Les Codes, Wojciech Has

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Les Codes, Wojciech Has

Message par Invité le Dim 13 Oct 2013 - 13:30

Nous sommes en 1966, et Tadeusz un homme qui a combattu dans les troupes polonaises en Angleterre et semble être devenu un diplomate américain est à Paris (très beau générique, fait de photographies de Paris et du Quartier Latin, écart intentionnel entre imagerie des carte postale touristique et une sorte de  vérisme sociologique). Il rencontre une de ses cousines qui lui dit que son ex-femme laissée en Pologne est devenue folle, et que son plus jeune fils que l’on croyait mort pendant la guerre est apparu mystérieusement en Italie, ou en Pologne.
Il décide donc de se rendre à Cracovie en train pour tirer cela au clair (le film fait à ce moment là un peu penser à la Guerre est Finie, la position de Tadeusz par rapport à la Pologne est assez proche de celle de Montand par rapport à l’Espagne).
Il est accueilli pas son fils aîné (Zbigniew Cybulski dont c’était le dernier rôle, très bon, la quarantaine dépressive et l’impossibilité d’être adulte), qui a lui résisté en Pologne et en apparence reproche  froidement à son père d’avoir fait une autre guerre et de les voir abandonné, et pas son ex-femme (plus maniaco-dépressive et suicidaire que "folle") qui lui font un récit de l’arrestation du fils par les SS. La maison de sa mère était à la fois une pension pour soldat allemand et une cachette pour la résistance, il a été arrêté parce qu’il devait passivement résister...
Très vite Tadeusz sent que des choses ne "collent" pas dans le récit qu’on lui fait :
-la mère s'arrête sur les mots insignifiant dit par un soldat allemand: "Nichts" et toutes les autres personnes extérieures à la famille le font aussi, comme si le récit était fabriqué (l'effet "il a bondit comme un lion" de Z Costa Gravas)
-le gamin était très jeune (14/15 ans) plutôt timoré, et semblait avoir une fascination un peu superficielle pour la guerre qui colle mal avec une prise de risque assumée (on retrouve dans ses affaires une collections de revues de propagandes allemandes et des dessins d’uniforme, de soldats, d'avion façon soldats de plomb). Par ailleurs la femme de Tadeusz s’était remise avec un chef de la résistance qui est mort en même temps.

Tadeusz mène une sorte d’enquête et plusieurs pistes se présentent :
-il a été pris non comme résistant, mais comme otage, et exécuté pour cela (thèse du jeune docteur de la famille, ami du fils), sa mort a eu lieu pendant une exécution massive par l’armée allemande
-il semblait s’être rapproché de la foi catholique (le film montre ses visions, des scènes assez frappante, des rituels de crucifixion et de communion qui ne correspondent pas tout à fait aux rituels catholiques communs : plus matérialiste et mélancolique, un beau poème est lu avec l’idée qu’est en train d’arriver un « jour plus sombre que les ténèbres, un silence plus violent que la pire des tempêtes » ) ; il a peut-être été victime d’une lutte intestine entre communistes et catholiques (si je me souviens bien  le thème de Cendre et Diamant de Wajda), qui prolonge des tensions plus vieille que la guerre?

-pendant l’enquête le fils explique au père sa guerre et lui donne la vérité : pendant la guerre les résistants n’avaient pas de relation, tout consistait en des entrevues furtives et silencieuses dans des endroits anonymes, en des « codes », on ne savait pas qui étaient nos alliés. Le film sous-entend que cette atomisation des rapports préparait à l’effacement social et aux non-dits de l’époque communiste. Or ce qui s’est passé, c’est que l’amant de sa femme était avec un chef de la résistance qui l’a quittée pour une autre. L'enfant , par vengeance a fait un tapage dans la rue qui a mené à l’assassinat presque accidentel du chef. Il a ensuite été tué par les résistants, qui ont hésité d’abord à le cacher chez des paysans.


A la fin du film, le père retarde ou annule son retour et se rend au chevet de sa femme qui a fait une TS, apparemment libéré d’un poids
Cela fait beaucoup penser aux récits de Jean-Paul Sartre sur la guerre dans les "Chemins de la Liberté "ou "le Mur": même sens du nœud paradoxal qui recèle la vérité des situations et des comportements et doit se  dénouer de toute manière, même idée de mauvaise foi (le film tend ers l’esthétisme lorsqu'il s'agît signifier que la mauvaise foi n’oppose pas un camp à un autre, est partout la même)

Quand Tadeusz est dans le train vers Cracovie, il feuillette (au restaurant; comem s'il s'agissait pour lui de s'informer sur un pays d'acceuil inconnu pendant un voyage) un livre de photos sur la Shoah, plusieurs photos très dures  (où on voit les morts, souvent des mères et des enfants) passent et il s’arrête plus longuement sur une des photo les plus connues où un enfant, dans le Ghetto de Varsovie lève les mains, et se rend à la manière d’un adulte, avec un visage qui exprime à la fois la peur et la maîtrise de soi. Il y a aussi une scène onirique d’un massacre à la chaîne dans une carrière où le dispositif d’exécution est envisagé en travelling latéral et se conclut sur une photo lorsqu’il s’agît de montrer l’exécution proprement dite (on entend le coup de fusil). Dans les bonus de DVD Jacques Mandelbaum explique que pour lui cela signifie que Has renonce à reconstituer l’immontrable et choisit le document brut contre la fiction, mais j’ai l’impression que c’est l’inverse : c’est le document qui est amené dans l’espace d’un récit qui veut le compléter : dans les dialogues il est fait allusion au génocide, mais comme un mystère (qui répond peut-être au mystère religieux que le film peu illustrer lui comme une source d’image inédite) : le sort du fils et de sa mort mystérieuse est un cas d’espèce de la même logique qui fait que 6 millions d’innocents sont morts (je crois que c’est le fils aîné qui dit cela). Le film part d’une seule idée : l’héroïsme est intégralement absorbé dans des rapports de filiation, et venir après cette absorption confronte plus à l’absurde et au non-sens qu’à un horizon neuf.

A la fin du film, des jeunes de Varsovie  et des étudiants africains sont filmés en situation réelle qui évoque le cinéma d’enquête sociologique de l'époque (drague, disque d’Elvis échangés sous le manteau etc…) de manière distante et un peu méfiante: ils sont montré comme constitués dans une altérité radicale parce qu’en dehors du complexe de culpabilité des survivants à la guerre (le film est sur le complexe de culpabilité des résistants), c’est cette absence de culpabilité qui constitue l’altérité. Il y a une ironie métaphysique et libération qu’à la condition de croire que ce rapport entre qui éprouve la culpabilité et qui est en dehors d’elle articule aussi la relation entre le sacré et le réel. Cette séquence est la symétrique des vues réelles mais inanimées de Paris au début (montré comme une ville à la fois plus libre que la Pologne mais fossilisée : c’est d’ailleurs  peut-être l’idée du film : la culpabilité est une vie inversée qui se fait de la liberté une idée qui correspond à la mort, mais qui est complète)
C’est marrant car ce film déplace et permet de comprendre le fond d’humanisme chrétien qu’il peut y avoir dans les films apparemment plus optimistes (mais formellement assez proche) que Resnais voire Marker faisaient à la même époque, mais qui ici, sans doute en partie à cause de la situation politique des pays du Pacte de Varsovie, vire il me semble à l’aigre et à la misanthropie.





Musique intéressante de Penderecki

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