Arabes, encore un effort

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Dim 16 Jan 2011 - 13:35

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Re: Arabes, encore un effort

Message par adeline le Dim 16 Jan 2011 - 14:19

breaker a écrit:La révolution française et les émeutes de la faim en Afrique? est-ce que tu es pas un peu loin de l'événement?

Loin ? Parce que pour penser un événement historique y'a un périmètre géographico-temporel à respecter ?

Peu importe que les médias appellent ça "émeutes de la faim", ou les sociologues des Nations Unis, et que ce soit ainsi qu'on nomme les mouvements de révolte depuis 2007 2008 dans les pays pauvres. Evidemment que la faim est un déclencheur autant qu'une constante, et évidemment que la répression est bien organisée, et que le manque de ressources alimentaires dans les pays du Sud a des responsables, et évidemment qu'on sait très bien qui ils sont.
Nommer les choses est important, et dire que ce n'est pas une révolution mais des émeutes de la faim ôte au gestes des Tunisiens qui se battent dans la rue pour faire tomber un dictateur toute volonté et toute raison proprement politique. C'est minimiser leurs désirs et leurs espoirs. Dire "émeutes de la faim", c'est s'en tenir à une description des causes. Dire "révolution", c'est intégrer le désir politique des Tunisiens.
Peut-être que l'histoire dira demain que c'était surtout des émeutes de la faim. Moi je dis aujourd'hui que c'est avant tout une révolution, car je veux que ce soit une révolution. C'est tout.

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Re: Arabes, encore un effort

Message par glj le Dim 16 Jan 2011 - 19:43

d'accord avec toi adeline. La révolution francaise par exemple fut fromenté et instrumentaliser par la bourgeoisie francaise qui n'en tenait plus de ne pas faire partie de la noblesesse. N'empéche ce n'est pas elle qui fut en première ligne et au première loge, ce n'est pas elle qui_ declencha cette revolution, ce fut simplement le peuple qui n'en tenait plus de justement tenir depuis des siécles dans un systéme forclos et qui se craqueler par l'entremise des idées neuves et des techniques nouvelles : les breches et les fissures multiples de l'ancien régime firent le reste. Ce sont evidement les gens qui n'ont rien à perdre qui sont en première ligne..
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Re: Arabes, encore un effort

Message par lorinlouis le Dim 16 Jan 2011 - 19:58


L'islamiste Rached Ghannouchi, chef du parti Ennhadha, dit préparer son retour à Tunis

le chef du parti islamiste Ennhadha, Rached Ghannouchi, a déclaré à l'AFP ce samedi 15 janvier 2011 qu'il préparait son retour en Tunisie. Il a aussi dit qu'il était prêt à participer à un gouvernement d'union nationale. En exil depuis 1988, Rached Ghannouchi a été condamné par contumace en 1992 pour complot contre le président Ben Ali; il vit actuellement à Londres.

Révolution ou pas, certains partent, d'autres arrivent...
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Lun 17 Jan 2011 - 6:10

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Re: Arabes, encore un effort

Message par balthazar claes le Lun 17 Jan 2011 - 10:05

ils ont appelé ça révolution du jasmin paraît-il

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Re: Arabes, encore un effort

Message par adeline le Lun 17 Jan 2011 - 10:19

Oh là là qu'est-ce que vous êtes rabats-joie et pessimistes dites.

Evidemment que ça va être la merde, qui a jamais dit qu'une révolution se terminait en deux jours avec un chouette gouvernement d'union nationale sans islamistes et le peuple aux urnes trois jours après et l'économie florissante, etc. Une révolution c'est violent, c'est des luttes pour le pouvoir, c'est le sang et la mort. C'est dur. Et c'est souvent confisqué au peuple. Mais si personne n'y croit jamais, ça ne peut pas arriver, qu'un vrai gouvernement démocrate se mette en place.
Vous êtes dans le ton des médias "Oh là là, il y a des pilleurs, c'est le chaos, c'est n'importe quoi".

La Tunisie n'est pas du tout dans la situation que connaissait l'Algérie à la fin des années 90.

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Lun 17 Jan 2011 - 11:07

d'accord avec Adeline.
une révolution, classiquement, c'est "quand ceux d'en haut ne peuvent plus gouverner et ceux d'en bas ne veulent plus être gouvernés". un signe de cette situation, c'est justement cette multiplication des fouteurs de merde plus ou moins directement liés avec le pouvoir (des partisans de Ben Ali, dit-on, mais tous les réseaux gouvernants étaient liés d'une façon ou d'une autre avec Ben Ali) : foutre la merde pour faire peur et finalement amener la population à demander à genoux le retour des gouvernants. réussiront, réussiront pas ? mais quoiqu'il arrive, pour paraphraser Engels, l'Histoire prendra les pires chemins.

je pense aussi à Gramsci : le pessimisme de la raison et l'optimisme de la volonté. l'un ET l'autre.

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Re: Arabes, encore un effort

Message par lorinlouis le Lun 17 Jan 2011 - 17:43

Lundi 17 janvier

Ghannouchi a révélé la composition du gouvernement de transition

Certaines informations concernant la composition du nouveau gouvernement de transition vient d'être confirmées par le premier ministre Mohammed Ghannouchi, qui reste à la tête de la formation jusqu'aux élections présidentielles, annonce El Watan. Les trois chefs de l'opposition sont bien aux postes révélés il y a quelques heures par Jeune Afrique: Néjib Chebbi (PDP) est ministre du Développement régional; Ahmed Brahim (parti Ettajdid) ministre de l'Enseignement supérieur et scientifique; Mustapha Ben Jaafar (Forum Démocratique pour le travail et les libertés) ministre de la Santé.

Six membres de l'ancien gouvernement ont été reconduits malgré les protestations de ce matin, dont Ahmed Friaâ et Kamel Morjane, respectivement au ministère de l'Intérieur et à celui des Affaires étrangères.

Selon le site Numerama, le blogueur Slim Amamou, arrêté par la police tunisienne le jeudi 6 janvier et libéré le 13, aurait hérité du Secrétariat à la Jeunesse et aux Sports.

Le ministère de l'Information, qui gérait la censure sur le Net, aurait été supprimé. La libération de tous les prisonniers d'opinion a également été annoncée.

La Libye touchée par des protestations sociales

Le monde arabe continue de ressentir l'effet domino de la «révolution de jasmin» tunisienne qui a fait tomber le régime de Ben Ali.

En Libye des manifestants sont descendus dans les rues ce week-end pour protester contre la corruption et l'incompétence du gouvernement dans la distribution des logements sociaux, rapporte le magazine égyptien Ahram Online.

A Bani Walid, une ville situé à 180 km de la capitale Tripoli, des centaines de personnes ont investi des appartements vides, et des rassemblement auraient eu lieu dans les villes de Bidaa, Darna et Sabhaa à l'est du pays.

Il est assez rare d'avoir accès à de telles informations dans ce pays, car les médias sont verrouillés par le régime de Mouammar Khadafi. Comme en Tunisie, ce sont Twitter et YouTube qui ont joué un rôle majeur dans la médiatisation de ces revendications. Quelques vidéos circulent sur Internet pour en témoigner.

Ce matin, RFI présumait que la Libye serait la prochaine terre d'accueil de Ben Ali et sa famille. Le général Khadafi est en effet le seul à avoir exprimé son soutien envers de l'ancien président tunisien.

Pour un gouvernement en rupture avec l'ancien régime
Après avoir provoqué la chute et l'exil du président Ben Ali en Arabie Saoudite, la révolution» continue lundi, rapporte le journal algérien El Watan.
Alors que l'annonce d'un nouveau gouvernement de transition est attendue dans la journée, ce matin à Tunis des centaines de manifestants ont demandé la dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du président déchu; ils ne veulent pas qu'un membre de l'ancien régime figure dans le nouveau gouvernement. Les forces armées auraient fait usage de gaz lacrymogène et tiré en l'air pour disperser la foule.
Ce sont les déclarations de Mohamed Ghannouchi, le premier ministre qui assure l'intérim depuis le 14 janvier, qui ont provoqué cette colère. Il a annoncé qu'il formerait le 17 janvier un gouvernement d'union nationale dans lequel le ministre de l'Intérieur, Ahmed Friaâ (nommé le 12 janvier par Ben Ali) et celui des Affaires étrangères, Kamel Morjane, devraient garder leur place, suppose RFI. Ils sont tous les deux membres du RCD, ce que la population n'accepte pas.
La composition du gouvernement n'a pas été rendue publique, mais le site de Jeune Afrique fait état de «fuites». Les partis d'opposition devraient faire partie de la nouvelle formation et notamment «Néjib Chebbi, pour le Développement régional, Mustapha Ben Jaafar pour la Santé, Ahmed Ibrahim, à l’Enseignement supérieur, Lazhar Karoui Chebbi à la Justice et Yadh Ben Achour aux Réformes.»
Les élections devaient être organisées dans les deux mois, comme le stipule la Constitution, mais elles auraient été repoussées à dans six mois. Selon The Guardian, cette initiative viendrait du parti d'opposition PDP (Parti démocratique progressiste) qui fait valoir que «les Tunisiens ont besoin de temps pour se familiariser avec les partis après des décennies de règne du parti unique. C'est la crédibilité de ces élections qui est en jeu.»
Pour l'instant, le seul candidat déclaré est Moncef Marzouki du Congrès pour la République (CPR), la gauche laïque. Il est rentré de France, où il s'était réfugié pendant 20 ans.
Immolations en série

Presqu'un mois après l'immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, déclencheur de la «révolte de jasmin» en Tunisie, l’Algérie, dont le pouvoir redoute un effet domino, connaît une vague de suicides par le feu.

El Watan rapporte plusieurs tentatives dans différents endroits du pays, en l’espace de 48h. Un homme de quarante ans, agent de sécurité, s’est immolé «pour protester contre son exclusion de la liste des bénéficiaires de logements sociaux de sa localité»; un jeune de 26 ans parce qu’il «(n’arrivait) plus à faire face à ses problèmes sociaux»; ainsi qu’un homme de 27 ans.

Par ces actes d’une extrême violence, les auteurs de ces tentatives de suicide dénoncent les conditions de vie et la hogra (le «mépris») dans lequel les tiennent selon eux les dirigeants politiques algériens.

Le pays a connu de violents affrontements les 5 et 6 janvier derniers, de nombreux jeunes sont descendus dans la rue pour protester contre la hausse des prix.

Sud Ouest rapporte également l'immolation d'un homme ce matin devant l'Assemblée du Peuple, au Caire. Il aurait ainsi cherché à protester contre le fait «qu'il n'avait pas reçu de coupons pour acheter du pain pour son restaurant».

L'or des Ben Ali

[Le Monde] Selon les services secrets français, la famille Ben Ali se serait enfuie vendredi 14 janvier avec 1,5 tonnes d'or (soit 45 millions d'euros). C'est Leïla, la femme de l'ex-président, qui aurait pris cette initiative, d’abord contre l’avis de son époux, qui lui aurait ensuite donné son aval. Une information pourtant démentie par la Banque centrale de Tunisie: «Je n'ai reçu aucun ordre verbal ni écrit de sortir de l'or monétaire. Notre stock d'or n'a pas bougé.»

Le Monde cite néanmoins un conseiller de l’Elysée selon qui «l'information vient essentiellement de source tunisienne, en particulier de la Banque centrale. Cela a l'air relativement confirmé.»

[UPDATE] Le Monde a mis son article à jour, rapportant les propos d'«un membre haut placé des services secrets français», qui précise que ce retrait n'aurait pas été effectué vendredi dernier mais fin décembre, et «l'or se trouverait aujourd'hui en Suisse».

SOURCE
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Rotor le Ven 4 Mar 2011 - 11:51

Je me suis beaucoup intéressé au sujet ces derniers temps. En cherchant chaque fois des sources d'informations valables.
Pour ma part, je trouve que le Monde Diplomatique est probablement le meilleur journal sur ces questions. Les analyses sont fines et très renseignées. Parfois austères mais toujours pertinentes.
http://www.monde-diplomatique.fr/

Il existe également sur le câble, une chaîne juive (israelienne) Guysen TV spécialisée sur le Moyen-Orient qui donne des informations assez particulières, parfois orientées (dans la défense d'Israël) mais qui au moins possède un point de vue sur ce qui se passe. J'y ai entendu des débats assez incroyables sur la révolution égyptienne. Il faut dire que malgré l'esprit partisan de la chaîne, elle est faite par des acteurs régionaux et qui donc se sentent directement concernés. Sinon, il y a Al Jazeera bien sûr.

Et je termine par une petite phrase d'Eric Raoult qui m'a paru stupéfiante : "Il ne faut pas oublier que la révolution dans le monde arabe est due à une policière municipale qui a pris l'étal d'un vendeur de tomates (Mohamed Bouazizi) qui, plus fragile qu'un autre ou ayant atteint son point de rupture, s'est couvert d'essence et s'est immolé. Regardez aujourd'hui où nous en sommes !."

C'est à la fois tout à fait méprisant et assez juste pour décrire la rapidité du chaos qui gagne. Et c'est d'un aveuglement complet sur les causes profondes de révoltes que personne n'a voulu voir avant l'implosion.
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Sam 5 Mar 2011 - 11:03

qu'attendre de ce genre de types qui ne s'intéresse aux événements tunisiens qu'à travers le prisme des quelques bonshommes qui essaient de se tirer.
qui sont-ils, d'ailleurs, ces fuyards ? quelqu'un a des infos là dessus ?

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Sam 5 Mar 2011 - 18:03

Rotor a écrit :

C'est à la fois tout à fait méprisant et assez juste pour décrire la rapidité du chaos qui gagne. Et c'est d'un aveuglement complet sur les causes profondes de révoltes que personne n'a voulu voir avant l'implosion.

personne ? Tu veux dire tout le monde ?

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Baldanders le Lun 15 Sep 2014 - 10:01



Plongée dans
la guerre civile mondiale



Tomasz Konicz

*

L’année 2013 détient un triste record : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on n’avait jamais vu un aussi vaste exode d’hommes, de femmes et d’enfants brutalement chassés de chez eux – telle est l’accablante conclusion d’un rapport publié à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Chaque jour de l’an dernier, 32.200 personnes en moyenne ont dû fuir leur lieu de résidence pour cause de « conflits ou persécutions ». En 2012 ils étaient 23.400 ; en 2011, « seulement » 14.200.

Officiellement l’ONU dénombre un total de 51,2 millions de réfugiés fuyant les guerres, les guerres civiles et les campagnes terroristes à motivation ethnique ou religieuse. Par rapport à 2012, six millions de malheureux sont encore venus grossir cette armée de réfugiés composée pour plus de la moitié de mineurs. La plupart sont des « réfugiés de l’intérieur » ou « déplacés internes », autrement dit des gens qui ont trouvé refuge dans leur propre pays ; selon le HCR ils sont environ 33,3 millions à avoir ainsi été chassés par la guerre civile qui fait rage ailleurs dans un État bien souvent en voie de désintégration. 16,7 millions d’autres, en revanche, ont été contraints de s’exiler de leur pays natal. Et il faut y ajouter 1,2 million de demandeurs d’asile recensés par le HCR dans le monde.

Par suite de la désintégration progressive des structures étatiques qui est en cours à la périphérie et à la semi-périphérie du système-monde capitaliste, dix millions de réfugiés se retrouvent aujourd’hui « apatrides ». Les pays d’origine de cette marée montante d’hommes et de femmes déracinés, ce sont essentiellement les États « en déliquescence » des Proche et Moyen Orients et d’Afrique : sur l’ensemble des exilés, 53% viennent d’Afghanistan, de Syrie ou de Somalie. Les processus de désintégration étatique qui ébranlent le monde arabe n’épargnent pas non plus les pays d’accueil provisoires vers lesquels se dirigent ces masses de réfugiés : en 2013 la plupart d’entre eux végétaient au Pakistan (1,6 million), en Iran (857.000), au Liban (856.000), en Jordanie (641.000) et en Turquie (609.000). Au Liban, où l’on note de la part des autochtones une recrudescence des incursions violentes dans les camps de réfugiés syriens, un habitant sur cinq est aujourd’hui un réfugié. Selon le HCR, en l’espace d’un an les flux de réfugiés au Moyen Orient et en Afrique du Nord se sont accrus globalement de 64%.

S’agissant de l’Afrique Subsaharienne, ce sont la désintégration de la République Centrafricaine et les accrochages répétés sur le territoire post-étatique de l’ex-République « démocratique » du Congo qui ont suscité les plus importants mouvements de fuite. En Centrafrique, quelque 800.000 déplacés internes ont dû fuir les combats et les massacres réciproques entre milices chrétiennes et musulmanes, tandis que 88.000 autres Centrafricains se réfugiaient dans les pays voisins. En RDC, une nouvelle poussée de violence dans la guerre civile qui fait rage depuis des décennies a provoqué au sein du pays le déplacement de près d’un million de personnes. En outre, le HCR signale de grands mouvements de population fuyant le Mali, le Sud-Soudan ou les vestiges de l’État somalien, toutes zones ravagées par les guerres civiles.

En termes de nombre de réfugiés, avec d’un côté comme de l’autre environ 2,6 millions de personnes déplacées, l’Afrique centrale et de l’Est (où les mouvements de population se sont accrus d’environ 7,7% en 2013) et les Proche et Moyen Orients forment donc, et de loin, les principales régions – sombrant en général dans l’anomie – d’où provient le flot montant de réfugiés dans le monde. Pour comparaison : dans les deux Amériques leur nombre est resté stable autour de 806.000.

N’en déplaise aux tribuns de la droite populiste et de l’extrême droite, ce sont précisément les « pays en développement » de la périphérie du système capitaliste qui portent l’essentiel du fardeau que représente cette vague mondiale de réfugiés. Eu égard à leur PIB, des pays comme le Pakistan, l’Éthiopie, le Kenya, le Tchad, l’Ouganda ou le Sud-Soudan se trouvent confrontés à d’immenses défis, sans commune mesure avec les aumônes minimales concédées au faible pourcentage d’hommes et de femmes qui parviennent notamment à gagner l’Europe. Quelque 86% des réfugiés dans le monde ont été accueillis en 2013 dans des pays en développement ; « le taux le plus élevé depuis vingt-deux ans », constate laconiquement le HCR.

Et la politique de l’Union européenne en matière de réfugiés semble conçue pour que rien ne change à cet égard. Le quotidien britannique The Guardian nous apprend qu’on discute actuellement à Bruxelles la création de « centres d’accueil » en Afrique du Nord et au Proche Orient. La Grèce et l’Italie, si l’on en croit un rapport publié début juin, entendraient imposer cette idée au cours de leur présidence. Ces propositions rejoignent tout à fait celles du HCR, qui préconise la mise en place, dans les pays de transit comme l’Égypte, la Libye ou le Soudan, d’installations de grande envergure destinées à « régler » la question des réfugiés, afin d’éviter une « catastrophe humanitaire colossale » en Méditerranée, où, aux dires du Guardian, « des centaines de milliers d’hommes et de femmes » se préparent à tenter la traversée vers le nord. Si l’UE adopte ces plans, les réfugiés se verront parqués au sein de gigantesques camps, dans des pays arabes répressifs ou dont les structures étatiques menacent ruine. Rien qu’en comptant les tentatives de traversées de la Méditerranée que doivent réprimer les garde-côtes italiens, nous pouvons avoir une petite idée de l’énorme augmentation de l’exode en direction de l’Europe que ce système de camps est censé endiguer : dans les quatre premiers mois de l’année 2013, Frontex dénombrait 3.362 incidents de ce type ; en 2014, sur la même période, il y en avait déjà près de 42.000.

Mais il faut s’attendre à ce que les vagues de réfugiés grossissent encore. Les chiffres du HCR n’incluent par exemple pas encore les déplacements de population massifs accompagnant la progression irrésistible de l’archaïque État islamique d’Irak. L’insurrection sunnite et l’effondrement total des structures étatiques dans de vastes pans du pays ont redoublé le « raz-de-marée » de réfugiés de l’intérieur irakiens qui, d’après un reportage de CNN à la mi-juin, représente à présent plus de 1,1 million de personnes. Il faut y ajouter les centaines de milliers d’Irakiens qui fuient vers la Jordanie et le Kurdistan, où ont déjà trouvé refuge quantité d’hommes et de femmes chassés par la guerre civile en Syrie. Une grande partie du Proche Orient paraît s’enfoncer jour après jour dans une guerre civile transfrontalière qui pourrait bien finir par entraîner les derniers États régionaux encore relativement stables dans un océan de guerre et d’anomie.

Car nombre des États qui ont jusqu’ici porté l’essentiel du fardeau que constitue le flot montant des réfugiés – le Pakistan notamment, ou encore le Liban – montrent eux-mêmes des signes d’érosion étatique et sont le théâtre d’un regain d’affrontements aux allures de guerre civile, de sorte que l’on peut craindre ici à moyen terme de nouveaux mouvements de fuite. Pour les masses d’êtres humains expulsés de partout, les innombrables désespérés d’un système-monde capitaliste à l’agonie, il ne restera absolument pas d’autre choix que de chercher à gagner les quelques centres n’ayant pas encore sombré dans l’anomie. Ces hordes de réfugiés qui déferlent en nombre toujours plus grand sont le fruit de la crise mondiale du capital ; s’effondrant sous le poids de ses contradictions internes et externes, celui-ci produit une humanité littéralement superflue.

Les zones de guerre civile transfrontalières, ces zones en expansion qui propulsent aujourd’hui le nombre de réfugiés vers de nouveaux records, se trouvent généralement dans les régions en ruine de la périphérie du marché mondial, régions où la valorisation de capital apparaît irrémédiablement en panne depuis l’échec de la modernisation de rattrapage dans les années 1980-90, et dont les appareils d’État, après avoir perdu les revenus fiscaux qui assuraient leur base financière, subissent à présent un processus de « barbarisation ». La production de hordes de réfugiés par le capitalisme avancé fait suite à celle d’une armée de chômeurs et en prend le relais ; elles sont constituées d’hommes et de femmes qui demeurent exposés au terrorisme du marché mondial, alors même qu’ils et elles n’ont plus rien à y mettre en vente. C’est parmi eux que les gangs et autres milices aveuglés par les idéologies de l’effondrement (islamisme, extrême-droite) recrutent leurs partisans toujours plus nombreux.

De plus en plus de gens voient menacée leur existence même, du fait qu’ils ne peuvent plus assurer leur reproduction par le truchement de la valeur – et qu’ils ne disposent d’aucun autre mode de reproduction. Aussi pouvons-nous considérer les conflits de type guerre civile comme des moments d’une « guerre civile mondiale » (Robert Kurz) qui est le stade ultime de la décomposition du système-monde capitaliste. Les contradictions systémiques de plus en plus aiguës risquent fort de pousser le système-monde capitaliste à une « fuite en avant » irrationnelle vers une nouvelle guerre mondiale, pronostiquait Robert Kurz en 2008 dans son essai « Weltmacht und Weltgeld » [1]. Seulement, étant donné « le degré de mondialisation que nous avons atteint », il se pourrait qu’il ne s’agisse pas cette fois d’une guerre entre blocs de puissances nationalistes-impérialistes pour le « redécoupage du monde », mais qu’il faille plutôt parler d’« une guerre civile mondiale d’un nouveau genre, telle qu’elle s’esquisse déjà, depuis la chute de l’Union soviétique, à travers des guerres de “désétatisation” et des guerres pour l’ordre mondial qui n’en étaient peut-être que les prodromes. »

Inconsciemment les acteurs de cette guerre civile mondiale luttent pour une forme nouvelle, postcapitaliste, de socialisation. Aux yeux du théoricien et sociologue de gauche Immanuel Wallerstein, le système-monde est entré au tout début du XXIe siècle dans une phase d’effondrement : après une période de déploiement qui dura un bon demi-millénaire, il atteindrait désormais la limite de ses possibilités d’expansion et succomberait à ses contradictions grandissantes. Le système, d’après Wallerstein, s’apprête à connaître une phase de bouleversements chaotiques, mais on ne peut prévoir ni l’issue du processus ni même le tour qu’il prendra : « L’époque où nous vivons forme la transition entre le système-monde existant – l’économie-monde capitaliste – et un ou plusieurs autres systèmes-monde. Nous ne savons pas encore si ce sera pour le meilleur ou pour le pire. Nous ne le saurons pas avant la fin de cette phase, c’est-à-dire probablement pas avant un demi-siècle. Ce que nous savons, en revanche, c’est que la période de transition sera très dure pour tous ceux et celles qui vont la vivre. […] Ce sera une période de conflits et de graves troubles ». Cela dit, cette rupture historique ouvre en même temps aux structures sociales dans l’impasse des marges de manœuvre pour un dépassement conscient et émancipateur du régime capitaliste en déroute, afin de prévenir une chute dans la barbarie qui se profile déjà à la périphérie. L’actuelle période charnière dans l’histoire mondiale pourrait ainsi voir « le facteur du “libre arbitre” atteindre à son maximum », Wallerstein voulant signifier par là que « l’action des individus et des groupes pourra produire sur la future structuration du monde un impact beaucoup plus fort qu’elle ne le fait en temps “normal”, c’est-à-dire au cours de la vie stable et continue d’un système historique » [2].

Paru dans Konkret, août 2014
Traduction de l’allemand : Stéphane Besson

Notes :

[1] Cet article a été traduit en Français, « Puissance mondiale et monnaie mondiale », paru dans le recueil de R. Kurz, « Vies et mort du capitalisme. Chroniques de la crise », Lignes, 2011.  

[2] Immanuel Wallerstein, « L’Utopistique, ou les choix politiques du XXIe siècle » [1998], trad. P. Hutchinson, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2000, pp. 53-54, traduction modifiée.
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Baldanders le Lun 29 Sep 2014 - 18:06

L'année 2014 enregistre d'ores et déjà un sinistre record en Méditerranée. Plus de trois mille migrants y ont péri depuis le mois de janvier, selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) publiés lundi 29 septembre.

Depuis le début de l'année, l'OIM a compté 4 077 migrants morts dans le monde, dont les trois quarts – 3 072 – en Méditerranée. C'est le nombre le plus élevé jamais enregistré, loin devant le pic de 2011, année des « printemps arabes », où il y avait eu 1 500 migrants morts sur les neuf premiers mois de l'année.

22 000 MORTS DEPUIS 2000

Au total, au moins 40 000 migrants sont morts dans le monde depuis 2000 en tentant de gagner l'Europe, les Etats-Unis, l'Australie ou d'autres pays. En Méditerrannée, ils sont 22 000 à avoir perdu la vie au cours de cette période. La majorité d'entre eux, morts par noyade, d'asphyxie, de faim ou de froid, étaient originaires d'Afrique et du Moyen-Orient, selon les statistiques publiées par l'OIM.

L'OIM, qui reconnaît ne pas très bien comprendre cette tendance, avance une explication à ce brusque pic de mortalité :

« Cela reflète probablement une augmentation spectaculaire du nombre de migrants qui tentent de rejoindre l'Europe. Plus de 112 000 migrants en situation irrégulière ont été détectés par les autorités italiennes au cours des huit premiers mois de 2014, près de trois fois plus que dans l'ensemble de l'année 2013. »

Selon le dernier bilan de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), sur les quelque cinq cents migrants partis d'Egypte la semaine dernière dans l'espoir de gagner l'Italie, seuls dix ont survécus aux naufrages de leur embarcation. Six d'entre eux ont été retrouvés en état d'hypothermie, trois Palestiniens, un Égyptien, une Syrienne et une fillette d'environ trois ans. Ils ont été transportés par hélicoptère en Crète, à l'hôpital le plus proche. Arrivée dans un état critique, la fillette est toujours hospitalisée, les adultes, eux, ont pu sortir le jour même. Le témoignage de ces survivants corrobore celui des deux Palestiniens repêchés jeudi dernier par un porte-conteneurs italien. Ils avaient alors rapporté que les passeurs avaient volontairement provoqué le naufrage de leur embarcation transportant près de 500 passagers entre Malte, l'Italie et la Grèce. Autre tragédie, le second naufrage survenu dimanche au large des côtes libyennes. Sur les 200 migrants présents à bord de l'embarcation, la marine libyenne annonce n'avoir pu en secourir que 36.

Les plus nombreux à être arrivés en Italie cette année sont des Syriens, dont le pays est ravagé par une guerre civile depuis plus de trois ans et demi, et les Erythréens, qui fuient leur pays pour échapper à la répression brutale du pouvoir, au service militaire à vie et au travail forcé, non rémunéré.

Dans la seule journée du 12 septembre, cinq cents migrants syriens, palestiniens, égyptiens et soudanais étaient morts lors du naufrage, a priori volontaire, de leur bateau, parti du port de Damiette, en Egypte, pour rejoindre l'Europe.

Le Monde.fr avec AFP | 29.09.2014
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Baldanders le Lun 6 Oct 2014 - 22:48

http://www.washingtonpost.com/opinions/even-if-we-defeat-the-islamic-state-well-still-lose-the-bigger-war/2014/10/03/e8c0585e-4353-11e4-b47c-f5889e061e5f_story.html

Syria has become at least the 14th country in the Islamic world that U.S. forces have invaded or occupied or bombed, and in which American soldiers have killed or been killed. And that’s just since 1980.

Let’s tick them off: Iran (1980, 1987-1988), Libya (1981, 1986, 1989, 2011), Lebanon (1983), Kuwait (1991), Iraq (1991-2011, 2014-), Somalia (1992-1993, 2007-), Bosnia (1995), Saudi Arabia (1991, 1996), Afghanistan (1998, 2001-), Sudan (1998), Kosovo (1999), Yemen (2000, 2002-), Pakistan (2004-) and now Syria. Whew.
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Lun 6 Oct 2014 - 23:25

Si le mec inclut la Bosnie dans la liste (a fortiàori en 1995), c'est qu'il fait mine de s'opposer à la thèse du choc des civilisations tout en y souscrivant en fait entièrement tout en défendant par ailleurs une doctrine avant tout isolationiste.

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La violence « islamiste » comme fondamentalisme « occidental »

Message par wootsuibrick le Sam 25 Oct 2014 - 10:15

une petite réfléxion de ma part en mode "journalisme" :

Tant qu’une part majoritaire du discours de « l’Occident » se bornera à désigner le problème « islamiste » comme un produit plus ou moins extérieur à la dynamique de ses propres politiques, de ses propres valeurs, une guerre des civilisations est en effet possible, elle a même déjà lieu.

Eric Zemmour comme d’autres, qui forment plus ou moins le discours médiatique dominant, ont fait le parallèle entre les activistes communistes de l’époque de la guerre froide et « l’islamisme » actuel.
Il y aurait donc très  clairement un bloc islamiste et un bloc occidental, qui se partageraient les principales dynamiques idéologiques actuelles. Ainsi, l’ennemi de l’intérieur,  produit d’une mauvaise politique d’immigration, du laxisme et de la perte des valeurs européennes serait d’une origine idéologique et ethnique identifiable. L’ennemi de l’intérieur serait musulman à tendance islamiste. Mais le pire dans cette histoire c’est qu’en plus d’être en elle-même une bombe à retardement, cette souche musulmane contaminerait les esprits faibles de familles blanches de souches européennes. 
Sans être expert en science politique,  juste en prenant un minimum de recul par rapport aux images et discours diffusés sur les médias dominants, ces partages, ces dialectiques m’apparaissent au fond plus de l’ordre du discours que de l’ordre du réel. 
Là où ce discours joue sur le réel, c’est en plus de la part de mystification qu’il porte, l’alimentation de ce qu’il désigne comme étant le mal même, c’est à dire « l’islamisme ». « Islamisme » qui serait dans le discours médiatique dominant un dérivé de l’islam. Un homme musulman barbu et une femme musulmane voilée seraient potentiellement, en prenant au mot la dialectique des médias dominants qui nourrit la psyché de « l’occident », liés à cet « islamisme » violent. 
Ma position dans ce texte tente d’aller à l’encontre de ce discours. 
Ce n’est, à mes yeux, pas juste le discours  interne à « l’islamisme » qui nourrirait la violence islamiste mais plutôt, en plus de la politique guerrière des nations occidentales, le discours des médias. Il faut donc prendre au mot la déclaration de Dominique de Villepin telle qu’elle a été relayée par les médias : « Nous les avons multipliés ». 
Mais qui est donc ce « nous » et qui sont ces autres que « nous » avons multipliés ?
A priori il s’agit des « occidentaux » et des « islamistes terroristes ».
Les personnes se revendiquant de l’islamisme pour justifier leurs actes violents pouvant être, comme les news le montre fréquemment, des convertis à l’islam de famille non musulmane et non plus uniquement des musulmans de souche, pour dépasser l’affirmation de Dominique de Villepin il faudrait regarder d’un autre angle cette violence. Ils nous disent très clairement, ces convertis, en révélant la superficialité d’une relation au discours de l’islam, que cette violence « islamiste » est aussi directement le fait de « l’Occident ». « L’islamisme » est une raison comme une autre d’exercer une forme de violence nihiliste, il n’a aucune relation avec l’islam en dehors du fait qu’il se sert des mêmes mots clés et se joue majoritairement sur des territoires en guerre où l'islam, comme religion, est dominant. Lorsque des violences isolées, perpétrées par des « loups solitaires » en « Occident » se réclament  de l’islamisme, il s’agit donc juste d’une affaire de mots clés… Mots clés qui sont aussi et surtout parmi les plus médiatisés. Mots clés qui focalisent de manière chronique une part très importante de l’audience et nourrissent la psyché de cette audience. Il ne s’agit donc dés lors plus d’une menace produite par des discours extérieurs à « l’Occident » qui parasiteraient ou nourriraient une violence dirigée contre cet « Occident », mais de « l’Occident », lui-même, qui retournerait sur son propre corps la violence qu’il nourrit et exécute sur les consciences et territoires musulmans. 
En effet, les médias dominants aident à propager plus rapidement l’imaginaire autour de la mouvance islamiste. Ils aident donc aussi à convertir à l’islamisme, tout en justifiant l'islamophobie. On pourrait cependant croire qu’ils participent au mal malgré eux, mais cet islamisme ne nourrit il pas aussi très efficacement leurs parts d'audience, l’audience n’a-t-il pas besoin d’une manière chronique de fait-divers se déroulants en Occident qui seraient liés à l’islamisme, ce afin de se nourrir efficacement ? Il y a là très clairement échanges de bons procédés, et même complicité active. 


Ce problème n’est donc pas juste le produit des politiques qui se jouent sur les territoires musulmans, il est aussi fondamentalement « occidental », le fondamentalisme musulman actuel est fondamentalement  « occidental ». L’autre est avant tout un « nous ».
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Message par Baldanders le Mar 18 Nov 2014 - 9:04

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Baldanders le Mar 2 Déc 2014 - 18:34

Jean-René Belliard a écrit:On m’a demandé ce que je pensais du débat à l’Assemblée Nationale française du vote sur la reconnaissance d’un Etat palestinien. Voici ma réponse :

Activité de la chambre des députés française
Le vote sur la reconnaissance de l’Etat palestinien par la Chambre des Députés française est une pure action d'intox électorale. L’objectif de la Gauche française est de tenter de récupérer le vote musulman mis à mal par la loi "mariage pour tous". Il s’agit d’un débat et d’un vote qui ne servent à rien. Un activisme stérile.

La viabilité économique d’un Etat palestinien dans l’état actuel des choses est impossible
La viabilité de l'Etat palestinien est impossible si on ne prévoit pas en même temps un démantèlement des « colonies de peuplement » israéliennes qui ont essaimé en Cisjordanie. Cela reviendrait à mettre un Etat palestinien sous perfusion financière permanente de la communauté internationale.

Un Etat palestinien sans démantèlement des colonies revient à instituer un apartheid
Il y a fort à parier que le gouvernement israélien refusera d’évacuer 400 000 colons établis en Cisjordanie pour les faire revenir à l’intérieur des frontières légalement reconnues par la communauté internationale. Or ces frontières n’ont plus aucune existence réelle en raison des bouleversements occasionnés dans le pays à la suite de plusieurs guerres israélo-arabes.
Croire à la fiction d’un Etat palestinien sans apporter une réponse au problème de la présence de colonies de peuplement juif en Cisjordanie, revient à accepter une forme d’apartheid entre les deux communautés juives et palestiniennes pour des raisons de sécurité.

La seule solution : Cohabitation de tous les résidents juifs et arabes dans un seul Etat
Une solution est un État multiconfessionnel avec, par exemple une répartition des charges de l’Etat et des ministères régaliens entre les différentes communautés : Juives, musulmanes, chrétiennes orthodoxes, druzes, etc. Cela permettrait d’organiser un « vivre ensemble » qui donnerait aux Juifs un accès libre à ce qu’ils appellent la Judée et la Samarie et aux Arabes un accès à l’ensemble du territoire de la nouvelle entité nationale. Cela suppose de procéder par étapes avec une garantie et une protection internationale des deux communautés.

Le gouvernement israélien actuel insiste pour être reconnu comme un Etat juif : une aberration démocratique
Israël veut être reconnu comme un État juif. Ceci est une aberration démocratique. Cela reviendrait à traiter comme des citoyens de seconde catégorie les citoyens non-juifs.

Il n’y a que deux solutions :
Le choix est entre :
- 2 États - Israël et la Palestine mais ceci implique un démantèlement de toute les « colonies de peuplement » situées en Cisjordanie - Solution guère réalisable, on en convient.
- 1 seul État sur l'ensemble d'Israël et de la Cisjordanie (Judée et Samarie) avec une répartition des principales fonctions de l’Etat et des ministères régaliens (AE – Intérieur – Justice – Education). C'est la seule solution économiquement viable pour les Palestiniens. Cela suppose : Respect mutuel -  libre circulation - démantèlement du mur - répartition budgétaire – Règles en ce qui concerne le foncier – aménagement des transports, de la distribution de l’eau, etc.

http://jrbelliard.blog.tdg.ch/archive/2014/12/02/2-decembre-2014-nouvelles-des-conflits-du-moyen-orient-262446.html
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Baldanders le Sam 13 Déc 2014 - 11:57

Visite de Htetet al-Turkman, une ville de la banlieue de Damas reprise par l'Armée syrienne aux rebelles :

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Lun 15 Déc 2014 - 16:33

Baldanders a écrit:
Jean-René Belliard a écrit:On m’a demandé ce que je pensais du débat à l’Assemblée Nationale française du vote sur la reconnaissance d’un Etat palestinien. Voici ma réponse :

Activité de la chambre des députés française
Le vote sur la reconnaissance de l’Etat palestinien par la Chambre des Députés française est une pure action d'intox électorale. L’objectif de la Gauche française est de tenter de récupérer le vote musulman mis à mal par la loi "mariage pour tous". Il s’agit d’un débat et d’un vote qui ne servent à rien. Un activisme stérile.


Même si la suite de son texte aborde de vrais problèmes de manière plus élaborée (mais en reprenant ce qu'Edward Saïd disait il y a 20 ans), je suis de plus en plus sceptique face à ce type de discours. Il est en apparence maximaliste, mais s'accomode en fait très bien d'un surplace total. Il me semble que depuis 1967, le clivage Israël-Palestine est idéologiquement structurant pour quasiment tous les appareils politiques de gauche et de droite en Europe, à l'intérieur desquels des voix soutiennent les positions les plus  contradictoires. Dès lors, toute décision, même de bon sens, correspondra forcément à ce que l'un ou l'autre lobby a déjà avancé à un moment donné, même si c'était par opportunisme. Par ailleurs d'où tire-t-il que le vote musulman va sanctionner le mariage pour tous et qu'il y a une sorte de deal symbolique entre cela et la reconnaissance de la Palestine. Cela donne une tonalité de sous-entendu complotiste à son argumentation et à son point de vue d' "expert" en opinion musulmane.  Est-ce que tous les musulmans sont obligés à ses yeux soit de voter comme Faridah Belghoul soit de partir en Syrie? Comment notre vigie géopolitique, experte en intoxication électorale, explique-t-elle, que la question se pose aussi en Suède ou en Belgique? Paradoxalement il donne l'impression de souhaiter que la guerre d'août dernier n'ait surtout aucune conséquence politique.


Dernière édition par Tony le Mort le Lun 15 Déc 2014 - 16:56, édité 1 fois

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Baldanders le Lun 15 Déc 2014 - 16:55

Pas con, mais alors à ton avis quel est le but de ce vote bidon par les députés français d'une pseudo-reconnaissance d'un Etat palestinien inexistant et impossible ?
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Re: Arabes, encore un effort

Message par Invité le Lun 15 Déc 2014 - 17:00

Je suis pas spécialiste, mais j'imagine que comme c'est l'enfer total en Syrie, que la présence de jihadistes européens et la propagande islamiste (par des groupuscules qui peuvent s'auto-revendiquer de n'importe quoi dès lors qu'ils sont capable de poster un vidéo sur youTube) sont des problèmes en Europe, mais que cela n'a pas encore empiété sur la situation Israël-Palestine même si c'est très "chaud", qu'Israël est dirigé par un gouvernement d'extrême-droite qui vient de chuter et qu'il n'y pas d'alternative politique chez eux, ils veulent peut-être donner des gages à Abbas et font, sans forcément être très sensibles à la cause palestinienne, le calcul qu'un froid diplomatique avec Israël vaudra de toute façon mieux qu'avec une guerre qui tuerait à nouveau des civils par milliers, renforcerait politiquement le Hamas et l'extrême-droite israëlienne, et qu'il vaut mieux consolider une alliance temporaire entre OLP et Hamas.


Dernière édition par Tony le Mort le Lun 15 Déc 2014 - 17:21, édité 5 fois

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Re: Arabes, encore un effort

Message par Baldanders le Lun 15 Déc 2014 - 17:06

Tu penses vraiment que la situation politique en France, et en particulier le positionnement de l'électorat dit musulman, jusqu'à présent fidèle à la gauche (qui s'écroule) et représentant au minimum 5 millions d'individus, ne jouent absolument aucun rôle dans cette décision ?
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