"Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

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"Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Borges le Mer 16 Jan 2013 - 17:50

erwan a écrit:"Zero Dark Thirty". Kathryn Bigelow.

spoilers

-une attention particulière au nom des cibles, trouver le nom véritable et vous trouvez l'homme.
Mais d'un autre côté, la torture méthodique, scientifique, mise en place par l'administration américaine nie à l'homme interrogé jusqu'à sa dignité humaine, ne le met pas uniquement face au spectre d'une mort par noyade dans les secondes qui suivent, mais le rabaisse au rang d'animal (on lui met un collier comme à un chien, on le promène, on le met en cage ou dans une boîte).

-Le tortionnaire, agent de la CIA, je crois, aux mâchoires d'acier, avoue au personnage principal, à un moment, son dégoût, son désir de vacances, de retour à Washington loin de ces lieux de non droit que sont les camps d'internements pour les personnes poursuivies pour fait de terrorisme, ou de collaboration. Ils sont tous deux face à une cage dans laquelle il y avait des singes. Il exprime son désarroi qu'ils aient été euthanasiés; dans une séquence précédente, il s'amusait à les appâter avec un cornet de glace.

Il est fait un rapprochement évident entre ces animaux en cages et les hommes en cages. Tous des bêtes, soumis à des pulsions, à des instincts, qu'il s'agit de conduire, de manipuler, pour l'obtention d'informations; un dressage.

Le film ne condamne jamais la pratique de la torture (quand Obama parle à la tv de la nécessité pour l'Amérique de recouvrer ses valeurs morales fondamentales, les agents qui regardent détournent les yeux et vaquent à leur discussion, l'écran tv dans le flou en arrière plan), et il se positionne de fait toujours du côté des professionnels du renseignement, quelque action illégale et dégueulasse dont ils puissent se montrer coupable.

- Il y a un moment intéressant dans l'avant dernière séquence, celle de l'assaut de la maison (clairement présenté comme une mission d'assassinat, il n'y a guère que trois hommes dans les bâtiments, pauvrement armés, face à une vingtaine de Gi's surentrainés) où se cloître Ben Laden; après l'avoir abattu, des soldats interrogent les femmes présentes afin d'être sûr que le corps sans vie qui gît sur le sol est bien celui de l'ennemi symbolique numéro un des USA, mais leurs réponses ne les satisfont pas et ils se tournent vers les enfants assemblés dans un coin. Un soldat donne à une fillette apeurée un tube fluorescent et lui demande, et lui répète, une même question:"quel est son nom? quel est son nom?"



Bigelow semble en faire le point d'orgue émotionnel de toute la séquence; ce qui amène à ce demander pourquoi elle a tenu à faire ce film là:

-En fait, je ne l'ai pas vu depuis longtemps mais il me semble que, dans sa filmographie, le film qui se rapproche le plus de ZDT, c'est blue steel. Dans ce dernier, une femme flic poursuivait l'homme qui l'avait violé, un méchant barbu ... qui représentait les brimades subies par les femmes au sein d'une société ordonnée par les hommes.

L'enquêteur principal dans ZDT, c'est l'actrice de tree of life _ quelle sensation bizarre de la voir dans cette galère dans le rôle de celle qui donne le rythme _ qui dit à un moment à un conseiller du président qui lui demande qui elle est, lors d'une réunion où elle est la seule femme: "i am the motherfucker who found this place", parlant du bâtiment où se cache Ben Laden.

Ajoutons que dans une séquence, une de ses collègues, une amie, est tuée par une explosion déclenchée par des membres d'une faction talibane (faudrait vérifier); toute la séquence est conçue symboliquement comme un viol.

Ainsi l'obsession du personnage central de retrouver Ben Laden devient vengeance personnelle, à l'image de Jamie Lee curtis dans Blue Steel.

Et Ben Laden représente une figure du mal patriarcal, de l'homme qui soumet les femmes à une hiérarchie sociale privatrice de liberté, et d'égalité de traitement.

En tout cas c'est ainsi que j'ai compris ce moment particulier où un soldat donne la lumière à une petite fille dans un village du Pakistan en lui disant de quoi Ben Laden était le nom. Un signe d'espoir pour K Bigelow?
Étrange de voir le féminisme américain servir sous les drapeaux de la guerre au terrorisme, de l'apologie de la torture.

Le film s'achève tout de même sur le visage de Jessica, en pleurs ... mais je ne sais pas si ce sont les remords qui l'affligent ...

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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Invité le Jeu 7 Fév 2013 - 14:54

je me permets de partager ce lien vu sur le mur facebook des spectres du cinéma Embarassed
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/jan/04/letter-kathryn-bigelow-zero-dark-thirty

Naomi Wolf a écrit:

Director Kathryn Bigelow holds her 2010 Academy Award for The Hurt Locker. Photograph: Paul Buck/EPA

Dear Kathryn Bigelow,

The Hurt Locker was a beautiful, brave film; many young women in film were inspired as they watched you become the first woman ever to win an Oscar for directing. But with Zero Dark Thirty, you have attained a different kind of distinction.

Your film Zero Dark Thirty is a huge hit here. But in falsely justifying, in scene after scene, the torture of detainees in "the global war on terror", Zero Dark Thirty is a gorgeously-shot, two-hour ad for keeping intelligence agents who committed crimes against Guantánamo prisoners out of jail. It makes heroes and heroines out of people who committed violent crimes against other people based on their race – something that has historical precedent.

Your film claims, in many scenes, that CIA torture was redeemed by the "information" it "secured", information that, according to your script, led to Bin Laden's capture. This narrative is a form of manufacture of innocence to mask a great crime: what your script blithely calls "the detainee program".

What led to this amoral compromising of your film-making?

Could some of the seduction be financing? It is very hard to get a film without a pro-military message, such as The Hurt Locker, funded and financed. But according to sources in the film industry, the more pro-military your message is, the more kinds of help you currently can get: from personnel, to sets, to technology – a point I made in my argument about the recent militarized Katy Perry video.

It seems implausible that scenes such as those involving two top-secret, futuristic helicopters could be made without Pentagon help, for example. If the film received that kind of undisclosed, in-kind support from the defense department, then that would free up million of dollars for the gigantic ad campaign that a film like this needs to compete to win audience.

This also sets a dangerous precedent: we can be sure, with the "propaganda amendment" of the 2013 NDAA, just signed into law by the president, that the future will hold much more overt corruption of Hollywood and the rest of US pop culture. This amendment legalizes something that has been illegal for decades: the direct funding of pro-government or pro-military messaging in media, without disclosure, aimed at American citizens.

Then, there is the James Frey factor. You claim that your film is "based on real events", and in interviews, you insist that it is a mixture of fact and fiction, "part documentary". "Real", "true", and even "documentary", are big and important words. By claiming such terms, you generate media and sales traction – on a mendacious basis. There are filmmakers who work very hard to produce films that are actually "based on real events": they are called documentarians. Alex Gibney, in Taxi to the Dark Side, and Rory Kennedy, in Ghosts of Abu Ghraib, have both produced true and sourceable documentary films about what your script blithely calls "the detainee program" – that is, the regime of torture to generate false confessions at Guantánamo and Abu Ghraib – which your script claims led straight to Bin Laden.

Fine, fellow reporter: produce your sources. Provide your evidence that torture produced lifesaving – or any – worthwhile intelligence.

But you can't present evidence for this claim. Because it does not exist.

Five decades of research, cited in the 2008 documentary The End of America, confirm that torture does not work. Robert Fisk provides another summary of that categorical conclusion. And this 2011 account from Human Rights First rebuts the very premise of Zero Dark Thirty.

Your actors complain about detainees' representation by lawyers – suggesting that these do-gooders in suits endanger the rest of us. I have been to see your "detainee program" firsthand. The prisoners, whom your film describes as being "lawyered up", meet with those lawyers in rooms that are wired for sound; yet, those lawyers can't tell the world what happened to their clients – because the descriptions of the very torture these men endured are classified.

I have seen the room where the military tribunal takes the "testimony" from people swept up in a program that gave $5,000 bounties to desperately poor Afghanis to incentivize their turning-in innocent neighbors. The chairs have shackles to the floor, and are placed in twos, so that one prisoner can be threatened to make him falsely condemn the second.

I have seen the expensive video system in the courtroom where – though Guantánamo spokesmen have told the world's press since its opening that witnesses' accounts are brought in "whenever reasonable" – the monitor on the system has never been turned on once: a monitor that could actually let someone in Pakistan testify to say, "hey, that is the wrong guy". (By the way, you left out the scene where the CIA dude sodomizes the wrong guy: Khaled el-Masri, "the German citizen unfortunate enough to have a similar name to a militant named Khaled al-Masri.")

In a time of darkness in America, you are being feted by Hollywood, and hailed by major media. But to me, the path your career has now taken reminds of no one so much as that other female film pioneer who became, eventually, an apologist for evil: Leni Riefenstahl. Riefenstahl's 1935 Triumph of the Will, which glorified Nazi military power, was a massive hit in Germany. Riefenstahl was the first female film director to be hailed worldwide.


Leni Riefenstahl at Nuremberg, 1934, directing Triumph of the Will Leni Riefenstahl directing her crew at the Nazi part rally in Nuremberg, 1934, for her film Triumph of the Will. Photograph: Friedrich Rohrmann/EPA

It may seem extreme to make comparison with this other great, but profoundly compromised film-maker, but there are real echoes. When Riefenstahl began to glamorize the National Socialists, in the early 1930s, the Nazis' worst atrocities had not yet begun; yet abusive detention camps had already been opened to house political dissidents beyond the rule of law – the equivalent of today's Guantánamo, Bagram base, and other unnameable CIA "black sites". And Riefenstahl was lionised by the German elites and acclaimed for her propaganda on behalf of Hitler's regime.

But the world changed. The ugliness of what she did could not, over time, be hidden. Americans, too, will wake up and see through Zero Dark Thirty's apologia for the regime's standard lies that this brutality is somehow necessary. When that happens, the same community that now applauds you will recoil.

Like Riefenstahl, you are a great artist. But now you will be remembered forever as torture's handmaiden.

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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Borges le Jeu 7 Fév 2013 - 15:12

Hi Erwan, aurais-tu oublié que tu es un "Spectre du cinéma", officiellement et tout?

Wink
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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Invité le Jeu 7 Fév 2013 - 16:24

Salut Borges; (oui) non lol mais je n'oublie pas que c'est grâce à l'ami Eyquem qui hélas n'intervient plus tellement ces derniers temps; c'est très dommage; il nous manque Wink

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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Borges le Jeu 7 Fév 2013 - 16:40

oui, il nous manque; et pas un peu; on lui fout la paix encore un moment avant de le harceler pour un "come back"... spectre un jour, spectre toujours; un spectre revient toujours Wink
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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Invité le Jeu 7 Fév 2013 - 16:44

erwan a écrit:Salut Borges; (oui) non lol mais je n'oublie pas que c'est grâce à l'ami Eyquem qui hélas n'intervient plus tellement ces derniers temps; c'est très dommage; il nous manque Wink

C'est surtout Eyquem, fin DRH, qui a compris que certains participants devaient être publiés d'office aux spectres, parce que des propositions pour les rejoindre, pour rejoindre la rédaction, tu en as eu un certain nombre avant...

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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Invité le Jeu 7 Fév 2013 - 17:28

Salut JM,
j'ai eu sans doute tort en effet. J'éprouvais une certaine fidélité qui frisait la nostalgie, à l'égard du forum des cahiers à l'époque, parce que c'est là que j'ai rencontré pas mal de personnes que j'admire et tout, certaines se sont éloignées hélas, et que les cahiers étaient encore quelque chose qui comptait un peu, un petit peu, et d'autres piteuses raisons que je n'exposerais pas lol.
En fait j'étais assez aveuglé et con (je ne dis pas que ça a changé) Wink
Tu as eu mille fois raison de construire autre chose avec tes partenaires spectres.
De vous "délivrer de chaînes anciennes, que la rouille a dénouées ..."

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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par careful le Jeu 7 Fév 2013 - 18:13

erwan a écrit:Salut JM,
j'ai eu sans doute tort en effet. J'éprouvais une certaine fidélité qui frisait la nostalgie, à l'égard du forum des cahiers à l'époque, parce que c'est là que j'ai rencontré pas mal de personnes que j'admire et tout, certaines se sont éloignées hélas, et que les cahiers étaient encore quelque chose qui comptait un peu, un petit peu, et d'autres piteuses raisons que je n'exposerais pas lol.
En fait j'étais assez aveuglé et con (je ne dis pas que ça a changé) Wink
Tu as eu mille fois raison de construire autre chose avec tes partenaires spectres.
De vous "délivrer de chaînes anciennes, que la rouille a dénouées ..."

Grande attention que je partage, mon cher Erwan.
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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par ymoonfleetmood92 le Jeu 7 Fév 2013 - 21:44

Pas vraiment réaliste la scène où l' enquêtrice identifie le cadavre de Ben Laden.Un parfum de néo-féminisme militariste dans ce film.à l' opposé de l' anarchie baba cool de Point break.

ymoonfleetmood92

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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Invité le Ven 8 Fév 2013 - 0:36

J'ai vu "Beau travail" de Claire Denis avant-hier, pour la première fois. Très beau film, difficile de pas être jaloux quand on fait du cinéma. La photo est magnifique sans être maniérée, c'est remplit de belles trouvailles de mise en scène et de narration. Avec des à-côté sur l'Afrique très digne qui ne sont pas de l'exotisme. Bien monté, joué, tenu, rythmé. Ça pouvait pas être mieux.

Et comme dans "Démineurs" Je m'attendais à y voir tout un tas de sous-entendu sur l'homosexualité masculine. Bah rien, niet, nada. La quatrième de couverture qui vous évoque "la beauté d'une nouvelle recrue qui va jeter le trouble" bah c'est mensonger. Il y a bien un regard sur la virilité de ces hommes, des confrontations et des moments "féminins" (le repassage, la lessive), mais aucune ambiguité sexuelle. Par contre de l'érotisme, ça oui. Et comme disait une actrice de Bertrand Bonello, les films sans érotisme sont chiant. Elle a bien raison...

"Démineurs" et "Beau travail" sont donc des films hétéros, mais hétéro-friendly.

Démineur en particulier, c'est assez drôle quand même :

Une icône virile et masculine absolue - le militaire - toute engoncée et ENTRAVÉE dans son matériel PROTECTEUR s'avance peureusement comme un petit garçon inexpérimenté vers l'inconnu et les PROFONDEURS d'une carcasse matricielle de véhicule qu'il explore avec la prudence et le DOIGTÉ d'un plongeur de CAVE sous-marine INONDEE.

Et une fois arrivé au BON ENDROIT, plein de SUEURS et emplit d'effroi, il avance ses mains tremblantes pour FOUILLER une FORÊT de câbles afin de trouver LE BON BOUTON. pig

Oui, pas de doute, c'est bien un film de fille queen

Maintenant filons la métaphore : le bon bouton c'est celui qui castre le désire ou celui qui fait tout exploser ?
Serait-ce une métaphore de l'excision ? Du puritanisme US qui ne voit le désir que comme reproductif et surtout pas érotique ? C'est que c'est dangereux le désir féminin attention, il faut pas le laisser croitire comme ça, faut le désamorcer, le conscrire, le ligaturer... Alors au fond, ces militaires US, ce ne serait pas que des talibans déguisés en mormons kakis ?

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Re: "Zero Dark Thirty" (Kathryn Bigelow)

Message par Borges le Ven 8 Fév 2013 - 9:11

pas vu "Beau travail", on dit que c'est basé sur "Billy Budd" (mon bouquin favori de Melville; et la question de l'homosexualité n'est pas étrangère à l'écrivain.
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