A la revoyure : différences et répétitions

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A la revoyure : différences et répétitions

Message par Borges le Ven 4 Juin 2010 - 11:07

la durée est affaire de changements sentis; on pourrait ici parler des films revus, et de ce qui a changé en eux, en nous, dans le monde du cinéma, le cinéma du monde,

rencontre, enfin, ou déception : quand le temps ne se retrouve pas et que la fidélité à l'événement de la trace n'est pas possible; la vérité esthétique, artistique, n'ayant jamais eu lieu que sous la forme d'une illusion... sortir de la caverne, revoir le film à la mesure de nouvelles idées, ou du bien, au-delà des idées ;



revu récemment deux westerns de Eastwood, en les trouvant vides, terriblement ; "Unforgiven", et "Josey Wales, l'outlaw" ; si on leur ajoute "gran torino", on a trois films où le héros incarné par Eastwood est veuf ; qu'est-ce que cela signifie ? que nous apprennent ces trois trucs des différences éthico-politiques des images, du héros, des usa ; quelque chose ou rien ?

le héros et la communauté qu'il fonde ou pas, dans Josey Wales (nouvel ethan) on avait quelques vaincus de l'histoire des usa, et de la vie, les Sudistes, les Indiens, les Mexicains, les vieux, la vieille, une fille étrange... manquait l'Afro-us; sans doute classé parmi les vainqueurs, avec le Nord ;

le sudiste vaincu et les indiens, c'est le thème d'un fuller


dans unforgiven, il y a une indienne, elle est mariée à un afro-us ; eastwood a trouvé son bon petit Noir ; ce passage : eastwood fait remarquer à son pote que sa femme n'a pas semblé enchantée de le voir arriver ; MF, dit dans la version française du moins," tu sais les Indiens ne nous ont pas à la bonne" : le nous réunit ici les Noirs et les Blancs ; ce qui pose des questions...

gran torino, toujours pas de femme pour eastwood, cette fois, encore il est du côté des vaincus, mais c'est l'Asie qui triomphe économiquement, qui relève sa défaite politique dans son succès économique...

apparition des asiatiques ;

(les marchands sont toujours puants chez eastwood, voir josey wales)

de josey à gran torino, le héros ne crache plus la même substance ;


à continuer

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Ven 4 Juin 2010 - 11:30

Vaste (et morne ?) plaine !

Je sais pas comment poursuivre, partir sur tout autre chose ou dans le prolongement de ce que tu as écrit...

Tout d'abord il me semble qu'il manque quelque chose dans ton message ci-dessus Borges : tes impressions à propos de ces films lors des fois précédentes, ou alors sous-entends tu que la dernière vision est tellement forte qu'elle en efface même la trace des précédentes ?

Revu également JW récemment et toujours très emballé par le film (nous avions échangé quelques mots là-dessus dans les commentaires du blog à la suite du texte de Le_comte sur Invictus). Pourquoi les personnages de Clint perdent si souvent leur femme ? C'est vrai que c'est une véritable hécatombe dans l'oeuvre du mec. Sans doute parce que, pour Eastwood, une femme morte est plus facile à aimer éternellement qu'une femme vivante. Ce souvenir de la femme morte à venger et dont le souvenir se doit d'être respecté à jamais (Unforgiven) représenterait un peu la passion pour la tradition du cinéaste. La petite de la communauté dans JW avec qui il couche avant de partir (Sondra Locke, sa femme de l'époque, je crois) serait plutôt du côté du ciel, des nuages, de l'homme, l'étranger (pour respecter ton voeu d'un autre topic sur Eastwood)...

La femme en terre, la femme est la terre, faudrait voir.. ?


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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Borges le Ven 4 Juin 2010 - 14:56

JM a écrit:

La femme en terre, la femme est la terre, faudrait voir.. ?


plan très fréquent chez ford ; de même que cette fidélité à un être idéalisé à travers le mouvement d'intériorisation du travail de deuil ; dans qui tua liberty valence, c'est wayne le mort idéalisé ; pour une fois?



dans le western, dans les trucs d'actions virils en général, la femme incarne le principe de territorialisation, l'élément qui arrête l'errance du héros ; civilisation des mouvements nomades et hors la loi ; c'est un peu l'inverse des films de mizo, où la femme, si on doit en croire deleuze, est toujours liée au tracé des lignes de fuites, à la construction des lignes d'univers ; je connais pas de western où la femme incarne la fatalité, la puissance qui entraîne hors du jour vers la nuit ; il y a pas de femme fatale ; enfin, j'en vois pas ; dans le cas d'eastwood, du moins dans les trois films cités, l'élément classique est gardé, mais changé ; le film ne s'achève pas avec la triomphe des puissances du jour, la belle fin ; il commence avec la fin du happy end ; la femme ne vient pas après l'errance pour y mettre fin, elle apparaît dans la mélancolie de sa perte ; la loi, la famille, du moins la femme, est passée, elle est du passé... le héros ne cherche pas à la retrouver (comme dans le mythe, à la ramener du royaume des ombres), il retombe dans l'errance nocturne, dans l'espace sans mesure...

mais on peut aussi dire :

dans gran torino, il la retrouve dans la mort
dans josey wales, à travers un remariage? (c'est pas sûr, mais probablement)

dans "unforgiven", c'est plus sombre ; on pense au délire, où eastwood délirant dit à MF avoir revu sa femme morte, mf lui dit c'est bien, et eastwood dit : "elle avait le visage couvert de vermine"



le sudiste vaincu des westerns revient dans les films de guerre consacrés au vietnam ;

seuls les vaincus intéressent le cinéma hollywoodien?

le monde à l'envers?


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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Ven 4 Juin 2010 - 18:58

je connais pas de western, où la femme incarne la fatalité, la puissance qui entraîne hors du jour vers la nuit; il y a pas de femme fatale; enfin, j'en vois pas;

oui, il y a plein de variations divers autour de ce thème mais c'est vrai que je vois pas trop non plus, et j'ai sûrement vu moins de westerns que toi ! Wink

Peut-être du côté de Helmann, The Shooting ? Vague souvenir

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Sam 5 Juin 2010 - 8:34

[quote="Borges
dans le western, dans les trucs d'actions virils en général, la femme incarne le principe de territorialisation, l'élément qui arrête l'errance du héros; [/quote]

Salut Borges,

tu oublies Two rode together à la fin duquel le personnage joué par James Stewart s'engage sur une diligence pour suivre l'Espagnole - donc pour quitter son territoire.
Dans l'ensemble, je pense que cette conception sur la femme chez Ford, la plus communément admise, est extrêmement réductrice, sans être tout à fait fausse. Il faut re-réfléchir par exemple la double figure de femme dans My Darling Clementine : Chihuahua et Clementine Carter, sans oublier que "chihuahua" est également le nom du bétail saisi en pleine transhumance dans le plan d'ouverture du film. Mais là, ce sont des millions de pages à écrire.

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Borges le Sam 5 Juin 2010 - 9:29

hello Stéphane ; j'entendais le terme au sens plus ou moins deleuzien, et c'est bien ce qui se passe dans les deux cavaliers ; le shérif entre dans l'ordre, il quitte la fille du saloon, si je me souviens bien ; et, c'est pas si simple affirmer qu'il suit l'Espagnole, il n'est pas entraîné dans un devenir-espagnol ; ils vont construire une famille, c'est tout ; je crois qu'on en avait parlé sur le forum des cahiers du cinéma ; on peut penser à la prostituée de "stagecoach"; que la femme, la bonne, représente les valeurs domestique, d'installation, etc., je crois pas que cela puisse se discuter, vraiment ;
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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Sam 5 Juin 2010 - 12:10

Ben si, si si, il faut en discuter justement.
J'entendais bien "territoire" au sens deleuzien, ou au moins ce que j'en comprends (car moi et les concepts, tu sais bien...). Ce qui est marrant c'est que je me suis intéressé au cinéma après avoir lu l'Anti-Oedipe avec fascination et en avoir retrouvé une bonne partie dans Fort Apache !
Deleuze n'a rien vu : ce n'était de toutes façons pas son sujet.
Eh oui, eh oui, je suis encore en train de prendre des risques, je sais.

Pour en revenir au rapport femme-territorialisation :
dans The Searchers, il y a une sacrée différence entre d'un côté Laurie et sa mère, qui tiennent effectivement la maison, et de l'autre Look et Debbie.
Look commence par calquer son pas sur l'errance de Martin Pawley à qui elle a été donnée (échangée contre un chapeau : prix dérisoire qui marque bien qu'il s'agit d'un don plus que d'une vente) et elle l'a été par un membre de la tribu de Scar. Pourquoi ? Parce qu'elle assure le maintien de son mari dans un entredeux racial, une zone d'indistinction où la recherche de Scar ne peut pas aboutir. Look maintient Pawley dans l'errance en l'y suivant. Mais elle finit par l'y précéder quand elle s'enfuit pour ne pas devenir l'instrument de la découverte de Scar, c'est à dire de la reterritorialisation des deux Searchers face à l'Autre.
Debbie, pour sa part, est l'entredeux personnifiée et elle est l'enjeu, la raison même de l'errance. Affirmer que la femme est chez Ford unilatéralement un principe de reterritorialisation, c'est affirmer que Debbie n'est PAS une femme.

Année 39 : Stagecoach, Young Mister Lincoln, Drums along the Mohawk.
Dans drums along the Mohawk, c'est Lana, le femme, qui rend possible le passage du couple qu'elle forme avec Gil Martin du statut de propriétaire, avec ce que cela implique de lien au territoire, au statut de locataire-salarié, de dépossédé du territoire. Et ce n'est qu'à la mort de l'autre femme, la veuve McKlennar, que Gil est à nouveau revêtu des qualités du propriétaire.
Dans tout cela, il ne faut pas confondre le territoire deleuzien et le pays fordien. Chez Ford, le pays n'est pas forcément le territoire, il navigue entre la pérégrination historique et la territorialisation momentanée, avec toutes les interactions possibles entre les deux (non pas toutes, mais beaucoup !).

Au premier plan diégétique de Young Mister Lincoln, le chariot de la famille Clay est en train d'entrer dans le champ ; l'avant-dernier plan du film nous le montre s'éloignant mais toujours pas sorti du champ. C'est ce chariot qui conditionne tout le film non comme territoire mais comme mouvement historique (mouvement des USA). Mais ce chariot est occupé par la mère et les enfants, non par le père qui marche à côté. Entre les deux, sur la tombe d'Ann Rutledge, Lincoln remet le choix de sa carrière d'avocat à la morte, à la femme-terre : c'est elle qui semble lancer Lincoln dans cette déterritorialisation relative qui est son passage du monde rural, une hache à l'épaule, au monde urbain, un gibus sur le crâne.

Enfin, dans Stagecoach, la prostituée est envoyée dès le début du film dans une errance sans espoir de reterritorialisation ; et cette errance ne prend pas fin avec le film : il est seulement évoqué la possibilité d'un achèvement mais à l'image ne nous est donné qu'un nouveau départ et aucune conclusion. Comment s'appelle-t-elle ? Dallas. Autres noms de prostituées chez Ford : Denver, Aragon, Chihuahua... Autant de noms de pays attribué à des femmes qui justement, par profession, n'en ont pas. Autant de marqueurs d'une sensibilité aigue, complexe et peut-être contradictoire aux problèmes de territorialité.

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Sam 5 Juin 2010 - 19:00

Borges a écrit:
hello Stéphane; j'entendais le terme au sens plus ou moins deleuzien, et c'est bien ce qui se passe dans les deux cavaliers; le shérif entre dans l'ordre, il quitte la fille du saloon, si je me souviens bien; et, c'est pas si simple affirmer qu'il suit l'espagnole, il n'est pas entraîné dans un devenir-espagnol; ils vont construire une famille, c'est tout; je crois qu'on en avait parlé sur le forum des cahiers du cinéma; on peut penser à la prostituée de "stagecoach"; que la femme, la bonne, représente les valeurs domestique, d'installation, etc., je crois pas que cela puisse se discuter, vraiment;

Ça, c'est la suite du récit tel que tu l'imagines mais ce n'est pas du tout ce qu'il y a dans le film qui s'achève bien sur le départ de McCabe et Elena et non sur leur installation, sur leur errance (celle del'homme suivant celle de la femme) et non sur son achèvement.

Le départ final est précisemment le motif principal, presque hégémonique, de tous les films de Ford que j'ai pu voir. Départ, ou re-départ, mouvement de déterritorialisation généralement mis en tension avec le mouvement inverse, celui de la reterritorialisation racontée par le film.
Mais là encore la critique classique a tort. Ford n'est ni Hawks, ni Walsh : ses films ne rentrent pas ou mal dans le schéma deleuzien SAS'. Le processus de reterritorialisation n'y est jamais le retour à une situation initiale pour la bonne raison qu'il n'y a jamais de situation initiale. Ce qui se donne comme tel pour une lecture surdéterminée par les catégories du genre (la lecture des tycoon hollywoodien ou des analystes structuralistes) est toujours discrètement mais profondément subverti dès le début par la présence d'un antagonisme. Les films de Ford commence avec l'antagonisme, in media res, au sein même de la déterritorialisation. Comme dans les meilleurs livres de K. Dick, Ford commence là où ça dérape. Il faudrait donc inventer un schéma spécifique, du type AS(a) : l'action A est au principe (comme le Verbe de Dieu) et elle n'aboutit à une situation d'équilibre S qu'à la condition du parasitage presque immédiat de S par un redémarrage (a) de l'action, un re-départ qui est la promesse d'un nouveau dérapage après le noir final.
C'est à dire qu'il n'y a pas de noir final que le cinéma puisse figurer autrement qu'en se dénonçant en même temps comme artefact (c'est le cas de The Searchers). Ce qu'il y a par contre, c'est la lutte augustinienne incessante entre une cité terrestre qui ne cherche que la fin ici-bas de son mouvement et une cité céleste toujours perdante, toujours crucifiée, mais toujours ressucitée et reprenant son pélerinage là où la mort l'a prise sans pouvoir la retenir.

Bon, il y a des exceptions bien sûr. Mais celles-ci se situent toujours après la mort. The quiet man, par exemple. Beaucoup plus intéressant à voir si on a à l'esprit que Sean Thornton est mort, non pas métaphoriquement ou symboliquement mais réellement mort et enterré, et que tout ce qui lui arrive prend place au Paradis.

J'ai écrit un texte qui tourne autour de ça il y a un moment. Comme il n'a trouvé preneur nulle part, je le remanie un peu et je vous le poste.

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Sam 5 Juin 2010 - 19:02

Excusez-moi de mettre cela au milieu de la discussion sur Ford,

un film que je ne reverrai probablement pas : "Syriana". Et ce depuis que j'ai vu "Good Will Hunting" dans lequel Will, en une demie-minute raconte l'histoire de "Syriana" de façon beaucoup plus drôle, critique, légère que le film de Stephen Gaghan. Wink Tiens, d'ailleurs c'était déjà Matt Damon, dommage que j'avais pas vu le film de GVS à l'époque, j'aurais peut-être étoffé un peu ce texte.

Un film revu récemment sur petit écran et plus apprécié que lors de sa projection en salle : "Youth without Youth" de Coppola. Gêné pour le beau boulot sur les cadres, la photo mais pour les petits effets spéciaux bricolés à la Méliès ça passe très bien sur petit écran. Il arrive que l'on se souvienne d'une image d'un film qui, en fait, n'était pas dans le film. Là, il m'est arrivé un truc assez inédit, j'ai longtemps attendu pendant le film, en vain, une séquence qui est dans un autre film : le beau passage où le personnage de Cate Blanchett danse au bord de l'eau au clair de lune dans le médiocre Benjamin Button. Ca m'intéresserais de savoir ce que Godard pense des derniers Coppola.

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Borges le Sam 5 Juin 2010 - 19:41


hello

merci pour ces analyses ;

mais vraiment, je vois pas où tu veux en venir ; rien ne tient vraiment dans ce que tu dis ;



territorialité, c'est pas une question d'espace, mais de mesure, de détermination d'une mesure, il s’agit d’un tracé, d’un partage, d'une frontière, (c'est l'être contre le devenir) ;

quand je dis que la femme est un principe de territorialisation, chez ford, comme dans le western en général, je dis des évidences, qu’il faut poser au départ ; on peut les compliquer ensuite ;

pour voir ce que je dis, il suffit juste de regarder les films ;


quand je parle de femme, je ne parle pas des différentes femmes, les putes, les indiennes, les mexicaines, qui n'existent, chez ford, que mesurées au telos, à l'essence de la féminité... à ce que doit être une femme pour être une femme...


la femme, chez ford (qui n’a rien d’une féministe, ou d’un féministe déconstructeur des genres et de leurs lois, au sens cinématographique et politico-sexuel… ) c'est la demeure, la maison, l'arrêt, ce sont des valeurs, morales et politiques de délimitation ;


la femme, il faut entendre, la bonne femme, la femme qui remplit son essence de femme, donc reste à la maison, est liée au foyer, mais plus largement encore, à ce qui reste, demeure, à la terre, aux morts (là encore le lien est traditionnel) ;


(la femme, pas la prostituée, ni l'indienne, dont on se fout, se moque, qu’on frappe, qu'on insulte et traite comme une bête ; dans the searchers, l'indienne (pas jolie, soumise, suivant les mecs, sans les forcer à s’arrêter, sans accomplir son essence, nomade comme les indiens) est précisément là pour mettre en valeur la femme blanche (respectée et tout le reste) ; Look n'est pas une femme, au sens normatif, et les hommes ne se comportent pas avec elle comme avec les femmes, donc blanches (deleuze parle là de définition majoritaire);

NW est enlevée de chez elle, à sa famille, mais aussi à son essence (de femme, blanche, épouse, monogame bien entendu, car les sauvages sont polygames… elle revient à elle, en revenant à la maison, en retrouvant la demeure) ;

enlevée à la demeure, elle n’est plus celle qu’elle doit être (celle qui demeure, comme la maison, et qui fait demeurer…) ; l’homme délocalise, la femme localise ;

si on veut… l’homme installé est féminisé (cf james stewart, dans l’homme qui shoota liberty)



« C'est ce chariot qui conditionne tout le film non comme territoire mais comme mouvement historique (mouvement des USA). Mais ce chariot est occupé par la mère et les enfants, non par le père qui marche à côté »


Vraiment, j’arrive pas à comprendre ce type de lecture ; c’est pourtant très simple, il faut juste regarder ce que tu décris...



Tu vois le partage, l’homme marche, au dehors, et la femme et les enfants, dans le chariot (dedans) ; là tu as d’un côté, le chariot, l’élément le plus proche du territoire délimité, de la maison ; un chariot, c’est juste une maison en marche, il dépasse ce défaut quand il s’accomplit dans son essence en tant que demeure, dans la demeure, comme demeure ; le chariot, doit être relevé par la maison ; il est dirigé vers elle, en vue d'elle ; elle est sa fin ;

le chariot doit devenir une maison, une espace séparée, délimité (cf les analyses de levinas de la maison).

"Le mouvement historique des usa", c’est pas d’être en mouvement, c’est de conquérir une terre, contre la sauvagerie, en la délimitant (the wilderness)... en s'établissant...

Ce mouvement historique ne s'oppose pas au territoire, c'est le mode de sa configuration, de son tracé, de sa délimitation par la conquête, la maison, la famille, la loi, l'ordre...

Comme disait le vieil aristote, le mouvement se détermine par sa fin ; un mouvement historique déterminé par un télos, une fin, n'est pas une errance, une ligne de fuite, c'est juste l'inverse ; l’errance, c’est le mouvement, sans fin, ce qui ne finit pas, ce qui n’a pas e but, c’est l’inachevé ;

deleuze oppose le devenir et l'histoire ;

Comme on le voit dans l’homme qui tua, la civilisation, c’est la forme-femme...




Pour tous les liens de la femme au foyer, à la terre, aux morts, à la garde, à la sépulture… cf glas de derrida ; y a aussi les travaux de vernant ; et de tant d’autres ;



sinon, il est bien évident que deleuze n'a rien vu, et que ford est l'auteur de l'anti-oedipe, mais c'est une autre histoire ;

tout l'anti-oedipe dans un film de ford ;


Wink
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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Borges le Sam 5 Juin 2010 - 19:58

Stéphane Pichelin a écrit:
Borges a écrit:
hello Stéphane; j'entendais le terme au sens plus ou moins deleuzien, et c'est bien ce qui se passe dans les deux cavaliers; le shérif entre dans l'ordre, il quitte la fille du saloon, si je me souviens bien; et, c'est pas si simple affirmer qu'il suit l'espagnole, il n'est pas entraîné dans un devenir-espagnol; ils vont construire une famille, c'est tout; je crois qu'on en avait parlé sur le forum des cahiers du cinéma; on peut penser à la prostituée de "stagecoach"; que la femme, la bonne, représente les valeurs domestique, d'installation, etc., je crois pas que cela puisse se discuter, vraiment;

Ça, c'est la suite du récit tel que tu l'imagines mais ce n'est pas du tout ce qu'il y a dans le film qui s'achève bien sur le départ de McCabe et Elena et non sur leur installation, sur leur errance (celle del'homme suivant celle de la femme) et non sur son achèvement.

Le départ final est précisemment le motif principal, presque hégémonique, de tous les films de Ford que j'ai pu voir. Départ, ou re-départ, mouvement de déterritorialisation généralement mis en tension avec le mouvement inverse, celui de la reterritorialisation racontée par le film.

Mais là encore la critique classique a tort. Ford n'est ni Hawks, ni Walsh : ses films ne rentrent pas ou mal dans le schéma deleuzien SAS'. Le processus de reterritorialisation n'y est jamais le retour à une situation initiale pour la bonne raison qu'il n'y a jamais de situation initiale. Ce qui se donne comme tel pour une lecture surdéterminée par les catégories du genre (la lecture des tycoon hollywoodien ou des analystes structuralistes) est toujours discrètement mais profondément subverti dès le début par la présence d'un antagonisme. Les films de Ford commence avec l'antagonisme, in media res, au sein même de la déterritorialisation. Comme dans les meilleurs livres de K. Dick, Ford commence là où ça dérape. Il faudrait donc inventer un schéma spécifique, du type AS(a) : l'action A est au principe (comme le Verbe de Dieu) et elle n'aboutit à une situation d'équilibre S qu'à la condition du parasitage presque immédiat de S par un redémarrage (a) de l'action, un re-départ qui est la promesse d'un nouveau dérapage après le noir final.

C'est à dire qu'il n'y a pas de noir final que le cinéma puisse figurer autrement qu'en se dénonçant en même temps comme artefact (c'est le cas de The Searchers). Ce qu'il y a par contre, c'est la lutte augustinienne incessante entre une cité terrestre qui ne cherche que la fin ici-bas de son mouvement et une cité céleste toujours perdante, toujours crucifiée, mais toujours ressucitée et reprenant son pélerinage là où la mort l'a prise sans pouvoir la retenir.

Bon, il y a des exceptions bien sûr. Mais celles-ci se situent toujours après la mort. The quiet man, par exemple. Beaucoup plus intéressant à voir si on a à l'esprit que Sean Thornton est mort, non pas métaphoriquement ou symboliquement mais réellement mort et enterré, et que tout ce qui lui arrive prend place au Paradis.

J'ai écrit un texte qui tourne autour de ça il y a un moment. Comme il n'a trouvé preneur nulle part, je le remanie un peu et je vous le poste.



faut être un peu sérieux;

je reviendrai sur ce message, qui ne fait pas grand sens; mais t'es peut-être sur la voie de quelque chose de neuf;
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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Eyquem le Jeu 19 Aoû 2010 - 8:20




Chaplin Chaplin Chaplin Chaplin !

Je ne comprends pas pourquoi je faisais la moue en pensant aux Feux de la rampe. Le revoyant hier, j’étais effaré ; effaré de voir qu’un tel film dormait dans mon souvenir avec l’image un peu terne d’un mélo assez long, assez lourd, tellement en dessous des autres, de La Ruée vers l’or, ou de M Verdoux.

Splendeur de ce film. Splendeur que ce film. Quel temps j’ai perdu à ne pas chercher à le revoir, à mieux le connaître. C’est tellement beau, ces derniers plans : ce vieil homme qui meurt dans la coulisse, tandis que la jeune fille danse, danse, danse comme ce qui en l’homme ne mourra jamais. Ah, ça vaut bien la fin des Lumières de la ville !
Et cette façon qu’a Chaplin de se ressaisir de tout son passé au moment où il se sent dépossédé, séparé de lui comme de quelque chose qui pourrait bien n’avoir été que le rêve de gloire d’un vieil ivrogne ; et dans le geste même par lequel il rassemble d’une main sa vie pour la faire sienne, de faire aussitôt celui de la jouer tout entière, de la jeter sur scène comme son va-tout, pour qu’elle ait une chance de lui survivre et répète à qui veut l’entendre : « Voilà ce que j’ai été ». C’est à pleurer, je vous jure.

Quelle chance qu’un tel homme ait existé, ait fait au soir de sa vie le film qui tienne ensemble la survivance et le néant, et fasse danser comme une flamme claire au bord de la tombe l’image intacte de ce qu’il aura arraché à la vie pour qu’il n’y ait plus à sa mort rien qui soit à enterrer.


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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Jeu 19 Aoû 2010 - 9:00

Salut Eyquem,

Dans sa "mélancolie", Ferré évoque le cinéma, et Chaplin :

La mélancolie

C'est revoir Garbo
Dans la reine Christine
C'est revoir Charlot
A l'âge de Chaplin
C'est Victor Hugo
Et Léopoldine

La mélancolie


Wink

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par wootsuibrick le Jeu 19 Aoû 2010 - 9:55

Eyquem a écrit:

Je ne comprends pas pourquoi je faisais la moue en pensant aux Feux de la rampe. Le revoyant hier, j’étais effaré ; effaré de voir qu’un tel film dormait dans mon souvenir avec l’image un peu terne d’un mélo assez long, assez lourd, tellement en dessous des autres, de La Ruée vers l’or, ou de M Verdoux.

J'en suis resté à l'impression, mélo long, avec de jolies phrases.
Je vais tenter de revoir ça, entre dix films japonais.
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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par gertrud04 le Ven 20 Aoû 2010 - 6:34



Revu aussi il y a quelques semaines et terrassé par l’émotion.

Cette couverture sombre qui recouvre Chaplin fait écho, en négatif, au "linceul" blanc qui va le recouvrir à la fin du film et dont Bertolucci dit, dans les bonus du DVD, qu’il est comme une toile blanche de cinéma.
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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Eyquem le Dim 22 Aoû 2010 - 8:43

Hello Gertrud,

Revu aussi il y a quelques semaines et terrassé par l’émotion.
Wink

Je n’ai pas les bonus (juste l’édition simple). Le linceul – toile de cinéma ? Pourquoi pas ; d’autant que Chaplin, en tournant Limelight, pensait effectivement que ce serait son dernier.

En tout cas, c’est un film fait pour être revu. Et même, je me demande si dès la première fois, c’est pas déjà une revoyure, vu que c’est une manière pour Chaplin et pour nous de revoir Charlot. Et dans le film, les mêmes sketchs sont joués deux fois : une fois le public dort, une fois le public rit aux éclats. Qu’est-ce qui fait la différence entre les deux fois ?


Une scène qui m’a cloué, c’est le moment dans la coulisse, juste avant que Chaplin fasse son numéro avec Keaton. La danseuse l’encourage, lui promet que ça va être un triomphe (elle a organisé la claque dans la salle, pour que les désastres précédents ne se reproduisent pas : le public qui ronfle, siffle, quitte la salle). Elle l’encourage à fond, lui dit qu’elle l’aime et tout – et personne peut en douter à ce moment-là, tout le film a montré comme la jeune fille lui était dévouée. Personne, sauf Chaplin, dans ce bref échange :





Ce « Really ? », cette mise en doute, c’est génial à ce moment-là. Et l'expression de son visage, c'est inoubliable.
Qu’est-ce que c’est que cet amour qui court se cacher dans la loge dès que vous êtes exposé en public ? qui a peur de l’échec, qui a peur de la honte, qui n’ose pas regarder jusqu’au bout ?
D’un seul coup, la danseuse, à qui on s’identifiait, avec qui on sympathisait, file à des années-lumière de nous et jamais Chaplin n’a été aussi seul que dans ce plan où il demande « Really ? » à la seule personne qui l'aime (ou dise l'aimer) dans le film.

Evidemment, on ne peut pas s’empêcher de penser que cette question est aussi adressée au public, au moment où Chaplin est inquiété par la « chasse aux sorcières », fiché par la police, et voit son visa d’entrée sur le territoire US annulé lors de son séjour en GB, pour la première de Limelight justement.
Comment se fait-il que Chaplin soit passé de la star au paria, aux yeux du public, en l’espace de quelques années ?
Qu’est-ce qui reste de l’amour pour Chaplin, quand Chaplin prend un nom d’emprunt, passe incognito, pour jouer les numéros qui l’ont rendu célèbre dans des salles pourries qui ne sont pas à la hauteur de sa réputation ?

Qu’est-ce qui reste de Chaplin sans le nom de Charlot ?
Qu’est-ce que vous aimez dans Charlot, à part le nom ? semble dire Chaplin, en demandant « Really ? »

Y a quelque chose du roi Lear dans ce film.







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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Lun 8 Nov 2010 - 16:18

Revu, Stalker de Andreï Tarkovski, pour peut-être la 10° fois - la 3° ou 4° sur grand écran. Jusqu'ici, pour moi, un film "culte", dans tous les sens du mot. Profonde identification de ce qui se déroulait sur l'écran et de mes images intérieures. Cette fois-ci - fatigue ou/et changement de me rapports au cinéma - mon appréhension du film a dû être active et ça a pas mal bouleversé ma vision. Plus question de confondre la projection et mes processus internes. A la place, une liberté de regard ; et le film m'est apparu débarrassé de son aspect magique. Ps moins intéressant pour autant, au contraire. Surtout frappé par une certaine cohérence du contenu et de l'expression. Tarkovski aime faire durer ses plans, il rechigne à couper, il y a un certain voyage que le plan doit faire (le spectateur face au plan le fait) et qui en fait une espèce de digression dans le fil narratif, un détour avant de passer au plan suivant : détours : la gueule de Solonytsine sur la draisine, la chenille sut la main du Stalker, le rebond de l'écrou sur le sable... et c'est aussi ce qui se passe dans le récit : impossible d'aller directement à la chambre, d'y parvenir sans détour. A ce rythme, c'est toute l'existence (du point de vue spirituel) qui apparait comme un détour - mais aussi, alors, un "temps scellé".
Détours encore : le très beau plan du Stalker avec sa fille sur les épaules, le monologue de sa femme face caméra (annihilant tout le contrat fictionnel précédent - liberté du tournage), le plan télékinésique final...
Tarkovski ou l'art du détour ?...




la gueule de Solonytsine

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Borges le Lun 8 Nov 2010 - 18:46

il y a très longtemps que j'ai pas revu un film de tarkovski, c'est pourtant un de mes plus grands désirs : revoir, solaris, ou Andrei R, surtout...


envie aussi très forte de revoir, Dersou Ouzala


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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Présence Humaine le Lun 8 Nov 2010 - 22:18

Il faudrait une salle de cinéma qui ne projetterait que des films qui ne peuvent qu'être projetés au cinéma et ne gagnent rien à être sur petit écran. On l'appellerait "Le cinéma des grands espaces" : Tarkovski et Ford en boucle, et d'autres aussi sûrement.
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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Mar 9 Nov 2010 - 8:14

Eh oui, Ford... que Tarkovski détestait - cf son journal intime. avoir les deux au sommet de son panthéon personnel, quelle belle contradiction !!! Wink
peut-être pas d'ailleurs. chez les deux, la dynamique, le sens du film a quelque chose de paradoxal. à l'exception du Sacrifice (film terrible, moins portrait de l'enfer qu'enfer lui-même, froid feu infernal), j'ai l'impression que le pessimisme tarkovskien réserve toujours un espoir, la possibilité d'un "reste" à la manière biblique, ce reste d'où tout renait. et inversement, le happy end fordien me parait recouvrir toujours son contraire, une vision désespérée dès les années 30 (le désespoir qui oblige à l'espérance).
mais bon, pour ce qui est de Ford, je ne vais pas remettre le couvert... maintenant.

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Mar 9 Nov 2010 - 8:18

Borges a écrit:

envie aussi très forte de revoir, Dersou Ouzala



oui, un film à revoir. je l'ai vu très jeune et suis en grande partie passé à côté, mais il m'en reste des images fortes. après avoir vu Ran dernièrement, revoir Dersou OUzala est un des nombreux points à mon programme.
mais avant, acheter un vidéo projecteur et me bricoler un home cinema pour palier à l'insuffisance des programmateurs. bon, si je commence à faire des économies maintenant, j'en ai que pour 15 ans !

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Eyquem le Mer 19 Oct 2011 - 13:41

Revu "The Apostle" (Le prédicateur) de Robert Duvall.

La vache, c'est fort, je me souvenais mais pas à ce point. Je trouve ça extraordinaire.

"One way road to heaven".


Quand on regarde ce film, on se dit que les choses sérieuses, dans ce monde, commencent par une question de rythme. Tout est une question de rythme.



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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Mer 19 Oct 2011 - 13:54

ne me lasse d'aucun Rohmer ...

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Invité le Mer 19 Oct 2011 - 18:11

revu La fracture du myocarde frappé cette fois comme ce film de collège est irrigué par un réalisme bien dans la tradition française qui en fait quasiment pour cette raison un film de genre ( même impression pour le pourtant pas terrible Les nuits fauves ).

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Re: A la revoyure : différences et répétitions

Message par Borges le Mer 19 Oct 2011 - 18:39

revu "le bal des vampires"; j'avais adoré enfant, bien aimé après, mais cette fois, j'ai trouvé le film vide; je crois que le genre "fantastique-horreur" est celui qui se prête le moins à l'ironie, à la farce, au comique; "le bébé de rosemary" était peut-être aussi ironique dans l'esprit de RP, mais ça ne se traduit pas trop dans l'image, dans la croyance aux personnages, au récit... un film d'horreur ne peut être comique; c'est le rater deux fois... comme comique, et comme horrible;

dans "le bal...", le personnage du prof est génial, celui joué par RP (grand acteur, son personnage dans "chinatown" était fantastique) aussi, mais si le film avait pris au sérieux (un sérieux esthétique et morale) cet univers, il aurait vraiment été grand; il se dégage quelque chose d'immémorial de la puissance des lieux, du petit village, on pense un peu à kafka, à tchekhov, aussi, mais aussi du paysage, de l'hiver, de cette opposition géographique, politique, imaginaire entre le château et le village... la preuve que cela aurait pu être un grand film, c'est qu'il donne envie de dormir, d'hiberner... pas d'une mauvaise manière, mais comme y réussit "2001"; ils sont rares les films qui arrivent à créer le sentiment de la nuit; le sentiment du sommeil, son rythme, le désir de dormir...d'être autre, je sais pas... là, c'est quelque chose qui doit être creusé, approfondi...vers blanchot, et nancy, qui a écrit un livre sur le sommeil, "tomber de sommeil", je crois... s'endormir devant un grand film...ah, je vois à quoi cela me fait penser....au début de la recherche bien entendu...

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire: "Je m'endors." Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage: une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint"

c'est ça, un grand film de sommeil, cette espèce de dissolution du moi, qui donne le sentiment d'être ce dont parle le film...en voyant le film, j'avais presque le sentiment d'être le paysage, la neige... les chasseurs de vampires... les vampires...mais pas suffisamment, le film ne croit pas assez à l'histoire, à lui-même, pour que ce sentiment soit complet...

sentiment d'un sentiment...mais aussi de souvenirs d'enfance, de l'époque où (ado) je m'endormais le vendredi devant les films du ciné club de CJP...




Dernière édition par Borges le Jeu 20 Oct 2011 - 10:00, édité 1 fois
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