36 vues du Pic saint Loup
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36 vues du Pic saint Loup
Hello,
Pourquoi le film dure si peu ?
Pourquoi le pic saint Loup ? C'est où ? En face de la montagne sainte victoire ? Rivette s'y interesse t-il particulièrement ?
Pourquoi 36 vues alors que l'on en voit que trois au quatre ?
Y a-t-il eut des articles un peu dense sur le sujet ?
Pourquoi le film dure si peu ?
Pourquoi le pic saint Loup ? C'est où ? En face de la montagne sainte victoire ? Rivette s'y interesse t-il particulièrement ?
Pourquoi 36 vues alors que l'on en voit que trois au quatre ?
Y a-t-il eut des articles un peu dense sur le sujet ?
jll- Messages: 29
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Je sais pas mais ça a beau être court j'ai pas tenu jusqu'au bout (et c'est chose rare !). Je dois avoir un problème avec le détachement des grands anciens, j'sais pas, lol.
Les monologues à voix haute de Jane Birkin, ses moues hideuses, c'était vraiment trop pour moi. Même les scènes des clowns étaient ennuyeuses.
Les monologues à voix haute de Jane Birkin, ses moues hideuses, c'était vraiment trop pour moi. Même les scènes des clowns étaient ennuyeuses.

Largo- Messages: 3167

Re: 36 vues du Pic saint Loup
Largo a écrit: Je dois avoir un problème avec le détachement des grands anciens, j'sais pas, lol.
N'en fais pas une posture, de ce problème; tout de même; on connaît des gens qui se croient très originaux, parce qu'ils ont des problèmes avec Proust, Shakespeare... les Grands anciens...comme tu dis.

Borges- Messages: 4044
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Alors on a pas les mêmes Grands anciens. Je parle de "classiques", mais de cinéastes qui sont considérés (certainement pour de bonnes raisons) comme des génies. Et en tant que tel, j'ai un peu l'impression qu'on part forcément du principe que leurs dernières oeuvres sont précieuses, profondes et riches, ce qui fait qu'on ne se pose même plus la question de savoir si le film est réussi ou pas, si ce qui est présenté a vraiment un intérêt. Ca ne va pas forcément de soi, si ?
Je pense à ceux (comme sur Independencia) qui disent que le film d'Oliveira est un film formidable sur la crise et le Portugal d'aujourd'hui, tout ça parce qu'il est question d'un personnage qui gagne et qui perd beaucoup d'argent très vite... Ca me laisse juste un peu perplexe.
Je pense à ceux (comme sur Independencia) qui disent que le film d'Oliveira est un film formidable sur la crise et le Portugal d'aujourd'hui, tout ça parce qu'il est question d'un personnage qui gagne et qui perd beaucoup d'argent très vite... Ca me laisse juste un peu perplexe.

Largo- Messages: 3167

Re: 36 vues du Pic saint Loup
Comme pourrait nous dire BC, je l'entends même nous le dire, "on est censé le défendre, Rivette, les Spectres!"
Rivette oublié.
Va falloir y remédier, faire quelque chose d'un peu consistant même si la rumeur dit que son dernier film ne l'ai pas trop, parce qu'on parle pas mal de Rohmer et Oliveira mais BC aurait raison, on a quand même plus de sympathie pour l'ami Rivette par ici !

Rivette oublié.
Va falloir y remédier, faire quelque chose d'un peu consistant même si la rumeur dit que son dernier film ne l'ai pas trop, parce qu'on parle pas mal de Rohmer et Oliveira mais BC aurait raison, on a quand même plus de sympathie pour l'ami Rivette par ici !
Invité- Invité
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Largo a écrit:
Je pense à ceux (comme sur Independencia) qui disent que le film d'Oliveira est un film formidable sur la crise et le Portugal d'aujourd'hui, tout ça parce qu'il est question d'un personnage qui gagne et qui perd beaucoup d'argent très vite... Ca me laisse juste un peu perplexe.
lol , mais je pense que ce texte est aussi une blague, cette fois ils rendent un hommage précieux à Douchet, leur "parrain" !
Invité- Invité
Re: 36 vues du Pic saint Loup
lol 
Pour revenir à Rivette, c'est vrai que 36 Vues est loin d'avoir retenu l'attention des critiques et de son public supposé. On se souvient pourtant de la discussion passionnante qu'on avait eu sur Ne touchez pas à la hache.
Il n'empêche, je ne vois pas pourquoi on devrait défendre certains cinéastes, par principe. Ne pas oublier Godard : "Dans la politique des auteurs, on a gardé les auteurs et on a oublié la politique" (ou quelque chose comme ça)
Pour revenir à Rivette, c'est vrai que 36 Vues est loin d'avoir retenu l'attention des critiques et de son public supposé. On se souvient pourtant de la discussion passionnante qu'on avait eu sur Ne touchez pas à la hache.
Il n'empêche, je ne vois pas pourquoi on devrait défendre certains cinéastes, par principe. Ne pas oublier Godard : "Dans la politique des auteurs, on a gardé les auteurs et on a oublié la politique" (ou quelque chose comme ça)

Largo- Messages: 3167

Re: 36 vues du Pic saint Loup
JM a écrit:
Rivette oublié.
Rivé aux oubliettes
un abonnement au Canard Enchaîné pour qui fait mieux !

Eyquem- Messages: 2165
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Bien vu Eyquem ! Comme quoi, on peut déjà faire pas mal de chose avec des mots ! 
Allez Largo, je vois bien ce que tu veux dire, mais bon Rivette, quand même, on a de bonne raisons de continuer à le défendre, d'offrir pas grand chose, notre amitié au moins.. ceci dit, le meilleur moyen de le défendre, c'est d'aller voir son film, ce que je n'ai toujours pas fait !
Allez Largo, je vois bien ce que tu veux dire, mais bon Rivette, quand même, on a de bonne raisons de continuer à le défendre, d'offrir pas grand chose, notre amitié au moins.. ceci dit, le meilleur moyen de le défendre, c'est d'aller voir son film, ce que je n'ai toujours pas fait !
Invité- Invité
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Largo a écrit: Je parle de "classiques", mais de cinéastes qui sont considérés (certainement pour de bonnes raisons) comme des génies. Et en tant que tel, j'ai un peu l'impression qu'on part forcément du principe que leurs dernières oeuvres sont précieuses, profondes et riches, ce qui fait qu'on ne se pose même plus la question de savoir si le film est réussi ou pas, si ce qui est présenté a vraiment un intérêt. Ca ne va pas forcément de soi, si ?
Deleuze à son "avis" sur cette question.

Borges- Messages: 4044
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Il y a de bien belles choses dans ce dernier Rivette, un mauvais Rivette c'est mieux que le meilleur Honoré, et je ne parle même pas de politique des auteurs en disant ça, mais plutôt de politique tout court.
Mais l'écart de registre entre le truculent, débonnaire, naturel Castellito et le quintal de sombres et menaçants fantômes mis sur les épaules d'une Birkin défaite et éplorée semble parfois faire se rompre le film en éléments épars, mollement raccordés en un fourre-tout tiède, comme un montage légèrement bâclé de séquences d'un film de vacances un peu trop paisibles et élégamment ennuyées en Provence.
Un film à propos de clowns mornes et las. Un film aussi à propos de l'absence de public, et là le dispositif atteint un point de génie, puisque nous étions deux dans la salle quand je l'ai vu, et comme intégrés d'une manière exceptionnelle à la diégèse, au monde du film et à sa troupe, témoins solitaires d'une minuscule épiphanie au milieu d'un désert.
Mais bon, les clowns tristes, c'est un sujet terriblement difficile à sauver.
Mais l'écart de registre entre le truculent, débonnaire, naturel Castellito et le quintal de sombres et menaçants fantômes mis sur les épaules d'une Birkin défaite et éplorée semble parfois faire se rompre le film en éléments épars, mollement raccordés en un fourre-tout tiède, comme un montage légèrement bâclé de séquences d'un film de vacances un peu trop paisibles et élégamment ennuyées en Provence.
Un film à propos de clowns mornes et las. Un film aussi à propos de l'absence de public, et là le dispositif atteint un point de génie, puisque nous étions deux dans la salle quand je l'ai vu, et comme intégrés d'une manière exceptionnelle à la diégèse, au monde du film et à sa troupe, témoins solitaires d'une minuscule épiphanie au milieu d'un désert.
Mais bon, les clowns tristes, c'est un sujet terriblement difficile à sauver.

balthazar claes- Messages: 705
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Vous étiez deux dans la salle ? Nous devions être six ou sept. Ça fout un coup à l'idée noble du cinéma comme art de masse.
Les reniflements humides de Birkin ou les passerelles lourdes bâties entre cinéma et cirque (rejouant l'increvable ritournelle de l'impureté du cinoche) font défaut.
En revanche, c'est rare qu'un cinéaste fonde autant le coeur de son récit à partir de la connaissance de son auditoire. Faire un film pour 100 000 spectateurs, ça n'engage pas la même politique que faire un film pour 14 000 (nombre d'entrées comptabilisé par Ne touchez pas la hache).
L'indexation des audaces formelles ou narratives au nombre présumé de spectateurs ne vise pas à évaluer le degré de risques esthétiques.
Il ne s'agirait pas de mesurer sa marge d'innovation et de subversion en fonction de l'auditoire, de penser que moins il y aurait de spectateurs, plus l'audace serait permis, et inversement. C'est une logique que partagent tacitement les auteurs de cinéma expérimental.
Rivette a la lucidité de savoir pour combien de personnes il fait ses films. Il cerne à peu près son auditoire, tout en espérant l'ouvrir au mieux (c'est là qu'interviennent l'apport populaire du scénario de Bonitzer et de la photographie lumineuse d'Irina Lubtschansky).
Dans le film, le très faible auditoire qui assiste aux représentations du cirque totalise autant de personnes que dans un cinéma lyonnais -sic-.
Quant à savoir pourquoi Rivette opte pour un format si court, pourquoi il se borne aux sempiternelles idylles de femmes et d'hommes (depuis au moins Le coup du berger)...
Ce qui est sûr, c'est que la principale source de Rivette, amorcée dans le titre, ce sont les frères Lumière. Non seulement pour l'aspect "captation de réalité" mais surtout pour le logement du spectateur dans l'image. En écrivant cela, je pense surtout aux courts-métrages didactiques de Bergala sur les vues Lumières.
Le situation foraine autour de laquelle se bâtit le film renvoie aussi aux Lumière, aux premières productions Biograph, aux fondations du cinéma.
Pris dans le phénomène "grand auteur", le Pic Saint-Loup flirte aussi avec cette idée que le dernier film d'un cinéaste aguerri confine à l'économie élémentaire de son art.
Les reniflements humides de Birkin ou les passerelles lourdes bâties entre cinéma et cirque (rejouant l'increvable ritournelle de l'impureté du cinoche) font défaut.
En revanche, c'est rare qu'un cinéaste fonde autant le coeur de son récit à partir de la connaissance de son auditoire. Faire un film pour 100 000 spectateurs, ça n'engage pas la même politique que faire un film pour 14 000 (nombre d'entrées comptabilisé par Ne touchez pas la hache).
L'indexation des audaces formelles ou narratives au nombre présumé de spectateurs ne vise pas à évaluer le degré de risques esthétiques.
Il ne s'agirait pas de mesurer sa marge d'innovation et de subversion en fonction de l'auditoire, de penser que moins il y aurait de spectateurs, plus l'audace serait permis, et inversement. C'est une logique que partagent tacitement les auteurs de cinéma expérimental.
Rivette a la lucidité de savoir pour combien de personnes il fait ses films. Il cerne à peu près son auditoire, tout en espérant l'ouvrir au mieux (c'est là qu'interviennent l'apport populaire du scénario de Bonitzer et de la photographie lumineuse d'Irina Lubtschansky).
Dans le film, le très faible auditoire qui assiste aux représentations du cirque totalise autant de personnes que dans un cinéma lyonnais -sic-.
Quant à savoir pourquoi Rivette opte pour un format si court, pourquoi il se borne aux sempiternelles idylles de femmes et d'hommes (depuis au moins Le coup du berger)...
Ce qui est sûr, c'est que la principale source de Rivette, amorcée dans le titre, ce sont les frères Lumière. Non seulement pour l'aspect "captation de réalité" mais surtout pour le logement du spectateur dans l'image. En écrivant cela, je pense surtout aux courts-métrages didactiques de Bergala sur les vues Lumières.
Le situation foraine autour de laquelle se bâtit le film renvoie aussi aux Lumière, aux premières productions Biograph, aux fondations du cinéma.
Pris dans le phénomène "grand auteur", le Pic Saint-Loup flirte aussi avec cette idée que le dernier film d'un cinéaste aguerri confine à l'économie élémentaire de son art.
Flavien- Messages: 70
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Hello Flavien,
oui il y a certainement un retour à Lumière. Tu peux dévelloper le logement du spectateur dans l'image ?
A+
oui il y a certainement un retour à Lumière. Tu peux dévelloper le logement du spectateur dans l'image ?
A+
jll- Messages: 29
Re: 36 vues du Pic saint Loup
Salut jll,
ce retour à Lumière, tu l'as comme moi perçu.
A l'instar de ce que tu écris sur le Forum des Cahiers, le film promet des vues, 36. Ce qui surprend, c'est que justement, Rivette refuse ce programme.
De droit, je me suis attendu à se voir manifester 36 scénettes de la vie d'un cirque, 36 points de vue sur le caléidoscope d'une grandeur et décadence d'un petit commerce du spectacle. Rivette, avec Bonitzer en co-scénariste, ne suit pas cette logique des éphémérides.
Pourtant l'immobilité des plans, à l'exception de certains qui articulent l'ensemble de l'histoire, et leur soucieuse composition rappellent Lumière. On me reprochera de faire une relation prompte entre les "vues" entendues par le titre et le format cinématographique des "vues" dites primitives sur le seul postulat étriqué qu'elles partagent une fixité a priori. Mais il me semble que Rivette suit la logique de Lumière. A deux titres, au moins :
-Le spectateur trouve à se reconfigurer dans l'image. La place, et souvent l'absence, du spectateur dans les séquences du cirque renvoie à notre condition. OK, jusque là c'est un peu le lot de tout les films qui pensent le dispositif du cinématographe. Mais la façon singulière de Rivette repose non plus sur la présence du spectateur mais sur sa place entre l'espace clairsemé de la salle et l'écran habité. Les modalités du dispositif cinématographique, si vous voulez comme il est entendu par Rancière dans La fable cinématographique ou par Michel Foucault, est reproduit à l'intérieur du récit, déployé au rang de cadre du récit. Et Rivette n'oublie pas, dans ce cadre, d'y reloger la figure/fonction du spectateur.
Le geste est similaire chez Lumière. L'arrivée du train en gare de la Ciotat est doublement symptomatique de la projection du spectateur au coeur même de l'image.
1 ) "Lumière, dernier peintre impressionniste" selon le mot de Léaud dans La chinoise, c'est bien vrai puisqu'à la suite de Renoir, Lumière met en scène son spectateur -un bourgeois- dans le front de ses images. Le spectateur des premières projections du cinématographe est dédoublé dans les signes de l'image en mouvement. Lumière, comme Rivette, est conscient de la nature de son auditoire.
2 ) Les reflets que le train arrivant miroite redoublent le processus et en formulent la mécanique. Le spectateur de Lumière se voit dans l'image et peut en même temps voir la forme du miroitement auquel il se soumet. 36 vues du Pic Saint-Loup ne donne pas à voir davantage : l'immersion réflexive du spectateur de Rivette dans les composantes du récit. Et cela engage une politique précise.
-La nature épiphanique du cinéma de Lumière est également assimilée dans les 36 vues. Le génie de Lumière, en effet, ne repose pas tant sur le document que distribue ses oeuvres que sur la façon de donner à voir un "monde qui se pense en image", pour citer Deleuze de mémoire. Et ce geste dans lequel se donne à percevoir le monde se figure, les flickers films l'ont compris, dans un mouvement d'apparition et de disparition. C'est là que repose toute la dialectique du champ et du hors champ. Et 36 vues jouent des frontières du champ (on retrouve l'apport de Bonitzer, auteur de Le champ aveugle). Ce motif épiphanique de ce qui se donne à voir avant de s'évanouir au creux de l'image est manifesté dans deux séquences remarquables :
-celle sur un ponton en devanture d'un bar où s'éclaire une scène de ménage
-et celle devant l'entrée du cirque en presque fin de film où circulent trois personnages, s'adressant à l'auditoire devers la caméra.
D'autre part, le personnage de Alexandre/Le clown Romi, dans sa double identité, redispose à l'échelle d'un personnage le motif de l'alternance épiphanique, énoncé clairement dès Lumière.
Au-delà même de Lumière, 36 vues du Pic Saint-Loup, ne serait-ce que dans l'allitération du "Saint-Loup" dans les titres, évoque jusqu'à Nicéphore Nièpce et sa première photographie de 1826, Point de vue du Gras à Saint-Loup de Varennes.
ce retour à Lumière, tu l'as comme moi perçu.
A l'instar de ce que tu écris sur le Forum des Cahiers, le film promet des vues, 36. Ce qui surprend, c'est que justement, Rivette refuse ce programme.
De droit, je me suis attendu à se voir manifester 36 scénettes de la vie d'un cirque, 36 points de vue sur le caléidoscope d'une grandeur et décadence d'un petit commerce du spectacle. Rivette, avec Bonitzer en co-scénariste, ne suit pas cette logique des éphémérides.
Pourtant l'immobilité des plans, à l'exception de certains qui articulent l'ensemble de l'histoire, et leur soucieuse composition rappellent Lumière. On me reprochera de faire une relation prompte entre les "vues" entendues par le titre et le format cinématographique des "vues" dites primitives sur le seul postulat étriqué qu'elles partagent une fixité a priori. Mais il me semble que Rivette suit la logique de Lumière. A deux titres, au moins :
-Le spectateur trouve à se reconfigurer dans l'image. La place, et souvent l'absence, du spectateur dans les séquences du cirque renvoie à notre condition. OK, jusque là c'est un peu le lot de tout les films qui pensent le dispositif du cinématographe. Mais la façon singulière de Rivette repose non plus sur la présence du spectateur mais sur sa place entre l'espace clairsemé de la salle et l'écran habité. Les modalités du dispositif cinématographique, si vous voulez comme il est entendu par Rancière dans La fable cinématographique ou par Michel Foucault, est reproduit à l'intérieur du récit, déployé au rang de cadre du récit. Et Rivette n'oublie pas, dans ce cadre, d'y reloger la figure/fonction du spectateur.
Le geste est similaire chez Lumière. L'arrivée du train en gare de la Ciotat est doublement symptomatique de la projection du spectateur au coeur même de l'image.
1 ) "Lumière, dernier peintre impressionniste" selon le mot de Léaud dans La chinoise, c'est bien vrai puisqu'à la suite de Renoir, Lumière met en scène son spectateur -un bourgeois- dans le front de ses images. Le spectateur des premières projections du cinématographe est dédoublé dans les signes de l'image en mouvement. Lumière, comme Rivette, est conscient de la nature de son auditoire.
2 ) Les reflets que le train arrivant miroite redoublent le processus et en formulent la mécanique. Le spectateur de Lumière se voit dans l'image et peut en même temps voir la forme du miroitement auquel il se soumet. 36 vues du Pic Saint-Loup ne donne pas à voir davantage : l'immersion réflexive du spectateur de Rivette dans les composantes du récit. Et cela engage une politique précise.
-La nature épiphanique du cinéma de Lumière est également assimilée dans les 36 vues. Le génie de Lumière, en effet, ne repose pas tant sur le document que distribue ses oeuvres que sur la façon de donner à voir un "monde qui se pense en image", pour citer Deleuze de mémoire. Et ce geste dans lequel se donne à percevoir le monde se figure, les flickers films l'ont compris, dans un mouvement d'apparition et de disparition. C'est là que repose toute la dialectique du champ et du hors champ. Et 36 vues jouent des frontières du champ (on retrouve l'apport de Bonitzer, auteur de Le champ aveugle). Ce motif épiphanique de ce qui se donne à voir avant de s'évanouir au creux de l'image est manifesté dans deux séquences remarquables :
-celle sur un ponton en devanture d'un bar où s'éclaire une scène de ménage
-et celle devant l'entrée du cirque en presque fin de film où circulent trois personnages, s'adressant à l'auditoire devers la caméra.
D'autre part, le personnage de Alexandre/Le clown Romi, dans sa double identité, redispose à l'échelle d'un personnage le motif de l'alternance épiphanique, énoncé clairement dès Lumière.
Au-delà même de Lumière, 36 vues du Pic Saint-Loup, ne serait-ce que dans l'allitération du "Saint-Loup" dans les titres, évoque jusqu'à Nicéphore Nièpce et sa première photographie de 1826, Point de vue du Gras à Saint-Loup de Varennes.
Dernière édition par Flavien le Mer 30 Sep 2009 - 0:50, édité 1 fois
Flavien- Messages: 70
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