BLOG - Singularités d'une jeune fille blonde (M. de Oliveira

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Message par Largo le Sam 19 Sep 2009 - 20:43

Singularités d'une jeune fille blonde de Manoel de Oliveira



Le dernier Oliveira ? Oui, j'y suis allé. Pensez-vous, j'avais raté tous les précédents et on m'avait assez répété que le maître était né en même temps que le cinéma pour ne pas rater celui-ci sans éprouver un insurmontable sentiment de culpabilité. Alors sans trop savoir à quoi m'attendre j'y suis allé comme si c'était un devoir pour moi, comme on rend visite à un vieil oncle qu'on sait très respecté dans la famille mais qu'on a encore jamais eu l'occasion de saluer. Sans doute la raison de ma visite était-elle mauvaise et sans doute ne devrait-on jamais rien faire sans être poussé par une curiosité naturelle, un désir profond et personnel d'aller voir par soi-même.

Alors, voilà, la réponse est partie, très claire, à la sortie : je n'ai pas aimé « le dernier Oliveira ». Plus tard, j'avais seulement envie de m'en moquer gentiment avec les mots cruels qui me venaient à l'esprit : coquetteries, mignardise... Dès le début, la manière d'introduire le récit m'a déplu. Le héros, Macario, entame le récit des infortunes de sa vertu, dans un langage châtié, presque précieux. Il parle à sa voisine dans un train, filant à toute vitesse. Cet espace public, moderne et plutôt froid entrait pour moi en dissonance avec le reste du film, dont les décors alternativement luxueux et dépouillés évoquent une histoire très théâtrale, hors du temps (la présence de l‘écran plat sur le bureau du comptable paraît ainsi presque incongrue). J’aurais donc plutôt imaginé notre héros s’épanchant auprès d’un ami ou d’un proche dans une chambre, un salon intime, un cocon ouaté propice aux confessions.

Mais il est vrai également qu’Oliveira précise au tout début, en voix off, que « ce que tu ne peux raconter à ta femme ou à ton ami, parles-en à un étranger » (de mémoire). Le problème posé par cette introduction ne résiderait donc pas dans la cohérence esthétique avec l’ensemble mais serait plutôt d‘ordre purement narratif, psychologique : pourquoi le héros ne peut-il pas raconter son histoire à un proche ? L’humiliation subie est-elle telle que le jeune homme n’ait plus qu’à fuir et refaire sa vie loin du regard des gens qu’il a pu côtoyer jusqu’à présent ? Si c’est le cas, alors le jeu plat et inexpressif du petit-fils d’Oliveira n’en laisse absolument rien paraître. De plus, en toute logique, les décisions du personnage sont si radicales que nous serions en droit d’attendre quelque effroyable dénouement. Or, c’est d’une souris que le film finit par accoucher...


J'ai donc tiqué sur une telle amorce, mais bon, la valse des flashbacks s'est tout de même mise en branle... Et Oliveira d'orchestrer cette histoire de rencontre amoureuse déçue avec une économie dramaturgique qui vire au rachitisme, un sens de l'ellipse qu'on peut aussi bien appeler concision mais qui étouffe et tue dans l'œuf tout l'intérêt et l'empathie que j'aurais pu éprouver pour son jeune homme. Impossible pour moi de saisir ce qui se joue dans les rêves de mariage du jeune couple si je n'ai pas vu avant comment se manifeste leur amour, leur complicité, ce qui rend nécessaire à l'un la présence de l'autre. Sans cet effort préalable, le petit pied dressé par le plaisir demeure à l'état de cliché, de vignette certes suggestive mais aussi purement illustrative. Pendant tout le film, nous n'avons affaire qu'à deux jeunes et fringants chiens de faïence.
Je n'ai jamais pu percevoir la sève des personnages, ce qui se cache vraiment derrière ces artifices, derrière cette éventail et ces cadres picturaux si élégants. Ce n'est pas tant les « singularités » (d'ailleurs, je n'en vois qu'une) de la blonde que j'aurais voulu saisir mais plutôt son caractère, son histoire, les expressions de visage qui trahissent ses pensées... Toutes sortes de détails qui font d'un personnage autre chose qu'un archétype et qu'Oliveira a ostensiblement lissées pour qu'il ne reste qu'une image, un trompe-l’œil qu'il s'agira in fine de percer d'un coup de scalpel certes malicieux et teinté d’une certaine ironie mais qui détruit tout le reste, qui réduit tout le film à un décor de théâtre sans vie.

Et puis, cette simplicité quasi enfantine des enjeux, ces cadres millimétrés, cette symétrie de l'espace du film... Tout était si bien agencé pour que les rouages de l'illusion nous fassent tomber sur le terrible dernier plan du film... Sauf que j'ai peine à être pris par une montre suisse aussi parfaitement décorée et huilée. Je l'ai su très vite, que ça ne me plairait pas, et pourtant, comme souvent, je suis resté, par respect pour les « intentions de l'auteur » et aussi parce que parfois, un mauvais film (ou du moins un film qu'on sait ne pas aimer) peut être sauvé par un plan, un détail. Et là, alors que j'aurais pu aimer ce fameux dernier plan qui fait planer une ombre angoissante sur tout ce qui a précédé, et bien, je ne l'ai tout simplement pas vu. Je l'ai escamoté au point de ne pas le reconnaître en découvrant un photogramme dans la presse, ce qui ne manqua pas de me surprendre. Je ne me souvenais pas avoir dormi et c'était sans doute la première fois qu'une telle amnésie « sélective » me frappait. Il n'y avait qu'une explication à trouver : j'étais déjà trop sorti du film pour pouvoir en considérer la fin. Dès lors, j'essayai de recoller ce plan manquant au reste de la bobine dans ma tête, comme un restaurateur méticuleux ; en vain.

Mais alors, si j'avais vu le film « complet » dès la première vision, est-ce que mon regard aurait été différent ? Rien n'est moins sûr, car en y repensant je trouve bien limitée cette revisitation dramatique d'une forme littéraire datée, le conte moral ou l'apologue ; tentative qui tendrait à démontrer une nouvelle fois, si besoin en était, que les apparences sont trompeuses et que l'amour rend aveugle. [b]À mon sens, l'exercice aurait été profitable, si le film au lieu d’être austère, avait été drôle, truculent, plein d’emphase à la manière des contes de Voltaire. Car Macario correspond précisément à l’archétype du Candide, celui qui, poussé par la nécessité de survivre va réaliser une expérience du monde en partant du principe que les intentions de ses amis sont sincères. Aussi sera-t-il promptement trompé et désillusionné. En effet, chez Voltaire, comme chez Sade du reste, le plaisir qu’on prend à suivre les péripéties du héros vient toujours du décalage entre la simplicité béate dont il fait montre et le déluge de catastrophe, de violence et de méchanceté qui s’abat inéluctablement sur lui. Ce qui pourrait être pompeusement tragique (1) n’est, à force d’exagération et d’antiphrase que puissamment ironique et c’est aussi ce qui fait passer la pilule de l‘amère morale.
Or, si on sent que le cinéaste aspire à cette ironie-là, force est de constater que le style minimaliste et ciselé, va à rebours de l’outrance prônée par les maîtres du conte moral cités plus haut. Le voile des illusions de Macario n’est levé qu’à la lueur d’une bague dorée quand il aurait dû l’être par le fracas de, mettons, 10 000 huissiers qu’on verrait bien envahir sa maison pour s’emparer de tout ce qu’il a laborieusement acquis. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que les références citées à propos de l’auteur de la nouvelle dont est tiré le film aillent plutôt chercher du côté de Balzac et du réalisme français du XIXe siècle. Elles tirent très certainement le film vers la mauvaise direction.

Voilà, la forme, l’esthétique et la structure du film, ne correspondent absolument pas pour moi au genre littéraire auquel le récit semble se rattacher. Au final, si je suis le seul à ne pas avoir aimé le dernier Oliveira, au moins aurais-je tenté d’expliquer pourquoi.

(1) C’est cette lourdeur du Two Lovers de Gray, si on parle d’hommes qui courent désespérément après des femmes, qui m’avait poussé à rejeter le film.



Dernière édition par Largo le Sam 26 Sep 2009 - 9:44, édité 2 fois
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Message par Eyquem le Dim 20 Sep 2009 - 13:10

salut Raphaël,

que dirais-tu d'un article qui présenterait Welles comme un cinéaste surestimé, au motif qu'il vient de voir, disons, "Le Criminel" : "sérieux" ou "pas très sérieux" ?

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Message par Borges le Dim 20 Sep 2009 - 14:29

@Eyquem a écrit:salut Raphaël,

que dirais-tu d'un article qui présenterait Welles comme un cinéaste surestimé, au motif qu'il vient de voir, disons, "Le Criminel" : "sérieux" ou "pas très sérieux" ?

silent

Etrange, je lisais justement un texte de Damisch où il est assez question de ce film (The stranger, en original) : "Le montage du désastre".


J'ai pas vu le film, Largo; le contenu t'es libre, mais la mise en scène, ou la dramatisation de ton écriture posent des questions : le jeune neveu irrespectueux qui juge son vieil oncle. Et quel oncle! Un oncle du Portugal. C'est vrai que cela peut être lassant cette réception tellement convenue (comme avec le dernier Rohmer)...On peut dire aussi que tu ne fais rien des remarques de JM, sur les simulacres...


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Message par balthazar claes le Dim 20 Sep 2009 - 16:01

Oui, tout ça ne me paraît pas très sérieux... Ça me rappelle la réaction de la personne avec qui j'ai vu ce film et chez qui j'ai senti un refus entier, violent, surgir dès les premières images du film ; et qui en dit finalement, en rationalisant, à peu près les mêmes choses que toi. Et ça fait plus penser à des réactions de défense qu'à une analyse de la question.

Ce n'est pas tant les « singularités » (d'ailleurs, je n'en vois qu'une) de la blonde que j'aurais voulu saisir mais plutôt son caractère, son histoire, les expressions de visage qui trahissent ses pensées...Toutes sortes de détails qui font d'un personnage autre chose qu'un archétype et qu'Oliveira a lissé pour qu'il ne reste qu'une image, un trompe-l'oeil

Voilà, c'est curieux ce que tu dis, tu qualifies le film avec précision, tu emploies des mots justes, nécessaires à son explication : trompe-l'oeil, etc... Et puis finalement tout ça pour conclure que toi, personnellement, tu rejettes par principe et par nature un cinéma qui n'étoffe pas ses personnages, qui ne leur donne pas une épaisseur psychologique, ou sociale, ou existentielle... Sinon, tu n'y "croirais pas", tu ne "sens" pas le truc... Déjà, je suis prêt à parier que ce n'est pas vrai, et que tu dois bien certainement aimer des films qui reposent sur autre chose que de l'existentiel et qui sont plus dans disons le "pictural" ou le musical ou le géométrique ou que sais-je. Mais dans tous les cas, c'est une critique sans portée, pas très sérieuse. Et c'est pourquoi tu te réfugies derrière le "je" car tu vois bien que cet argument n'en est pas vraiment un.

Il faudrait sans doute appliquer la règle mythique des Cahiers : c'est celui qui aime le plus le film qui doit en parler.

Personnellement j'ai trouvé le film sublime, ce qui tétanise un peu mes réflexions, mais je ne laisserai pas publier ici un texte dans ce goût-là sans au moins faire une réponse qui dirait donc à peu près le contraire, au moins. Mais je me sens bien ignorant, pour moi aussi c'est à peu près le premier Oliveira, j'avais vu Je rentre à la maison et Le Principe de l'incertitude (je crois, je ne suis même pas sûr) il y a quelque années et n'y avais rien remarqué de particulier - de singulier - à l'époque.

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Message par adeline le Dim 20 Sep 2009 - 18:39

Yes yes yes, du désaccord !!!

Je trouve que c'est très bien de ne pas aimer Oliveira, et de le critiquer, parce que la réception est un peu gagnée d'avance pour le reste de la presse, même je suis sûre de n'être pas d'accord avec toi, Largo, si un jour je vois le film Wink


Dernière édition par adeline le Sam 3 Oct 2009 - 15:39, édité 1 fois

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Message par Borges le Dim 20 Sep 2009 - 18:47

Il faudrait sans doute appliquer la règle mythique des Cahiers : c'est celui qui aime le plus le film qui doit en parler.

La règle c'est d'écrire, qu'on aime, déteste, méprise, adore... L'essentiel c'est de parler de ce que l'on aime, même quand on parle de ce que l'on n'aime pas. Tant que ça donne à penser. Surtout si ceux qui aiment n'osent pas s'adresser à leur amour.


Si Largo se sent capable de signer son texte, je ne vois pas de problème; même si je suis très loin d'en apprécier le ton.

Naturellement, on peut avoir plusieurs textes sur un film.

Il faut retrouver une certaine "polérotique" dans nos relations, du différent et de la différence.

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Message par Invité le Dim 20 Sep 2009 - 19:41

Bonsoir,

Plusieurs choses.

D'abord je ne vois pas vraiment d'objection au texte de Raphaël. Je peux certainement comprendre son point de vue, je le partage dans une certaine mesure ce qui me fait balbutier lorsque quelqu'un me demande ce que j'ai pensé de ce film car je ne pourrais répondre autrement que de deux manières contradictoires (c'est un peu comme pour le dernier Sokourov que j'ai aimé mais je ne voyais aucune objection possible au texte de diez). Le côté vieil aristo m'a également rebuté même si ça n'est pas franchement nouveau, il y a un côté vieux nostalgique aristocrate réac qui ne m'emballe pas du tout dans les derniers films que j'ai vu de lui, enfin on en a déjà parlé lors de la sortie de "Christophe Colomb".

Mais en même temps il y a des choses intéressantes, bien évidemment, des choses qui m'intéressent à titre personnel, c'est là que je ne rejoint pas les camarades qui accusent Raphaël de verser dans le subjectif car il n'a rien de sérieux à dire sur le film. Rien ne dit que ce que j'ai pu (ou Richard) en dire sur le forum, qui n'est pas forcément plus sérieux, mais puisque Borges évoque ça plus haut, n'est pas moins le fruit d'un regard personnel sur le film.

Je ne trouve pas que Raphaël fasse particulièrement le procès du dernier Oliveira parce que celui-ci a été apprécié unanimement par la critique (ce qui est en effet un réflexe un peu lourd dans lequel on a peut-être tendance à tomber un peu trop souvent).

Le texte de Damisch, c'est celui qui était dans les Cahiers ?

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Message par Borges le Dim 20 Sep 2009 - 20:34

Hello JM; comment va?

Oui, mais je le lis dans le recueil "Ciné fil".
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Message par Invité le Dim 20 Sep 2009 - 20:41

@Borges a écrit:Hello JM; comment va?

Oui, mais je le lis dans le recueil "Ciné fil".

Hello,
C'est un nouveau livre ?

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Message par Eyquem le Dim 20 Sep 2009 - 20:44

JM a écrit:c'est là que je ne rejoint pas les camarades qui accusent Raphaël de verser dans le subjectif
Je ne reproche pas à Raphaël d'être subjectif. Je trouve que le texte balaie les manies aristocratiques d'Oliveira d'une manière... aristocratique, justement. lol
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Message par Borges le Dim 20 Sep 2009 - 20:47

Pas vraiment nouveau, c'est de 2008; au seuil.
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Message par Borges le Dim 20 Sep 2009 - 20:49

@Eyquem a écrit:
JM a écrit:c'est là que je ne rejoint pas les camarades qui accusent Raphaël de verser dans le subjectif
Je ne reproche pas à Raphaël d'être subjectif. Je trouve que le texte balaie les manies aristocratiques d'Oliveira d'une manière... aristocratique, justement. lol


Oui, pour le ton, je suis d'accord, aristocrate; de droite, en plus; parce qu'il y en a de gauche.
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Message par Largo le Lun 21 Sep 2009 - 12:09

Hello tout le monde,

Eh bien, on dirait que ça ressemble à une rédaction vivante, ici. C'est déjà une bonne nouvelle en soi !

Alors pour être honnête, je ne comprends pas bien vos remarques, Eyquem, Borges. Vous trouvez que ce texte est écrit à la manière d'un aristocrate de droite ?! J'avoue que ça me dépasse un peu.

que dirais-tu d'un article qui présenterait Welles comme un cinéaste surestimé, au motif qu'il vient de voir, disons, "Le Criminel" : "sérieux" ou "pas très sérieux" ?

Pour ça, je n'ai nullement l'ambition d'évaluer la valeur de l'oeuvre d'Oliveira à l'aune de ce film et je le dis clairement, il me semble.

Après, je suis évidemment partant pour qu'un autre texte de Richard accompagne le mien, ce serait une excellente idée.

Quant aux remarques "sérieuses" sur le film (les références de JM sur le simulâcre etc), si je n'ai pas cherché à les intégrer, c'est simplement que j'en étais bien incapable. Je ne voyais pas comment les articuler avec le mouvement du texte.

Et je ne rejette rien "par nature et par principe", ce que je critique c'est cette espèce d'artificialité de l'histoire, des personnages qui rend le film pauvre, à mon sens même si on peut très bien reconstruire derrière horizon d'idées très vaste...
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Message par Eyquem le Lun 21 Sep 2009 - 17:20

Hello Raphaël,

ce qui me fait penser à quelque chose d'un peu aristocratique, c'est ce que tu dis en préambule (l'envie de dégommer Oliveira pour que les Spectres se distinguent), la manière dont ton texte présente ses interlocuteurs (les fans du "maître", dont tu consens à écouter les derniers "rabâchages") et la manière dont il met en scène son énonciateur (un cinéphile qui fait "son devoir", et dont l'expérience ne semble servir qu'à fortifier ses préjugés). Tout est dans le ton, dans la manière dont tu sapes ton texte au fur et à mesure que tu l'écris (la conclusion, notamment, dont tu reconnais qu'elle n'est "pas intéressante", mais tout en cherchant l'appui d'un lecteur complice ("vous en conviendrez") qui partagerait ton dédain un rien moqueur vis-à-vis du film).


Oui, c'est vrai que tu n'évalues pas l'ensemble de l'oeuvre d'Oliveira. Mais pour ma part, ça me paraît très gênant d'aborder un film d'un auteur qui a fait tant de films, sur lequel pas mal de choses ont été dites, et de revendiquer ce "non savoir" comme un gage d'objectivité, ou de "fraîcheur du regard". C'est très risqué.

Et il me semble que les remarques de Balthazar sont très justes à ce sujet : tu vois ce que tente Oliveira mais tu l'évacues au nom d'une poétique du "naturel" qui ne dit pas son nom (poétique qui commanderait par exemple de ne pas faire parler littérairement des personnages contemporains : et pourquoi ça ? au nom de quoi ? de quelle règle ? etc)
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Message par Largo le Lun 21 Sep 2009 - 18:45

Mon cher, je crois que vous vous trompez sur mes intentions, je n'ai nulle envie de "dégommer" Oliveira, simplement je n'ai lu que des éloges, et ça me paraissait intéressant de réintroduire un peu de contradiction puisque ce que j'avais lu ne correspondait pas à mon ressenti face au film. Autant pour l'article sur Honoré, tu aurais peut-être pu me faire ce reproche, mais là franchement...

Mon texte est autant sur le film que sur les conditions de réception à un instant T qui font par exemple qu'on peut être amené à carrément osculter le dernier plan. Je ne cherche pas du tout à dire qu'Oliveira ça ne vaut pas tripette, ni ne revendique aucun "non-savoir"... Je dis juste "voilà dans quel état d'esprit j'ai vu ce film, voilà comment je l'ai reçu". Pas une analyse critique digne de ce nom, évidemment.

tu vois ce que tente Oliveira mais tu l'évacues au nom d'une poétique du "naturel" qui ne dit pas son nom


Je ne l'évacue, pas je trouve simplement pauvre et finalement pas si intéressant que ça ce qu'il a tenté. Quant à la poétique du naturel, c'est simplement que la question du réalisme revenait dans la plupart des entretiens (l'auteur de la nouvelle étant semble-t-il un grand amateur du roman réaliste à la française). Ici, l'élocution, cette manière de parler participe d'un univers "toc", très poseur pour le coup et qui, une fois l'illusion révélée, sape le film aussi bien que je sape mon texte.
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Message par Borges le Lun 21 Sep 2009 - 19:34

Singularités d'un jeune homme (blond?)

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Message par Largo le Lun 21 Sep 2009 - 20:16

Very Happy Oui, avec une chaussure noire.
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Message par Eyquem le Mar 22 Sep 2009 - 14:59

'jour Raphaël,
c'est simplement que la question du réalisme revenait dans la plupart des entretiens
oui mais "réalisme" peut désigner bien des choses. C'est le genre de mots qui crée les malentendus.

Enfin, là n'est la question de toute façon, puisque tu n'en parles pas dans ton texte.

Pas une analyse critique digne de ce nom, évidemment.
Dans quelle rubrique veux-tu le publier dans ce cas ?
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Message par Largo le Mar 22 Sep 2009 - 17:00

La rubrique m'importe peu. On peut en créer une juste pour moi si tu veux, on y mettrait des inclassables hors-catégorie, et ça s'appellerait "Persiflages d'un aristocrate de droite avec une chaussure noire".
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Message par Invité le Mar 22 Sep 2009 - 17:13

@Largo a écrit:La rubrique m'importe peu. On peut en créer une juste pour moi si tu veux, on y mettrait des inclassables hors-catégorie, et ça s'appellerait "Persiflages d'un aristocrate de droite avec une chaussure noire".

Laughing

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Message par Borges le Mar 22 Sep 2009 - 17:37

J'ai une idée de rubrique : "A mes risques et périls ; j'ose".
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Message par Eyquem le Mar 22 Sep 2009 - 18:24

@Largo a écrit:La rubrique m'importe peu. On peut en créer une juste pour moi si tu veux, on y mettrait des inclassables hors-catégorie, et ça s'appellerait "Persiflages d'un aristocrate de droite avec une chaussure noire".
Neutral

Bref...
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Message par Largo le Mar 22 Sep 2009 - 20:35

Non, mais écoute je voulais écrire un petit texte, personnel, un peu comme j'avais fait pour Irène de Cavalier, rien de plus.

Il est sans doute un peu faible dans les arguments qu'il avance contre le film, alors je peux tenter de reprendre un peu avant publication si vous le souhaitez.

D'ailleurs ça serait pas mal de développer l'analyse du personnage en Candide, au sens littéral du terme. Car je rappelle qu'il se fait aussi flouer par son pote. Smile
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Message par Largo le Ven 25 Sep 2009 - 15:42

Voilà, j'ai modifié le texte. En gras les principaux ajouts.





...Puissent-ils adoucir les ardeurs de mes plus fiévreux contempteurs !
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Message par Invité le Ven 25 Sep 2009 - 17:50

Corrigé quelques fautes en rouge je crois..

Tu choisis vraiment à fond de dire le film que tu aurais aimé voir finalement, plutôt que de t'attacher au film que tu as vu, je trouve ça quand même un peu gênant quand tu sembles dire à Oliveira qu'il aurait dû faire ci ou ça, adopter tel ou tel ton pour être en conformité avec tel position littéraire. L'artiste est toujours libre d'adapter à sa manière, c'est là où parfois il apporte quelque chose de nouveau à quelque chose d'ancien. J'espère que Richard fera un contre-texte. Wink

Marrant cette impression d'avoir dormis pendant le film, en effet ses derniers films sont courts mais il y a matière à dormir. Tout en sachant qu'on peut avoir l'impression de ne rien avoir raté en se réveillant puisque Oliveira affirme mettre maintenant souvent deux fois la même chose dans un même film, ce qui était particulièrement vrai dans Christophe Collomb. Peut-être préfère-t-il le dire pour voiler un début de sénilité ? lol

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