les joies du net

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Re: les joies du net

Message par Invité le Mar 4 Aoû 2009 - 9:24

Entretien de Coupat en prison dans Le Monde, bons retours :
Arrow http://parolesdesjours.free.fr/coupat.pdf

A télécharger :
Arrow dl.free.fr/cFNG5V/parolesdesjours?F=445808

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Re: les joies du net

Message par ^x^ le Mar 4 Aoû 2009 - 13:05

Ah, on a enfin trouvé l'identité civile de Hakim Bey Very Happy



je n'avais jamais lu Coupat auparavant. Ce n'est pas l'image que je me faisais de lui. Et les médias n'ont rien à voir là dedans...enfin presque.
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article74396

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Re: les joies du net

Message par Van Stratten le Mer 5 Aoû 2009 - 8:40

Salut, spectres,

Permettez-moi de revenir un instant au sujet initial de cet échange.
Personnellement, je surfe rarement. Je préfère "dériver" sur mes deux jambes, que sur la molette d'une souris. Ce qu'ouvre un tel "forum" c'est un lieu éditorial : le texte qui est écrit a enfin une chance d'être lu.
Encore faut-il savoir d'où l'on parle.
Il n'empêche : c'est déjà pas mal.

À tantôt.

Van Stratten

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Re: les joies du net

Message par Eyquem le Ven 18 Sep 2009 - 12:46


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Re: les joies du net

Message par Largo le Mar 30 Mar 2010 - 9:55

Il me semble que j'avais évoqué cette pub sur le forum, je sais plus où mais je l'ai retrouvée donc voilà :


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Re: les joies du net

Message par Invité le Mer 31 Mar 2010 - 17:58

énorme cette pub ! Il est pas censé y avoir quelqu'un qui a droit de regard sur les pages de réclame dans la rédaction d'un mag ?

Du coq à l'âne, on pensait que c'était juste une boutade de Finkielkraut, mais ça existe déjà depuis quelques années en fait :


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Re: les joies du net

Message par Invité le Jeu 15 Avr 2010 - 9:26


AFP - 15/04/2010 à 09h13
La révolution grâce à internet n'aura (sans doute) pas lieu

Considéré comme un formidable outil de déstabilisation des dictatures, l'internet est aussi un excellent moyen de contrôle pour ces mêmes régimes autoritaires, ont estimé des blogueurs internationaux réunis à Berlin depuis mercredi.

Ukraine, Moldavie, Birmanie, Iran... les soulèvements populaires de ces dernières années ont tous fait la part belle à l'internet, permettant des mobilisations rapides de manifestants ou la circulation de l'information sur les répressions.

Pourtant, si l'"internet est sans doute un phénomène comme on n'en a jamais connu, il n'abolit pas tout ce que l'on a appris des sciences politiques, de la sociologie et de l'Histoire", a tempéré le journaliste et blogueur Evgueny Morozov lors d'une présentation dans le cadre de re:publica 2010, rassemblement de plus de 2.000 blogueurs d'une trentaine de pays qui se déroule jusqu'à vendredi dans la capitale allemande.

"Toutes les questions que l'on se pose dans nos démocraties sur internet, on doit aussi se les poser dans un contexte autoritaire", a-t-il poursuivi, expliquant que tout ce qui est mis sur internet sert aux pouvoirs en place pour asseoir leur emprise.

"Vos amis sur Facebook, ceux qui vous suivent ou que vous suivez sur Twitter, les listes de diffusions auxquelles vous appartenez, les photos de manifestants que vous mettez en ligne...": tous ces élements sont des sources d'informations.

"Internet est une arme à double tranchant. Certains gouvernements ont des armées de fonctionnaires chargés de surveiller internet", confirme Almira Al Hussaini, blogueuse bahreïnie.

"Chaque blocage de site, chaque arrestation sert à créer une culture de la peur", ajoute-t-elle.

Le but est de dissuader les dissidents: "ce qui est plus important encore que la censure, c'est l'ampleur que prend l'autocensure", confirme Michael Anti, journaliste et blogueur chinois.

L'internet offre aussi ses canaux de communication aux régimes autoritaires ou à des groupes guère plus épris de liberté.

"Il n'y a pas que des démocrates qui s'opposent aux dictatures, il y a aussi d'autres forces politiques, avec leurs propres objectifs", rappelle M. Morozov.

Les forums de discussions ou les blogs deviennent des moyens infiniment plus discrets de faire rien de moins que de la propagande: "un blogueur anonyme sera toujours bien plus crédible que la Pravda" locale, explique le journaliste-blogueur d'origine bélarusse.

Des organisations comme les Frères musulmans sont ainsi souvent très actives et très organisées pour intervenir sur la toile, précise Mme Al Hussaini.

Mais Evgueny Morozov souligne également trois dangers liés à l'essence même du web. Le premier est l'illusion que n'importe qui peut lancer une révolution, alors que "tout le monde ne peut pas devenir Lénine".

Le deuxième, c'est que l'instantanéité des échanges sur internet rend les mouvements qui s'appuient sur lui souvent trop superficiels: "on se concentre trop sur les résultats à court terme, et pas assez sur les changements à long terme", ce qui explique les résultats mitigés de ces insurrections.

Le dernier danger, selon lui, c'est que l'activisme sur la toile prenne le pas sur les actions de terrain.

Ou plus crûment: "le fait de se faire arrêter et tabasser reste la norme", pour qui veut renverser une dictature, "c'est une réalité auxquels (les cyberactivistes) doivent faire face", conclut-il.

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Re: les joies du net

Message par balthazar claes le Ven 16 Avr 2010 - 13:55

Post-post-scriptum sur les sociétés de contrôle : le contrôle c'est le net.

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Re: les joies du net

Message par Eyquem le Dim 18 Avr 2010 - 10:55

Même si ce sujet est un peu rebattu, je mets cet article ici, parce que, tout de même...
La dernière phrase du texte est terrible - terrible pour Onfray je veux dire. Et toute cette diatribe pour quoi ? Pour défendre un bouquin de Florence Aubenas (et accessoirement, annoncer la sortie d'un nouveau livre) ?
Le petit monde est petit...

Littératures de vespasiennes, par Michel Onfray
LE MONDE| 17.04.10


Jadis, dans les latrines, on pouvait lire sur les murs des graffitis dans lesquels s'exprimait toute la misère sexuelle du monde. Pas besoin d'une sociologie très appuyée pour saisir ce qui travaille l'âme du quidam au moment de sacrifier aux nécessités des sphincters : on se vide, on se lâche, on éclabousse avec les remugles de son animalité et l'on grave ses cogitations dans le marbre d'une porte en bois... On a les rostres qu'on peut ! Aujourd'hui, cette fonction a quitté les toilettes publiques, désormais entretenues comme un bloc opératoire, pour rejoindre des lieux guère plus recommandables : les commentaires postés au pied des articles sur les sites Internet. C'est en effet là qu'on trouve l'équivalent des littératures de vespasiennes d'hier...

Internet offre tous les avantages de la lettre anonyme : vite fait, bien fait, caché dans la nuit du pseudonyme, posté en catimini d'un simple clic, le sycophante peut laisser libre cours à ses passions tristes, l'envie, la jalousie, la méchanceté, la haine, le ressentiment, l'amertume, la rancoeur, etc. Le cuisinier raté détruit la cuisine d'un chef qui travaille bien dix heures par jour avec son équipe ; le musicien loupé dégomme l'interprétation d'un quatuor qui aura superbement joué ; l'écrivain manqué donne des leçons sur un livre qu'il ne connaîtra que par la prestation de son auteur à la télévision ; le quidam qui se sera rêvé acteur ou cinéaste percera la poche de son fiel après avoir vu un film, etc.

L'extension des libertés d'expression s'est souvent faite du côté des mauvaisetés. Certes, le critique appointé dans un journal est mû par les mêmes ressorts, du moins le support qui l'appointe veillera à sa réputation et l'autocensure produira quelque effet en modérant (parfois) l'ardeur des fameuses passions tristes. De même la signature oblige un peu. Si l'on n'est pas étouffé par la dignité, le sens de l'honneur, la droiture, du moins, on ne peut pas totalement se vautrer dans l'ignominie, car le lecteur sait qui parle et peut, avec un minimum d'esprit sociologique, comprendre que ce qui l'anime n'est guère plus élevé : renvoi d'ascenseur, construction d'une position dominante dans un champ spécifique, droit d'entrée dans une institution, gages pour une future cooptation monnayable, etc.

L'anonymat d'Internet interdit qu'on puisse un tant soit peu espérer un gramme de morale. A quoi bon la vertu puisqu'ici plus qu'ailleurs on mesure l'effet de la dialectique sadienne des prospérités du vice et des malheurs de la vertu ?

Ces réflexions me viennent dans le train de retour vers ma campagne alors que je consulte sur mon iPhone un article concernant l'excellent livre de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham. Voilà un livre magnifique qui nous sort de l'égotisme parisien et mondain du moment, un texte pur comme un diamant qui se soucie d'un monde que la littérature refuse, récuse, exècre, méprise (les "gens de peu" pour le dire dans les mots du regretté Pierre Sansot), un travail littéraire qui est en même temps sociologique et politique sans être pédant, universitaire ou militant, un fragment d'autobiographie sans narcissisme, un remarquable travail de psychologie à la française dans l'esprit des Caractères, de La Bruyère, un récit qui hisse le journalisme à la hauteur de l'oeuvre d'art, quand bien souvent on doit déplorer l'inverse, un texte qui mélange le style sec de Stendhal, l'information de Zola, la vitesse de Céline - et quelques nains éructent en postant leurs "commentaires" !

En substance : on reproche à Florence Aubenas d'illustrer les travers de la gauche caviar avec une compassion feinte de riche pour les pauvres ; on l'accuse de tromperie parce que, journaliste, elle se fait passer pour une demandeuse d'emploi ; on lui prête une motivation vénale en affirmant qu'elle gagne de l'argent avec la misère des autres, dès lors on veut bien la créditer de sincérité si et seulement si elle verse ses droits d'auteur à une association charitable ; on la taxe d'immoralité car elle prend le travail de gens qui en auraient vraiment besoin ; on lui dénie le droit de parler du simple fait que, fausse pauvre et vraie nantie, elle sait que son expérience n'aura qu'un temps et qu'elle pourra rentrer chez elle dans un quartier chic de Paris... Arrêtons là...

Pourquoi tant de haine ? La réponse est simple : le livre est un succès de librairie et, le mois dernier, il se trouvait en tête des ventes. Dès lors, nul besoin de le lire pour pouvoir en parler, on peut alors économiser l'usage de la raison raisonnable et raisonnante du cortex, le cerveau reptilien suffira : on l'aura entendue à la radio, vue à la télévision, lue dans des entretiens de presse, cela suffira pour porter un jugement définitif. Pas d'instruction du dossier, avec une simple lecture par exemple, mais tout de suite la juridiction d'exception et l'échafaud au plus vite.

Le commentaire anonyme sur Internet est une guillotine virtuelle. Il fait jouir les impuissants qui ne jubilent que du sang versé. Demain est un autre jour, il suffira de regarder un peu cette télévision qu'on prétend détester mais devant laquelle on se vautre pour trouver une nouvelle victime expiatoire à sa propre médiocrité, à sa vacuité, à sa misère mentale. En démocratie, le mal est relativement contenu.

Dans un régime totalitaire, ce cheptel permet de recruter les acteurs de l'"effroyable banalité du mal" - pour utiliser entière cette fois-ci l'expression d'Hannah Arendt.

-----------------------------------------------------
Philosophe, Michel Onfray a fondé en 2002 l'Université populaire de Caen. Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, dont "Traité d'athéologie" (Grasset, 2005). A paraître le 21 avril : Le Crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne (Grasset, 600 p., 22 €)

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Re: les joies du net

Message par Borges le Dim 18 Avr 2010 - 11:42

bof, Nietzsche avait déjà écrit tout çà, avant l'invention du net; c'est devenu un classique de la pensée réactionnaire, cette opposition (par le net) des puissants, des heureux, des biens nés, des bien portants, riches, beaux, des forts... et des ratés, des impuissants, des pauvres.... en esprit et en tout... comme disent Bernard Henri et les autres, le panoptique s'est renversé, désormais, il faut protéger le haut contre le bas.... les gens du net, c'est le nouveau peuple, les nouveaux juifs, chrétiens... qui veulent renverser par la haine de leur impuissance l'ordre, et empoisonner la vie des heureux...

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Re: les joies du net

Message par lorinlouis le Dim 18 Avr 2010 - 12:25



L'anonymat d'Internet interdit qu'on puisse un tant soit peu espérer un gramme de morale.

Ça existe, ça, l'anonymat d'Internet ?

...

Et puis cette discrète publicité à Apple... Sacré Onfray... Un vrai geek qui ne s'assume pas... Laughing

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Re: les joies du net

Message par wootsuibrick le Mer 21 Avr 2010 - 17:57

« Un jour, en discutant avec une classe d'une école de cinéma, je posai aux étudiants la colle suivante : « Savez-vous pourquoi on dit que le découpage est de droite et le montage de gauche ? » Silence effaré dans les rangs. Trente ans plus tôt, quelqu'un aurait eu la réponse, et aujourd'hui, c'est comme si j'avais parlé chinois. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Tanner

Moi je dis il aurait parlé chinois, au lieu de sortir une phrase comme ça, aujourd'hui, pas trente ans plus tôt, quelqu'un lui aurait peut-être répondu.

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Message par DB le Mer 21 Avr 2010 - 20:16

il aurait pu parler japonais aussi

ou pire

l'écrire

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Re: les joies du net

Message par lorinlouis le Sam 24 Avr 2010 - 21:24


Bienvenue Theoreme,

Oui, pour Sarkozy, le hors-champ, l'existence off est toujours à la limite de la légalité.

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Re: les joies du net

Message par balthazar claes le Jeu 16 Juin 2011 - 13:53

CHALANDS ET NONCHALANTS

«Incalculable are the benefits civilization has brought us, incommensurable the productive power of all classes of riches originated by the inventions and discoveries of science. Inconceivable the marvellous creations of the human sex in order to make men more happy, more free, and more perfect. Without parallel the crystalline and fecund fountains of the new life which still remains closed to the thirsty lips of the people who follow in their griping and bestial tasks.»
Malcolm Lowry

«Voir des planches dans les arbres Des chemins dans les montagnes, Au bel âge, à l’âge de force, Tisser du fer et pétrir de la pierre, Embellir la nature, La nature sans sa parure, Travailler.»
Paul Eluard

Oui, bien sûr, il y a le travail comme élément fondateur d’une épopée individuelle et collective, le travail conquête de la nature, le travail dépassement de soi. Bien sûr, il y a la belle ouvrage, l’œuvre, le sabot lentement fignolé, patience, vieux savoir parcimonieusement transmis, outils sortis des planches de l‘Encyclopédie. Bien sûr, il y a les mille métiers exaltés par Pichette: «…La ravaudeuse à l’œuf, le paveur à la hie, le bêcheur au louchet, le faucheur au coffin, le brocanteur qui bricabraque, le biffin, le charron à la plane et l’émondeur au vouge, le puisatier au pic, l’ébéniste à la gouge, le limeur au tiers-point, le cirier au rouloir, la modiste au roulet, le tanneur au bouloir, etc.»
Comment croire à ces images pieuses? Sans doute fonctionnent-elles encore, nostalgie d’on ne sait plus quoi, sans doute nourrissent-elles encore les rêves d’évasion des citadins ankylosés: vivre du lait de ses chèvres, se vêtir de peaux de bique, cuire son pain, repiquer amoureusement ses salades.
On peut vivre en autarcie, sans doute. Pleinement peut-être, mais pas très longtemps. Des solutions individuelles, il en existe certainement des milliers. Mais elles ne me semblent pas constituer des réponses. Faire du « non-travail » (sans préciser davantage) une règle de vie, une valeur, aboutit à entériner l’exploitation: perdre son temps revient, malheureusement, à le voler à d’autres. Privilégier quelque chose qui serait le contraire du travail (la jouissance, le culte du plaisir, le sens de la fête, le bonheur de vivre, par exemple) me semble relever d’une ambition élitiste qui feint d’oublier que la vie de château requiert précisément un château et tout ce qu’il faut de violons pour une aubade, de roses pour un bouquet, de moutons pour un tapis. Je sais bien que les Indiens ne cueillent pas de fleurs, qu’il suffit parfois de tendre la main pour que le fruit tombe, et que la musique, les dentelles et les parfums, on peut faire avec comme on peut faire sans. Mais le problème n’est pas de «partager la misère» ni de revenir à un hypothétique «état de grâce» aussi folklorique (pseudo-ethnologique) qu’inadéquat, aussi improbable qu’indescriptible: je n’en veux pour preuve que les assez consternantes réponses données dans l’An 01 (« un pas de côté» pour se déconditionner); tout arrêter est – c’est l’évidence même – un excellent point de départ ; mais ce n’est pas parce qu’il est utopiste que ce film est débile, c’est précisément parce qu’il ne l’est pas: à aucun moment il ne parvient à imaginer l’utopie, à la nourrir, à lui donner vie; d’un bout à l’autre il rcste prisonnier de la question qu’il pose. Le problème serait plutôt de questionner cette opposition: travail / non-travail, de mettre en pièces, dans ce monde que des penseurs sans ironie ont baptisé «civilisation des loisirs », cette fausse articulation qui partage en deux hémisphères inconciliables un même processus exclusivement fondé, non sur le travail, mais sur le profit, la productivité, l’exploitation.
À un bout de la chaîne le chaland consomme: il ne sait pas exactement ce qu’il désire, il ne connaît de son désir que le mal qu’il a à le satisfaire, il ne vit que dans l’insatisfaction: il faut qu’il lui en faille toujours davantage, il faut qu’il ne soit jamais rassasié, qu’il soit écartelé entre son impatience et sa jouissance toujours différée: vie consacrée à accumuler, à assurer ses vieux jours, vie condamnée à n’être que récupération ; nulle jouissance immédiate, nul projet à épanouir, mais la seule attente magique d’un avenir verdoyant, l’illusion d’un mieux-être chaque jour repoussé.
À l’autre bout de la chaîne, le chaland produit, il lui en chaut énormément, il lui en coûte énormément. Il travaille. Sans doute le travail lui donne-t-il le droit de mépriser les couche-tard et les gras-matinaux, mais même s’il est fier d’appartenir à l’une des premières entreprises de son pays, même s’il dit « nous » en parlant de la firme qui l’exploite, le travail, son travail ne lui appartient pas, ne lui permet ni de se découvrir ni de découvrir le monde: le plus acharné des travailleurs ne façonne jamais qu’un produit opaque, étranger.
D’un bout à l’autre de la chaîne, le chaland, le chalant, est dépossédé, de son travail comme de son loisir. Ce n’est pas seulement le travail qui est en miettes, mais le repos. Vie rythmée par les cadences, par les horaires, vie pointée. Travail, fatigue, récupération. Onze mois d’attente, un mois de vacance. La vie tout entière est faite de bribes, fragments morcelés d’une expérience à peine entrevue, jamais atteinte; ses rêves se brisent sur une réalité qui ne lui appartient pas; il ne peut que vivre dans cette cassure, dans cette fracture: il peut l’aménager, peut-être, mais la résoudre, non.
Il faudrait en finir avec cette confusion systématiquement entretenue depuis des lustres, sinon depuis des siècles: le travail n’est pas le but de la vie ; vivre est le but de la vie; le travail est, peut-être, sans doute, assurément, une activité vitale, ce n’est pas une valeur, il ne peut fonder aucune éthique. Travailler n’est ni bien ni mal; ne rien faire n’est ni bien ni mal. Ne rien faire n’est pas (ne devrait pas être) le contraire de travailler. Travailler est une des activités humaines, ce n’est pas la seule activité humaine, ce n’est pas ce qui définit l’homme.
Il faudrait donner à ces assertions l’allure de vérités premières, les écrire comme des banalités, les lire comme des évidences. Mais les morales qui nous gouvernent n’ont jamais cessé d’affirmer, d’aggraver ce clivage qui, à de rares et futiles exceptions près, règle le rythme de nos vies: consommer, produire, travail, loisirs ; je travaille, tu consommes, il se repose, nous produisons… Travail calamité ou travail dignité, loisirs édéniques ou oisiveté mère de tous les vices, il n’importe, il ne s’agit ni de sacraliser le travail ni d’idéaliser le loisir, mais de briser ce cycle, de ne plus se définir autour de cette exclusion réciproque.
Le nonchalant n’est pas nécessairement paresseux; il serait, plutôt, paresseusement nécessaire. Il vit dans un monde qui pourvoit à ses besoins pourvu qu’il pourvoie aux besoins de ce monde. Il ne se trouve ni dans cet « état de vacance» – dont le travail, comme la nature, a à ce point horreur, que « je vaque » a cessé de vouloir dire « je suis vacant» pour signifier son exact contraire «je m’affaire», «je m’occupe» – ni dans cet état de dépendance qu’est pour nous le travail. Cela ne veut pas dire que rien ne l’oblige, mais plutôt que rien ne le limite: le travail n’est pas la limite de sa liberté, sa liberté n’est pas comptabilisée par le travail. Travail et loisir sont pour lui des mots vides de sens: ce qu’il est, ce qu’il fait, ce qu’il vit appartient à une même expérience, le renvoie à une connaissance, à une jouissance, à une vérité qui se cherche et se trouve à tous les instants de son existence.
La nonchalance n’est évidemment pas affaire d’individu. Ce n’est pas une vertu psychologique, elle ne renvoie pas à un comportement personnel («décontractez-vous, mon vieux», «keep cool») mais à une exigence politique, à une contestation du profit.
Travail attrayant : Nom donné, dans le système de Fourier, au travail librement choisi, alternant, distribué par courtes séances, par séries et par groupes, dans des ateliers sains et agréables (Dictionnaire de Bescherelle).
Picasso: Quand je suis fatigué de peindre, je peins pour me reposer.
En attendant, à titre de simple expérience, comme avant-goût et peut-être comme dérision, on peut s’efforcer d’imaginer ce que déclencherait cet au-delà, cette transgression des vacances que serait la généralisation, parfaitement plausible, réalisable et raisonnable, de l’année sabbatique…

Textes de Georges Perec,
paru dans Cause Commune, n°7, octobre 1973.

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Re: les joies du net

Message par Invité le Lun 4 Juil 2011 - 8:33

merci pour ce texte.


Un homme qui dort, c'est le vide hanté écrit Franju, qui suscite l'émotion et l'angoisse. Un cinéma onirique. Le spectacle insolite flamboie, ardent, pathétique, douloureux.
Rien de tout ça dans L'An 01, plutôt festif. Film débile, écrit Pérec. "Ce n’est pas seulement le travail qui est en miettes, mais le repos."





J'aime bien la bd de Gébé, et quelques moments du film de Doillon.








Un homme qui dort, par Georges Perec:

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Re: les joies du net

Message par balthazar claes le Mar 12 Juil 2011 - 23:26

ENTRETIEN AVEC CLAUDE COURTOIS, Vigneron en Sologne.

Claude Courtois nous accueille aux « Cailloux du Paradis », son exploitation de Soings-en-Sologne. Il nous offre un en-cas et nous emmène aussitôt visiter ses vignes. Nous traversons une grande prairie fleurie.

Pourquoi ce champ n’est-il pas cultivé ?

On fait des jachères volontaires avec des rotations très, très longues pour préserver la biodiversité. La vigne, c’est de la monoculture. Pour compenser il faut être proche de bois, de prairies et d’arbres fruitiers. La ferme fait vingt hectares : seulement six sont plantés de vignes, dont les deux tiers enherbés. Il y a quatre hectares de bois mais aussi un petit étang, des prairies, et là-dedans vous avez des millions et des millions d’insectes. Des abeilles, des guêpes sauvages, des bourdons... Quand j’ai racheté ce domaine il y a plus de quinze ans, le propriétaire m’avait dit qu’ici, on ne pouvait pas faire du vin sans chaptaliser [1]. J’avais pressenti le contraire, l’été il y avait des fruits sauvages dans les haies, sucrés comme du miel.

À mon arrivée j’ai beaucoup arraché. Les vignes n’avaient pas été correctement cultivées, elles étaient vulnérables à l’eau, à la sécheresse et aux maladies. Ici, vous ne pouviez pas ouvrir les yeux sans lunettes de soleil parce que la silice dégageait une poussière fine, c’était tout blanc, le Sahara. Il n’y avait rien, zéro traces d’humus. L’ancien exploitant balançait des désherbants à tout va. Quand il y avait un coup de vent il fallait se tourner parce que la silice fine nous venait au visage. Il n’y avait aucune vie microbienne, elle grillait. Dans le temps, on trouvait plus de cent vingt-cinq variétés dans une prairie naturelle en France, je suis remonté à une soixantaine de variétés.


Pourquoi y a-t-il de l’herbe entre vos vignes ?

C’est un bon moyen de favoriser la vie microbienne et d’avoir des sols pleins de vie, comme un levain. Vous avez sûrement remarqué que lorsqu’on fait une route, les bas-côtés sont au même niveau, et pourtant tous les trois ans on est obligé d’y mettre un coup de racleuse car ils remontent toujours. Vous vous êtes demandé pourquoi ? C’est la vie microbienne qui fait gonfler la terre, comme une pâte à pain. Tout organisme vivant fermente. L’enherbement sert aussi à piéger l’eau, l’oblige à descendre dans ce sol argileux et à alimenter les racines profondes. Le terrain devient plus frais, la végétation croît.


Cette herbe ne fait-elle pas concurrence à la vigne ?

Si, justement, l’herbe lui prend de l’eau ! Ça oblige les racines à plonger profondément. On les fait bosser en ce sens pour qu’elles aillent se nourrir en profondeur. On fait des piochages sur les jeunes vignes les trois premières années pour qu’il n’y ait pas de radicelles qui se forment en surface. Les racines vont alors s’enfoncer et pivoter dans cette argile, qui est très riche. Nos raisins ont alors une belle maturité qui au final donne des degrés naturels - on n’a donc pas besoin de chaptaliser. Les racines qui ont plongé sont à l’abri des intempéries et cela évite des à-coups à la végétation. En cas de sécheresse, les racines seront au frais. Après les vendanges il faudra donner un coup de sous-solage [2] pour piéger l’eau pendant l’hiver et jusqu’au printemps, faute de quoi elle ruissellera. Je suis en train de pratiquer tout doucement l’enherbement total : il faudrait que je mette au point un outil qui me permette de scarifier, d’aérer le sol, de démousser tout en préservant l’herbe. Je n’en ai pas encore eu le temps jusqu’ici. Il y a quinze ans, on s’est moqué de moi parce que j’avais de l’herbe dans les vignes. Mais ici l’été, pendant les grosses chaleurs, on a de la fraîcheur.


Et le fait d’avoir des racines plongeantes influence le goût du vin ?

Ça apporte déjà le principal : le goût du terroir. Si vous avez la chance que le sous-sol soit riche, vous aurez automatiquement des arômes multiples. Dans ces argiles, des tas d’oligoéléments sont piégés depuis des millénaires, et cela donne des vins minéraux. Un vin ne peut pas être grand s’il n’est pas minéral, et s’il ne l’est pas c’est que la culture de la vigne est mal faite.


Vous ne leur donnez pas d’engrais non plus ?

Plus après la plantation, ni compost, ni fumure. Rien d’autre que l’herbe issue de la tonte et les tonnages de déjections des vers de terre. La vigne doit se débrouiller seule. Chaque année, les racines vont aller explorer des endroits où elles n’étaient pas allées l’année précédente, et le goût du vin va évoluer. Cette vigne-là par exemple, du romorantin, c’est la première que j’ai plantée. Elle ne donne pas le même vin aujourd’hui qu’il y a dix ans. A cent cinquante mètres d’ici il y avait une carrière de calcaire à ciel ouvert, si bien que notre vin Romorantin commence à avoir un goût crayeux qu’il n’avait pas il y a quelques années.

Par comparaison, dans des vignes qui ne sont pas cultivées et où on emploie chaque année les mêmes produits de traitement, d’engrais, de désherbants, dans dix ou quinze ans leur vin aura toujours le même goût. Ils n’auront même pas l’effet millésime des années avec plus ou moins de pluie, de soleil...


Comment ça se passe quand les vignes sont malades ?

Il vaut mieux prévenir que guérir ! On n’a pas toute la panoplie du monde conventionnel pour soigner les vignes, il faut être beaucoup plus précautionneux que les autres. D’autres vignerons ont des produits systémiques qui sont véhiculés par la sève, des produits cancérigènes, très nocifs pour la santé. Chez nous, ce sont des produits de contact, s’ils ne touchent pas la feuille la vigne n’est pas protégée. Ce sont des décoctions ou des tisanes, de la bouillie bordelaise. On évite les purins à certaines périodes car ils rajoutent de l’azote et risquent de favoriser le mildiou. Il faut faire attention à tout, on fait même nos piquets nous-mêmes, en acacia ! D’habitude c’est du châtaigner, mais l’acacia est d’ici, donc n’amènera pas de maladies extérieures à la région. Et dans ces terres siliceuses, argileuses, acides, l’acacia tient, le châtaigner ne tient pas. Là vous voyez, le piquet de châtaigner est mangé. Et bien le piquet d’acacia il lui faudrait trente ans pour être comme ça. Tous ces détails c’est un tout, ça se tient.


Nous traversons un champ dont les sarments atteignent à peine quinze centimètres de hauteur.

Là, ce sont des jeunes vignes qui ont été mises directement en terre il y a trois semaines. La seule chose à faire, pour que la végétation explose, c’est de bien préparer le terrain pour être sûr qu’elles s’enracinent correctement. On les prend en lune montante et on les plante en lune descendante, quand la sève redescend en avril.


Comment les préparez-vous ?

Ah, ah... Vous voulez tout savoir ! Ce n’est pas un secret, mais quand vous avez mis des années à trouver quelque chose, à mettre au point une technique... Je montre volontiers aux jeunes comment je fais, mais à ceux qui viennent m’aider et passer un peu de temps sur le domaine pour se former. Je trouve qu’il faut que ça se mérite ! Ce que je peux vous dire, c’est que ça marche à 99%


Claude Courtois nous révèle ici sa technique, fascinante, que nous ne divulguerons pas.


Tout ça, ce sont des gestes ancestraux : la vigne était plantée comme ça avant par les anciens. Quelques vignerons viennent me rendre visite pour comprendre cette technique. Aujourd’hui, c’est fait avec des tracteurs. Les sarments de dix, douze centimètres sont plantés au laser. Nous, on met des plants déjà longs, que l’on tasse à la main pour qu’ils plongent tout de suite dans l’argile, là où il y a un maximum de fraîcheur. Parce que dans un mois, la chaleur va être intenable.


Vous ne les arrosez pas ?

Surtout pas ! Sinon on commence dès le début le système de la mendicité. Il faut que les racines soient tout de suite obligées de descendre, de plonger dans le sol. L’an prochain, au mois de juillet, les sarments seront de votre taille, et l’année suivante la vigne produira. Il faut la laisser monter. J’aime bien que ma vigne fasse deux mètres à la fin de la première année. Plus la plante monte, plus l’enracinement est profond. J’ai la chance d’avoir la main verte, chaque vigne que je plante produit rapidement. La première année de production on coupe les grappes pour ne pas affaiblir les jeunes vignes. Les jeunes sarments seront taillés en fonction de leur vigueur l’hiver prochain. Si c’est un sarment énorme on lui laissera non seulement un œil ou deux, mais jusqu’à trois...


Justement : parlez-nous de la taille

Après les vendanges, on entame les façons d’hiver pendant le repos végétatif. On va tailler près de cinq mois dans les bonnes phases lunaires. Chaque pied de vigne sera taillé en fonction de sa vigueur, au bon moment. Les premières vignes, on les attaque en novembre. En principe ce n’est pas très bien, avec les risques de maladie pendant l’hiver.... Il faudrait les attaquer en février, après la Saint-Vincent, quand la sève commence à faire le yoyo et coule lorsque vous faites une entaille : ça permet aux bois de cicatriser et ça les protège des infections. Mais on préfère tailler à certaines périodes bien précises, en fonction de la force de la vigne et de la lune.


... de la lune ?

Oui, on fait attention aux cycles lunaires, comme pour les ongles et les cheveux. Vous avez intérêt à les couper en lune descendante si vous voulez qu’ils repoussent moins vite. C’est vrai des tontes en général. Mais tout ça n’est vrai que parce qu’on travaille de cette façon. Quelqu’un qui travaille en conventionnel, avec tous les apports d’azote, d’engrais, avec ce système de racines mendiantes qui se met en place, sa vigne est moins sensible. La période n’est pas la même pour les tailles fructifères, qui vont inciter la vigne à faire des fruits, et pour ce qu’on appelle les « tailles à bois », nécessaires pour aider la vigne à se charpenter davantage, à se renforcer.


Claude Courtois nous raccompagne à la ferme et faisons un déjeuner somptueux préparé par madame Courtois : salades, rôti, charcuteries et fromages artisanaux, accompagné d’une quinzaine de bouteilles à déguster. Claude Courtois nous sert un verre de Gascon.


Dans ce vin, il n’y a donc que du raisin ?

Dans celui-ci absolument. Aucun additif !


Et les sulfites ?

C’est un conservateur ajouté à différentes étapes de l’élaboration des vins et principalement lors de la mise en bouteille. En fin de compte, tout ce dont on a besoin on le trouve dans la nature, pourquoi en rajouter quand ce n’est pas nécessaire ? Mais il faut rester très vigilant, et peut-être encore plus quand on fait des vins comme ceux-là. Et nous, on ne met que du raisin dans la plus grande part de nos cuvées. Il y a encore quelques cuvées en blanc où nous ajoutons une dose homéopathique de sulfites, mais je peux les boire sans souci alors que j’y suis allergique, alors... Mais beaucoup prétendent que c’est impossible de faire du vin ainsi.


Quel travail faites-vous sur le vin ?

D’abord, il y a la première fermentation. C’est la transformation du sucre en alcool avec, chez nous, des levures indigènes, naturelles. Vous allez un peu fouler le raisin, comme quand on fait des distillations de céréales pour des whiskys. On blesse le grain d’orge pour que les sucs fermentent et après on envoie ça à l’alambic. Avant, on foulait le raisin au pied. Plus ça se rapproche de la main de l’homme, plus les jus sont beaux, moins bourbeux. Quand vous avez foulé le raisin, les levures indigènes se mélangent au jus et c’est presque systématique, la fermentation démarre toute seule. La levure qui est sur le raisin, c’est la levure propre à chaque vigneron, en fonction de la manière dont il aura travaillé, de l’enherbement par exemple. Dès le travail de la vigne on va personnaliser le goût futur. Ailleurs, on peut utiliser des levures exogènes. Ensuite, c’est la cuisine personnelle du vigneron.


En quoi consiste cette cuisine ?

Ce que je veux dire en parlant de cuisine, c’est que nous intervenons sur notre jus de raisin en fermentation comme un cuisinier intervient sur la matière première qu’il a déjà préparé. Là on fait de la cuisine au même titre qu’un cuisinier, à la différence qu’on ne peut pas se rattraper et que chaque année c’est différent. Vous allez intervenir sur le jus du raisin. Débourber, c’est un geste de cuisinier. Quand un cuisinier va presser un fruit, il sépare le jus clair du reste. Je cuisine le raisin, mais je n’ai pas de chaud ni de froid. Le chaud, c’est la fermentation. D’ailleurs les anciens disaient « mon vin bout ». En fonction de l’avancement de la fermentation, vous avez des phases d’intervention. C’est comme quand vous cuisinez et que brusquement vous refroidissez pour bloquer les arômes.


Vous pouvez arrêter une fermentation ?

Le but n’est pas de l’arrêter : il faut qu’elle aille jusqu’au bout. Mais on peut faire un soutirage et mettre le jus en tonneau. Sur les rouges, il y a le tanin en plus, c’est-à-dire plus de matière solide que sur les blancs, on peut s’amuser davantage. En conventionnel, le raisin passe par la compression automatique, on ajoute des enzymes, des levures, le SO2 dans la cuve, et on programme. Et chaque année ça va donner les mêmes vins. C’est ce qu’on appelle la bouffe industrielle.


Comment avez-vous appris votre métier ?

Mon travail, je l’ai appris gamin, à regarder les anciens travailler. Le travail dans les vignes c’était trop physique, trop dur, et dans les caves il faisait frais, je préférais être au chai avec mon père. Plus tard il a fallu que j’apprenne complètement le travail de la vigne, mais le travail de la cave, je l’avais en moi et tout de suite j’ai pu vinifier. J’essaye de retrouver les gestes de l’ancien vigneron. Je reproduis cette façon de faire à tel point que mes vins, les vieux Racines par exemple, ressemblent à des bourgognes bien que sans un brin de pinot noir.

Nous goûtons un Quartz, un blanc très minéral.

Ce Quartz est tout jeune, de 2006. Il est très minéral, ça veut dire que les racines ont plongé. Il a vingt-quatre mois d’élevage et en gros six mois de bouteille. Bientôt je pourrai aller jusqu’à trente mois d’élevage, trois hivers et deux étés
- comme un affinage de fromage. C’est idéal. Après, le vin se dégrade.

Mais commercialiser un vin de trente-six mois, ça veut dire avoir trois ans de trésorerie d’avance, c’est réalisable seulement lorsque vous n’avez plus d’emprunts. Quand je pourrai faire ça, je n’aurai plus de soucis : les vins ne bougeront plus. Avant j’étais obligé de vendre des vins trop jeunes et la vinification se terminait chez le client, dans la bouteille, et non au chai. Je devais vendre des vins de trois semaines, un mois - tout juste s’il n’y avait pas des pépins ou de la vigne dedans - sinon je ne m’en sortais pas. Parfois il y avait du dépôt, des bouchons qui partaient, ça ne sentait pas bon. Les vrais amis ont passé outre, d’autres, pour lesquels je n’étais qu’un fournisseur, n’ont pas pardonné. C’est pourquoi je ne veux pas encore vendre le Romorantin, malgré les mille bouteilles qui attendent.

Il faut que vous me goûtiez un Or’Norm.

Claude Courtois part chercher un Or’Norm à la cave.

Ça, c’est du sauvignon. C’est « hors-norme ». L’étiquette, en forme de goutte d’eau, l’est aussi. C’est unique, un goût comme ça. Avec les asperges, c’est formidable. Avec le chou aussi. Tu scarifies légèrement le choux, tu lui mets un tout petit peu de sucre dessus et tu provoques une fermentation. Tu le laisses une nuit... Tu le mets après à cuire dans un grand vin rouge, il prendra une couleur violette bizarre. Tu le sers avec un Or’Norm et une tranche de foie de veau ou une côtelette de porc... C’est ce que j’appelle de la cuisine.

Nous partons visiter la cave pour continuer à goûter les vins.

Je manque de place, je suis obligé d’embouteiller en plusieurs fois les cuvées. Une toute petite partie de ma réserve personnelle se trouve sous les tôles près du poulailler. Il y a trente degrés d’amplitude entre l’été et l’hiver là-bas. Ça gèle tous les hivers, et il y a une température pas possible sous les tôles l’été. Ça me permet de faire des expérimentations de tenue sur mes vins sans soufre. Ce ne sont pas des bouteilles à vendre. Malgré tout ça, vous avez vu comment il est ? Parfois l’été, le vin est brûlant, on le met direct au frigo ! Et on peut le conserver ouvert quatre ou cinq jours sans qu’il bouge.

Nous dégustons un verre d’ Élément Terre, de son fils Julien.

Ça, c’est encore autre chose. On est sur un autre cépage : un chaudenay, un gamay de Chaudenay - Saône et Loire à l’origine. Tu peux accompagner des viandes avec ça. On dirait presque des vins du Sud sauf qu’il y a la fraîcheur, la minéralité de la région. Si on sent tellement ces différences, c’est aussi parce qu’il y a zéro, mais alors zéro conservateur. Même dans le liquoreux, je ne mets pas une goutte de soufre, ce que très peu de vignerons font en France. En 2004, fin octobre, le jus de raisin d’une de mes vignes avait un potentiel de 12,5 degrés, mais en 2005 dans cette même vigne, le potentiel était de 22°. Alors j’ai décidé de faire du liquoreux, c’est la seule année où j’en ai fait, parce que la nature m’avait donné ça. Il faut être patient ! C’est ça qui est intéressant : vous avez fait le même travail au même endroit et pourtant d’une année à l’autre le goût est différent, c’est l’effet millésime. C’est ce que les appellations voudraient gommer : les différences. Dès qu’on ne bafoue pas la nature, elle nous le rend au centuple. On s’est moqué de nous pendant des années. Il faut être costaud, résister... Bon, qu’est ce qui nous reste comme rouge à goûter ?




Entretien publié dans la revue Geste n°6, automne 2009.


NOTES

[1] Chaptaliser : augmenter la teneur en alcool du vin en ajoutant du sucre au moût de raisin (Petit Larousse).

[2] Sous-solage : labour qui fragmente les parties profondes du sol sans les ramener à la surface (Petit Larousse).

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Message par Invité le Mer 13 Juil 2011 - 0:41

la série Mondovino de Jonathan Nossiter de 10 films réalisés en 10 heures de programme au total est passionnante.










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Re: les joies du net

Message par Invité le Ven 15 Juil 2011 - 8:27

deux personnages clés de cette saga autour du vin: Michel Rolland et Robert Parker.
Michel Rolland et Robert Parker ont légué une chose inouïe à la culture de la vigne: ils en ont juste enlevé les strates, ruiné le terroir.





http://spectresducinema.1fr1.net/t928-mondovino-jonathan-nossiter#22115

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Message par balthazar claes le Mar 26 Juil 2011 - 21:57

Tue 05 Dec 2006 : Self destructing paper

A spy opens an envelope. Inside is a thin sheet of paper with a cryptic message. After it is read the paper spontaneously bursts into flames.

The message is the communicable distillation of your hopes, dreams and imagination. The paper is the internet. The internet is self destructing paper. A place where anything written is soon destroyed by rapacious competition and the only preservation is to forever copy writing from sheet to sheet faster than they can burn.

If it's worth writing, it's worth keeping. If it can be kept, it might be worth writing. Would your store your brain in a startup company's vat? If you store your writing on a 3rd party site like blogger, livejournal or even on your own site, but in the complex format used by blog/wiki software de jour you will lose it forever as soon as hypersonic wings of internet labor flows direct people's energies elsewhere. For most information published on the internet, perhaps that is not a moment to soon, but how can the muse of originality soar when immolating transience brushes every feather?

Readers have asked what software is used to run IQ.ORG. A mere page of handwritten ruby constructs the site out the most robust future proof storage form imaginable. A flat directory of text or html files. The directory, like any directory can be backed up, edited, emailed, zipped, transported, printed, trapped in amber etc.

A lovely way to create these files remotely is to send email to a mail alias. Add the following to your unix ".forward" file; it will save all email sent to as filed under the name of their subjects. Want to change something? Just mail it in again under the same subject!

#!/usr/bin/ruby
# add this code to your .forward+secretname file like so:
# "|/home/me/public_html/iq.org/strew_incoming_mail.rb"
Dir.chdir(ENV['HOME'])
Dir.chdir('public_html/iq.org/strew') # change iq.org here to reflect
your site's directory

s = $stdin.read
if /^Subject: ([^.\/].+?)\n/m =~ s
subject = $1
f = File.open(subject, "w")
f.write(s)
f.close
Dir.chdir('..')

exec "./index.rb > index.html"
end

Here is the code that scans the strew files and builds up the html output you see:

#!/usr/bin/ruby
# save as index.rb
# puts "" etc here
strewdir="strew"
Dir.chdir strewdir
strews = `ls -t ???*`.map {|name| name.chomp}
strews.each { |name|
File.open(name) { |f|
linkname = URI.escape(name.gsub(/ /, ''))
puts '< h3 >' +
f.stat.mtime.strftime("%a %d %h %Y") + ' : ' + name+ "< / a >< / h3 > \n"
s = f.read
firstline = s.split(/\n/)[0]
if firstline and /^(From |[A-Za-z_-]: )/m =~ firstline
body = s.match(/\n\r?\n/m).post_match
else
body = s
end
x = body.scan(/--\{\s(.+?)\s\}--\s/m).join
if x != ""
body = x
end
if /< blockquote >|< html >|< i >|< p >|< p ?\/ >|< b >|
< a href/ =~ body
puts body
else
puts "< pre >" + body + "< /pre >"
end
puts '< br >'
puts '< font size="-2" >< i >'
puts "< a href=\"\##{linkname}\">link< /a >"
puts '< hr >'
puts '< /i >< /font >'
}
}

strews.each {|name| puts '< li >
' + name + '< /a >'}
#puts footers here

That's it! The raw archive does not even depend on ruby; it's gold until civilization collapses, the neoluddites take control, or both, but then we will have other adventures to please us...


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Re: les joies du net

Message par Largo le Mar 26 Juil 2011 - 23:34

J'ai pas tout compris mais ça a l'air super, c'est pour sauver ses données du big bang à venir, c'est ça ?

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Re: les joies du net

Message par balthazar claes le Mer 27 Juil 2011 - 0:01

C'est plutôt pour parer aux suppressions de forums, je crois...

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Re: les joies du net

Message par balthazar claes le Mer 27 Juil 2011 - 14:28


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