Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

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Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Ven 4 Avr 2014 - 15:56

Pas encore vu le film, mais lu le texte de balourdnatique, qui semble se forcer à l'aimer, parce que c'est le dernier Resnais; condescendance dont ce dernier se serait bien passé...

Comme d'ordinaire, Buster joue les détectives, et nous révèle des choses, par exemple, que "taupe" en anglais se dit "mole"...ajoutons que ce mot se traduit en resnais "mélo"; je blague...Plus intéressant est de noter que le prénom du héros de "la taupe" (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) de john le carré s'appelle george, george smiley, ce qui rime assez bien avec george riley...

pas vu le film, mais ce que j'en sais me fait penser à  "A Letter to Three Wives", de J. Mankiewicz

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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Sam 5 Avr 2014 - 8:31

Balournatique le 5 avril 2014 02:36 a écrit:

   Ah Borges, il a pas traîné… et comme d’habitude, pas foutu de lire un texte convenablement. Parler de condescendance, non mais franchement, c’est l’hôpital qui se fout de la charité.
   A part ça, oui la taupe c’est aussi l’espion infiltré (brillante découverte), et George Smiley ça rime avec George Riley, sauf que Smiley n’est pas la "taupe" (d’autant qu’il ressemble plutôt à un crapaud), c’est l’agent secret qui la traque. Du coup on voit pas trop le rapport. Cette taupe en fait c'est pas une bonne piste, d'ailleurs elle n’est pas dans la pièce d’Ayckbourn, c’est une blague de Resnais, une de plus.
   Quant à Mankiewicz (Chaînes conjugales, Guêpier pour trois abeilles), on trouve la référence sur différents sites (que Borges en bonne taupe a dû infiltrer j’imagine), valzeur avait d’ailleurs fait le rapprochement ici même.

-Tu plaisantes, Buster :  tu ne penses tout de même pas que les spectres peuvent se permettre des infiltrations aussi débiles, de risquer la vie de nos hommes, l'avenir de l'agence,  nos crédits,  qui ne sont pas illimités, pour apprendre des évidences...

-Si Valzeur a fait le rapprochement, il doit être mauvais; j'y renonce...

-smiley n'est pas la taupe, merci de me l'apprendre;  cette piste m'intéresse; j'attend d'avoir vu le film, pour creuser le sujet...

sinon, ton dernier paragraphe, c'est de la condescendance...


Balourdnatique a écrit:On va me dire que si j’aime le film c’est parce que c’est le dernier de Resnais, que si Resnais n’était pas mort je ne l’aimerais pas autant. Peut-être. Mais si je l'aime c’est d'abord parce qu'en tant que dernier film il fait résonner en moi des choses qui n’auraient pas résonné autrement (sur la vieillesse notamment, le fait que les acteurs incarnent, dans la pièce qu'ils répètent, des personnages beaucoup plus jeunes qu'eux, comme dans le théâtre d'avant-guerre). Si je l'aime c'est aussi pour plein d'autres (petites) choses, qui vont des pendules détraquées, impossible à régler (le film est rythmé par les saisons, du printemps à l'automne, mais c'est le temps - hors du temps - du théâtre, le pur présent de ce qui a lieu, qui se trouve ici valorisé, même si on n'est pas dans l'instant de la représentation), à l’apparition/disparition de la taupe (c'est qui finalement cette taupe: Riley? Resnais? - Resnais la taupe, ha ha, qui me dit que Resnais, farceur impénitent, n'y a pas pensé), en passant par tous ces "putains de merde" qui scandent le film, voire les plans de transition, filmés de l’intérieur d’un véhicule, écho improbable au Camion de Duras (l'amie qui ne mâchait pas ses mots et, c'est marrant, qui aurait eu 100 ans aujourd'hui!). Resnais, amateur de pied-de-nez (le finale au cimetière, avec la jeune fille en noir déposant sur la tombe de George une carte postale qui symbolise la mort, c'est une blague de Resnais, évidemment, une blague punk) autant que roi du contre-pied. Ce qui fait au bout du compte que si j'aime Aimer, boire et chanter, c'est pour son mouvement, qui se déploie ainsi à l'envers, allant du cinéma au théâtre, de la scène aux coulisses, de l’absent (George) à l’ailleurs (Tenerife). L'envers pour mieux approcher la vérité, celle de la vie, bien sûr, la vie de Resnais, au soir de sa vie...


comme disait l'autre, t'as rien à dire, le film t'intéresse pas, tu fais des phrases;  des mots, des mots, des mots; tu fais semblant, c'est mièvre, comme cette conclusion digne du blog d'une adolescente qui fait de la poésie : "la vie de resnais, au soir de sa vie"...


"If it sounds like writing,  rewrite it."


"Resnais n'aime pas le jour, il dit lui-même qu'il est une taupe, la luminosité lui fait mal aux yeux."



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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Eyquem le Jeu 10 Avr 2014 - 18:26

Hello Borges, salut tous,
Borges a écrit:Il me semblait que ses tentatives de revitaliser un monde, dont lui seul avait enregistré à temps la maladie, étaient vouées à ne produire que du malaise (Daney)


revitaliser le monde, sans y réussir et sans illusion non plus, suffit d'écouter la chanson, cela semble aussi la fin de "aimer, boire et chanter "...
J'ai bien aimé le film, sans être passionné; c'est quand même beaucoup moins pénible que "Vous n'avez encore rien vu".

Ce film, c'est un peu son "Et in Arcadia ego".
(on avait parlé de ce tableau à propos des "Herbes folles", où on voyait le Poussin)




Pourquoi une taupe, en effet. Je n'ai pas lu les entretiens, mais je parie que Resnais ne dit rien; ou alors, il doit sortir la même histoire que pour les méduses à la fin de "On connaît la chanson":
Resnais a écrit:J’ai un vague principe, que j’ai déjà appliqué dans plusieurs films : s’il y a des images qui viennent comme ça et restent plus d’une semaine, il ne faut pas se poser la question, on les met dans le film. Les méduses, ce n’est pas un symbole. Elles se sont imposées à la fin de la préparation, au moment des répétitions. L’idée était donc présente au tournage: la caméra suit la méduse, qui nous amène à d’autres personnages ayant des rapports au cours de la soirée dans l’appartement. Après, on peut bien dire que c’est un symbole de personnages qui flottent, mais je fuis le symbole par tous les moyens.


http://www.lesinrocks.com/1997/11/12/cinema/alain-resnais-sil-y-a-nostalgie-je-ne-cherche-pas-a-la-favoriser-11231802/

(Entretien intéressant sur ce point: Resnais cite un tas d'animaux: le hérisson, la colombe, les rats bien sûr, etc)

La taupe, il m'a semblé qu'elle était là pour la galerie:


(très jolie illustration, sur Wiki)

Ce dessin de galeries en réseaux, ça peut rappeler la carte de Grande Bretagne, de la région d'York, et de son réseau de routes, qu'on voit au début du film.


Ou bien, la taupe, c'est une version loufoque de la tête de Gorgone qu'on voyait au début de "Vous n'avez encore rien vu".

Ou bien, c'est une plaisanterie à la Resnais:
- J'ai tout vu. Tout.
- Tu n'as rien vu.

Qu'est-ce que c'est, à part un dialogue de taupes?
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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Jeu 10 Avr 2014 - 19:07

Hi;

pas encore vu le film;

je ne veux pas m'avancer, mais la taupe doit vraiment être centrale dans cette histoire, pour bien des raisons : la vue, le regard, le visible, mais aussi la médecine, la maladie, l'infiltration et donc le cancer...

balournatique en partant de l'anglais est arrivé à des choses, qu'il ne voit pas, bien entendu : mole, grain de beauté, laideur (un ensemble d'éléments que l'on retrouve dans un passage de je ne sais plus quel séminaire de lacan où il est longuement question de "grain de beauté", de cécité, de taupe, et du fameux objet petit a... Notons que nos amis discutant chez Buster, nous rejouent le coup de la laideur...)

le sens s'est perdu, mais autrefois :

TAUPE, s. f. (Pathol. chir.) Talpa. Nom vulgaire sous lequel on désigne une tumeur molle, irrégulière et sinueuse, renfermant une substance ...

Le mot de  taupe qui ne figure plus dans les dictionnaires médicaux français, dès la fin du XIXe siècle, désigne encore en anglais ("mole") les naevus pigmentaires

-la taupe est un animal chthonien, lié donc aux mondes souterrains, aux enfers, mais aussi à la résurrection, au retour à la vie; le dieu Esculape, foudroyé par Zeus pour avoir ramené à la vie des morts, était un dieu-taupe...

-l'autre piste à creuser, c'est celle indiquée par Resnais lui-même : le surréalisme...

comme l'a noté balournatique la taupe n'était pas dans le bouquin, elle est venue à Resnais dit-il de sa lecture des surréaliste : "Elle a à voir avec ma lecture des surréalistes lorsque j’étais adolescent. J’avais retenu que si une image vous apparaissait et s’imposait encore à vous trois jours plus tard, il fallait en faire quelque chose. J’ai conservé ce conseil."

l'étrange dans cette histoire est que la taupe occupe une place essentielle dans le texte de "rupture" de Bataille avec le surréalisme... il faudrait le citer en entier.

Bataille y prend le parti de la taupe, animal marxiste, matérialiste, qui ne mène pas la vie de château, mais l'inquiète, la trouble...  contre le parti de l'aigle... animal aristocratique, aérien, impérialiste, idéaliste...

La taupe, la myope, l'aigle, qui seul peut contempler le soleil...


Bataille a écrit:L'obscurité terrifiante des tombes ou des caves et la splendeur lumineuse du ciel, l'impureté de la terre où les corps pourrissent et la pureté des espaces aériens (...) les parties basses et les parties nobles, dans l'ordre politique, l'aigle impérialiste et la révolution ''vieille taupe'', comme dans l'ordre universel la matière, réalité vile et basse, et l'esprit élevé. Ce langage inconnu des philosophes (du moins explicitement) est toutefois pour la race humaine un langage universel.....

Cependant ramenée à l'action souterraine des faits économiques la révolution "vieille taupe" creuse des galeries dans un sol décomposé et répugnant pour le nez délicat des utopistes. ''Vieille taupe'' dans la bouche de Marx, expression bruyante d'une pleine satisfaction du tressaillement révolutionnaire des masses est à mettre en rapport avec la notion de soulèvement géologique telle qu'elle est exprimée dans le Manifeste communiste. Le point de départ de Marx n'a rien à voir avec le ciel, lieu d'élection de l'aigle impérialiste comme des utopies chrétiennes ou révolutionnaires. Il se situe dans les entrailles du sol, comme dans les entrailles matérialistes des prolétariens.

si je me base sur ce que j'ai lu à propos de ce film : son esthétique, sa laideur, mais aussi son sens, ses sens, sont déterminés par la taupe, même si elle n'est pas marxiste...


Dernière édition par Borges le Ven 11 Avr 2014 - 14:07, édité 1 fois
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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par adeline le Jeu 10 Avr 2014 - 19:27

"Vous n'avez encore rien vu" avec la Gorgone, la taupe qui voit rien non plus, et qui ne regarde donc pas, et les méduses d'On connaît la chanson, encore une chose qu'on ne peut pas regarder… On ne peut regarder ni la mort ni le soleil.

"Il y aura dix mille degrés sur la terre. Dix mille soleils, dira-t-on. L'asphalte brûlera."

"Tu n'as rien vu à Hiroshima"

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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Ven 11 Avr 2014 - 14:37

Gorgone, méduse, taupe... : notons que c'est grâce au sang de la gorgone que esculape le dieu-taupe avait accompli ses résurrections...où la mythologie rejoint la science :

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/09/23/le-secret-anticancer-du-rat-taupe-nu_3483066_1650684.html
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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Ven 11 Avr 2014 - 19:18

Balournatique et ses commentateurs a écrit:
Sébastien a dit...

   Cette taupe, c'est juste une plaisanterie de Resnais, ce n'est pas si important que ça.

   11 avril 2014 16:10
Blogger Buster a dit...

   Oui, une blague surréaliste, genre "Ceci n'est pas une taupe" ou "Vous n'avez (toujours) rien vu..."


"une blague surréaliste", et on passe à autre chose, pitoyable, comme si étaient évidents le sens de cette association, le sens de la blague, ou du surréalisme...



mais précisément balourdnatique, c'est parce que ce n'est pas une taupe, le petit animal, que vous n'avez une fois de plus encore rien vu; la taupe, qu'il faille expliquer ça à un gars qui fait semblant de lire lacan est comique  :  ça n'a pas un sens, ça n'a pas un référent réel... elle ne vient pas dans le film comme ça, surgissant de nulle part, elle est venue de l'"inconscient" de resnais, et s'inscrit dans son bestiaire, avec les autres animaux, que nous sommes :  méduse, hérisson, souris, avec la gorgone... tous ces animaux qui sont liés à la mort,  à la vision, impossible...à la catastrophe, dont on ne va pas rappeler l'importance dans la cinéma de resnais...

( pour  la vision impossible et la catastrophe, cf GDH, sentir le grisou)

il suffit de réfléchir une seconde, de lier le titre du film précédent de resnais "vous n'avez encore rien vu" à cette taupe pour voir que c'est pas une blague, ou alors que les mots d'esprit ont un petit rapport avec l'inconscient...




dialogue de taupes, comme dit eyquem



depuis deleuze on sait que le cinéma de resnais c'est un cinéma du revenant; dans son bouquin sur marx et ses spectres, derrida écrit :

"Tout revenant paraît ici venir et revenir de la terre, en venir comme d'une clandestinité enfouie (l'humus et le terreau, la tombe et la prison souterraine), pour y revenir, comme au plus bas, vers l'humble, l'humide, l'humilié."

avant de citer deux animaux, qu'on retrouve chez resnais, la taupe (dans Hamlet, le fameux" Well said, old Mole"; old mole, c'est ainsi que hamlet appelle son père, le spectre...)  et le hérisson ;


"Bien dit, vieille taupe ! Tu travailles à ton aise sous terre ? Quel bon mineur ! "
(Hamlet)


http://www.oasiscenter.eu/fr/articles/2009/07/01/tant-bien-que-mal-la-vieille-taupe-est-au-travail

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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Eyquem le Ven 11 Avr 2014 - 22:00

Hello Borges,

merci pour toutes ces pistes.

Je continuais à creuser de mon côté, oubliant un peu le film, et je tombe là-dessus: l'éloge de la Taupe, par Buffon himself. Voilà ce qu'il dit en préambule de l'article:
Buffon, dans Histoire naturelle, a écrit:La taupe, sans être aveugle, a les yeux si petits, si couverts, qu'elle ne peut faire grand usage du sens de la vue : en dédommagement la nature lui a donné avec magnificence l'usage du sixième sens, un appareil remarquable de réservoirs et de vaisseaux, une quantité prodigieuse de liqueur séminale, des testicules énormes, le membre génital excessivement long; tout cela secrètement caché à l'intérieur . et par conséquent plus actif et plus chaud. La taupe à cet égard est de tous les animaux le plus avantageusement doué , le mieux pourvu d'organes, et par conséquent de sensations qui y sont relatives.
Le 6e sens dont parle Buffon, c'est tout ce qui est relatif à "la vivacité des sensations qui sont produites par le rapprochement des sexes".

La taupe, bête de sexe. On s'y attend pas, mais on comprend mieux pourquoi, dans le film, elle a l'air de bonne humeur.



C'est intéressant de noter ça, me semble-t-il, parce que dans le film, il n'est question que de sexe: qui couche avec qui; qui ne couche plus ou plus tellement; ils en parlent tous, y pensent tout le temps, ils se font tous des films, bien que pas grand-chose ne se passe entre eux: c'est d'ailleurs un problème qui les ronge tous, et l'un des rôles de George, dans le film, c'est de faire renaître le désir au sein des couples.


Je dois dire que maintenant, je ne peux plus m'empêcher de faire le lien avec un autre dernier film: "Eyes wide shut" - encore un titre de voyant / aveugle. Le Kubrick se terminait par ce dialogue:

Alice Harford: I do love you and you know there is something very important we need to do as soon as possible.
Dr. Bill Harford: What's that?
Alice Harford: Fuck.


Je me demande si "Aimer, boire et chanter" ne pourrait pas se traduire plus simplement par: "fuck".
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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Sam 12 Avr 2014 - 10:39

Hi, curieuse compensation si on se souvient que la cécité dans la psy est  associée à l'impuissance sexuelle, à la castration; oedipe se crevant les yeux...

La taupe, bête de sexe.

on retrouve là les valeurs liées à la taupe  par Bataille; dans "La « vieille taupe » et le préfixe sur dans les mots surhomme et surréaliste",  bataille parle à plusieurs reprise d’émasculation, de castration...

" le surréalisme actuel qui conserve  la prédominance des valeurs supérieures et éthérées. Plus exactement même, puisque le surréalisme se distingue immédiatement par un apport de valeurs basses (inconscient, sexualité, langage ordurier, etc.), il s'agit de donner à ces valeurs un caractère éminent en les associant aux valeurs les plus immatérielles. Peu importent aux surréalistes les altérations qui en résultent : que l'inconscient ne soit plus qu'un pitoyable trésor poétique; que Sade, lâchement émasculé par ses apologistes, prenne figure d'idéaliste moralisateur ... Toutes les revendications des parties basses ont été outrageusement déguisées en revendications des parties hautes..."





mon pauvre balournatique je ne prétend rien t'apprendre, modeste comme platon, je veux seulement te rappeler des choses que tu as toujours déjà sues...

réponse plus longue peut-être suivra
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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Sam 12 Avr 2014 - 14:52

sans rien vouloir apprendre à personne, m'étonnant moi-même :

Dans le dernier Positif, on demande à Resnais si la taupe figure le metteur en scène, il répond :

"Pourquoi pas ? Je n'aime pas le soleil, je vis mieux dans une semi-obscurité. A la lecture de la pièce, j'ai pensé que, comme tout était situé dans des jardins, il nous fallait une taupe. On pourrait dire que tout est raconté par elle, qui trouve ces humains farfelus et qui finit par regagner son trou. J'avais déjà eu envie de mettre une taupe au début de "smoking/no smoking" en pensant à un film de Clarence Brown avec Mickey Rooney "Et la vie continue" (1943), coécrit par un auteur que j'aime beaucoup, William Saroyan […] Au début, on entendait la voix d'un mort sur des images de nuages dans les cieux, puis on avait une vue d'avion sur une contrée californienne avec des champs, […] une cour de ferme et on descendait sur un petit garçon, penché, qui regardait une taupe sortir de son trou, et la caméra descendait encore pour ne cadrer que la taupe. Ce qui me plaisait et que j'aurais voulu imiter, c'était cette disproportion d'échelle, l'aboutissement de ce grand voyage pour voir une taupe qui remuait la terre. Finalement nous avons trouvé un autre démarrage. Smoking/no smoking, c'était des films de mouettes."

fait important : le gars avec qui s'entretient Resnais, François Thomas, le corrige : si sa mémoire est bonne, ce n'est pas une taupe que l'on voit dans "Et la vie continue" mais un "gauphre"…

pas vu le film, en anglais, "The Human Comedy"… mais balourdnatique et ses amis n'auront  pas manqué de noter comment l' "inconscient" structure le récit et le faux souvenir de Resnais, l'opposition du haut et du bas, si importante dans le texte de Bataille (l'aigle contre la taupe) : le ciel, les nuages, la voix du mort, et à terre, la ferme, le petit garçon qui se penche sur cette taupe dans son trou; le trou c'est la tombe, bien entendu, la version matérialiste de la mort… Si on sait que la voix off qui raconte l'histoire dans "Et la vie continue"  est celle du père mort du petit garçon, on se dit qu'on n'est pas loin de la "old mole" de Hamlet...




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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Eyquem le Sam 12 Avr 2014 - 15:19

On a une idée du plan ici, en cliquant sur "2 minute preview"
http://www.vudu.com/movies/#!overview/83261/The-Human-Comedy
Dommage, l'extrait s'arrête pile quand la taupe doit faire son entrée...
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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par Borges le Jeu 17 Avr 2014 - 9:43

I Saw it, si on peut dire ça comme ça; je reviendrai dessus plus tard, sans doute...pour  rassembler toutes ces idées,  dont la dispersion est plus apparente que réelle.


Eyquem a écrit:

Je dois dire que maintenant, je ne peux plus m'empêcher de faire le lien avec un autre dernier film: "Eyes wide shut" - encore un titre de voyant / aveugle. Le Kubrick se terminait par ce dialogue:

Alice Harford: I do love you and you know there is something very important we need to do as soon as possible.
Dr. Bill Harford: What's that?
Alice Harford: Fuck.


Je me demande si "Aimer, boire et chanter" ne pourrait pas se traduire plus simplement par: "fuck".


la morale du film, ironique ou pas, apparente ou réelle,  est assez proche de "fuck" : fun...
mais à la fin du film, il s'agit moins de baise, de sexe ( même si les personnages, surtout les femmes semblent en manquer, et le chercher chez ce George, qui nous est présenté comme un canon tirant partout; une vraie taupe, comme l'a dit Eyquem ) que de décision : les couples se reforment une fois que l'homme a décidé de demander à la femme de rester. Comme disait Badiou dans son texte sur "identification d'une femme" d'antonioni : "on croit qu'une femme est une énigme tant qu'on croit qu'il s'agit de la connaître. Mais il s'agit de la décider (...) c'est le défaut de décision qui fait que tout devient énigme"...



La situation est assez proche de celle de "l"année dernière à M." (cité au moins une fois, et où il est aussi question de théâtre, et d'horloge )





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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

Message par adeline le Lun 21 Avr 2014 - 16:14

J'ai écouté d'une oreille distraite l'émission de Michel Ciment sur Aimer, boire et chanter.
http://www.franceculture.fr/emission-projection-privee-table-ronde-autour-d-alain-resnais-2014-03-29

Intéressante en ce qu'elle réunissait André Dussollier, Blutch et le scénariste. Ils discutaient surtout du travail lui-même, ce qui est toujours intéressant. Je me souviens surtout d'une question de Ciment à Blutch, pourquoi les personnages sur l'affiche ont-ils l'air si sombre. Blutch répond qu'il a regardé plusieurs fois le film seul, et une fois avec Resnais. A la fin, Resnais a dit des personnages quelque chose comme "c'est fou ce que ces gens souffrent", d'où le dessin. (À vérifier, je déforme peut-être).

Le film est bien, mais il est difficile de le porter aux nues. Beaucoup plus facile à regarder et à aimer que Vous n'avez encore rien vu, mais quand même mineur, semble-t-il, je ne sais pas pourquoi ce mot me vient. On pourrait dire que c'est un petit Resnais. Agréable, parfois drôle, mélancolique et un peu maladroit, je ne sais pas pourquoi.

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Re: Aimer, boire et chanter (Resnais, 2014)

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