouvelles ont corrigé et élargi les expériences et les observations précédentes ? Comment cela pourrait-il se produire si l'expérience donnée ne se reproduisait même en changeant d'observateur, si elle ne pou¬¬¬vait être contrôlée, développée, donnant lieu à des connexions nouvelles et ori¬ginales ? Mais la superficialité de l'observation de Camis ressort clairement de l'en¬sem¬ble de l'article d'où est tirée la citation que je rapporte, puisque Camis laisse entendre dans cet article que l'expression qui a tant fait délirer Borgese peut et doit se comprendre, non dans un sens philosophique, mais dans un sens purement empirique. L'écrit de Camis est un compte rendu du livre de Cösta Ekehorn, On the principles of renal function (Stockholm, 1931). On y parle d'expériences effectuées sur des éléments si petits qu'ils ne peuvent être décrits (la description est entendue, elle aussi, en un sens relatif) avec des mots qui soient valables et représentatifs pour les autres ; l'observation de ces éléments ne peut par conséquent être séparée de l'observateur et être objectivée ; tout expérimentateur doit arriver directement et par ses propres moyens à la perception de ces éléments en suivant minutieusement tout le processus. Faisons cette hypothèse : les microscopes n'existent pas et seules quelques personnes ont une acuité visuelle naturellement égale à la vision normale munie d'un micros¬cope. Il est évident que, dans cette hypothèse, les expériences de l'observateur pourvu d'une vue exceptionnelle ne peuvent être séparées de sa personnalité physique et psychique et être « répétées ». Seule l'invention du microscope égalisera les différen¬ces d'acuité visuelle entre les observateurs et permettra à tous les savants de produire l'expérience et de la développer collectivement. Mais cette hypothèse permet d'obser¬ver et d'identifier une seule partie de la difficulté ; il n'y a pas seulement l'acuité vi¬suelle qui entre en jeu dans les expériences scientifiques. Comme le dit Camis, Ekehorn pique un des glomérules rénaux d'une grenouille avec une canule « dont la pré¬paration est l’œuvre de tant de finesse étroitement liée aux indéfinissables et inimi¬tables intuitions manuelles de l'expérimentateur que Ekehorn lui-même, lorsqu'il veut décrire l'opération de l'incision en oblique du capillaire de verre, affirme qu'il doit se contenter d'une vague indication, ne pouvant en formuler avec des mots les « règles ».
L'erreur est de croire que de tels phénomènes se produisent seulement dans l'ex¬pé¬rimentation scientifique. En réalité, il y a dans chaque atelier, pour certaines opéra¬tions industrielles de précision, des spécialistes dont les capacités se fondent unique¬ment sur leur très grande sensibilité visuelle et tactile et sur leur très grande dextérité. On peut trouver dans les livres de Ford des exemples à ce sujet : on a fait, dans la lutte contre le frottement, des pas en avant incroyables pour obtenir des surfaces sans la plus petite granulosité ou inégalité (ce qui permet une épargne considérable de matière) grâce aux machines électriques qui testent l'adhérence parfaite du matériau à un niveau de précision que l'homme ne pourrait atteindre. Ford rapporte à ce propos l'exemple d'un technicien scandinave qui réussit à donner à l'acier une telle égalité de surface que, pour détacher deux surfaces qu'on a fait adhérer l'une à l'autre, il faut une force de plusieurs quintaux.
Pourtant, ce qu'observe Camis n'a aucun rapport avec les rêveries de Borgese et de ses maîtres. S'il était vrai que les phénomènes infiniment petits ne peuvent être po¬sés comme existant indépendamment du sujet qui les observe, ils ne seraient en réalité même pas « observés » mais « créés » et tomberaient dans le domaine de la pure intuition extravagante de l'individu. On pourrait aussi poser la question : le même individu peut-il « deux fois » créer (observer) le même fait ? Il ne s'agirait même pas alors de « solipsisme », mais de démiurgie ou de sorcellerie. Ces intuitions sans fon¬de¬¬ment - et non les phénomènes (inexistants) - seraient ainsi, comme les oeuvres d'arts, objets de science. Le commun des savants ne jouissant pas de cette faculté démi¬ur¬gique étudierait scientifiquement le petit groupe des grands savants thauma¬turges. Mais si au contraire malgré toutes les difficultés pratiques inhérentes à la diversité des sensibilités individuelles, le phénomène se répète et peut être observé objectivement par différents savants, indépendamment les uns des autres, que signifie l'affirmation rapportée par Borgese Sinon précisément qu'on fait une métaphore pour indiquer les difficultés inhérentes à la description et à la représentation objective des phénomènes observés ? Et il ne semble pas difficile d'expliquer ces difficultés :
1. par l'incapacité littéraire des hommes de science jusqu'à maintenant didacti¬quement préparés à décrire et à représenter les seuls phénomènes macroscopiques ;
2. par l'insuffisance du langage commun, forgé lui aussi pour les phénomènes macro¬scopiques;
3. par le développement relativement faible de ces sciences microscopiques qui attendent un développement ultérieur de leurs méthodes et critères pour être compri¬ses par le grand public grâce à la communication écrite (et pas seulement par la vision expérimentale directe, privilège d'un très petit nombre) ;
4. il faut rappeler encore que certaines expériences microscopiques sont des expé¬riences indirectes, en chaîne, dont la solution « se voit » dans les résultats et non dans le processus lui-même (par exemple les expériences de Rutherford).
Il s'agit de toute façon d'une phase transitoire et initiale d'une nouvelle époque scien¬tifique, phase qui a produit, en se combinant à une grande crise morale, et intel¬lec¬tuelle, une nouvelle forme de « sophistique » qui rappelle les sophismes classiques d'Achille et de la tortue, du tas et du grain de la flèche décochée qui ne peut pas ne pas être immobile, etc. Toutefois ces sophismes ont représenté une phase dans le déve¬loppement de la philosophie et de la logique, et ils ont servi à raffiner les instru¬ments de la pensée.
Recueillir les principales définitions qui ont été données de la science (dans le sens de science naturelle). « Étude des phénomènes et de leurs lois de ressemblances (régularité), de coexistence (coordination), de succession (causalité). D'autres tendan¬ces, tenant compte de l'organisation plus commode que la science établit entre les phénomènes de façon à ce que la pensée les maîtrise mieux et les domine aux fins de l'action, définissent la science comme la « description la plus économique de la réalité ».
La question la plus importante soulevée par le concept de science est celle-ci : la science peut-elle donner, et de quelle façon, la « certitude » de l'existence objective de la réalité dite extérieure ? Pour le sens commun, la question n'existe même pas ; mais d'où vient la certitude du sens commun ? Essentiellement de la religion (du moins, en Occident, du christianisme) ; mais la religion est une idéologie, l'idéologie la plus enracinée et la plus répandue, elle n'est pas une preuve ou une démonstration ; on peut soutenir que c'est une erreur de demander à la science comme telle la preuve de l'objectivité du réel, puisque cette objectivité relève d'une conception du monde, d'une philosophie et ne peut être une donnée scientifique. Que peut alors donner la science à ce sujet ? La science sélectionne les sensations, les éléments primordiaux de la connaissance : elle considère certaines sensations comme transitoires, apparentes et fausses parce qu'elles dépendent de conditions individuelles particulières ; elle considère d'autres sensations comme des sensations durables, permanentes, supérieu¬res aux conditions individuelles particulières.
Le travail scientifique a deux aspects principaux :
1. il rectifie continuellement le mode de connaissance, il rectifie et renforce les organes sensoriels, et élabore des principes d'induction et de déduction nouveaux et complexes ; en d'autres termes, il affine les instruments même de l'expérience et de son contrôle ;
2. il applique cet ensemble instrumental (d'instruments matériels et mentaux) pour fixer ce qui, dans les sensations, est nécessaire et ce qui est arbitraire, individuel, tran¬sitoire. On établit ce qui est commun à tous les hommes, ce que les hommes peu¬vent contrôler de la même façon, indépendamment les uns des autres, pourvu qu'ils aient respecté les mêmes conditions techniques de vérification. « Objectif » signifie précisément et seulement ceci : on affirme comme étant objectif, comme réalité ob¬jec¬tive, la réalité qui est vérifiée par tous les hommes, qui est indépendante de tout point de vue purement particulier ou de groupe.
Mais au fond, il s'agit encore d'une conception particulière du monde, d'une idéo¬lo¬gie. Toutefois, cette conception, dans son ensemble, et par la direction qu'elle indi¬que, peut être acceptée par la philosophie de la praxis, tandis que celle du sens com¬mun doit en être rejetée, même si elle conclut matériellement de la même façon. Le sens commun affirme l'objectivité du réel dans la mesure où la réalité, le monde, a été créée par Dieu indépendamment de l'homme, antérieurement à l'homme ; l'affir¬ma¬tion de l'objectivité du réel exprime par conséquent la conception mythologique du monde ; le sens commun tombe d'ailleurs dans les erreurs les plus grossières lorsqu'il décrit cette objectivité : il en est resté encore, pour une bonne part, à l'astronomie de Ptolémée, il ne sait pas établir les liens réels de cause à effet, etc., c'est-à-dire qu'il affirme « objective » une certaine « subjectivité » anachronique, ne pouvant même pas concevoir que puisse exister une conception subjective du monde et ignorant ce que cela voudrait ou pourrait signifier.
Mais toutes les affirmations de la science sont-elles « objectivement » vraies ? De façon définitive ? Si les vérités scientifiques étaient définitives, la science aurait cessé d'exister comme telle, comme recherche, comme expériences nouvelles, et l'activité scientifique se réduirait à une divulgation du déjà découvert. Ce qui n'est pas vrai, pour le bonheur de la science. Mais si les vérités scientifiques ne sont elles non plus ni définitives, ni péremptoires, la science, elle aussi, est une catégorie historique, un mouvement en continuel développement. Sauf que la science ne pose aucune forme métaphysique d' « inconnaissable », mais réduit ce que l'homme ne connaît pas à une empirique « non connaissance » qui n'exclut pas la possibilité de connaître, mais la rend dépendante du développement des instruments physiques et du développement de l'intelligence historique des savants en tant qu'individus.
S'il en est ainsi, ce qui intéresse la science n'est donc pas tant l'objectivité du réel que l'homme qui élabore ses méthodes de recherche, qui rectifie continuellement les instruments matériels renforçant ses organes sensoriels et les instruments logiques (y compris les mathématiques) de discrimination et de vérification : ce qui intéresse la science est donc la culture, c'est-à-dire la conception du monde, c'est-à-dire le rapport de l'homme et du réel par la médiation de la technologie, Même pour la science, cher¬cher la réalité hors des hommes - cela entendu dans un sens religieux ou métaphy¬sique - n'apparaît rien d'autre qu'un paradoxe. Sans l'homme, que signifierait la réalité de l'univers ? Toute la science est liée aux besoins, à la vie, à l'activité de l'homme. Sans l'activité de l'homme, créatrice de toute les valeurs, y compris des valeurs scien¬tifiques, que serait l' « objectivité » ? Un chaos, c'est-à-dire rien, le vide - si cela mê¬me peut se dire, car réellement si on imagine que l'homme n'existe pas, on ne peut ima¬giner l'existence de la langue et de la pensée. Pour la philosophie de la praxis, l'être ne peut être disjoint de la pensée, l'homme de la nature, l'activité de la matière, le sujet de l'objet : si on effectue cette séparation, on tombe dans une des nombreuses formes de religion ou dans l'abstraction vide de sens.
Poser la science à la base de la vie, faire de la science la conception du monde par excellence, celle qui purifie le regard de toute illusion idéologique, qui pose l'homme devant la réalité telle qu'elle est, signifie retomber dans l'erreur selon laquelle la philosophie de la praxis aurait besoin de soutiens philosophiques qui lui seraient extérieurs. Mais en réalité, la science elle aussi est une superstructure, une idéologie. Peut-on dire toutefois que la science - surtout depuis le XVIIIe siècle, depuis qu'on lui accorde un rang particulier dans l'appréciation générale - occupe une place privilégiée dans l'étude des superstructures, du fait que sa réaction sur la structure a un caractère particulier de plus grande extension et de plus grande continuité de développement ? Que la science soit une superstructure est démontré aussi par le fait qu'elle a subi des périodes entières d'éclipse, obscurcie qu'elle fut par une autre idéologie dominante, la religion qui affirmait avoir absorbé la science elle-même : la science et la technique des Arabes apparaissaient alors aux chrétiens comme une pure sorcellerie. De plus la science, malgré tous les efforts des savants, ne se présente jamais comme une pure notion objective : elle apparaît toujours revêtue d'une idéologie ; la science est con¬crè¬tement l'union du fait objectif et d'une hypothèse ou d'un système d'hypothèses qui dépassent le pur fait objectif. Il est cependant vrai que, dans le domaine scientifique, il est relativement facile de distinguer la notion objective du système d'hypothèses par un processus d'abstraction qui est inscrit dans la méthodologie même des sciences et qui permet de s'approprier l'une et de repousser l'autre. Voilà pourquoi un groupe social peut faire sienne la science d'un autre groupe sans en accepter l'idéologie (par exem¬ple l'idéologie de l'évolution vulgaire) ; voilà pourquoi les observations de Missiroli (et de Sorel) à ce sujet tombent d'elles-mêmes.
Il faut noter qu'il y a en réalité, à côté de l'engouement superficiel pour les sciences, la plus grande ignorance des faits et des méthodes scientifiques, qui sont très difficiles et qui le deviennent toujours davantage en raison de la spécialisation progressive de nouveaux rameaux de recherche. La superstition scientifique apporte avec elle des illusions si ridicules et des conceptions si infantiles que, par compa¬raison, la superstition religieuse elle-même en sort ennoblie. Le progrès scientifique a fait naître la croyance et l'espoir en un nouveau type de Messie qui réalisera sur cette terre le pays de Cocagne ; les forces de la nature, sans l'intervention de l'homme, mais par le fonctionnement de mécanismes toujours plus perfectionnés, donneront en abondance à la société tout le nécessaire pour satisfaire les besoins et pour rendre la vie facile. Cet engouement dont les dangers sont évidents (la foi superstitieuse et abstraite dans la force thaumaturgique de l'homme conduit paradoxalement à stéri¬liser les bases mêmes de cette force et à détruire tout amour du travail nécessaire et concret, elle porte à rêver comme si l'on fumait un nouveau type d'opium) doit être combattu avec différents moyens dont le plus important devrait être une meilleure connaissance des notions scientifiques essentielles, par la divulgation de la science par les savants et par les spécialistes sérieux et non pas par des journalistes omni¬scients ou des autodidactes prétentieux. En réalité, on conçoit la science comme une sorcellerie supérieure parce qu'on attend trop d'elle et, par conséquent, on ne réussit pas à évaluer avec réalisme ce qu'elle offre de concret. (M.S., pp. 50-57.) [1932-33]
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Par contre plein d'humour mais pas marrant:
[img]http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782757804902.jpg[img]
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La science et les idéologies « scientifiques
L'affirmation d'Eddington : « Si nous éliminions dans le corps d'un homme tout l'espace dépourvu de matière et que nous réunissions ses protons et ses électrons en une seule masse, l'homme (le corps de l'homme) serait réduit à un corpuscule à peine visible au microscope » a frappé et mis en mouvement l'imagination de G.A. Borgese (cf. son petit livre).
Mais que signifie concrètement l'affirmation d'Eddington ? A y réfléchir un peu, elle ne signifie proprement rien et n'a d'autre sens que son sens littéral. Même si une telle réduction avait été faite (par qui ?) et étendue au monde entier, les rapports ne changeraient pas et les choses resteraient ce qu'elles sont. Les choses changeraient si les hommes seulement ou un groupe d'hommes déterminé subissaient cette réduction ; on aurait ainsi, dans cette hypothèse, une concrétisation de quelques chapitres des Voyages de Gulliver, avec les Lilliputiens et les géants, et Borgese-Gulliver parmi eux.
En réalité, il ne s'agit pas d'un nouveau mode de pensée scientifique ou philoso¬phique, mais d'un jeu de mots, d'une science romancée d'une façon de poser les questions tout juste capable de faire rêver les têtes vides. Sans doute, la matière vue au microscope n'est-elle plus une matière réellement objective, mais une pure créa¬tion de l'esprit humain qui n'existe ni objectivement ni empiriquement ? On pourrait rappeler à ce propos le conte hébreux de la petite fille qui a subi un tout petit mal¬heur... aussi petit qu'un coup d'ongle. Dans la physique d'Eddington et dans plusieurs autres manifestations de la science moderne, la surprise du lecteur naïf dépend du fait que les mots utilisés pour indiquer des faits déterminés sont arbitrairement employés pour désigner des phénomènes absolument différents. Un corps reste, dans le sens traditionnel, « massif » même si la « nouvelle » physique démontre qu'il est constitué de 1/1000 000 de matière et de 999 999 de vide. Un corps est, dans le sens tradi¬tionnel, « poreux », il ne le devient pas avec la « nouvelle » physique, même après l'affirmation d'Eddington. La position de l'homme reste la même, aucun des concepts fondamentaux de la vie n'est le moins du monde ébranlé et encore moins renversé. Les commentaires de tous les Borgese ne réussiront à la longue qu'à ridiculiser les conceptions subjectivistes de la réalité qui permettent de semblables insignifiants jeux de mots.
Le professeur Mario Camis écrit :
« En considérant l'extrême minutie de ces méthodes de recherches, me revenaient en mémoire les paroles d'un membre du dernier Congrès philosophique d'Oxford qui, selon ce que rapporte Borgese, en parlant des phénomènes infiniment petits qui attirent aujourd'hui tant l'attention, remarquait qu' « ils ne peuvent être considérés indépendamment du sujet qui les observe ». Ce sont des paroles qui font beaucoup réfléchir et qui remettent en jeu dans des perspectives complètement nouvelles, les grands problèmes de l'existence subjective de l'univers et de la signification des informations sensorielles dans la pensée scientifique. »
Ceci est, semble-t-il, un des rares exemples d'infiltration parmi les hommes de scien¬ce italiens du mode de pensée extravagant de certains savants, surtout anglais, con¬cernant la « nouvelle » physique. Le professeur Camis aurait dû penser que si l'ob¬ser¬vation rapportée par Borgese donne à réfléchir, la première réflexion devrait être la suivante : que la science ne peut plus exister comme elle l'a fait jusqu'à pré¬sent, mais qu'elle doit se transformer en une série d'actes de foi dans les affirmations des expérimentateurs, parce que les faits observés n'existent pas indépendamment de leur esprit. L'ensemble du progrès scientifique ne s'est-il pas manifesté jusqu'à présent par le fait que des expériences et des observations nouvelles ont corrigé et élargi les expériences et les observations précédentes ? Comment cela pourrait-il se produire si l'expérience donnée ne se reproduisait même en changeant d'observateur, si elle ne pou¬¬¬vait être contrôlée, développée, donnant lieu à des connexions nouvelles et ori¬ginales ? Mais la superficialité de l'observation de Camis ressort clairement de l'en¬sem¬ble de l'article d'où est tirée la citation que je rapporte, puisque Camis laisse entendre dans cet article que l'expression qui a tant fait délirer Borgese peut et doit se comprendre, non dans un sens philosophique, mais dans un sens purement empirique. L'écrit de Camis est un compte rendu du livre de Cösta Ekehorn, On the principles of renal function (Stockholm, 1931). On y parle d'expériences effectuées sur des éléments si petits qu'ils ne peuvent être décrits (la description est entendue, elle aussi, en un sens relatif) avec des mots qui soient valables et représentatifs pour les autres ; l'observation de ces éléments ne peut par conséquent être séparée de l'observateur et être objectivée ; tout expérimentateur doit arriver directement et par ses propres moyens à la perception de ces éléments en suivant minutieusement tout le processus. Faisons cette hypothèse : les microscopes n'existent pas et seules quelques personnes ont une acuité visuelle naturellement égale à la vision normale munie d'un micros¬cope. Il est évident que, dans cette hypothèse, les expériences de l'observateur pourvu d'une vue exceptionnelle ne peuvent être séparées de sa personnalité physique et psychique et être « répétées ». Seule l'invention du microscope égalisera les différen¬ces d'acuité visuelle entre les observateurs et permettra à tous les savants de produire l'expérience et de la développer collectivement. Mais cette hypothèse permet d'obser¬ver et d'identifier une seule partie de la difficulté ; il n'y a pas seulement l'acuité vi¬suelle qui entre en jeu dans les expériences scientifiques. Comme le dit Camis, Ekehorn pique un des glomérules rénaux d'une grenouille avec une canule « dont la pré¬paration est l’œuvre de tant de finesse étroitement liée aux indéfinissables et inimi¬tables intuitions manuelles de l'expérimentateur que Ekehorn lui-même, lorsqu'il veut décrire l'opération de l'incision en oblique du capillaire de verre, affirme qu'il doit se contenter d'une vague indication, ne pouvant en formuler avec des mots les « règles ».
L'erreur est de croire que de tels phénomènes se produisent seulement dans l'ex¬pé¬rimentation scientifique. En réalité, il y a dans chaque atelier, pour certaines opéra¬tions industrielles de précision, des spécialistes dont les capacités se fondent unique¬ment sur leur très grande sensibilité visuelle et tactile et sur leur très grande dextérité. On peut trouver dans les livres de Ford des exemples à ce sujet : on a fait, dans la lutte contre le frottement, des pas en avant incroyables pour obtenir des surfaces sans la plus petite granulosité ou inégalité (ce qui permet une épargne considérable de matière) grâce aux machines électriques qui testent l'adhérence parfaite du matériau à un niveau de précision que l'homme ne pourrait atteindre. Ford rapporte à ce propos l'exemple d'un technicien scandinave qui réussit à donner à l'acier une telle égalité de surface que, pour détacher deux surfaces qu'on a fait adhérer l'une à l'autre, il faut une force de plusieurs quintaux.
Pourtant, ce qu'observe Camis n'a aucun rapport avec les rêveries de Borgese et de ses maîtres. S'il était vrai que les phénomènes infiniment petits ne peuvent être po¬sés comme existant indépendamment du sujet qui les observe, ils ne seraient en réalité même pas « observés » mais « créés » et tomberaient dans le domaine de la pure intuition extravagante de l'individu. On pourrait aussi poser la question : le même individu peut-il « deux fois » créer (observer) le même fait ? Il ne s'agirait même pas alors de « solipsisme », mais de démiurgie ou de sorcellerie. Ces intuitions sans fon¬de¬¬ment - et non les phénomènes (inexistants) - seraient ainsi, comme les oeuvres d'arts, objets de science. Le commun des savants ne jouissant pas de cette faculté démi¬ur¬gique étudierait scientifiquement le petit groupe des grands savants thauma¬turges. Mais si au contraire malgré toutes les difficultés pratiques inhérentes à la diversité des sensibilités individuelles, le phénomène se répète et peut être observé objectivement par différents savants, indépendamment les uns des autres, que signifie l'affirmation rapportée par Borgese Sinon précisément qu'on fait une métaphore pour indiquer les difficultés inhérentes à la description et à la représentation objective des phénomènes observés ? Et il ne semble pas difficile d'expliquer ces difficultés :
1. par l'incapacité littéraire des hommes de science jusqu'à maintenant didacti¬quement préparés à décrire et à représenter les seuls phénomènes macroscopiques ;
2. par l'insuffisance du langage commun, forgé lui aussi pour les phénomènes macro¬scopiques;
3. par le développement relativement faible de ces sciences microscopiques qui attendent un développement ultérieur de leurs méthodes et critères pour être compri¬ses par le grand public grâce à la communication écrite (et pas seulement par la vision expérimentale directe, privilège d'un très petit nombre) ;
4. il faut rappeler encore que certaines expériences microscopiques sont des expé¬riences indirectes, en chaîne, dont la solution « se voit » dans les résultats et non dans le processus lui-même (par exemple les expériences de Rutherford).
Il s'agit de toute façon d'une phase transitoire et initiale d'une nouvelle époque scien¬tifique, phase qui a produit, en se combinant à une grande crise morale, et intel¬lec¬tuelle, une nouvelle forme de « sophistique » qui rappelle les sophismes classiques d'Achille et de la tortue, du tas et du grain de la flèche décochée qui ne peut pas ne pas être immobile, etc. Toutefois ces sophismes ont représenté une phase dans le déve¬loppement de la philosophie et de la logique, et ils ont servi à raffiner les instru¬ments de la pensée.
Recueillir les principales définitions qui ont été données de la science (dans le sens de science naturelle). « Étude des phénomènes et de leurs lois de ressemblances (régularité), de coexistence (coordination), de succession (causalité). D'autres tendan¬ces, tenant compte de l'organisation plus commode que la science établit entre les phénomènes de façon à ce que la pensée les maîtrise mieux et les domine aux fins de l'action, définissent la science comme la « description la plus économique de la réalité ».
La question la plus importante soulevée par le concept de science est celle-ci : la science peut-elle donner, et de quelle façon, la « certitude » de l'existence objective de la réalité dite extérieure ? Pour le sens commun, la question n'existe même pas ; mais d'où vient la certitude du sens commun ? Essentiellement de la religion (du moins, en Occident, du christianisme) ; mais la religion est une idéologie, l'idéologie la plus enracinée et la plus répandue, elle n'est pas une preuve ou une démonstration ; on peut soutenir que c'est une erreur de demander à la science comme telle la preuve de l'objectivité du réel, puisque cette objectivité relève d'une conception du monde, d'une philosophie et ne peut être une donnée scientifique. Que peut alors donner la science à ce sujet ? La science sélectionne les sensations, les éléments primordiaux de la connaissance : elle considère certaines sensations comme transitoires, apparentes et fausses parce qu'elles dépendent de conditions individuelles particulières ; elle considère d'autres sensations comme des sensations durables, permanentes, supérieu¬res aux conditions individuelles particulières.
Le travail scientifique a deux aspects principaux :
1. il rectifie continuellement le mode de connaissance, il rectifie et renforce les organes sensoriels, et élabore des principes d'induction et de déduction nouveaux et complexes ; en d'autres termes, il affine les instruments même de l'expérience et de son contrôle ;
2. il applique cet ensemble instrumental (d'instruments matériels et mentaux) pour fixer ce qui, dans les sensations, est nécessaire et ce qui est arbitraire, individuel, tran¬sitoire. On établit ce qui est commun à tous les hommes, ce que les hommes peu¬vent contrôler de la même façon, indépendamment les uns des autres, pourvu qu'ils aient respecté les mêmes conditions techniques de vérification. « Objectif » signifie précisément et seulement ceci : on affirme comme étant objectif, comme réalité ob¬jec¬tive, la réalité qui est vérifiée par tous les hommes, qui est indépendante de tout point de vue purement particulier ou de groupe.
Mais au fond, il s'agit encore d'une conception particulière du monde, d'une idéo¬lo¬gie. Toutefois, cette conception, dans son ensemble, et par la direction qu'elle indi¬que, peut être acceptée par la philosophie de la praxis, tandis que celle du sens com¬mun doit en être rejetée, même si elle conclut matériellement de la même façon. Le sens commun affirme l'objectivité du réel dans la mesure où la réalité, le monde, a été créée par Dieu indépendamment de l'homme, antérieurement à l'homme ; l'affir¬ma¬tion de l'objectivité du réel exprime par conséquent la conception mythologique du monde ; le sens commun tombe d'ailleurs dans les erreurs les plus grossières lorsqu'il décrit cette objectivité : il en est resté encore, pour une bonne part, à l'astronomie de Ptolémée, il ne sait pas établir les liens réels de cause à effet, etc., c'est-à-dire qu'il affirme « objective » une certaine « subjectivité » anachronique, ne pouvant même pas concevoir que puisse exister une conception subjective du monde et ignorant ce que cela voudrait ou pourrait signifier.
Mais toutes les affirmations de la science sont-elles « objectivement » vraies ? De façon définitive ? Si les vérités scientifiques étaient définitives, la science aurait cessé d'exister comme telle, comme recherche, comme expériences nouvelles, et l'activité scientifique se réduirait à une divulgation du déjà découvert. Ce qui n'est pas vrai, pour le bonheur de la science. Mais si les vérités scientifiques ne sont elles non plus ni définitives, ni péremptoires, la science, elle aussi, est une catégorie historique, un mouvement en continuel développement. Sauf que la science ne pose aucune forme métaphysique d' « inconnaissable », mais réduit ce que l'homme ne connaît pas à une empirique « non connaissance » qui n'exclut pas la possibilité de connaître, mais la rend dépendante du développement des instruments physiques et du développement de l'intelligence historique des savants en tant qu'individus.
S'il en est ainsi, ce qui intéresse la science n'est donc pas tant l'objectivité du réel que l'homme qui élabore ses méthodes de recherche, qui rectifie continuellement les instruments matériels renforçant ses organes sensoriels et les instruments logiques (y compris les mathématiques) de discrimination et de vérification : ce qui intéresse la science est donc la culture, c'est-à-dire la conception du monde, c'est-à-dire le rapport de l'homme et du réel par la médiation de la technologie, Même pour la science, cher¬cher la réalité hors des hommes - cela entendu dans un sens religieux ou métaphy¬sique - n'apparaît rien d'autre qu'un paradoxe. Sans l'homme, que signifierait la réalité de l'univers ? Toute la science est liée aux besoins, à la vie, à l'activité de l'homme. Sans l'activité de l'homme, créatrice de toute les valeurs, y compris des valeurs scien¬tifiques, que serait l' « objectivité » ? Un chaos, c'est-à-dire rien, le vide - si cela mê¬me peut se dire, car réellement si on imagine que l'homme n'existe pas, on ne peut ima¬giner l'existence de la langue et de la pensée. Pour la philosophie de la praxis, l'être ne peut être disjoint de la pensée, l'homme de la nature, l'activité de la matière, le sujet de l'objet : si on effectue cette séparation, on tombe dans une des nombreuses formes de religion ou dans l'abstraction vide de sens.
Poser la science à la base de la vie, faire de la science la conception du monde par excellence, celle qui purifie le regard de toute illusion idéologique, qui pose l'homme devant la réalité telle qu'elle est, signifie retomber dans l'erreur selon laquelle la philosophie de la praxis aurait besoin de soutiens philosophiques qui lui seraient extérieurs. Mais en réalité, la science elle aussi est une superstructure, une idéologie. Peut-on dire toutefois que la science - surtout depuis le XVIIIe siècle, depuis qu'on lui accorde un rang particulier dans l'appréciation générale - occupe une place privilégiée dans l'étude des superstructures, du fait que sa réaction sur la structure a un caractère particulier de plus grande extension et de plus grande continuité de développement ? Que la science soit une superstructure est démontré aussi par le fait qu'elle a subi des périodes entières d'éclipse, obscurcie qu'elle fut par une autre idéologie dominante, la religion qui affirmait avoir absorbé la science elle-même : la science et la technique des Arabes apparaissaient alors aux chrétiens comme une pure sorcellerie. De plus la science, malgré tous les efforts des savants, ne se présente jamais comme une pure notion objective : elle apparaît toujours revêtue d'une idéologie ; la science est con¬crè¬tement l'union du fait objectif et d'une hypothèse ou d'un système d'hypothèses qui dépassent le pur fait objectif. Il est cependant vrai que, dans le domaine scientifique, il est relativement facile de distinguer la notion objective du système d'hypothèses par un processus d'abstraction qui est inscrit dans la méthodologie même des sciences et qui permet de s'approprier l'une et de repousser l'autre. Voilà pourquoi un groupe social peut faire sienne la science d'un autre groupe sans en accepter l'idéologie (par exem¬ple l'idéologie de l'évolution vulgaire) ; voilà pourquoi les observations de Missiroli (et de Sorel) à ce sujet tombent d'elles-mêmes.
Il faut noter qu'il y a en réalité, à côté de l'engouement superficiel pour les sciences, la plus grande ignorance des faits et des méthodes scientifiques, qui sont très difficiles et qui le deviennent toujours davantage en raison de la spécialisation progressive de nouveaux rameaux de recherche. La superstition scientifique apporte avec elle des illusions si ridicules et des conceptions si infantiles que, par compa¬raison, la superstition religieuse elle-même en sort ennoblie. Le progrès scientifique a fait naître la croyance et l'espoir en un nouveau type de Messie qui réalisera sur cette terre le pays de Cocagne ; les forces de la nature, sans l'intervention de l'homme, mais par le fonctionnement de mécanismes toujours plus perfectionnés, donneront en abondance à la société tout le nécessaire pour satisfaire les besoins et pour rendre la vie facile. Cet engouement dont les dangers sont évidents (la foi superstitieuse et abstraite dans la force thaumaturgique de l'homme conduit paradoxalement à stéri¬liser les bases mêmes de cette force et à détruire tout amour du travail nécessaire et concret, elle porte à rêver comme si l'on fumait un nouveau type d'opium) doit être combattu avec différents moyens dont le plus important devrait être une meilleure connaissance des notions scientifiques essentielles, par la divulgation de la science par les savants et par les spécialistes sérieux et non pas par des journalistes omni¬scients ou des autodidactes prétentieux. En réalité, on conçoit la science comme une sorcellerie supérieure parce qu'on attend trop d'elle et, par conséquent, on ne réussit pas à évaluer avec réalisme ce qu'elle offre de concret. (M.S., pp. 50-57.) [1932-33]
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Par contre plein d'humour mais pas marrant:
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