Ever in My Heart (Archie Mayo, 1933)

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Ever in My Heart (Archie Mayo, 1933)

Message par Dr. Apfelgluck le Lun 15 Sep 2014 - 17:22

Stanwyck est Mary Archer, fille d'une des plus vieille famille de la Nouvelle-Angleterre du début du 20ième siècle. "Tribu" qui a d'ailleurs tous les clichés et caractéristiques de la famille "yankee" des anciennes colonies du nord des USA : austère, butée et perverse (les vieilles filles de la famille se délectent de la lecture des faits divers de viol relayés par la propagande pendant la guerre).
Mary, sainte et vierge par le prénom et ses robes d'une blancheur immaculée, est promise à son cousin Pete qui doit revenir d'un long séjour en Europe. Mais ce dernier fera sont retour avec Hugo, un de ses camarades chimiste venu d'Allemagne. Ce sera le coup de foudre, Mary délaissant son cousin au profit de l'Allemand. Les années passent, un enfant arrive et Hugo obtient finalement la nationalité américaine. S'ensuit une scène de fête où Hugo demande à ce que l'on joue une chanson "typiquement américaine". Le pianiste jouera "Dixie Land". Utilisation ambigüe, la chanson étant l'hymne officieux de la Confédération lors de la guerre civile. C'est également une symbolique de plus afin de se foutre de la famille nordiste de Mary. Jeu sur la dualité américaine également, Archer étant le nom de famille d'un célèbre brigadier général de l'Army Of Northern Virignia de Lee lors de la guerre. Sa brigade fut une des premières à engager les hommes de Buford lors des premières heures de la bataille de Gettysburg, le 1 juillet 1863. Il fut capturé lors d'une contre-attaque quelques heures plus tard.

Bien intégré dans la communauté et respecté de tous en tant que professeur à l'Université, le statut d'Hugo va changer lors du torpillage du Lusitania. La communauté change alors totalement à son égard. Il est le sujet de quolibets racistes, tout le monde l'évite, il perd son travail, on l'incite à angliciser son nom de famille etc...
Le film dénonce alors une propagande anti-allemande relayée par les journaux et les masses. A la veille de l'entrée en guerre des USA, l'enfant du couple tombe malade et succombe à une fièvre. Le lien du couple, l'unité americano-allemande est rompue à tout jamais. Le chien du groupe, un basset, est lapidé par des enfants du quartier car il est "de race allemande". Le couple sombre alors rapidement dans la paranoïa. Ne supportant plus la situation, le mari rentre en Europe alors que Mary était repartit se faire une santé dans la maison familiale (coloniale).
Plus tard, Mary s'engage dans la croix-rouge et est expédiée sur le front où elle retrouve son cousin Peter, son ancien prétendant. Alors qu'ils redeviennent proche, elle croise au hasard d'un café Hugo en tenue de soldat américain. C'est alors que le film, si complaisant et empathique envers lui dans sa première partie, tourne totalement.
Dégouté à jamais par une Amérique que ne l'a jamais accepté, Hugo est devenu espion au service du Kaiser. Il détient des informations sur une future offensive des troupes américaines dans l'Argonne. Mary fera tout pour le retenir, l'hébergera et couchera avec lui afin qu'il n'aille pas rejoindre son QG. Tiraillé entre l'envie de faire son devoir (s'il divulgue ses informations, des milliers de soldats vont y passer) et l'amour qu'elle porte toujours sur Hugo, elle se suicide avec lui en empoissonnant leur verre de vin alors qu'ils trinquent "à l'allemande".
C'est finalement implacable : Mary aurait du choisir de se marier avec son cousin, un Archer de bonne famille bien américaine depuis des générations, que se fourvoyer avec un allemand qui s'est révélé être un sale type qui trahit pour esprit de vengeance ! Il ne pouvait donc jamais être américain. Pas étonnant, alors que les USA étaient en train de radicalement fermer le robinet d'immigration. Rien d'étonnant non plus dans le choix de Stanwyck, c'est la personnification de la femme américaine typique que l'idéologie véhiculait alors après la crise de 29 (une orpheline qui s'est battue et s'est faite toute seule jusqu'à devenir l'actrice la mieux payée des années 30. Son vrai nom est d'ailleurs Stevens, de la Nouvelle-Angletere !). En faisant des recherches, j'ai lu qu'elle avait par la suite reniée ce film qui l'a, parait-il, assez désappointé après qu'elle l'ai visionnée pour la première fois.
Le scénario a été co-écrit par Beulah Marie Dix (de la Nouvelle-Angleterre, encore et toujours), à qui l'ont doit plusieurs films à l'idéologie assez ambigüe pour De Mille (dont "The Godless Girl", résolument anti-athéiste). Les préjugés contre la Nouvelle-Angleterre du début du film sont en fait renversé à la fin. Rien ne vaut la pureté des familles ancestrales de la première région colonisée du territoire américain, le berceau de la nation. L'enfant né du métissage ne pouvait pas survivre, tout comme Mary qui a perdu à jamais son caractère virginal (au fil du film, les robes de Mary passent du blanc au noir). Le refus d'Hugo d'angliciser son nom fut ensuite vu de façon péjorative, cette attitude ne lui permettant plus d'avoir un travail nécessaire à faire vivre la famille. En ne s'inventant pas un nom "purement américain", il perd son rôle de chef de famille et Mary perdra par la même occasion du poids à cause des privations. Je passerais également sur la vision de la première guerre mondiale que véhicule le film, où il n'y biensure que des soldats américains en action.


Au final, le "Ever In My Heart" du titre est plus un cri de Mary adressé à son Amérique fantasmée qu'à Hugo.


Dernière édition par Dr. Apfelgluck le Mar 16 Sep 2014 - 5:09, édité 1 fois
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Re: Ever in My Heart (Archie Mayo, 1933)

Message par Dr. Apfelgluck le Mar 16 Sep 2014 - 5:02

Deux scènes en parallèles :

Quand le fils d'Hugo et Mary décède, la caméra effectue un panoramique en direction de la fenêtre de la chambre. On ne peut y déceler aucuns paysages, aucune vue. Elle donne sur la nuit noire, le néant. Le vent fait bouger les rideaux quelques secondes, métaphore de l'âme de l'enfant quittant son corps.

A la fin du film, après le suicide de Mary, nouveau panoramique en direction de la fenêtre de sa chambre d'infirmière. On y aperçoit alors une colonne de soldats américains en route vers le front. Ce sont les hommes qu'elle sauve grâce à son geste, la "victoire de l'Amérique".
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