Memory Lane (M. Hers)

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Message par Largo le Mar 7 Déc 2010 - 15:01

Memory Lane (M. Hers) Dcal-memory-lane

Erwan :
Memory Lane; un film singulier, qui utilise peu la figure de style du champ contrechamp, à part peut être lorsque les jeunes adultes sont face à leur parents. Bain de musique pop et lumière doucereuse, granuleuse, pour des personnages en stase, sur des rails, circulant perpétuellement parmi les même lieux, boisés: la végétation emplit le plan, les arbres envahissent Paris, on éprouve parfois une étrange inquiétude, comme dans un film de Kurosawa, et le plus beau portrait, les plus belles scènes, sont comme des déraillements qui déchire la moustiquaire enveloppant la ballade rêveuse, paradoxalement _je pense au personnage de Raphaël, claudicant, englué, terrifié, suspectant peut-être qu'il y a un monde ailleurs en mouvement, hors de cet univers sous-jacent_.
L'odyssée du Personnage Scott Pilgrim, en terme de maturité, niveau après niveau, boss après boss, dans un monde fonctionnant alternativement, avec les attributs du comic book, du jeu d'arcade, de l'anime, n'est peut être pas si éloignée; monde là aussi abrité, sous la neige de Toronto, mais dont les clés sont sans doute plus partagées; là où memory Lane joue sur un tempo cotonneux, le film de Wright assène un rythme tonitruant, la moindre action, blague, du personnage est renvoyée en écho dans l'arroyo de contre culture du cinéaste, et chaque ricochet résulte en une strate supplémentaire sur l'image, onomatopées, vagues psychédéliques illustrant la puissance d'un riff de basse, etc, ... pour autant, c'est un teen movie sympathique, aux dialogues improbables et sophistiqués (Scott à sa nouvelle copine: "i am in lesbian with you.")

Borges :

hello, Erwan; pas vu memory lane, mais ton texte rend bien cette impression de hantise dégagée par Primrose Hill...

Karim :

Erwan a écrit:
( "i am in lesbian with you.")



Curieux rapprochement entre Memory Lane et Scott Pilgrim... Pas vu non plus Memory Lane.
(au plaisir de te lire l'ami. Tjrs)

Erwan :

i am in friends with you guys
merci Borges je ne connaissais pas Primrose Hill, je vais essayer de le voir;

Présence Humaine :

Erwan a écrit:
Memory Lane; un film singulier, qui utilise peu la figure de style du champ contrechamp, à part peut être lorsque les jeunes adultes sont face à leur parents. Bain de musique pop et lumière doucereuse, granuleuse, pour des personnages en stase, sur des rails, circulant perpétuellement parmi les même lieux, boisés: la végétation emplit le plan, les arbres envahissent Paris, on éprouve parfois une étrange inquiétude, comme dans un film de Kurosawa, et le plus beau portrait, les plus belles scènes, sont comme des déraillements qui déchire la moustiquaire enveloppant la ballade rêveuse, paradoxalement _je pense au personnage de Raphaël, claudicant, englué, terrifié, suspectant peut-être qu'il y a un monde ailleurs en mouvement, hors de cet univers sous-jacent_.


effectivement, ça marche, même si j'ai failli partir au bout de 40 minutes de film à cause de la mollesse pop de l'ensemble (les chansons sont très mauvaises). C'est un truc que je ne supporte plus de voir au cinéma, cette façon d'y montrer de faux enjeux, de fausses vies et de faux visages d'acteurs français beaux comme s'ils venaient de naître et qu'on a même pas envie de scruter. J'ai dû me résoudre à avouer que quelque chose se passait devant moi, mais tout tient grâce aux longues scènes de marche vraiment très bien trouvées et très belles, l'histoire du père qui n'en a plus pour longtemps et Raphaël qui a peur de devenir fou. Ce sont ces éléments qui ramènent le film vers un pôle correct de gravité, pour ne pas qu'il sombre dans la pâte sucré des amitiés autistes que nous suggèrent les premiers dialogues.
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Message par Présence Humaine le Mar 7 Déc 2010 - 15:18

Papa Largo en a marre de notre désorganisation Wink
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Message par Présence Humaine le Mar 7 Déc 2010 - 15:19

Je suis très fan de l'affiche, c'est d'ailleurs pour ça que je suis allée le voir, et parce que Sophie Letourneur a eu le toupet de le comparer à sa Vie au Ranch...
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Message par Largo le Mar 7 Déc 2010 - 15:43

Ah, ah. Chaque chose à sa place, et les vaches (de Letourneur) seront bien gardées. Very Happy

cette façon d'y montrer de faux enjeux, de fausses vies et de faux visages

C'est marrant j'aurais plutôt dit ces "vrais" tout ça. "vrais", dans cette veine naturaliste qu'on a si souvent critiqué dans le cinéma français. Je craignais la longueur interminable de scènes ponctuées de "passe moi le sel" et de "comment va tonton". J'ai pensé aussi au début que je supporterai pas le rythme de la chronique quotidienne faite de petits riens pour montrer le vide de l'été, cette espèce de nonchalance agacante des jours d'août où les rues se vident et où personne n'a rien d'autre à faire que de traîner dans les parcs.

En fait, la banalité des dialogues, l'apparence anecdotique de la plupart des scènes ne sont qu'une manière plutôt habile de désamorcer les attentes, et d'amener les enjeux les plus dramatiques du film (la dépression de Raphaël, la tumeur du père) sans qu'on ait l'impression que le scénario force les événements. On se laisser endormir par la moiteur pop, on se dit qu'on va trouver ça très ennuyeux et on se surprend très soudainement à être touché par les scènes les plus casse-gueules (les "je t'aime" échangés entre la fille et le père mourant, la crise de larme du même dépressif).

Memory Lane; un film singulier, qui utilise peu la figure de style du champ contrechamp

Oui, il y a j'imagine dans ce choix un peu de la politique garrelienne qui refuse le contrechamp en disant que ce qui l'intéresse ce n'est pas de filmer les êtres, mais ce qu'il y a entre les êtres. Ca implique aussi une certaine durée des plans afin d'effleurer, les basculements, les échanges, ce qui circule et qu'on ne peut jamais vraiment toucher du doigt. Surtout ne pas trop bouger et être attentif pour capter les longueurs d'onde.

En fait, si naturalisme il y a, on pourrait dire que c'est un naturalisme au sens propre, une mise en scène qui perd ses personnages dans de grandes étendues de végétation pour mieux les retrouver au détour d'un chemin. Il y a ce lent et élégant travelling au début, accompagnant le générique, qui égrène les platanes plantés au bord du chemin du parc de St Cloud. On ne voit à peu près que les troncs, bien droits, bien alignés, et on se dit que les personnages seront sans doute un peu comme ça. Tous issus d'une classe moyenne plus ou moins aisée, on les imagine sages, bien éduqués, cherchant entre 25 et 30 à s'installer, à travailler et fonder une famille. Et c'est effectivement le cas pour certains membres du groupe, mais pas tous. J'ai aimé cette impression d'unité du groupe en apparence (sur l'affiche par exemple), qui se trouve fendillée par petites touches. On découvre ainsi que sur certains troncs bien droits poussent des branches un peu tordues, que certaines feuilles sont vertes, mais qu'elles risquent de tomber bientôt, pour filer la métaphore What a Face

Plutôt que Scott Pilgrim, le film a été comparé à La vie au Ranch, comme le souligne Melle Présence Humaine. Leur univers sociologique est relativement proche. Les filles du second sont juste un peu plus jeunes, un peu plus friquées. On peut opposer la claustrophobie du film de Letourneur au grand bol d'air de Memory Lane, mais je ne sais pas si c'est très intéressant. De même, tous ce que les filles de La vie au Ranch ont a partager c'est des odeurs, des fringues, des vannes, de l'alcool, toutes ces choses ostensiblement superficielles et tellement agaçantes.
Dans le film de Hers, on ne partage que des choses profondes et essentielles : la passion de la musique, l'éveil du désir, le mal-être, le deuil. Bon c'est pas pour dire que ça suffit à rendre plus intéressant le second que le premier, même si de fait, il l'est. Non, ce qui est assez délicat et qui m'a plu dans Memory Lane tient dans une circulation plus ou moins consciente des affects au sein du groupe : le chanteur binoclard a envie de baiser, mais c'est son ami guitariste qui sort avec la fille qui joue du clavier. L. Chammah est confrontée à la mort prochaine de son père, mais c'est Raphaël qui fond en larme à sa place, alors qu'il mène une vie paisible en apparence dans sa grande maison bourgeoise. Tout fonctionne comme ça, en écho, chacun reprend à son compte les douleurs ou les frustrations de l'autre. Et encore une fois, tout ça n'est jamais forcé, surligné, etc. Du reste, il n'y a que deux ralentis dans le film, je crois, et ils sont à mon avis encore de trop.

Pour finir, il y a quand même deux trucs génants :

La musique, qui n'est effectivement pas géniale. J'aurais encore préféré qu'il reprenne du Nick Drake ou du Sparklehorse.

Et la voix off, qui en rajoute inutilement sur le temps qui passe, la nostalgie de la belle saison, les sanglots longs des violons de l'automne, tout ça.
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Message par Présence Humaine le Mar 7 Déc 2010 - 19:51

Revenir à Boulogne Billancourt c'est revenir au réel qui surgit comme une brèche: la mort du père, l'inconnu étrange qui marche dans les rues, le voleur de la Fnac.
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Message par careful le Mar 7 Déc 2010 - 20:23

Présence Humaine a écrit:... le voleur de la Fnac.

J'aime bien; je note. Sans que cela submerge le reste.

Spoiler:
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Et pr Tahiti Boy and the Palmtree pr la BO, il fallait en vouloir. Comme si un groupe du Bus Palladium de Thompson découvrait les films de ce cher Araki (Jerzy Wink ). Il y a 12 ans.
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Message par Présence Humaine le Mer 8 Déc 2010 - 3:17

karim a écrit:
Présence Humaine a écrit:... le voleur de la Fnac.

J'aime bien; je note. Sans que cela submerge le reste.

surtout que ça dure, quoi, même pas 5 secondes cette scène, je n'ai pas envie d'être à l'origine d'une déception, vraiment pas, surtout en période de fêtes touça.
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Message par 에르완 le Ven 22 Mar 2019 - 9:32

Ce sentiment de l'été de M. Hers se structure en triptyque sur trois années consécutives en 3 lieux différents. Si on excepte certains personnages, le lien principal entre ces 3 parties est la saison qui prête son nom au titre et donne son mouvement langoureux au film; le mode de l'été que le cinéaste convie tient de la déambulation, du sommeil, de la léthargie, un temps hors du temps de l'activité, du travail, une vacance où les êtres sont soumis comme d'étranges végétaux aux rayonnements solaires et s'affalent dans le vert envahissant des parcs sans plus rien faire, voire disparaître.
Il y a comme une dimension cosmique à l'oeuvre dans le cinéma de Hers ; les humains sont à l'embranchement d'espaces tracés de lumière et nourris de couleurs et comme conditionnés par les étranges relations qui s'y nouent ; des ponts sentis mystérieusement et qui relient des points éloignés, et qui s'affranchissent du vide stellaire et puis s'effondrent brutalement sans bruit parce qu'il manque une couleur citron dans le bleu profond et sobre, il manque un dessin d'enfant ; des vibrations inconnues, vitales, des accords souterrains, sous-marins, des harmonies morbides entêtantes, aussi entêtantes et bouleversantes qu'une chanson de Brian Eno que l'on entendra pas de toute façon; tout ça est tu, ne se dit pas, s'explique encore moins.
On dirait que le film de Hers, qui suit un personnage, de l'Europe au nouveau monde, cosmopolite, dans ce mouvement là, s'accorde à la nécessité pour lui, de l'oubli (« L’oubli n’est pas seulement une vis inertiae, comme le croient les esprits superficiels ; c’est bien plutôt un pouvoir actif, une faculté d’inhibition positive au sens le plus strict du mot » _ Ici il s'agirait d'inhiber l'emprise du deuil en s'écartant de toute attache qui rappellerait le drame ?)
La mort de sa compagne au début et l'attraction subséquente de la sœur de celle-ci, dans cette ronde intemporelle et mélancolique en ce territoire européen comme dévasté par la lenteur et l'atonie ; tandis que New York, en contraste, semble produire autour de lui des énergies nouvelles, des paroles qui s'entrechoquent comme des atomes fusés, les musiques de de Marco (quand il était à la mode), et mieux encore de vieilles photographies qui ont perdus leurs histoires dans le bac d'un magasin d'occasion et qui ouvrent à l'infini des possibles.
Un rencontre, de nouveau, l'amour
Les vagues de l'océan d'un bleu pure comme les peintures de son ex et qui baignent les jambes de la nouvelle compagne; mais là le danger n'est plus ; La fin du film, flirtant avec une certaine dureté, mais la rejetant au loin, dans le temps du reflux, au loin la mort et la tristesse, la mélancolie, au loin la mémoire trop ardemment entretenue ; la fin du film, c'est peut-être le plus beau film du monde : comme une réconciliation.
Un peu avant on est saisi par des images d'une autre nature, d'un autre statut que celles que l'on avait vu auparavant, mais les mêmes lieux sont visités ; le passé de ces images que l'on devine anciennes _ sont-ce des vidéos de vacance en super 8, 16 millimètre, que sais-je ?, est inconnu ; cette méconnaissance même, la manière dont il les arrache à tout contexte explicatif, historique, (comme s'il cherchait à faire partager une qualité intrinsèque à ces images, sans actualisation?) la manière dont elles succèdent aux séquences similaires qui sont du temps du tournage et devraient en toute logique arriver après provoque chez le spectateur une stupeur profonde comme si le linceul qui recouvrait le monde se déchirait et la lumière frappait enfin le réel ; et le beauté retenue s'écoulait un instant comme une mer vaste et profonde.

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