Chez Gino (S. Benchetrit)

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Chez Gino (S. Benchetrit)

Message par Largo le Dim 3 Avr 2011 - 15:18



Chez Gino, c'est la nouvelle comédie ratée et sans inspiration de Benchetrit. C'est un peu au cinéma d'auteur ce que Rien à déclarer est au cinéma populaire, avec le même regard dégueulasse sur les pauvres, les petites gens qui sont benêts ou racistes chez Dany Boon, ignares et crasseux chez Benchetrit.

Après avoir fait son Coffee & Cigarettes du pauvre (J'ai toujours rêvé d'être un gangster), il s'attaque cette fois au Parrain. A l'époque, il assumait ce cinéma d'imitation, de looser plein d'admiration pour un cinéma américain qu'il savait être trop grand pour lui. Ici, il s'est senti obligé de mettre en abîme son remake raté du Parrain joué par un pizzaïolo issu d'une famille de mafieux, en s'accordant le rôle du réalisateur, sorte d'Ed Wood minable. On est donc censé rire de cette reconstitution cheap et foireuse d'un chef d'oeuvre du cinéma, sauf que les gags tombent tous à plat, comme une blague Carambar. Le pire étant les scènes de flash-back en Italie (la première en couleurs chatoyantes, l'autre en noir & blanc) qui ne sont pas plus drôles que le reste. La photo, grossière mais très travaillée, trahit une nostalgie profonde et une forme de frustration du réalisateur qui confère au reste du film un arrière-goût d'amertume qui ne dit pas son nom.



La morale du film adressée par José Garcia aux spectateurs est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Benchetrit voudrait nous dire que quand on est dans la merde et qu'on a plein de problèmes, il suffit de faire un film et alors tout va mieux, parce que c'est bô la magie du cinéma. Il nous dit ça alors que lui fait des films en dandy qui s'ennuie et qui voudrait faire un usage un peu utile, un peu créatif de sa culture alors qu'il ne fait que nous la crachoter au nez comme un ivrogne en fin de repas. N'est pas Tarantino qui veut d'accord, et il ne le sait que trop bien, mais au moins qu'il nous épargne son laïus sur le cinéma qui sauve la vie et fait oublier les problèmes des pauvres parce que vu le regard qu'il porte sur eux (la cour des miracles, ou presque), on doute qu'il les considère en mesure de faire quoique ce soit d'autre que courir en haillons pied nus sur des terrains vagues.



Le cinéma pour lui, ça sert surtout à faire rouler des yeux à Anna Mouglalis, parce que sa meuf, c'est pas qu'un mannequin bébête, attention, elle a du talent, une force comique insoupçonnée. Mais là encore, Benchetrit n'a pas la chance de sortir avec Louise Bourgoin ou Frédérique Bel. L'amour rend aveugle, encore une fois, d'accord, mais quand on est un mauvais cinéaste, c'est un peu embêtant.
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Re: Chez Gino (S. Benchetrit)

Message par Rotor le Mar 5 Avr 2011 - 11:21

Déjà son film précédent cumulait des bides faits exprès et cachait ses ambitions échouées sous le couvert de l'ironie volontaire et de la modestie. C'était plein d'emprunts au cinéma belge, porté par un regard d'une certaine lourdeur garagiste.
C'était faussement humble et au final ennuyeux.
Benchetrit semblait s'excuser et filmait une sorte d'histoire lente, un peu masochiste de losers de la haute, et profitait de guests stars (Arno, Bashung) pour se complaire dans une position factice de grand-petit cinéaste, en jouant du décalage.
Là encore, personne n'accédait à l'existence, on traînait les pieds pour se donner un style, on prenait l'air triste pour paraître sérieux. Et ça manquait de nerf, d'humour véritable. De vie.

C'était très curieux comme une sorte de ratage volontaire. Sans doute lié à sa culpabilité de savoir qu'il ne mérite pas sa notoriété. Et donc pour s'excuser Benchetrit faisait un film décevant, volontairement déceptif et réussissait sa tentative d'échec. Mais pour le spectateur, c'était surtout le constat une fois de plus d'un cinéma étroit, sans épaule, presque antipathique. La prétention d'un droit assez snob de feindre l'attitude supposée cool du loser...
Et se garantir ainsi un droit à la paresse, aux petites phrases et aux demies-vérités.
Mais sans le courage un peu suicidaire d'un Mr Oizo (Quentin Dupieux) qui lui, tourne vraiment le dos au public, choisit l'absurde et signe des films sacrificiels.
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