Gomorra (Matteo Garrone)

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Gomorra (Matteo Garrone)

Message par gertrud04 le Ven 25 Mar 2011 - 12:07

Borges a écrit:
Vu Gomorra.

Enfin ? Je ne sais pas. Ce n’est pas un mauvais film. Évidemment. La seule idée qui marche, selon moi, pour moi, ou alors la seule idée avec qui, quoi, j’ai pu faire un mouvement, c’est le personnage du jeune type qui accompagne Franco, le mec qui passe son temps à enterrer des déchets dangereux.

J’aime ce personnage. Tout son jeu, sa présence est dans le regard. Dès son apparition, il est là, il regarde. De là à dire qu’il est le spectateur et que la morale que le film nous donner à penser se révèle dans notre capacité à voir, à regarder, à se faire voyant.... Voir; non pas les choses, non pas derrière les choses ; mais entre les choses. Une chose seule, ça ne veut rien dire, ça n'existe pas, pas plus qu'une image. C’est lors de la scène des pêches pourries qu’il prend conscience de ce qui se passe, et qu’il saisit sa différence; sa voyance est préparée par ce que l’on pourrait prendre pour une erreur de perception : la vieille dame, qui récolte sous la pluie des pêches pourries, le prend pour un autre ; et c’est cet autre qu’il va devenir, dans un lien affectif avec cette vieille dame folle, mais qui voit (parce que généreuse, capable de don, dans un monde où rien n'est donné, rien ne se donne?)

Moment très fort, en terme d’idée ; je ne sais pas à quoi cela me fait penser, même si je peux en penser bien des choses. Quelque chose se passe alors, préparé évidemment par la vision de l'homme malade dans son lit. Il ne peut plus supporter le boulot de son boss, continuer à croire que tous les moyens sont bons pour vivre, échapper à la misère. "Vous sauvez une vie, ici, et vous assassinez une famille ailleurs, lui dit-il". Dans un beau passage "des nués à la résistance", le fils s’emporte contre le père qui s’emporte contre les dieux-patrons qui exploitent les pauvres. "Ils ont bien raison dit le fils, puisque nous nous traitons entre nous de la même manière".

En descendant de la voiture pour jeter les fruits pourris, le jeune homme saisit quelque chose, non seulement sa différence, mais ce qui lie ces fruits, la vieille dame…et tous ces gens que l’on traite comme de la pourriture, comme de la saleté. Lien renforcé par les images à la télé de cette actrice américaine portant une robe blanche; les fruits du mal.

Repenser tout cela évidemment depuis les analyses de Deleuze du néoréalisme : voir, devenir voyant de l’insupportable.


Dans cette scène dont parle Borges revue hier soir, c'est bizarre mais j'ai pensé à la fin de "La nuit du chasseur", quand John après s'être débarrasé du mauvais père, grâce à la vieille dame, offre à celle-ci pour noël une pomme. Dans Gomorra, cela se fait dans un autre ordre, le garçon quitte son père de substitution (cette substitution est explicitement montrée dans la scène à l'aéroport où le vrai père confie son fils à Franco) après que la vielle dame lui ait offert des pêches. On pourrait dire d'ailleurs de Franco qu'il est comme le pasteur du film de Laughton, une espèce d'ogre (je pense à la scène où il va chercher des gamins pour conduire les camions qui transportent les produits dangereux).
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