The Social Network (D. Fincher)

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Borges le Dim 7 Nov 2010 - 11:39


(James Stewart, je crois, jouant à l'éducateur émancipateur)

Donc on disait que Mark Zuckerberg n’a pas de maître, ni de prof ; on se souvient du mépris avec lequel le jeune prodige quitte une salle de cours et répond à un problème d’informatique dont nous serions incapable de seulement saisir le sens. L’analogie de W pose donc un problème, qu’on peut résoudre d’une manière simple, en dégageant une fois de plus la différence dans la répétition ; si les trois gosses dont nous avons jusqu’ici parlé ont un maître, ils doivent aussi bosser durement ; le maître est un père, et un patron ; il discipline le désir, le principe de plaisir, surtout dans le remake du Karaté Kid. Les Noirs, on le sait, sont beaucoup plus enclins à se marrer que les Blancs. Voyez comment le jeune garçon manque de faire foirer à sa jeune copine son concours de violon.



(là, ils sont vraiment trop mignons)

Si Z ne bosse pas, c'est qu'il n'en a pas besoin. C'est un génie (pas même maudit) et, comme le dit Kant, le génie n’a d’ordre à recevoir que de la nature. Son intelligence est un don, qui lui épargne tout effort. Nous sommes loin de la morale républicaine du mérite, qui n’a jamais concerné que les bosseurs. Nous sommes à l’étage supérieur de l’éthique scolaire, dont on sait le mépris, dénié, pour les bucheurs (cf Homo Academicus de Bourdieu). Un type qui bosse pour y arriver nous semble toujours un peu médiocre, même quand il s’appelle Luc Ferry. Il faut être aussi noble et libérale que madame de Villeparisis, une brave femme qui n'a jamais rien foutu dans sa vie, pour croire qu'un homme qui ne bosse pas n'est rien. Une vraie hégélienne. En un sens.

Tout se récupère, se renverse ; l'énoncé "un homme qui ne bosse pas n'est rien" n'a pas le même sens, la même valeur politique, selon qu'il s'adresse à l'aristocratie, ou désigne, même pour le plaindre, un sans-emploi.




On ne travaille pas dans The Social Network.

On y reviendra. Rien ne presse ; plus il y a de détours, mieux c'est.

Un gars d’ « Independencia » situe The Social Network dans la grande tradition des œuvres consacrées à l’amitié trahie ; parmi elles se situerait L’Homme qui tua Liberty Valence.
Ce qui montre qu'on peut dire à peu près n'importe quoi quand on joue au critique, sans crainte d'une autodestruction dans les cinq secondes.

Je ne dis pas qu’il n’existe pas de rapports entre L’Homme qui tua Liberty Valence et le Fincher. Il y a des rapports entre n'importe quoi et n'importe quoi d'autre, à condition de les créer, de les inventer, donc de les penser et de penser. Ce que tout le monde peut faire s’il y prend du plaisir. Hélas, règne un obscurantisme du plaisir (Barthes). Les gens pensent, allez savoir pourquoi, que penser c'est chiant ; le font même ceux qui se pensent critiques de cinéma ou cinéphiles, à qui pourtant la pensée devrait donner le plus de plaisir, si on en croit ce que nous raconte Aristote au début de sa Métaphysique.


Πάντες ἄνθρωποι τοῦ εἰδέναι ὀρέγονται φύσει. Σημεῖον δ' ἡ τῶν αἰσθήσεων ἀγάπησις· καὶ γὰρ χωρὶς τῆς χρείας ἀγαπῶνται δι' αὑτάς, καὶ μάλιστα τῶν ἄλλων ἡ διὰ τῶν ὀμμάτων. Οὐ γὰρ μόνον ἵνα πράττωμεν ἀλλὰ καὶ μηθὲν [25] μέλλοντες πράττειν τὸ ὁρᾶν αἱρούμεθα ἀντὶ πάντων ὡς εἰπεῖν τῶν ἄλλων. Αἴτιον δ' ὅτι μάλιστα ποιεῖ γνωρίζειν ἡμᾶς αὕτη τῶν αἰσθήσεων καὶ πολλὰς δηλοῖ διαφοράς

(j'espère que j'ai pas fait de fautes, je cite de mémoire)

Entre le Fincher, et le Ford, il y a quelque chose à penser, qui se donne très vite, si on oppose les deux types d’hommes en lutte lors du procès, qui ne concerne pas seulement l’invention et la propriété de « Facebook », mais l’Amérique entière et le monde : la question du propre et de la propriété.

Nous allons donc parler propriété. Il faut bien, en parler. Comment vais-je le faire ?




Back to the future.

On se souvient que Bush avait eu l’idée d’instaurer une société de propriétaires (ownership society), fondée sur une idée basique, une logique et une psychologie rudimentaire ; l’homme étant un animal égoïste, il s’intéresse à lui-même et à ce qui lui appartient. Ainsi, explique l’ancien président des USA (17 juin 2004), si vous possédez quelque chose, vous vous souciez plus du futur de votre pays que si vous ne possédez rien. Plus il y aura de propriétaires en Amérique, plus il y aura de gens qui auront un intérêt vital pour le futur du pays.

C’est assez extraordinaire, on dirait de la déconstruction.

(Comment oublier la fantastique, et heideggerienne question de Clinton, lors du procès Monica Lewinsky : "It depends on what the meaning of the words 'is' is." )



Car si on déplie cette loi, on peut affirmer sans trop de mal que celui qui ne possède rien en Amérique, ou rien de l’Amérique, n’y tient pas, en tous les cas moins que ceux qui en possèdent une partie, qui y possèdent quelque chose. Les pauvres tiennent moins à l’Amérique que les riches. Plus on est riche, plus on est patriote. Mais le riche ne tient pas à l’Amérique en elle-même, pour elle-même, ce qui l’intéresse c’est ce qu’il en possède, il l’aime pour autant qu’il la possède, rien de platonique dans cette relation. Il faut que l’Amérique soit à lui, un peu sienne, pour qu’il se soucie d’elle. Elle est alors vraiment « son pays ».

Le patriotisme n’est pas une idéologie fumeuse, il est fondé dans la nature égoïste, individualiste, et possessive de l’homme ; il n’est rien de plus, ou rien d’autre, qu’un cas particulier de l’amour de soi, et de ses propres, un amour du propre. Ce qui explique que les pauvres soient tentés par des idéologies antipatriotiques importés de l’extérieur, ou par un désir de partage, le socialisme, ou pire le communisme. Mais cela ne peut pas marcher ; de tels systèmes sont contraires à la nature humaine, individualiste et possessive. Dès qu’une chose est partagée, dès qu’elle n’appartient à personne, dès qu’elle est considérée comme un bien public (comme l’eau ? exactement), le risque de la voir négligée grandit. Il suffit de voir l’état dans lequel sont les biens publics, les hôpitaux, les écoles, les transports… C’est pas qu’ils manquent d’argent, de financement, c’est que n’étant à personne, personne ne s’en soucie.



De quoi peut se soucier un pauvre, n’ayant ni santé, ni éducation, ni fric, ni maison… ? Certainement pas de son pays. Pour que les gens se soucient un peu d’eux-mêmes, de leur bien, comme on dit si bien (mon bien est inséparable de mes biens), il faut les libérer de la tyrannie de l’état, du gouvernement ; il faut que les individus deviennent les propriétaires, de leur vie, de leur santé, de leur éducation, de leur argent, de leur retraite, d’eux-mêmes, comme dirait RN.

« George Bush called this the ownership society, but what he really meant was 'you're-on-your-own' society ».
(Barack Obama, 2008)

Autrement dit : à chacun sa merde.

Rien là de vraiment neuf ; c’est aussi vieux que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, dont l’un des signataires, Boissy d'Anglas, déclarait lors d’un discours à la Convention, le 23 juin 1795 :

(j’espère ne pas dire n’importe quoi)



"Vous devez garantir enfin la propriété du riche[...]. L'égalité civile, voilà tout ce que l'homme raisonnable peut exiger[...]. L'égalité absolue est une chimère ; pour qu'elle pût exister, il faudrait qu'il existât une égalité entière dans l'esprit, la vertu, la force physique, l'éducation, la fortune de tous les hommes. Nous devons être gouvernés par les meilleurs : les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois ; or, à bien peu d’exceptions près, vous ne trouverez de pareils hommes que parmi ceux qui, possédant une propriété, sont attachés au pays qui la contient, aux lois qui la protègent, à la tranquillité qui la conserve. […] Un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre social ; celui où les non-propriétaires gouvernent est dans l’état de nature."

En lisant ça on comprend pourquoi les puissants, les ploutocrates, raffolent tant des droits de l’homme et font tout ce qui est en leur pouvoir pour les étendre. Comment l'Amérique pourrait-elle se soucier du monde, du pétrole par exemple, si elle ne le possédait pas, s'il n'était pas à elle ; c'est la grande loi du colonialisme, individualiste et possessif, bien entendu.

L'individualisme possessif, c'est le titre d'un livre de MacPherson.

L’individualisme possessif : « Nous désignons ainsi la tendance à considérer que l’individu n’est nullement redevable à la société de sa propre personne ou de ses capacités, dont il est au contraire, par essence, le propriétaire exclusif » (p. 18).

Seul le propriétaire est libre.










Bruce Lee et Abdul-jabbar.

Wilt Chamberlain et Ali. Le "grand" joueur de basket, oublié aujourd'hui, a donné son nom à un argument de Nozick : on ne peut refuser à quiconque la pleine possession de ses mérites, même s'ils sont “ arbitraires d’un point de vue moral ”. Il est au contraire illégitime, de la part de l’État, de s’immiscer dans ce réseau d’échanges libres au motif qu’il conduit à des inégalités supposées “ injustes ”.



Chaplin pouvait tenir les deux rôles, sans effet spéciaux... ni technique numérique...



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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Eyquem le Dim 7 Nov 2010 - 12:06

A propos de propre, de propriété et de patriotisme, il y avait cet échange dans le film de De Niro, "The good shepherd'", entre Joe Pesci et Matt Damon.

Matt Damon, dans le film, c'est le boss de la CIA, Edward Wilson ; un parfait exemplaire de l'Amérique WASP.
Joe Pesci, je sais plus, mais il se dit Italien (italo-américain).

Joseph Palmi : Let me ask you something... we Italians, we got our families, and we got the church; the Irish, they have the homeland, Jews their tradition; even the niggers, they got their music. What about you people, Mr. Wilson, what do you have?
Edward Wilson: The United States of America. The rest of you are just visiting.
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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Largo le Lun 8 Nov 2010 - 13:03

passionnant tout ça...

Sur le thèmes des pères et des fils, des races, de l'intelligence et du travail, ce serait intéressant de comparer vec Finding Forester et Will Hunting même si on a déja pas mal évoqué ces films... En quoi GVS se distingue-t-il de Fincher et Eastwood ? Je répondrais bien mais je les ai vus ya trop longtemps.
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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Borges le Lun 8 Nov 2010 - 17:57



les grunges étaient plus hospitaliers ; on pouvait aller à eux, comme on est, comme on était, comme un ami, comme un vieil ennemi, mais rien ne garantissait qu'ils ne vous attendaient pas avec un flingue.



"Que fait donc l'essayiste, demande GDH, commentant pas mal de monde, et tentant de dégager le sens du travail de Harun Farocki, si ce n'est essayer, essayer encore ? "

donc essayons encore...





Il y a d'abord le mythe du génie, dont on ne peut décidément jamais venir à bout. Les classiques avaient décrété que c'était une affaire de patience. Aujourd'hui, le génie, c'est de gagner du temps, c'est de faire à huit ans ce que l'on fait normalement à vingt-cinq ans. Simple question de quantité temporelle : il s'agit d'aller un peu plus vite que tout le monde. (Barthes)





Mark Zuckerberg ne bosse pas parce qu’il est génialement doué ; nous sommes dans le règne de la nature.


Si on devient de moins en moins femme, homme, ou homo, on naît de plus en plus... intelligent, par exemple.

Les libéraux adorent l’argument des « talents » et des « dons » naturels. Il a une force de conviction presque absolue. On n’y peut rien, si certains naissent ainsi, et d’autres autrement. Je pense aux textes de Rancière sur la naissance dans les fictions du mal ; c’était alors la mauvaise naissance, celle de Mystic River, ou encore de MDB. Ici, c’est plutôt la bonne, celle qui crée une inégalité positive, celle qui fait que machin joue bien au foot, un deuxième est doué pour la finance, et puis, il y a ceux qui ne sont doués en rien, Luc Ferry, par exemple, mais qui se débrouillent pour cirer les pompes des « biens nés ».

Les hommes naissent inégaux, et comme la liberté fait le reste, il n’y a aucune raison de construire des égalités artificielles en prenant aux favorisés pour redonner aux défavorisés. C’est un vol, une négation de la liberté de propriété, selon Nozick ; pire, c’est du travail forcé.




Robert Nozick ; c'est vrai qu'il est beau ; on dirait un acteur ; et puis cette noblesse décontractée ; la classe harvard, bien entendu.

Que tout le monde ait le droit de bénéficier des fruits totaux de son travail, de ses talents, de ses idées, pour qui y pense, simplement, loin de toute forme d’idéologie, c’est l’évidence.

Il n’y a rien d’injuste à ce que les plus talentueux aient plus que les autres, comme le montre admirablement Hayek, lorsqu’il nous fait remarquer que les gens ne jalousent pas le fric que gagnent les stars, de la musique, du sport. En quoi, il exagère, parce qu’il arrive que l’on se plaigne, surtout dans le cercle des permanents du spectacle de la pensée. Voyez tout ce qu’on a dit avant, pendant, et après la dernière coupe du monde sur les joueurs de l’équipe de France, surtout des caïds originaires des banlieues. Ce qui était visé le plus souvent ce fut leur QI et leur lamentable niveau d’éducation. Comment est-il possible que ces idiots, ces intelligence de libellule, ces sagouins, se fassent des tonnes de fric, alors qu’ils sont incapables d’aligner deux phrases grammaticalement correctes, alors que, nous, les journalistes, commentateurs, philosophes, parlons si bien, sommes si brillants… ? L’argent ne va pas là où il devrait aller.

Pour une fois le marché ne fait pas bien son travail de distribution.



Hayek : le maître à penser de Reagan, de Thatcher, Pinochet, et bien d'autres de la même envergure ; il faut lire la lettre où Thatcher explique au prix Nobel que la Grande Bretagne, qui est, hélas, une démocratie, ne peut pas appliquer des méthodes aussi extrêmement libérales que celles employées au Chili sous sa direction, mais qu'elle arrivera plus lentement au même résultat.

Il me faut donc corriger Hayek : les gens ne jalousent pas les millionnaires du spectacle quand ils en ont pour leur argent.

C’est ce que montre le fameux argument intuitif de Robert Nozick.

Imaginons, nous dit le grand penseur, une situation de départ juste, où sont respectés les principes fondamentaux de la liberté et de la propriété, acquisition originaire fondée, liberté de circulation et de transfert, droit de rectification, en cas de vol, etc., une situation où chacun est le propriétaire absolu de soi et du fruit de ses talents. Dans ce cas, toute distribution de revenus résultant du jeu de libre-échanges entre capitalistes adultes consentants est juste, aussi « inégalitaires » que puissent être ses effets.




Wilt Chamberlain ne s'est pas contenté de donner son nom à un argument "libertaire", ce fut aussi un acteur (d'un seul film?) et un pote à Nixon.


Imaginons, nous dit Nozick, dans une situation de distribution juste (D1), un grand basketteur, le meilleur de son époque, Wilt Chamberlain. Toutes les équipes de la NBA veulent le signer, les spectateurs adorent le voir jouer. Il signe un contrat qui lui donne droit à 25 cents sur chaque billet vendu lors des rencontres à domicile. Les spectateurs se précipitent aux matchs et glissent 25 cents dans une boite destinée à WC. À la fin de la saison, un million de spectateurs lui permettent de se faire 250.000 dollars. C’était dans les années 1970, ce serait aujourd’hui plutôt proche de 24 millions de dollars. La situation de départ (D1) a été changée par la libre action des spectateurs. Nous avons à présent une situation (D2), où Wilt possède 250.000 dollars de plus que tout le monde. Est-ce injuste ? Non, répond bien entendu Nozick, personne ne vole rien à personne. Les gens ont librement choisi de donner leur argent à Wilt, et de faire de lui un millionnaire. Tout le monde est content.

Autrement dit, les gens font ce qu’ils veulent de leur fric, ils peuvent s’acheter un chocolat, un magazine, aller voir un film, financer wikipedia, ou aider les pauvres de la planète. L’État ne doit se mêler que de garantir le bon fonctionnement du système, avec une bonne police, et une solide armée, bien entendu. Si je suis intéressé par le sort des défavorisés, personne ne m’interdit de leur consacrer mon temps, mon argent, de travailler pour eux, ou même de devenir leur esclave. C’est mon problème, si certains le partagent, on peut former un club, une association, se regrouper et tenter de le résoudre, personne n’interdit à personne d’être aussi généreux, aussi philanthrope, que Zuckerberg, ou d’autres milliardaires de la même trempe, qui distribuent leur fortune par centaines de millions, mais personne ne peut non plus obliger personne à utiliser son argent d’une manière plutôt que d’une autre.

Si on n’est pas convaincu par des fadaises pareilles, Nozick, ne manque jamais d’exemples débiles, qui portent un sérieux coup au sérieux du génie harvardien, pour démontrer combien la redistribution par l’Etat, les taxes, et autres prélèvements obligatoires sont injuste. Imaginons, dit le grand penseur, qui se donne le bon rôle, que la femme qui deviendra sa femme ait rejeté un autre mec en sa faveur, parce qu’il est plus aimable, plus intelligent, plus beau ; le mec, moins beau, moins intelligent, et aimable que Robert Nozick, aurait-il des raisons légitimes de se plaindre de n’avoir pas été élu ? Doit-on lui payer des opérations chirurgicales et des cours d’intelligence aux frais des contribuables ? Bien entendu non, affirme Nozick. Que sa femme préfère investir, comme dirait Freud, dans un mec beau, intelligent, aimable, n’est pas une raison suffisante pour installer le communisme aux USA.



Wayne breaks not only society's law but his own, murdering in secret in order to establish justice.

Il est temps de revenir au cinéma, qu’on n'avait jamais quitté ; cette situation, une femme, deux hommes, c’est un peu celle de L’homme qui tua liberty valance, qui n’est pas un film sur l’amitié trahie, personne ne trahissant personne, Doniphon et Stoddard ne sont pas amis, mais bien plutôt un film sur « qui aura la femme ». Les circonstances historiques du choix n’étant naturellement pas indifférentes à la décision. L’Amérique change et le modèle du bon objet amoureux change avec elle. Comme dans le Fincher, la question de la propriété, du fric, de la fille, est inséparable de la question de l’Amérique.

Quelle Amérique aimer ? L’Amérique sauvage, ou l’Amérique démocratique, éduquée, régie par des rapports non violents (en apparence) et le droit, une Amérique où les individus ne sont pas obligés de devoir manier les armes pour se défendre et défendre leurs biens, où les chefs sont élus.

Le cas de Liberty Valance est plus subtil que celui de Nozick.

Dans le film de Ford, Alice ne choisit pas le mec le plus beau, le plus intelligent ; le partage entre les deux prétendants ne se situe pas là. On ne peut pas dire que Wayne soit plus bête que Stewart, pas non plus moins beau. Le problème pour lui est qu’on change de monde. Le droit, la presse, la communication, l’éducation… rendent caduques ses qualités, ses propriétés, comme on dit aussi ; de la même manière que les roses rendent caduques les cactus.




A l'époque on pouvait encore séduire les filles avec des livres, surtout si on a des chances de finir sénateur, voire vice président des usa.



Comme le dit Hobbes, un homme est une marchandise comme une autre. Sa valeur ne lui est pas intrinsèque, il ne la fixe pas lu-même. Il ne vaut que ce que l’on est prêt à payer pour acquérir ses qualités. Personne ne serait prêt à mettre 25 cents pour posséder les qualités d’un trisomique 21. Sur un marché « démocratique » ou comme dirait Cavell « féminisé » des valeurs, Tom Doniphon ne vaut pas grand-chose.

Pourtant, Alice l’aime, on le sent ; on sent même qu’elle l’aime plus qu’elle n’aime Ransom.

Pourquoi choisit-elle alors Ransom ?

Le même problème se pose dans La prisonnière du désert, où le mec le moins « héroïque » est préféré en tant que mari et père.

Le social darwinisme a une réponse très simple à cette question : il y a les mecs dangereux, romantiques, qui font les passions dévorantes et destructrices, et puis ceux qui assurent la sécurité, font de bon mari. Quand la raison vient aux femmes, elles s’assurent une existence familiale et continuent à rêver du type dangereux ; des millions de récit racontent ça ; exemple, Shane ; le roman fameux de Flaubert ; le dernier Kubrick. Alice assure son avenir en épousant Ransom et l’idée d’une autre Amérique, plus féminine, où les femmes pourront lutter à armes égales avec les hommes, par l'éducation, le droit...

Elle fait un investissement rationnel, qui me semble fondé sur une dissociation entre le « qui » et le « quoi », comme dirait Derrida. Le « qui », de Tom et le « quoi » de Ransom. Elle aime Tom, mais épouse Ransom, pour ses déterminations extrinsèques, parce qu’il est avocat, doux, éduqué, parce qu’il en jette plein la vue, à cette pauvre fille, qui avant de le rencontrer ne savait même pas lire.

On peut aimer quelqu’un pour son « qui » ou pour ses propriétés, le fait qu’il soit tel ou tel ; dans l’amour peut survenir une lutte entre ces deux déterminations ; si j’aime quelqu’un puis-je ne plus l’aimer parce qu’il a perdu les qualités qui me l’avaient aussi fait aimer ; par exemple, la femme de Nozick, qui l’avait épousé pour son intelligence, sa beauté, peut-elle renoncer à lui, sans la moindre injustice, s’il perdait ces deux qualités ? Peut-elle divorcer, si le mec qu’elle avait laissé de côté a trouvé le moyen de devenir beau, et intelligent ?


Ce sont des questions, intéressantes, mais qui n’atteignent pas la beauté tragique de la relation impossible entre Tom et Alice. En un sens, si elle ne choisit pas Tom, c’est qu’il ne semble pas se décider à changer, à renoncer à ce qui fait sa valeur ; il tient à un monde où son mariage avec Alice n’a pas de place, n’a pas de sens. C’est un Silver Qurfer à l’envers ou une espèce de héros romantique, platonique.

L’amour pour lui est distance, désir de la distance. Sa relation avec Alice est aussi mystérieuse que celle de Kafka ou de Kierkegaard avec leurs fiancées.

Pour Kafka, le mariage aurait été à la fois un salut, et une perte, la perte de ce qu’il considérait être son essence, sa relation fondamentale à l’écriture ; en se mariant, il serait entré dans l'ordre de la loi, dans le monde, mais il ne le peut pas : il n’est et ne veut être que littérature, absence au monde. Tom vit la même tragédie, mais les termes de la décision ne sont pas les mêmes pour lui ; il doit rester fidèle à une vie sauvage, errante, à une Amérique violente, qui a rendu possible les Ransom, la démocratie, mais que la démocratie ne peut pas accepter en son sein ; en elle ; ces êtres sont sa part maudite, ses pharmakons, ses remèdes et ses poisons ; ce en quoi elle se nie, sans pouvoir s'en passer. Ces mecs doivent se salir les mains, et rester au dehors ; ils sont tabous, sales. Dirty. La face "noble" de cette saleté, est incarnée par les Eastwood, les Rambos... la face réelle, c’est la torture, les massacres, les assassinats secrets, tout ce que ne cesse de juger la démocratie, pour se reconstruire, de démontrer, par exemple, dans le cinéma us dit progressiste, (c’est de bonne guerre ; texte de Eyquem)…


Les passages consacrés par Cavell à ce film de Ford sont vraiment passionnants.

Dans The Man Who Shot Liberty Valance, le personnage de John Wayne sait que lorsqu'il tue la brute (Lee Marvin) il tue la moitié de lui-même, il se tue à moitié, mais il doit le faire parce qu'il sait que James Stewart ne peut pas se défendre contre les brutes, et il doit survivre, parce qu'il est " the only real man around who has left room for the woman in himself (Wayne calls him "tenderfoot," and he is frequently shown in an apron and with books of law); hence only he is capable of preserving civilization, marrying privacy with society."

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Borges le Lun 8 Nov 2010 - 19:27


alors que la famille royale est enfin sur facebook, les anglais ont l'intention de forcer les jobless à bosser gratuitement; si, comme le disait spinoza, la vertu a sa récompense en elle-même, et si le travail est une vertu, il y a pas de quoi crier au scandale, au travail forcé; je ne sais pas ce qu'en penserait Nozick, même mort, ça peut l'intéresser; certains bien entendu en restent à des analyses humanistes datées : :"People often are [on benefits], not because they're wicked, stupid or lazy..."

et s'ils étaient wicked, stupid, or lazy?

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Mar 9 Nov 2010 - 9:03

Salut Borges,

intéressant, ce que tu écris sur Liberty Valance. je voudrais juste souligner un aspect qui me parait implicite dans tes réflexions (peut-être je me trompe). Ce n'est pas seulement Hallie qui choisit Ransom plutôt que Tom. Tom choisit aussi de laisser Hallie à Ransom. Le mariage d'Hallie et de Ransom est le choix commun (et amoureux ?) de Tom et d'Hallie, et Ransom est largement mystifié, dépassé par ce choix qui l'engage et le dépasse (notamment parce qu'il ne comprend pas ce qui unit Tom et Liberty - et politiquement, il est assez remarquable qu'il se fasse élire pas seulement sur un mensonge, mais sur la réputation d'avoir tué "la liberté" ! etranges USA fordiens).
alors est-ce que cela vaut aussi pour le Fincher ?


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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Mar 9 Nov 2010 - 10:38

J'ai revu le film cet été à la télé, dans une petite chambre curieusement agencée d'un hôtel parisien,
comme il doit y en avoir beaucoup dans la capitale. A proximité de la butte-aux-cailles et non loin du
quartier chinois.
La porte d'entrée donnait directement dans la salle de bain,
sur un lavabo et le bidet.
La chambre n'ayant pas de toilettes par soucis d'économie de ma part, je dus, je l'avoue, plus d'une fois
pisser dans le lavabo, non sans avoir au préalable tiré les rideaux
pour ne pas incommoder les voisins
d'en face. La chambre était meublée pauvrement ; une grande armoire, moins ancienne que vieillotte, à gauche
de mon lit, pour tout endroit où ranger mes affaires. Mon séjour étant bref,
celles-ci ne se résumaient de toute
façon à presque rien, un presque rien qui resta dans mon sac. Seul, comme en toute chambre où je séjourne, un
livre posé sur la table de chevet reste là toute la journée, marque une espèce de territoire en fin de compte bien
impersonnel, s'attend à être ouvert par moi à toute heure de la journée. Ce soir de juillet,
tandis que la rumeur de
quelques grandes rues voisines remonte dans la calme ruelle de l'hôtel puis dans les étages et pénètre faiblement
jusqu'à moi, je lis quelques pages de ce livre allongé
sur le lit, je pense également au style vestimentaire
unique des parisiennes croisées et observées dans la journée,
me demandant s'il est un prolongement des intérieurs
où elles vivent, si leur cadre de vie influence leurs singuliers habillements, puis, quelques pages plus loin,
j'allume la télévision.
J'arrive à la moitié du film, il est en VF. Je reconnais rapidement un Ford mais pas
immédiatement "Liberty Valance".

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Mar 9 Nov 2010 - 16:36

Je ne suis pas un grand spécialiste de la drague et il peut malheureusement m'arriver d'être passablement blessant, mais Facebook ou pas Facebook, Cinéphile ou pas Cinéphile, parisienne ou pas parisienne, certains invariants culturels demeurent à travers les époque et je ne te conseille personnellement pas de franchir l'étape de faire savoir à une fille que de passage dans la ville, la nuit à la pointe de moments d'effervescence littéraire il t'arrive de t'interroger si elle est vraiment habillée avec ses rideaux ou non...

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Mer 10 Nov 2010 - 0:37

Laughing

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Mer 10 Nov 2010 - 12:47

Sont plein d'humour, les cadavres, de nos jours. Merci Tony !

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par balthazar claes le Jeu 11 Nov 2010 - 9:50

Encore un autre petit génie caché derrière le petit génie :

Although the project was initially conceived by media cover star Mark Zuckerberg, the real face behind Facebook is the 40-year-old Silicon Valley venture capitalist and futurist philosopher Peter Thiel. There are only three board members on Facebook, and they are Thiel, Zuckerberg and a third investor called Jim Breyer from a venture capital firm called Accel Partners (more on him later). Thiel invested $500,000 in Facebook when Harvard students Zuckerberg, Chris Hughes and Dustin Moskowitz went to meet him in San Francisco in June 2004, soon after they had launched the site. Thiel now reportedly owns 7% of Facebook, which, at Facebook's current valuation of $15bn, would be worth more than $1bn. There is much debate on who exactly were the original co-founders of Facebook, but whoever they were, Zuckerberg is the only one left on the board, although Hughes and Moskowitz still work for the company.

Thiel is widely regarded in Silicon Valley and in the US venture capital scene as a libertarian genius. He is the co-founder and CEO of the virtual banking system PayPal, which he sold to Ebay for $1.5bn, taking $55m for himself. He also runs a £3bn hedge fund called Clarium Capital Management and a venture capital fund called Founders Fund. Bloomberg Markets magazine recently called him "one of the most successful hedge fund managers in the country". He has made money by betting on rising oil prices and by correctly predicting that the dollar would weaken. He and his absurdly wealthy Silicon Valley mates have recently been labelled "The PayPal Mafia" by Fortune magazine, whose reporter also observed that Thiel has a uniformed butler and a $500,000 McLaren supercar. Thiel is also a chess master and intensely competitive. He has been known to sweep the chessmen off the table in a fury when losing. And he does not apologise for this hyper-competitveness, saying: "Show me a good loser and I'll show you a loser."



But Thiel is more than just a clever and avaricious capitalist. He is a futurist philosopher and neocon activist. A philosophy graduate from Stanford, in 1998 he co-wrote a book called The Diversity Myth, which is a detailed attack on liberalism and the multiculturalist ideology that dominated Stanford. He claimed that the "multiculture" led to a lessening of individual freedoms. While a student at Stanford, Thiel founded a rightwing journal, still up and running, called The Stanford Review - motto: Fiat Lux ("Let there be light").


Thiel is a member of TheVanguard.Org, an internet-based neoconservative pressure group that was set up to attack MoveOn.org, a liberal pressure group that works on the web. Thiel calls himself "way libertarian". This little taster from their website will give you an idea of their vision for the world: "TheVanguard.Org is an online community of Americans who believe in conservative values, the free market and limited government as the best means to bring hope and ever-increasing opportunity to everyone, especially the poorest among us." Their aim is to promote policies that will "reshape America and the globe". TheVanguard describes its politics as "Reaganite/Thatcherite". The chairman's message says: "Today we'll teach MoveOn [the liberal website], Hillary and the leftwing media some lessons they never imagined."

So, Thiel's politics are not in doubt. What about his philosophy? I listened to a podcast of an address Thiel gave about his ideas for the future. His philosophy, briefly, is this: since the 17th century, certain enlightened thinkers have been taking the world away from the old-fashioned nature-bound life, and here he quotes Thomas Hobbes' famous characterisation of life as "nasty, brutish and short", and towards a new virtual world where we have conquered nature. Value now exists in imaginary things. Thiel says that PayPal was motivated by this belief: that you can find value not in real manufactured objects, but in the relations between human beings. PayPal was a way of moving money around the world with no restriction. Bloomberg Markets puts it like this: "For Thiel, PayPal was all about freedom: it would enable people to skirt currency controls and move money around the globe."


Thiel's philosophical mentor is one René Girard of Stanford University, proponent of a theory of human behaviour called mimetic desire. Girard reckons that people are essentially sheep-like and will copy one another without much reflection. The theory would also seem to be proved correct in the case of Thiel's virtual worlds: the desired object is irrelevant; all you need to know is that human beings will tend to move in flocks. Hence financial bubbles. Hence the enormous popularity of Facebook. Girard is a regular at Thiel's intellectual soirees. What you don't hear about in Thiel's philosophy, by the way, are old-fashioned real-world concepts such as art, beauty, love, pleasure and truth.

The internet is immensely appealing to neocons such as Thiel because it promises a certain sort of freedom in human relations and in business, freedom from pesky national laws, national boundaries and suchlike. The internet opens up a world of free trade and laissez-faire expansion. Thiel also seems to approve of offshore tax havens, and claims that 40% of the world's wealth resides in places such as Vanuatu, the Cayman Islands, Monaco and Barbados. I think it's fair to say that Thiel, like Rupert Murdoch, is against tax. He also likes the globalisation of digital culture because it makes the banking overlords hard to attack: "You can't have a workers' revolution to take over a bank if the bank is in Vanuatu," he says.

Thiel is also on the board of advisers of something called the Singularity Institute for Artificial Intelligence. From its fantastical website, the following: "The Singularity is the technological creation of smarter-than-human intelligence. There are several technologies ... heading in this direction ... Artificial Intelligence ... direct brain-computer interfaces ... genetic engineering ... different technologies which, if they reached a threshold level of sophistication, would enable the creation of smarter-than-human intelligence."


http://www.guardian.co.uk/technology/2008/jan/14/facebook


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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Borges le Ven 12 Nov 2010 - 17:19

merci BC, pour ce texte...
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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par balthazar claes le Ven 12 Nov 2010 - 23:49

Oui, épatant hein ? Et je m'aperçois que j'ai oublié de mettre en gras hedge fund.

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Eyquem le Ven 12 Nov 2010 - 23:57

Vivement le film. Mais cette fois, par Cronenberg.
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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Largo le Sam 13 Nov 2010 - 0:20

Ca va venir, Cronenberg va adapter Cosmopolis de De Lillo (que j'ai lu récemment). Et ça parle d'un magnat de la finance... Cela dit c'est peut-être à ce projet que tu faisais référence ?
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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Eyquem le Sam 13 Nov 2010 - 0:30

Non, c'est l'article ; un délire de puissance à la Brundlefly ; et ce qu'il dit à la fin : "Artificial Intelligence ... direct brain-computer interfaces ... genetic engineering ... different technologies which, if they reached a threshold level of sophistication, would enable the creation of smarter-than-human intelligence."
Je ne connais pas ce projet Cosmopolis.
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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Borges le Sam 13 Nov 2010 - 10:51

moi, j'aime pas cronenberg
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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Sam 20 Nov 2010 - 8:55

Borges,
d'accord avec toi sur pas mal de choses, par contre sur les questions racialistes tu me sembles t'emporter, le film ne permet pas à mes yeux d'aller aussi loin. La race n'est pas un thème, on peut avoir des goûts pour les asiatiques, simplement pour leur plastique, sans qu'il y ait une pensée racialiste derrière. Eduardo ramasse des groupies asiat', c'est l'occasion qui fait le larron, ou bien ses goûts personnels. Zuck est plutôt attiré par deux visages pâles dans le film, deux ce n'est pas beaucoup, on ne peut rien en déduire, ce qui compte c'est ce qu'elles lui disent.

Je trouve plus intéressante d'ailleurs la phrase de la seconde (sorte d'avocate, je ne me rappelle plus très bien), "You're not an asshole. You're just trying so hard to be one." Les capacités cognitives sont ici prises dans un sens plus large qu'une simple arme de guerre dans une compétition et un besoin de reconnaissance : cela rejoint There will be blood, le besoin de solitude de celui qui ne supporte pas les mous du cibouleaut, le besoin de les écarter, de produire des barrières afin de ne pas avoir à vivre avec ce qui lui apparaît comme des escargots. L'argent n'a guère d'autre utilité dans There will be blood que de construire la forteresse qui protégera l'asocial de la mutltitude, ici la forteresse n'est pas encore construite, ou plutôt elle n'est faite que de mots et remarques assassines.

Le film n'a pas le génie de There will be blood, mais n'est pas trop mal imagé pour dessiner un espace social vu sous les yeux de ce que serait un tel surdoué raté, le choix des corps, des visages, des accoutrements semble dessiner la hierarchie dans laquelle le "surdoué" raté évolue. A ce titre on ne sait pas comme il a été dit si le point de vue est aussi celui de Fincher, car le titre du film étant The Social Network on n'a pas de raison à priori de penser que le point de vue est celui de Zuck. Ceci étant dit, si les avironneurs ou/et le spectateur décident qu'être second dans une compétition de haut niveau c'est être un looser, cela reste leur problème. Le film ne tranche pas, il expose la problématique de la compétition sous quelques aspects.

Il y a bien des inégalités de facultés cognitives, même à milieu social équivalent, mais cela ne conduit pas forcément à du racisme anti-cons, c'est juste cette tendance qui est exposé dans les deux films (elle n'a rien de nouveau non plus, simplement internet permet aujourd'hui des ascensions ultra-rapides, encore plus rapides et beaucoup moins éprouvantes que celle permise par l'exploitation du pétrole).

La force du thème c'est qu'il est omniprésent dans la société, et pourtant presque tabou. Les différences de niveau intellectuel sont un des critères sur lesquels peuvent s'évaluer les hommes, et lorsqu'ils le font, il est l'un de ceux qui dépassent les critères de célébrités et de richesse : ceux qui s'estiment en haut de cette hiérarchie peuvent s'entendre indépendamment de leur niveau social.

Parker est plus célèbre que Zuck lors de leur rencontre, Zuck sera vite bien plus riche Que Parker, cela ne les empêche pas de s'estimer l'un l'autre.

*Je dis surdoué raté car de fait la plupart des surdoués ou précoces ont rapidement conscience 1)de leurs limites 2) que les capacités cognitives pour lesquelles ils ont des facilités ne sont qu'une modeste part des talents humains. C'est un fait, les études sur les précoces sont assez claire et unanimes là dessus. Ils ne sont pas immunisés contre le complexe de supériorité et la société a tendance à les rabattre vers cette pathologie par la sélection solaire et le système des grandes écoles toutefois.

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Sam 20 Nov 2010 - 8:57

En tout cas je crois qu'on pourrait avoir une quasi unanimité sur ce point car c'est presque un fait : certains films de Fincher (particulièrement Fight Club et The Social Network) font beaucoup débats, ils nous posent des problèmes. Pour ma part un film qui me pose un problème n'est pas un mauvais film. Un mauvais film (à mon goût), ne suscite guère de débat, je le démonte, plus probablement d'autres l'ont déjà fait, et l'affaire est vite entendue.

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Jeu 25 Nov 2010 - 16:45

Pas mauvais et techniquement crédible. La structure classique du film à procès est elle-même une figure de l'ancien-monde à opposer à ce qui apparaît comme le cynisme de Zuckerberg (le film est presque entièrement à charge contre lui).
Marrant le passage sur la régate en Angleterre, comme si Fincher avait voulu montrer qu'il pouvait faire des grands plans panoramiques comme dans l'ouverture de Zodiac

Finalement la seule personne à laquelle le film donne raison est le père de Savarin mentionné en passant, de manière en fait très perverse (il est sans doute la base sentimentale du sens moral de Savarin qui l'empêche de s'associer avec un pirate au bon moment, et celui qui le condamne de manière irréparable, hors du procès, lorsqu'il est devenu le pigeon du montage financier de Facebook). Un peu la même logique avec la recteur de l'Université lorsqu'il sermonne els frères Winkelvoss: sa foi aveugle envers le capitalisme entrepreneurial individuel est montré comme une marque d'élégance morale à la fois ironique, lucide et démodée. A la fin, une fois l'ancien monde détroné (le patron de Napster enfin dans une boîte qui ne l'éjecte pas complètement et les Winkelvoss au fond du trou) le film se retourne condamne d'ailleurs Zuckerberg plus parce qu'il est trop influençable pour être un bon patron que pour sa cupidité.

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Invité le Ven 26 Nov 2010 - 15:30

Il y a quand-même une certaine hypocrisie dans le film si on le considère au seul niveau "factuel". Le film n'écorne pas gravement l'image de Facebook car, s'il se soucie beaucoup de vraisemblance technique, il ne mentionne jamais le principal problème posé par Facebook qui est la divulgation des données à des partenaires commerciaux ou même des services publics genre fisc ou police. La présentation de cet enjeu est à la fois réduite et diluée (l'enjeu du film est d'effectuer les deux processus en même temps) dans la question du "piratage" limitée à la sphère des clubs d'université si bien que l'intérêt des firmes privées lorsqu'elle investissent dans le site lors de la partie californienne de l'histoire est incompréhensible de l'intérieur du film, alors qu'elles ont pourtant une contrepartie réelle et pas difficile faire comprendre.
Ce sujet n'intervient jamais sans le conflit entre Zuckerberg et Savarin. Le film mentionne l'exhibitionnisme contagieux des internautes, mais jamais l'exploitation à laquelle cet exhibitionnisme se prête (qui historiquement s'enracine dans une constance historique, pas dans la mode).
A la limite en le voyant on a l'impression que facebook est devenu grand du seul fait de refuser la pub et donc d'accidentellement échapper au vieillissement par la mode, le film n'a aucune point de vue sur la stratégie réelle de valorisation financière du site. C'est plus un roman d'apprentissage moral et abstrait qu'un tableau d'époque.

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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Eyquem le Mer 15 Déc 2010 - 20:29



"Mark Zuckerberg, le fondateur du réseau social Facebook, a été nommé Personnalité de l’année par les éditeurs du Times mercredi matin. Les lecteurs du magazine américain avaient pourtant choisi Julian Assange à 382 024 votes contre 18 353 votes pour le jeune milliardaire de 26 ans.
(...)
Jullian Assange n’a pas seulement perdu sa première place au classement, le fondateur de WikiLeaks incarcéré à Londres pour des accusations de viols et d’abus sexuels en Suède, se retrouve dorénavant en troisième position derrière le mouvement conservateur républicain The Tea Party.

Selon le Times, le titre de “Personnalité de l’année” récompense toute personne, homme ou femme, qui a eu une influence positive ou négative sur le monde lors de l’année écoulée. Adolph Hitler a par exemple reçu le titre en 1938. Mais depuis la polémique soulevé en 1979 avec l’élection de l’ayatollah Khomeini, le Times semble s’être gardé de choisir des personnalité anti-américaines."

Encore un vote amusant : on demande aux internautes de voter pour le mec de l'année, mais ils choisissent pas le bon ; les éditeurs corrigent et choisissent le mec qui a bâti sa fortune grâce... aux internautes qui votent - et les éditeurs d'applaudir ce "chef d'Etat en t-shirt". cheers


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Re: The Social Network (D. Fincher)

Message par Largo le Sam 25 Déc 2010 - 13:25

Assange personne de l'année pour Le Monde, hé hé. king
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