It Follows (David Robert Mitchell)

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It Follows (David Robert Mitchell)

Message par Eyquem le Mar 10 Fév 2015 - 21:06

'soir tous,
Baldanders, chez enculture, a écrit:6/6 à It Follows, Kitty ?? C'est pas un peu exagéré ? (j'ai bien aimé hein, mais bon...)
Tu m'étonnes: c'est même abusé Wink

Ce film m'a paru vraiment très pauvre: sans univers, sans monde, sans personnages. Le pitch sort de nulle part, ne mène nulle part: une fois qu'il a été exposé, tout est prévisible et se passe comme prévu. Sauf la fin, où la bande de copains tente d'électrocuter un zombie à l'aide de sèche-cheveux jetés dans la piscine: j'avoue que je n'y avais pas pensé.
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Re: It Follows (David Robert Mitchell)

Message par Eyquem le Mer 11 Fév 2015 - 14:03

Je lis les critiques sur ce film, en prenant des notes:
Le titre (It follows) peut faire référence à Twitter et ses « followers » qu'on convoite sur les réseaux, mais qu'on redoute de rencontrer dans la vraie vie. (Télérama)
Ah oui, tiens. Ca doit être intéressant d'y réfléchir.

Les sinistres "suiveurs" sont systématiquement des parents, des personnes âgées, qui symbolisent toutes leurs peurs. (ilaosé.blogspot)
C'est faux. Dans la scène sur la plage, c'est une jeune fille puis un enfant. Quand la copine épie la maison de son copain, le zombie qui entre par la fenêtre est un type de leur âge.

Le spectre de la relégation (devenir pauvre, vieux, invisible…) hante l’ensemble du film (Libération)
Bienvenue dans la psyché middle-class: le paradis sur terre, c'est la banlieue blanche pavillonnaire (ça se passe à Détroit, ville ouvrière, où plus de 3/4 de la population est noire). La plus grande terreur de ce petit monde, c'est d'être chassé de son quartier privilégié.
(Sur l'aspect fantomatique de Detroit, je garde un plus fort souvenir des images qu'on voyait dans le Jarmusch.)
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Re: It Follows (David Robert Mitchell)

Message par Árgês le Mer 11 Fév 2015 - 15:14

Eyquem a écrit:
Le spectre de la relégation (devenir pauvre, vieux, invisible…) hante l’ensemble du film (Libération)

Je trouve que ces lectures appliquées, sociologisantes/psychologisantes à "ce qui suit" posent problème. J'ai lu à son propos qu'il s'agissait du sida, de la peur du déclassement, de l'âge adulte, d'un spectre puritain etc... Mais ne s'agit t'il pas simplement de la Mort, dont le pas égal finit toujours par rattraper les humains, où qu'ils fuient ?

L'évocation nostalgique de l'enfant au cinéma par le garçon qui transmet la chose au début au cinéma et les citations répétées de l'Idiot par la petite au coquillage vont dans ce sens

(la citation qui suit n'est pas celle du film, mais c'est une référence à cette question obsédante qui traverse ce livre)

Dostoievski a écrit:Un prêtre passa devant tous les condamnés, une croix à la main. Il leur restait donc à peine cinq minutes à vivre. Cet homme me déclara que ces cinq minutes lui avaient paru sans fin et d’un prix inestimable. Il lui sembla que, dans ces cinq minutes, il allait vivre un si grand nombre de vies qu’il n’y avait pas lieu pour lui de penser au dernier moment. Si bien qu’il fit une répartition du temps qui lui restait à vivre: deux minutes pour faire ses adieux à ses compagnons; deux autres minutes pour se recueillir une dernière fois, et le reste pour porter autour de lui un ultime regard. Il se rappelait parfaitement avoir exécuté ces dispositions comme il les avait calculées. Il allait mourir à vingt-sept ans, plein de santé et de vigueur. Il se souvenait qu’au moment des adieux, il avait posé à l’un de ses compagnons une question assez indifférente et qu’il avait porté un vif intérêt à la réponse. Après les adieux il était entré dans la période de deux minutes réservée à la méditation intérieure. Il savait d’avance à quoi il penserait: il voulait sans cesse se représenter, aussi rapidement et aussi clairement que possible, ce qui allait se passer: à présent il existait et vivait; dans trois minutes quelque chose arriverait; quelqu’un ou quelque chose, mais qui, quoi? où serait-il? Il pensait résoudre ces incertitudes durant ces deux avant-dernières minutes. Près de là s’élevait une église dont la coupole dorée brillait sous un soleil éclatant. Il se rappelait avoir fixé avec une terrible obstination cette coupole et les rayons qu’elle réfléchissait; il ne pouvait pas en détacher ses yeux; ces rayons lui semblaient être cette nature nouvelle qui allait être la sienne et il s’imaginait que dans trois minutes il se confondrait avec eux… Son incertitude et sa répulsion devant cet inconnu qui allait surgir immédiatement étaient effroyables. Mais il déclarait que rien ne lui avait été alors plus pénible que cette pensée: «Si je pouvais ne pas mourir! Si la vie m’était rendue! quelle éternité s’ouvrirait devant moi! Je transformerais chaque minute en un siècle de vie; je n’en perdrais pas une seule et je tiendrais le compte de toutes ces minutes pour ne pas les gaspiller!» Cette idée finit par l’obséder tellement qu’il en vint à désirer d’être fusillé au plus vite.

Le film revient à une peur très simple, quelque chose d'enfantin, la peur de ce qu'il y a derrière, une peur panique, sans sources, ni motifs que celui d'une inexorable fin. Le film joue avec cela sans user des sursauts/jumps scares abusivement et c'est en cela remarquable je trouve. Ses adolescents/enfants qui font front sans jamais remettre en question la sincérité de la suivie participent à cette esprit d'enfance qui imprègne la pellicule (je fais peut être une lecture orientée ici aussi Smile )



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Re: It Follows (David Robert Mitchell)

Message par careful le Mer 11 Fév 2015 - 22:32

Eyquem a écrit:Je lis les critiques sur ce film, en prenant des notes:
Les sinistres "suiveurs" sont systématiquement des parents, des personnes âgées, qui symbolisent toutes leurs peurs. (ilaosé.blogspot)

C'est faux. Dans la scène sur la plage, c'est une jeune fille puis un enfant. Quand la copine épie la maison de son copain, le zombie qui entre par la fenêtre est un type de leur âge.

via fb :

ilaosé a dit
"C'est vrai, je n'aurais pas dû écrire "systématiquement". Le fait est que les "suiveurs" qui m'ont le plus marqué sont des vieux ou des parents (le jeune qui rentre dans la maison, observé par l'héroïne, devient, il me semble, la mère du jeune homme pris pour cible ; et lors de la scène de la piscine, je crois qu'il s'agit du père de l'héroïne)."
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Re: It Follows (David Robert Mitchell)

Message par Eyquem le Jeu 12 Fév 2015 - 15:17

hello,
merci Careful pour le feedback. Wink

Argês a écrit:Le film revient à une peur très simple, quelque chose d'enfantin, la peur de ce qu'il y a derrière, une peur panique, sans sources, ni motifs que celui d'une inexorable fin. Le film joue avec cela sans user des sursauts/jumps scares abusivement et c'est en cela remarquable je trouve. Ses adolescents/enfants qui font front sans jamais remettre en question la sincérité de la suivie participent à cette esprit d'enfance qui imprègne la pellicule (je fais peut être une lecture orientée ici aussi)
salut Argês et bienvenue,
On ne peut pas dire que cette angoisse qui "suit" les personnages ait quelque chose d'enfantin, ou que le film convoque un esprit d'enfance, puisque, comme tu le rappelles, l'enfance est ce dont les personnages se sentent coupés, au point que le jeune type soit déjà nostalgique de ce moment.
L'apparition du zombie marque précisément la sortie de l'enfance, c'est-à-dire, selon le film, l'entrée dans l'âge de la culpabilité, de la solitude, de la conscience d'être mortel.

(Par contrecoup, d'ailleurs, le film donne une image bêtasse de l'enfance: celle d'un âge asexué, sans idée de la mort, un âge passé sous la protection des parents, et où "on pisse quand on veut" - dit le type. Y a des films qui donnent de l'enfance une image plus riche, moins régressive.)


Ce qui fait que je trouve ce film pauvre, c'est qu'une fois la situation posée, il ne met plus rien en mouvement. Le pitch ne me paraît pas une très bonne idée, mais admettons. Ca m'aurait intéressé si la fille avait mené une enquête, pour tenter de remonter le fil et savoir d'où venait cette "malédiction", quand et comment elle avait commencé (je ne sais pas ce que ça aurait pu donner, mais au moins l'idée de départ serait allée quelque part). Ca m'aurait intéressé aussi, si le film avait cherché à montrer comment la fille s'y prenait pour "vivre avec", pour survivre à cette conscience de la mort: mais le film ne se casse pas la tête à ce sujet: la fille a beau savoir que la "contamination" est irrémédiable, elle passe son temps à chercher à s'en débarrasser, ce qui n'est pas très passionnant et mène à cette scène absurde à la piscine.)

Enfin, je ne sais pas; pour moi, c'est un film très plat, très sage, sans risques, sans folie. L'angoisse n'est jamais sentie: y a trop de sophistication, de calcul, dans les plans, dans l'usage envahissant de la musique, pour que quelque chose de vrai, de senti, passe vraiment.
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