Roubaix, une lumière 2019 Arnaud Desplechin

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Message par 에르완 le Mer 28 Aoû 2019 - 19:19

Ça débute par le titre « Roubaix, une lumière » qui se juxtapose sur les mots « OH MERCY! » qui est le titre à l'international _ j'sais pas si ya un rapport avec Dylan lol et puis d'autres mots qui donnent au film son tampon de réalité : toutes les histoires seraient basées sur des faits,  et de fait elles proviennent d'un film documentaire de Mosco Boucault intitulé Roubaix, commissariat central de 2008.
Desplechin, qui est natif de Roubaix, aurait besoin d'un vieux documentaire de france 3 sur sa  ville natale vue à travers le regard policier pour mieux agencer sa vision théâtralisée du monde. C'est assez étonnant et pour le dire je trouve qu'il se couvre pas mal de tout les côtés du concept de "vérité" ; pour mieux le noyauter ?
Difficile de critiquer ce qu'il montre puisque c'est réellement vrai.
Dans Esther Khan, il y avait cet homme qui s'employait à délivrer une jeune femme de sa vérité d'actrice, transposer son émotion de spectatrice à l'expérience des techniques d'acteurs sur scène.
Il y a dès le départ un partage entre histoire vraie, documentaire, pour les miséreux de Roubaix qui ont le malheur de croiser la police, et  la Fiction, au sein de la police, les deux héros du film : le nouvel inspecteur qui a perdu la grâce et tout ce qui a trait au personnage central de Daoud ( le roi prophète si on en croit wiki) quand il sort de son rôle de commissaire. 
C'est comme si tout un monde de relations était ignoré, négligé. Daoud à la fin offre d'ailleurs une explication à ce manque ; ce n'en est pas un, c'est tellement présent qu'il devient inutile de le montrer, de le commenter sinon brièvement en assénant aux deux meurtrières qu'il connaît leur vie, qu'il en a l'intuition : déterminisme absolu des petits cailloux dans la forêt de l'existence qui ne peuvent conduire qu'à la fatalité.
On suit Daoud chez lui, ou là où il aime à boire un verre solitairement en lisant le journal ; on le suit également dans son admiration d'un cheval noir, son goût des courses hippiques mais pas des paris contrairement à son jeune collègue en manque lui aussi mais de grâce ; le pari de la foi.

L'idée de l'enfance semble jouer un rôle majeur  ... Les criminels, ils les filment comme des réalités duelles, des adultes qui ne le sont pas vraiment, rapetissés, perdus dans leur goût inconscient jamais assagi, jamais investi, du jeu et de la transgression.
Ainsi le personnage de Farid, joue avec la police et fuit l'interpellation dans la rue moins pour leur échapper que pour le plaisir de la poursuite en elle même. On peut aussi évoquer un moment court quand le nouvel inspecteur écrit une lettre à son diocèse et deux enfants  passent un bâton entre les barreaux devant les vitres de son appartement. Enfance libre des contraintes, des règles auxquelles doivent se soumettre les adultes véritables mais nargués. Peut être des anges.

En l'absence d'état de grâce, de rupture avec la foi intérieure, qu'est ce que la parole peut produire dans cet au delà qu'est l'autre ? La confession appelle t elle une réponse évasive ou circonstanciée ? La confession devant des policiers et celle au côté d'un curé, la scénographie est déjà différente, peut on penser leur différence par ce film de Desplechin ?
L'analogie entre les deux vient du personnage de jeune inspecteur déjà évoqué. Ses lettres ne trouvent pas de réponse ni ses pensées. Si bien que la recherche de la vérité criminelle prend un intérêt, une qualité, supplémentaire pour lui, de recherche spirituelle, ce que les journalistes spécialisés appellent « l'âme humaine » et qui serait le terrain privilégié des objectifs de la caméra de Desplechin. Les réponses qu'il cherche peuvent-elles apparaître dans un tout autre espace où la culpabilité, le doute, la loi, la croyance ont un sens bien différent.
Il dit en voix off cette blessure de l'adolescence que de n'avoir pas poursuivi sur le chemin de la foi, du sacerdoce.
Par contre le commissaire Daoud, lui il laisse songeur ; nul doute chez lui. Il semble en rapport direct avec le dieu de la police. Alors que le nouvel inspecteur tâtonne, lui trouve tout de suite les coupables comme dans une espèce de spectacle de magie. Et tout le clou du film tient en de longues séquences d'interrogatoire, d'interpellation, de deux jeunes femmes homosexuelles par des flics qui se transforment en accoucheurs des mots.  
Bien peu d'analyse du lieu policier, des contraintes qui pèsent sur « les forces de l'ordre ».
D'ailleurs, comme les avocats sont exclus du jeu de rôle, le discours qu'ils pourraient tenir, rappelant la loi commune, les droits des accusés est inaudible.
Ce ne sont pas ces mots là dont D ressent pour nous le besoin. Dans cette scène de théâtre où chacun assume un personnage interprété mille fois, Desplechin cherche une vérité qui est d'autant plus rare qu'elle ne s'y trouve pas, elle est dans un autre film qu'il ne fait lui même que rejouer sans pouvoir atteindre sa cible télévisuelle. Finalement il est dans la position d'Esther Khan qui, émue par un spectacle, cherche à reconstruire un sentiment, à l'habiter, là où la force de ce spectacle résidait dans une singularité non anticipée, où brusquement une logique formelle inspirée des formes classiques du roman, de la série
Le réalisateur de ce documentaire explique que le principe s'apparente à celui des romans noirs américains : une ville, un policier, une enquête. Avec une différence de taille selon lui : "S'agissant d'un film documentaire, tout est vrai".
se brisait sur un visage, sur une image affection digne de Dreyer mais que D ne parvient jamais à produire.
Spoiler:

에르완

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