Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

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Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Borges le Sam 16 Oct 2010 - 15:57








Se moquer de Ferry, ironiser n'est pas suffisant. Il est le troisième penseur français à compter le plus pour les Français. Ce qui n'est pas rien.

Si on ne met pas en contexte interne et externe ses idées sur le mariage d'amour, on croit qu'il raconte des niaiseries, des banalités, des trucs pour les neuneus... C'est pas le cas, c'est de la politique au sens fort, au sens de l'identité nationale, et occidentale. Luc ferry ne vise pas à nous apprendre que "le mariage d'amour a remplacé aujourd'hui le mariage arrangé", comme le croit Zarka.

Son problème c'est pas l'histoire au sens empirique, mais l'histoire en tant que provenance, en tant qu'héritage, en tant qu'origine ; il s'agit de définir ce que sont l'amour et le mariage, en leur essence, à partir de leur provenance, ce qu'ils doivent être donc pour être reçus, légitimes, reconnus, pour être français. Le mariage d'amour, c'est le mariage "chrétien" (dans son esprit en tous les cas) républicain, laïque, capitaliste... et français...



pas ça :





mais plutôt ça :





Ferry se dit laïque, mais comme tout le monde, aujourd'hui, il raconte que l'on ne peut pas ignorer la pensée chrétienne (tout en l'ignorant, parce qu'on imagine bien que cette pensée n'est pas une, et que ferry n'en sait strictement rien, en dehors de quelques banalités idéologiques), si l'on veut comprendre ce que "nous" sommes (il s'agit surtout des français ; on verra) en tant que républicains laïques salariés mariés à une très jeune femme que l'on aime, avec des gosses à qui l'on raconte des mythes grecs (tellement supérieurs à harry potter)


"Voici, je crois, le plus grand paradoxe de notre rapport, laïque, au christianisme : la naissance de la vie sentimentale moderne, la fondation affective des relations humaines les plus précieuses, fut liée à la sortie d'une religion qui prétendait délivrer un message d'amour".



Pour Ferry, La famille, qu'il aime (sa famille) est la seule valeur, la seule chose pour quoi, pour qui, il est prêt à mourir ; on ne meurt plus pour la patrie, pour dieu, pour des idées, des idéaux, on meurt pour sa famille d'amour... Qui voudrait encore, du moins en Europe, mourir pour Dieu, pour la Patrie, pour la Révolution ? Personne ou presque, mais pour ceux que nous aimons, nous serions prêts à tout.

Quel est son avis sur des hommes et des dieux ? je sais pas encore ;

Mais là encore, on voit que la valeur suprême se mesure à la mesure de la mort : le plus haut est ce pour quoi je suis prêt à mourir.


C'est dans la parabole des talents des trois serviteurs que ferry croit déceler la provenance du monde où nous vivons ; il est souvent revenu dessus.



« ( … ) toutes les morales démocratiques, sans aucune exception, sont directement héritières du christianisme et de la rupture inimaginable encore à l'époque qu'il va introduire avec le monde grec.

Il suffit pour s'en convaincre de relire la fameuse parabole des talents.

Un maître confie à ses trois serviteurs, avant de partir en voyage, une somme d'argent. Il donne cinq talents au premier, deux au second, et un seul au dernier. A son retour, les deux premiers lui rendent respectivement dix et quatre talents – et les félicite à égalité – mais le troisième n'en restitue qu'un seul. Au lieu de le faire fructifier, il l'a enterré par peur du maître... qui le chasse avec la plus grande sévérité!

Cette parabole, d'apparence anodine, représente en réalité une formidable révolution. Elle signifie que la valeur morale d'un être ne dépend pas des dons naturels qu'il a reçus au départ, mais de ce qu'il en fait, pas de la nature, mais de la liberté. C'est une rupture avec le monde aristocratique, où la hiérarchie sociale reflète les inégalités naturelles. Un trisomique 21, d'un point de vue chrétien, possède a priori la même valeur morale qu'Einstein : tout dépend non de ses talents naturels, mais de ce qu'il en fera. Kant et les républicains français reprendront ce thème en expliquant, - c'est là le sens de la première page des Fondements de la métaphysique des moeurs – que les dons naturels (beauté, mémoire, intelligence, force...) ne sont pas bons moralement en eux-mêmes. La preuve? C'est qu'ils peuvent être mis indifféremment au service du bien comme du mal, ce qui prouve que c'est seulement leur usage qui est moral ».
(ferry)

il existe d'autres variantes de cette lecture




Dernière édition par Borges le Lun 18 Oct 2010 - 8:44, édité 3 fois
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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Leurtillois le Sam 16 Oct 2010 - 16:43

Salut Borges, la pub en haut de la page, Annonces Google, augmente ton montage :

Célibataires Chrétiens ? Le site de rencontres pour fonder un foyer chrétien Theotokos.fr/Celibataires-Chretiens

Je suis sûr que Luc Ferry dit tout un tas de trucs très intéressants sur les célibataires (il a beaucoup écrit sur l'amour je crois).

Leurtillois

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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Borges le Sam 16 Oct 2010 - 16:55

Leurtillois a écrit:Salut Borges, la pub en haut de la page, Annonces Google, augmente ton montage :

Célibataires Chrétiens ? Le site de rencontres pour fonder un foyer chrétien Theotokos.fr/Celibataires-Chretiens

Je suis sûr que Luc Ferry dit tout un tas de trucs très intéressants sur les célibataires (il a beaucoup écrit sur l'amour je crois).

hello Leurtillois

il a plus d'un talent dans sa poche; le veinard.

Wink
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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Borges le Lun 18 Oct 2010 - 20:23

Luc Ferry, 19/11/09 Les enfants de Jésus et de Rousseau

Dans ses grandes années nazies, Heidegger pensait fonder la supériorité ontologique (pas ontique, bien entendu) allemande sur l’héritage grec. Luc Ferry, dans une répétition grotesque (la fameuse farce des médiocres), croit trouver l’essence de l’identité républicaine laïque française dans une provenance historiale chrétienne et rousseauiste.




J'aimais beaucoup cette photo, il y a quelques années ; elle m'impressionnait. La rencontre du denker et du dichter ; si on reconnaît facilement heidegger de dos, rené char, c'est un peu plus difficile; que pouvaient-ils bien se raconter ; char, le résistant, et heidegger... le super résistant ? Une rencontre plus causante qu'avec Celan. Pas un mot. Le garder-silence du dasein authentique.





les Français, enfants de jésus et de rousseau, et non pas du jazz, du rock, de la télé, de Marx ou de coca, l’enjeu est de taille, et il faut un penseur comme ferry pour le rendre hilarant.







un autre couple, de face, cette fois; un homme et sa femme; les enfants de jésus et rousseau présentant ensemble leur critique pure de Madoff, en pleine crise spéculative, un petit sac, sans rien de prétentieux (ça s'est vendu ? autant que les livres du mari ? je crois pas; impossible.)

La mode, c'est important en France ; pour beaucoup, ce n'est même plus que ça : la mode, la cuisine, le tourisme... C'est pour échapper à ces clichés que Ferry a pensé l'identité française sur le fameux site.


La France, qui a raison d’aimer ses chansons, ne se distingue pas par sa culture, son cinéma, sa « race »… Aucune de ces différences ne fait suffisamment la différence. Si l’identité française était une simple affaire de différences empiriques, la France n’aurait aucun privilège, aucune supériorité, sur les autres nations du monde, civilisées ou pas. Les français n’auraient rien en propre, pour leur remonter le moral, rien dont ils pourraient être fiers et se vanter. Ils formeraient une nation parmi bien d’autres dans le relativisme nihiliste déconstructionniste. La France serait différente comme tout le monde est différent de tout le monde.

Bill Gates (Zuckerberg aurait été plus in ; quelqu’un connaît son QI ? paraît qu’il est phénoménal ; celui de sharon stone aussi, et c’est pas une blague) est différent d’un papou (Ferry aurait plutôt parlé des trisomiques) qui, comme nous l’a appris Husserl dès les années 1930, est un homme et non un animal ; Badiou, de Ferry ; Hitler, de Staline ; un tableau de Magritte (je sais pas pourquoi c’est lui qui me vient en tête) d’un tableau de Pierre Durand (là, je sais) ; mon voisin de mon chat (j’ai pas de chat, ce qui ne rend pas l’énoncé moins vrai : mon voisin étant différent aussi du chat imaginaire de l’exemple que je viens de donner ; la philosophie analytique, c’est une merveille)



le petit sac, en question, un concept de la femme à ferry





Nommer n’importe quoi, c’est différent d’autre chose, de tout le reste. La différence n’a rien de méritoire. Elle ne procure aucune dignité, elle ne détermine aucune norme. Que truc soit différent de machin ne fonde aucun impératif éthique, ou politique.

Hitler est différent de Jésus. So what ?

Qu’il y ait des différences (même avec un a) c’est ainsi. Ferry, qui est philosophe, pour appuyer son idée, cite hegel (il a en fait tout pompé sur kojève, dont il donne une version pour les débiles mentaux amateurs d’Arte et de la pensée française qui compte ses ventes). Il aurait pu citer badiou, un hégélien qui dit un peu la même chose, mais avec un autre ton, et pour d’autres raisons, politiques et philosophiques.


Bref, s’il n’y avait que des différences, ce serait assez désespérant : la France n’échapperait pas à la loi universelle. Être français et Luc Ferry n’auraient aucun intérêt. Ses propos seraient aussi contingents que ceux du premier venu. Les français veinards auraient une femme et quelques maîtresses, les polygames plusieurs femmes, et la vie continuerait.



le même sac, un autre concept, la différence ne change rien.



Il ne peut pas n'y avoir que des différences, cela ne se peut pas.

Comment l’empêcher ?

C’est là que l’historial et la provenance essentielle viennent au secours de la constitution du propre.

Si toutes les nations du monde, les cultures (au sens large), les civilisations, les communautés… ont une langue, une culture (au sens restreint), une cuisine, des modes, un cinéma, une littérature, une télé, seule la France, la France seule, est héritière de jésus (la parabole des talents) et de rousseau (les hommes sont plus perfectibles que les animaux).



You want to know my name ! You want to see my face ! I'm the Devil ! AHAHAHAHA
magnifique scène, dans un film qui n'est pas toujours à la hauteur de la première apparition de ce personnage extraordinaire; dommage que personne n'ait songé à en faire une série.




La France, c’est les droits de l’homme. Rien de neuf, dira-t-on, c’est moins un scoop pour la pensée, qu’une banalité. Sans doute. Mais une banalité à laquelle Ferry redonne toute sa force. Le génie créatif se distingue à chaque fois par sa capacité à réveiller le sens originaire des idées. On pourrait comparer l’effort du penseur de « Etre et Temps » à celui du penseur de LCI, sur bien des points. La question posée en direction des droits de l’homme dans leur détermination française ne pourra être menée à sa pleine compréhension que dans la pleine saisie de la francité de l’être français. Autrement dit la question des droits de l’homme doit s’entendre en un sens historial et identitaire. Les droits de l’homme sont français, mais leur être français reste encore à expliciter. Ce qui est exigé en tout premier lieu de la pensée, c’est de rendre visible, en vue d’une claire explicitation le phénomène des droits de l’homme dans son interprétation française. Dégager l’horizon phénoménal et historial constitue une première étape.




de ces cours particuliers, il en existe aussi sur kant, nietzsche, je crois ; et d'autres?


Qu’est-ce que les droits de l’homme à la française ?

Ce n’est pas simple à expliquer, pardi, mais c’est inséparable de l’humanisme abstrait. La France est la championne du monde de l’humanisme abstrait. D’autres nations respectent les droits de l’homme mais aucune ne porte ce respect à ce point d’abstraction. Les droits de l’homme compris à la française ce n’est pas les droits de tel ou tel homme, d’un homme particulier, ce sont les droits de l’homme abstrait. « Abstrait », ici ne doit pas être entendu en un sens restreint. « Abstrait » ne veut pas dire vide, le contraire de concret. L’humanisme abstrait signifie bien plutôt que la France respecte les hommes sans tenir compte de leurs déterminations ontiques. La France respecte l’homme en tant qu’homme, abstraction faite de tout le reste. S’il était un couteau, on dira qu’elle le respecte sans manche et sans lame. En terme heideggérien, on dira que la France respecte l’être sans tenir compte de l’étant, sans tenir compte de sa différence avec l’étant. Les différences n’importent pas à la France. C’est pourquoi Luc Ferry a tant de mal avec la pensée de la différance (l’horrible faute d’orthographe).




La France respecte tous les hommes sans déterminations, sans qualités, sans communauté, sans langue, sans religion… sans rien… l’homme essentiel, universel, nu, réduit à rien… l’homme sans nom (surtout à consonance étrangère) sans harmonica ; l’homme qui n’est personne. Qu’il ne cherche donc pas à s’habiller. En tentant de passer du plan de l’abstraction à celui de l’affirmation de ses différences concrètes et contingentes, il nie non seulement ce que la France respecte en lui, le vide, la pure nudité d’un être sans la moindre détermination culturelle, un néant, mais aussi l’essence de la France portée à l’universel. La culture ne compte pas aux yeux des français. Aucune culture ne compte. Ceux qui y tiennent font offense au respect qu’elle a pour eux.

La France est la patrie de l’homme universel, et non pas de l’homme attaché à ses particularismes.


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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Borges le Sam 23 Oct 2010 - 19:27

ferry, jésus, Einstein, spinoza, et le trisomique 21;



donc la parabole des talents

On rappelle que la parabole des talents vise à montrer l'origine chrétienne de la notion moderne libérale laïque républicaine d'humanité.

Le jeu sur le mot "talent" permet au penseur de passer du pognon aux dons dits naturels ; la morale est étonnante : ce qui importe, c’est pas ce que t’as reçu au départ, comme héritage, génétique ou matériel, mais ce que t’en fais. Notons que les deux héritages sont étroitement liés, on ne conçoit pas d’homme intelligent pauvre, et encore moins, un homme bête, riche.


Mon étonnement devant la parabole : un talent ce n’est pas un "sous", une petite somme. Un talent, ça fait dans le million de dollars. La parabole des talents nous parle donc de très grosses sommes. Même si un million de dollars ça n'a plus rien de cool, c'est pas rien. De cette parabole, il existe une autre version,au moins (dans Luc?) ; les sommes en jeu sont beaucoup plus modestes ; Ferry bien entendu ne s'intéresse ni aux variations, ni à l'histoire des interprétations de cette parabole. Pour lui, elle a toujours eu un sens libéral capitaliste ; elle a toujours fait l'éloge de l'individualisme méritant ; peut-il imaginer un seul moment que pour certains le vrai héros de la parabole, c'est le gars qui ne fout rien avec son talent?





Le cerveau d'Einstein est un objet mythique (...) Einstein, photographié, se tient à côté d'un tableau noir couvert de signes mathématiques d'une complexité visible ; mais Einstein dessiné, c'est-à-dire entré dans la légende, la craie encore en main, vient d'écrire sur un tableau nu, comme sans préparation, la formule magique du monde.
(barthes, le cerveau d'einstein)

(il faudrait un texte de barthes sur zuckerberg, le génie après mtv)




donc le petit trisomique 21, einstein et spinoza,


« la notion moderne d’humanité, l’essence de l’idée démocratique en tant que telle :
« tous les êtres humains se valent, ils sont absolument égaux à priori, du moins en dignité, c’est-à-dire sur le plan éthique ».

Car si les talents naturels diffèrent entre les uns et les autres, et cela nul ne peut sérieusement le contester, en revanche dès lors que ce qui compte sur le plan moral n’est pas la nature de départ mais l’usage que nous en faisons librement, nous nous retrouvons tous à égalité : le petit trisomique a autant de valeur éthique qu’Einstein ou Spinoza – et le maltraiter sera désormais puni de la même façon que s’il s’agissait d’un génie.

(Ferry, vaincre les peur, la philosophie comme amour de la sagesse)



D’un côté, un trisomique 21 ; de l’autre, Spinoza et Einstein ; ce n’est pas très équilibré ; même si on mettait tous les trisomiques de l’univers ensemble, ils ne réussiraient pas à écrire l’éthique, ou à mettre au point la théorie de la relativité de toute choses, sauf du romantisme, qui est absolu, et des droits de l'homme qui sont universels.



(dieu ou la nature écrite en code génétique)

Ferry n’affirme pas bêtement que tous les hommes sont égaux (moralement).

Ç’aurait été trop simple.

Il faut qu’il frappe les imaginations et en dise un peu plus qu’il n’aurait dit : les exemples ne se réduisent pas à une schématisation de l’universalité du concept. Ferry ne nous dit pas que le plus rapide est l’égal du plus lent, le plus beau du plus laid, le plus pauvre du plus riche, mais le plus « bête », est l’égal des plus malins.

Il nous parle de Spinoza, d’Einstein, et d’un trisomique 21 quelconque ; un trisomique est un trisomique est un trisomique est un trisomique.

La valeur essentielle c’est le QI, le cerveau, l’intelligence. On ne fait jamais l’éloge que des valeurs qui nous permettent de garder nos pouvoirs et de les accroître.

Ferry est philosophe, sur LCI notamment, on ne va pas le prendre à chanter les vertus du corps (même si le sien n’est pas mal), de la fortune (pas de quoi se plaindre) mais celles de l’éducation (dont il a été ministre), du savoir, du travail scolaire, des profs, des livres. Il en écrit, ils se vendent bien, ce qui le rend fier ; ce qu’on ne peut lui reprocher, c’est pas donné à tout le monde de vendre des tonnes de papiers imprimés, surtout dans le genre difficile de l’essai philosophique, 600 000 exemplaires, en valeur absolue, et dans le genre, c’est infiniment supérieur aux centaines de millions de Harry Potter, qu’il trouve d’ailleurs pas terrible, comparé au grands mythes grecs, qu’il raconte à ses filles.


Donc le partage des intelligences.

Notons qu’il ne viendrait à l’idée de personne de mesurer la valeur des races, des ethnies, c’est ainsi que l’on parle désormais, par leur beauté ou leur bonté. Enfin, pas de manière trop directe.

Les parents ne disent pas de leur gosse pour en vanter les mérites aux autres, voyez comme il est bon, mais plutôt « oh, comme il est mignon », ou, encore mieux, « il est super éveillé pour son âge », c’est déjà le début de la compétition, il n’est pas seulement éveillé, il est déjà en avance sur son âge, sur les autres gosses de sa classe, de son entourage, de sa génération ; c'est déjà le bébé le plus doué de sa génération.

Imaginez les pauvres parents du petit trisomique 21, qui ne peuvent même pas se consoler en se racontant que Einstein n’a parlé qu’à cinq ans, que longtemps on l’a pris pour un attardé mental.



(on doit toujours penser à ce type)



L’intelligence, c’est le truc. Voyez le grand stephen hawking, tout tordu dans sa chaise, complètement défiguré, jamais de la vie, il ne lui viendrait à l’idée d’échanger son QI contre une apparence jeune belle et conne ; enfin, je crois pas. Ce serait désastreux si ça devait se produire; je ne dis pas qu'il ne connaît pas quelques moments de faiblesse, même jésus a faibli, pour des raisons bien différentes.

Ce genre de regret est plutôt réservé aux intelligences moyennes, Brel, ou l’auteur des particules élémentaires, assez laid, faut bien le reconnaître, et surtout sans le moindre charme, contrairement au petit jacky.

L’intelligence, c’est le grand truc d’une époque qui se définit par le savoir, la connaissance, c’est la grande valeur, celle qui n’est jamais questionnée ; on peut critiquer la beauté (simple apparence vide et parfois fatale), même la bonté (égoïsme au fond). L’intelligence c’est presque impossible, même quand elle est mal utilisée, quand elle est sans conscience, comme on dit, elle reste encore fascinante.

...




(Notez que jamais on ne dit de jésus qu'il est intelligent, surdoué, génial, ou des trucs du même genre, il l'était sans doute, mais ça ne joue absolument pas ; idem, à propos des grands prophètes bibliques.)



C'est Bourdieu qui disait que le seul racisme légitime, c'est celui des intellectuels, le racisme de l'intelligence (mesurée par les diplômes, les grandes écoles, les grandes universités....) Mais on peut aussi dire que tout racisme est un racisme de l'intelligence, et de la beauté, en un sens : ils sont bêtes, ils sont laids...

(ça je l'ai déjà dit, je me souviens)


Ferry soigne à la fois son apparence, et son intelligence...





le petit trisomique a autant de valeur éthique qu’Einstein ou Spinoza – et le maltraiter sera désormais puni de la même façon que s’il s’agissait d’un génie

D’un côté, un trisomique sans nom, sans prénom, sans rien de spécial, sinon d’être trisomique ; ce qui n’est pas un exploit, ni très méritant, c’est à la portée du premier trisomique venu, indépendamment de sa « race », de sa classe, de sa religion, de sa fortune, de sa volonté, de sa liberté, ou de son désir. De l’autre côté, deux grosses têtes, deux génies de l’humanité (avec et sans droits), qui se sont faits ce qu’ils sont. Ce qui leur vaut un nom, l’admiration, le respect, la mémoire. Et, pourtant, cherche à s’épater Luc Ferry, ce trisomique, sans avoir rien accompli dans son existence qui vaille la peine d’être noté, est l’égal de Spinoza et de Einstein. C’est assez incroyable, en un sens, si on y pense, on se demande comment un type pareil peut avoir autant de valeur qu’eux. C’est ça le mystère chrétien de la parabole des talents. Un autre mystère, c’est pourquoi le philosophe est allé chercher ce pauvre trisomique 21. Pas besoin d’un cul-de-jatte pour démontrer que Messi est surfait, ou d’un manchot pour nous apprendre que Federer a décidément une tête de con.



S’il s’agissait seulement d’illustrer une inégalité naturelle des QI, qui ne remet nullement en cause la dignité humaine, Ferry aurait pu comparer Einstein et Spinoza à n’importe qui, à peu près n’importe qui, vous, moi, sa femme, ses filles ; les types qui jouent dans la même division que spinoza et einstein sont infiniment rares.

En fait, pour ne heurter personne, Ferry aurait pu se prendre en exemple. Au lieu de nous parler de ce pauvre trisomique 21, il aurait pu nous dire que même s’il n’est pas aussi fort qu’ Einstein et Spinoza, même si les œuvres de son travail bien méritant ne peuvent pas se comparer aux leurs, il est tout de même leur égal, en un sens moral.

Ça aurait été curieux et comique s’il avait écrit : « moi ferry, sans être aussi malin que spinoza ou Einstein, je suis leur égal en dignité morale, si on me fait mal, c’est comme si on faisait mal à un génie ; j’ai droit à la même protection qu’eux, grâce à la parabole des talents. ».

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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Borges le Dim 24 Oct 2010 - 19:24


je continue;

(...)une parabole dont l’héritage sera décisif pour comprendre la genèse de notre conception des droits de l’homme (...) Chacun s’en souviendra : un seigneur fait don à trois de ses serviteurs d’une somme d’argent. Il donne cinq talents au premier, deux au second, un au troisième. Plusieurs mois après, il convoque les trois hommes. Le premier lui remet dix talents et le maître le félicite. Le second en rend quatre : lui aussi a doublé sa mise et il reçoit d’égales félicitations. Le troisième, par peur de mal faire, a enterré la pièce de monnaie et il la rend intacte à son maître…qui le réprimande et le chasse de sa maison.





ce dessin pense plus que ferry, bien entendu; il se pose des questions;

-Notons bien Ferry parle de don, mais c'est un bien étrange don, comme on voit; puisque les trois hommes, des serviteurs, vont rendre à leur maître, à leur seigneur, le double de ce qu'ils ont reçu; ça n'étonne pas ferry, bien entendu; n'est-ce pas plutôt une espèce de prêt avec de très gros intérêts, un prêt à 100% d'intérêts; les deux mecs qui ont reçu le plus rendent le double, et le type, qui a reçu le moins, qui n'a rendu que ce qu'on lui avait donné se fait chasser;

-pq le chasser?
-N'a-t-il pas rendu ce qu'on lui avait "donné"; ce qui est déjà pas mal; donner, c'est donner.
-pq doit-il rendre le double?


la réponse de ferry est simple, c'est les droits de l'homme, c'est la parabole des talents; les droits de l'homme obligent à rendre le double de ce qu'on vous a donné, en tous les cas plus; mais pourquoi?

si ferry parle de don, bien entendu, c'est pour une fois de plus jouer avec les mots et s'interdire de penser (un don, c'est aussi un talent; les dons de la nature dit-on; )



- ferry ne se demande pas pq ce mec "donne" des parts inégalitaires; il va pas s'en prendre au distributeur; c'est sans intérêt; on ne juge pas le partage inégalitaire de départ; c'est pas injuste, c'est la nature; vous allez pas vous emporter si vous naissez trisomique plutôt que spinoza, ou newton. Y a pas d'injustice naturelle; et pas non plus sociale, de toute manière : ce qui compte c'est pas ce que vous avez au départ, mais ce que vous en faites, vous êtes jugés à l'arrivé; c'est bien se dit-on; on ne juge pas supérieur à sa naissance le fils du milliardaire, et on se moque pas du pauvre bébé qui n'a rien pour démarrer dans la vie; ferry est contre la reproduction sociale. On va plutôt voir quand il seront grands, on va juger si le fils du milliardaire a doublé la mise, et si le fils du pauvre est deux fois plus pauvre; ce n'est que justice, et dignité humaine. Ce sont les grecs qui font de la discrimination dès le départ; par exemple, ils auraient pas trouvé un trisomique 21 l'égal de Einstein, Newton, ou spinoza, à sa naissance, ils l'auraient trouvé d'emblée inférieur, ou même pire; après jésus, c'est plus possible,

(notons que jésus n'a pas vraiment doublé la mise; un dieu qui se fait homme pour finir en croix, c'est pas terrible)

donc, contrairement aux grecs, ce qui compte dans les droits de l'homme, c'est pas qu'un mec reçoive cinq talents, dix ou cent, c'est qu'il double la mise, au moins; il faut plus à l'arrivée qu'au départ;

mais se demande-t-on, comment le pauvre trisomique va s'y prendre pour doubler sa mise; il est foutu au départ, et à l'arrivée; non?


"que le monde chrétien, comme le dit si bien Ferry, impose l’idée que la dignité d’un être, sa « vertu », ne dépend pas des talents qu’il a reçus au départ mais uniquement de l’usage qu’il en fait"; c'est pas le genre de message révolutionnaire qui va le faire sourire.

Il est pas tiré d'affaire avec ça, même rousseau ne peut rien pour lui, parce que question perfectibilité, les trisomiques c'est pas gagné...


alors, quoi dire?
la question est : ferry est-il vraiment perfectible?


on verra

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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Borges le Dim 24 Oct 2010 - 21:04


Le trisomique et le roturier ;


c'est chez kant, que ferry croit trouver la preuve que le petit trisomique est l''égal de Spinoza...


allons faire un tour du côté de Kant, dont ferry n’ignore pas les œuvres ; il lui a consacré de nombreux livres, deux ou trois cents, et des cours particuliers en CD, pour ceux qui n’aiment pas le lire mais raffolent de sa voix, terriblement séductrice et pédagogique.



(oui, kant était assez négatif, dans ses oeuvres morales et religieuses, mais aussi ailleurs; ah se souvient levinas, à davos, comme j'étais jeune et con, comme tous les étudiants, j'étais pour Heidegger et contre Cassirer; oui le côté négatif de kant peut fasciner les jeunes étudiants; mais pas ferry, bien entendu; son truc c'est les lumières )

Un regret, bémol, il s’est pas trop foulé pour kant, il ne lui a consacré que trois petits CDs ; mais il aborde l’essentiel, « la finitude humaine », « la critique de l'argument ontologique », « l'illusion métaphysique de la science ». Chaque fois, je m’étonne. Comment font tous ces mecs pour produire autant, causer à la télé, dans les journaux, sur le net, écrire des livres, des articles, s’écouter parler en s’enregistrant, sans jamais rien dire d’intéressant, qui sorte un peu de l’ordinaire, vous me direz qu’ils suivent pas la recette de Deleuze, du silence, pour trouver que quelque qui mérite d’être dit, c’est vrai, mais il est aussi vrai que Deleuze, même s’il disait des trucs intéressant, n’était pas aussi brillant que ferry quand il s’agit improviser des trucs sur tout et rien, c’était une de ses limites.

Kant, n’oublions pas que Ferry fut l’un de ceux qui l’ont remis à l’honneur, le kant chiant, conservateur, bien entendu, le kant de la morale, de la république, qui a bien du mérite à supporter tous les cons qui la défendent. Questions CD, Je pensais que Ferry n’avait enregistré que quelques trucs ; erreur monumentale : ils se comptent par dizaines, je blague pas ; c’est pas kant qui arrive en tête, je crois que c’est Heidegger, mais dans notre cas, c’est lui qui compte, c’est chez lui que Ferry trouve la preuve que le petit trisomique est bien l’égal de spinoza, et de Einstein ; parce que le pauvre con, il avait besoin d’une preuve philosophique, argumentée, raisonnée, la parabole des talents, ça ne lui suffisait pas.


(peu des gens aiment autant que moi ce dessin; il faut une intelligence de l'humour largement supérieur à la moyenne pour vraiment l'apprécier; comment s'appelle encore le mec du forum des cahiers qui fait des dessins? )


C’est au début du fondement de la métaphysique des mœurs, qu’il croit trouver sa preuve, dans un passage ultra connu, sur la bonne volonté, la seule chose qui soit réellement bonne au monde, absolument bonne ; si vous êtes malin, raconte Kant, vous pouvez utiliser votre intelligence pour faire des trucs biens, ou puants, de même avec la beauté, le fric, tout ce qu’on truc bien, et bien ça peut servir à des trucs pas bien, même le bonheur, qui est la fin de l’existence humaine, selon la sagesse grec, que peut-on vouloir de plus que le bonheur dit aristote, toutes choses est en vue de lui, c’est la fin de l’existence bonne et humaine, mais kant, il dit ok, mais c’est pas finement vu d’un point de vue purement moral, d’un point de vue kantien, parce que le bonheur même si ça vous rend heureux, ça ne vous rend pas nécessairement bon, le bonheur n’est pas bon en soi, ça peut vous tourner la tête d’être heureux, ça peut vous rendre suffisant, arrogant, vaniteux et tout ça, donc la fin de l’homme au sens de la sagesse grecque c’est la ce qu’il y a de meilleur au sens moral au monde ; la seule chose qui soit bonne, absolument bonne, c’est la bonne volonté, la seule chose vraiment bonne c’est le gars qui agit par seul souci de la bonne volonté, qu’il échoue ou rate, soit heureux ou pas, malin ou pas, kafka ou proust, ferry ou deleuze, kant ou un gars qui veut travailler jusqu’à ce que mort s’en suive ; c’est le mec animé par la bonne volonté à qui va le respect ;

On remarque que Kant ne va pas chercher son exemple dans le domaine de l’intelligence, mais dans celui de la politique, et c’est lui-même, qu’il donne en exemple … d’infériorité, et non pas d’égalité morale, c’est dans le fameux passage où il tente de saisir le respect, par son objet, à qui il s’adresse. Le respect est limité par kant, aux hommes, enfin, il faudrait plutôt dire aux êtres rationnels ; ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas respecter la nature, les bêtes, ça veut dire que le respect au sens kantien a un sens kantien ; d’ailleurs je ne sais pas très bien ce que ça peut vouloir dire « je respecte mon chien », « je respecte la nature », c’est pas « j’ai du respect pour mon chien », ça ne peut pas vouloir dire la même chose que « j’ai du respect pour Jean Paul Sartre ; je le respecte» .

Chez Kant, là, je vais vous raconter mes souvenirs de kantien : le respect s'applique toujours uniquement aux personnes, enfin c’est plutôt à la loi, mais on va pas compliquer ; une personne, c’est ce qui constitue une fin de soi ; l’homme est fin de soi ; ça veut dire que les hommes ne peuvent pas être utilisés (bien entendu, ils le sont ; sans ça y a pas de vie sociale, possible) alors que le cheval, même s’il pense avoir une fin en soi, vous pouvez le faire servir à des trucs qui ne sont pas nécessairement ses fins ; il n’a pas nécessairement envie de vous porter, de tirer la charrue alors que c’est le job des bœufs…



(kant avait une certaine classe, je veux dire une silhouette qui pouvait devenir un logo, une icône, c'est pas donné à tout le monde; je pense pas que Hegel passe aussi bien en image; heidegger aussi est très classe, même s'il pose un peu trop; j'aime beaucoup la photo où on le voit attacher ses souliers juste avant de sortir faire une promenade dans la forêt, noire bien entendu )

je ne suis pas une personne en tant que je poursuis mes fins, en me foutant du reste, quand je me considère comme ma propre fin, égoïstement, m’occupant que de moi, sans m’en faire pour les autres, en les écrasant si possible, rien de tel, bien au contraire ; en fait je ne suis une personne que lorsque je disparais derrière l’universalité de la loi morale, quand je pense pas à moi, je ne suis ma fin que quand je ne suis pas ma fin au sens égoïste du mot, je suis ma fin, un personne, quand j’agis par respect pour la loi universel ;sinon, ce serait trop facile ; kant va même jusqu’à dire que je ne fais jamais mon devoir (universel) que lorsque ça me fait chier ; c’est un des signes sensibles ; faire un truc que vous croyez moral et éprouver du plaisir, c’est suspect ; faut que ça vous fasse mal, que ça ne procure pas de plaisir en tous les cas ; c’est d’ailleurs ça un devoir ; mais bon, c’est pas si simple ; parce qu’il y a pas mal de sales types qui font des horreurs sans que ça leur fasse plaisir, en disant qu’ils ne font que leur devoir ; ça me fait pas plaisir, mais je dois le faire ; je crois que c’était le cas du connard d’eichmann ; et d’autres cons du même genre ;


au cours de l’interrogatoire de la police, Eichmann déclara soudain qu’il avait vécu toute sa vie selon les préceptes moraux de Kant, et particulièrement selon la définition que donne Kant du devoir. A première vue, c’était faire outrage à Kant. C’était aussi incompréhensible. Interrogé plus longuement, Eichmann ajouta qu’il avait lu La critique de la Raison pratique de Kant.
(Arendt)



mais c’est pas le sujet, donc le respect ne s’adresse jamais aux choses, aux animaux, à la nature, peut-être même pas à dieu (au fait), le respect s’adresse aux êtres rationnels ; ce respect moral, c’est là que ça devient intéressant,

- c’est pas l’amour (on peut aimer sans respecter, ça arrive et c’est terrible ; on peut respecter sans aimer)

- c'est pas la crainte (on peut craindre des gens qu’on ne respecte pas)

-c'est pas l'admiration (on peut admirer des types géniaux, très fort, sans les respecter; au sens de kant bien entendu, sinon ça devient compliqué; on sépare difficilement l'admiration du respect, même si le respect d'une oeuvre par exemple semble moins fort que l'admiration; en fait question oeuvres, on peut respecter sans aimer "je respecte son travail, mais j'admire pas, j'aime pas trop" )

-ça ne s’adresse pas non plus à des qualités, du genre, la sympathie, la bonne humeur, courage, force, la puissance, le rang social,

voici le passage kantien, fameux; à Fontennelle, qui disait

"Devant un grand seigneur, je m'incline, mais mon esprit ne s'incline pas.

kant ajoute : "devant un homme de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture de caractère portée à un degré que je ne me reconnais pas à moi-même, mon esprit s'incline, que je le veuille ou non… et si haut que j'élève la tête pour ne pas lui laisser oublier ma supériorité"

(empirique, sociale, intellectuelle…





(c’est pas une affaire de volonté ; je suis incliné plus que je ne m’incline, ou plus précisément encore mon esprit s’incline sans que je le veuille, ou en le voulant (c’est mieux) ; c’est comme s’il y avait une lutte (chez kant, il y a toujours lutte, quand il s’agit de la morale) entre moi et moi, entre moi et mon esprit, entre mes inclinations naturelles, qui font que je me considère toujours comme la crème des crèmes, le nec le plus ultra, et mon esprit, s’incline, m’oblige à reconnaître ceux qui me sont supérieurs, tout en m’étant inférieurs, sur tous les plans possibles et imaginable… Les exemples parlent ; Kant ne parle pas de trisomique, ou de débile mental, mais d’un roturier, et c’est lui-même qu’il prend en exemple, pour illustrer non pas une égalité, mais son infériorité ; lui, le grand Kant, il s’incline devant ce roturier, ou plutôt devant la loi morale, c’est à elle que va le respect, jamais aux individus mêmes.





(ce dessin très drôle me semble assez peu conforme à la réalité; kant adorait passer des heures à tables avec ses amis; il interdisait alors dit-on toute conversation sérieuse, un peu comme la duchesse de guermantes; fallait parler pour ne rien dire, pour échanger des nouvelles sur le fromage, comme dirait deleuze, juste la circulation des opinions entre amis... ce "fromage pue", "non, pas du tout", "c'est une question de goût"; kant bien entendu ne disait rien, personne ne savait alors qu'il préparait un livre sur le goût... )




Que Kant s’incline devant ce roturier, qui respecte la loi morale, ça ne change bien entendu rien à rien, le roturier peut se trouver flatté que le grand Kant le respecte, s’incline en esprit devant sa droiture morale, mais il restera roturier, bien à sa place, dans le vaste monde, avec ses hiérarchies, ses grands seigneurs, ses apocalypses, et ses mépris. Kant ne dit pas qu’il va renverser l’ordre social de telle manière que les roturiers moraux prennent la place des seigneurs amoraux, il dit juste à chacun le sien ; c’est la grande idée de Kant, chaque chose à sa place ; les jugements moraux, c’est des jugements moraux, l’esthétique c’est l’esthétique, la science c’est la science.



(ce type, qui se croit l'auteur, même s'il l'est, croit pouvoir dire le sens d'une oeuvre, une fois qu'elle est finie; déjà le disait le vieil aristote, le sens de l'oeuvre est dans son destinataire; c'est pas au cordonnier de dire ce que valent ses souliers, mais à celui qui les portes; bien entendu, cela suppose un partage social, assez inégalitaire; ce sont toujours les maîtres qui jugent; les maîtres, les consommateurs)


Ici, L’essentiel, pour kant, qui, avant sa lecture de rousseau jugeait tout selon l’intelligence, c’est que si tout le monde n’est pas newton, par contre dans le domaine morale, dans le domaine pratique, tout le monde sait « ce qui est bon », ce qui est bien ; en matière morale, il y a pas de hiérarchies, c’est pas une affaire d’éducation, de savoir, de classe sociale, de naissance, ni de rien ; tout être rationnel est un être capable de morale ; pas besoin d’éducation ; pas besoin d’être ferry pour savoir qu’il ne faut jamais voler, jamais mentir, jamais faire grève…


Notons que kant ne nous dit pas que nous sommes tous égaux, mais bien que les êtres moraux animés par la bonne volonté (volonté du bon, liberté pratique orientée vers l’universel) sont supérieurs à tout ce qu’il y a sur terre, au monde.



(en terme de morale, rien ne prouve que ce chien soit supérieur à son maître; le dessin aurait été encore plus drôle, si les rôles avait été inverses, avec le chien qui boit sa bière, alors que le mec lit kant)
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Message par careful le Sam 18 Déc 2010 - 8:07

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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Largo le Sam 18 Déc 2010 - 13:06

"Marine Le Pen réveille la République assoupie"

http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2010/12/16/10001-20101216ARTFIG00657-marine-le-pen-reveille-la-republique-assoupie.php

(l'article est passé payant, mais vous avez compris l'idée : "ah qu'est-ce qu'on ferait sans Marine pour défendre la République laïque contre les ravages de l'islamisation, y'en a marre de la bien pensance et de la politique du trouillomètre (dixit) s'agirait de nettoyer nos rues une bonne fois pour toute")


Tout ça est de bien mauvaise augure. Le modèle italien se développe à vitesse grand V.... C'est terrifiant.
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Re: Les talents de Luc Ferry au service des droits de l'homme

Message par Invité le Sam 18 Déc 2010 - 21:11

Les dix premières années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale ont été l'époque de la plus épouvantable terreur stalinienne. C'est à cette époque que le père de Tereza fut arrêté pour une vétille et que le gamine de dix ans qu'elle était alors fut chassée de sa maison. Sabina avait alors vingt ans et faisait des études aux Beaux-arts. Le professeur de marxisme leur expliquait, à elle et à ses condisciples, ce postulat de l'art socialiste : la société soviétique était séjà si avancée que le conflit fondamental n'y était plus le conflit entre le bien et le mal mais le conflit entre le bon et le meilleur. La merde ( c'est à dire ce qui est essentiellement inacceptable ) ne pouvait donc exister que de " l'autre côté" ( par exemple en Amérique ) et c'était seulement à partir de là, de l'extérieur, et seulement comme un corps étranger ( par exemple sous l'apparence d'espions ) qu'elle pouvait pénétrer dans le monde des "bons et des meilleurs".
En effet, en ce temps cruel entre tous, les films soviétiques qui inondaient les salles de cinéma des pays communistes étaient imprégnés d'une incroyable innocence. Le plus grave conflit qui pouvait de produire entre deux russes, c'était le malentendu amoureux : il s'imagine qu'elle ne l'aime plus, et elle pense la même chose de lui. A la fin, ils tombent dans les bras l'un de l'autre et des larmes de bonheur leur dégoulinent des yeux.
L'explication conventionnelle des ces films est aujourd'hui celle-ci : ils peignaient l'idéal communiste, alors que la réalité communiste était beaucoup plus sombre.
Cette interprétation révoltait Sabina. L'idée que l'univers du kitsch soviétique pût devenir réalité et qu'elle pût être forcée d'y vivre lui donnait la chair de poule. Sans une seconde d'hésitation, elle préférait la vie dans le régime communiste réel, même avec toutes les persécutions et les queues à la porte des boucheries. Dans le monde communiste réel, il est possible de vivre. Dans le monde de l'idéal communiste réalisé, dans ce monde de souriants crétins avec lesquels elle n'aurait pu échanger la moindre parole elle aurait crevé d'horreur au bout de huit jours.


Kundera. L'insoutenable légèreté de l'être.

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