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Message par Eyquem le Dim 13 Sep 2009 - 12:31

Je reste surpris par votre étonnement
L'étonnement, c'était qu'il dise "merci" après tant de mépris, et pas qu'il soit militant UMP.
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Message par Borges le Dim 13 Sep 2009 - 13:36

Oui, bien entendu, mais je redemande, s'il ne faut pas plutôt voir cette séquence depuis "Un prophète", qui dit la nécessité (vitale) de jouer au larbin, pour devenir maître; après naturellement, on peut "déconstruire"; tout cela n'est pas une simple affaire de sujet...d'individu... de condamnation morale, cela doit jouer, mais au-delà, il y a autre chose : le pouvoir, dans le cas des "faibles", c'est aussi une affaire de ruse, de double jeu...ce sont les faibles, les esclaves, qui ont rendu la vie passionnante disait le vieux Nietzsche... On peut aussi penser à Julien Sorel...
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Message par Borges le Dim 13 Sep 2009 - 14:19

breaker a écrit:

ce que dit la vieille peau n'est pas mal non plus: "lui i boit de la bière et mange du cochon".


( …) il existe une différence fondamentale entre une orientation dans la pensée et une opinion.

Si deux orientations diffèrent, c’est par les assertions d’existence qui leur sont propres, tandis que deux opinions diffèrent par les interprétations qu’elles donnent, la distribution des existences étant déjà entérinée.

C’est ainsi que la discussion sur les conditions de reconnaissance des droits des étrangers ne peut être qu’un débat d’opinions, qui peut éventuellement opposer des opinions divergentes sur la question, opinions plus ou moins « favorables » aux étrangers ; mais s’il s’agit d’opinions, c’est parce qu’elles ont en commun de reconnaître une différence réelle entre l’existence d’un Français et l’existence d’un étranger.

De manière générale, dans un débat, on reconnaîtra les opinions (faisant du débat en question un « débat d’opinion ») à ceci qu’elles partagent toujours un élément commun qui a trait à l’existence. De sorte que le débat d’opinion est en général sous l’autorité d’une communauté implicite.

Cette thèse sur la différence réelle on la voit malheureusement s’insinuer dans les discours du jour : on proclame le droit au logement « opposable », mais il est requis que la différence – réelle - soit au préalable résorbée dans une intégration de l’étranger. Disons-le catégoriquement : la différence réelle entre Français et étranger n’existe pas, ce qu’il y a ce sont des différences formelles (langues, moeurs, couleurs de peau, …), donc contingentes.

Les gens qui sont ici sont d’ici, ils sont à cet égard tous différents les uns des autres – et pour commencer ils sont différents d’eux-mêmes ; bref, des différences à l’infini, contingentes, inessentielles. Mais ce que l’on constate c’est qu’à l’affirmation du caractère contingent des différences formelles, se substitue une discussion, avec au centre la notion d’intégration, qui est adossée au caractère présumé réel des différences. Cette hantise de la différence réelle est, il faut le dire, de même nature que l’obsession des juristes de Vichy sur la question de la différence entre un juif et quelqu’un qui ne l’est pas.

Et de fait, il est inéluctable qu’à substantialiser les différences, on finit par glisser vers le racialisme et l’on dira : « il ne faut pas être polygame, ceci est contraire à la République » (énoncé dont les auteurs sont en général eux-mêmes polygames …). Si on laisse faire – mais le processus est déjà bien en route – se réalisera le vieux rêve étatique d’un Etat à qui reviendra la décision de prononcer qui est du peuple.


(Badiou, s'orienter dans la pensée, séminaire sur le Net)


Dernière édition par Borges le Dim 13 Sep 2009 - 14:25, édité 1 fois
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Message par Borges le Dim 13 Sep 2009 - 14:23

La question de l’existence du monde est devenue la question politique transcendantale. La maxime qui doit permettre de nous orienter est la suivante, qu’il faut affirmer comme un axiome : il n’existe qu’un seul monde, il n’y a qu’un seul monde des sujets vivants. Cette phrase est une phrase performative, c’est une prescription : énonçant cette phrase, nous décidons en même temps que nous y serons fidèles.

Première conséquence fondamentale de la maxime : les étrangers qui vivent parmi nous appartiennent au même monde que nous (puisqu’il n’y a qu’un seul monde) ; ils existent dans le même monde que nous, chacun avec son degré d’existence propre, nous pouvons en particulier les rencontrer à égalité, discuter avec eux, ce qui ne préjuge d’ailleurs pas d’un accord ou d’un désaccord. Bref, nous sommes du même monde. Le mot politique qui résume cela est : amitié.

Et la différence des cultures dans tout ça ? Ces étrangers ne partagent quand même pas les mêmes valeurs que nous. On pourrait éventuellement les accepter, mais à condition qu’ils partagent nos valeurs, qu’ils deviennent en somme les mêmes que nous. Cela s’appelle l’intégration. Or, il est aisé de voir que poser des conditions pour l’acceptation des étrangers, c’est déjà abdiquer sur la maxime.

Et les lois, il faut bien les respecter ? Il y a là une confusion très répandue. Les lois sont nécessaires, c’est indiscutable (et elles doivent s’appliquer à tous) ; mais une loi n’est pas une condition subjective, on ne s’intègre pas à une loi. Une loi est une règle provisoire pour la vie en commun, il faut lui obéir, mais il n’est pas requis de l’aimer.

Toutes ces objections sont bien hypocrites, car la thèse qui est implicitement soutenue à travers elles c’est que font vraiment partie du monde (démocratique) ceux qui y sont déjà.

Le fondement de notre axiome est en définitive la différence, vue précédemment, entre existence et être. Si vous voulez des identités non troublées, autrement dit si vous voulez le même, votre transcendantal va être rigide ; le monde ainsi évalué va se fermer et va tendanciellement être décrété différent d’un autre monde.

Au contraire, si vous poser qu’il n’y a qu’un monde, c’est que vous admettez que toute identité est susceptible de variabilité. Il y a deux versants en réalité sur cette question de l’identité.

Un premier versant, que je dirais positif, insiste sur les traits identitaires différenciés de chacun et sur le fait que ces traits, quant à leur « mondanisation », vont être appropriés au lieu. Ce versant-là de l’identité est sous la règle de la maxime nietzschéenne : « Deviens qui tu es ». Cet ouvrier malien qui travaille dans un restaurant, ce marocain qui habite dans un foyer à Aulnay, cette jeune femme voilée qui promène ses enfants dans le parc dessinent des trajets singuliers – singuliers au sens fort : pour cet homme né dans le nord du Maroc et arrivé en France (après mille détours), il va s’agir, vivant à Aulnay, d’inventer la figure de l’ouvrier marocain habitant Aulnay et ce faisant de se créer lui-même. Ce versant de l’identité est une dilatation de l’identité. Il serait parfaitement injuste d’exiger que ce processus passe par un bris intime de la personne (c’est pourtant à cela que se résout la demande adressée au nom de « l’intégration »).

L’usage que je dirais négatif de l’identité concerne précisément les pratiques à travers lesquelles la personne refuse la cassure intime impliquée dans la demande d’intégration ; le même se défend contre sa corruption par l’autre, il entend faire savoir qu’il n’est pas l’autre, ce qui l’amène à montrer « ostensiblement » que ses usages ne sont pas ceux du petit-bourgeois français. Nous sommes ici dans l’élément d’une contraction purifiante.

Il y a par conséquent dans l’identité un double usage de la différence. Quand on pose l’axiome « il y a un seul monde », alors les identités font prévaloir la dilatation sur la contraction purifiante. C’est l’inverse qui se produit (primat de la purification) en l’absence de l’axiome et a fortiori avec la politique des murs.

Que celle-ci entraîne des conséquences catastrophiques, c’est ce que l’on peut malheureusement craindre. Et en particulier qu’elle contribue, comme nous l’avons dit tout à l’heure, à barricader intérieurement nos sociétés, mais aussi qu’elle contribue à les pourrir en en faisant des sociétés répressives, et enfin qu’elle soit potentiellement porteuse de guerres.

Je résumerai tout cela en disant que le monde du capitalisme déchaîné est un faux monde : il rejette une grande quantité de corps vivants et de ce fait la thèse qu’il défend d’un monde unifié est fausse.

L’affirmation « Il y a un monde » est un principe d’action, elle pose l’égalité des existences dans un monde unique. Elle ne contredit pas le jeu des identités, en espérant que le versant positif se subordonne le versant négatif : la purification réactive doit être limitée et l’identité créatrice dilatée.


(Badiou, s'orienter dans la pensée)
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Message par Invité le Dim 13 Sep 2009 - 16:33

Le recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur a apporté samedi dans une déclaration à l'AFP son "soutien personnel" à Brice Hortefeux, après les propos ambigus du ministre de l'Intérieur sur un jeune militant beur de l'UMP.

M. Boubakeur a tenu à "manifester à Brice Hortefeux tout (son) soutien personnel, tant la probité de ce ministre et son contact ont été gratifiants pour les Musulmans d'Auvergne, une région de France pour laquelle nous partageons un très grand attachement".

"Je témoigne qu'il n'a eu que des paroles de respect et d'aménité pour toute la communauté musulmane de France dans mes contacts avec lui", a ajouté l'ancien président du Conseil français du culte musulman.

Interrogé sur la vidéo et sur la phrase du ministre qui a déclenché la polémique, M. Boubakeur a déclaré qu'il n'attachait "pas d'importance à ce qui est lancé comme ça, à la cantonade, sur le mode de la plaisanterie".

Puisque Borges nous enjoint de parler de cinéma, là, c'est "Dernier Maquis" qui peut être évoqué, et encore une fois les propos de RAZ au moment de sa sortie à propos du ministère de l'intérieur.

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Message par Borges le Dim 13 Sep 2009 - 20:13

Je n'enjoins rien. Je discute.
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Message par Borges le Dim 13 Sep 2009 - 20:16

JM a écrit:
Le recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur a apporté samedi dans une déclaration à l'AFP son "soutien personnel" à Brice Hortefeux, après les propos ambigus du ministre de l'Intérieur sur un jeune militant beur de l'UMP.

M. Boubakeur a tenu à "manifester à Brice Hortefeux tout (son) soutien personnel, tant la probité de ce ministre et son contact ont été gratifiants pour les Musulmans d'Auvergne, une région de France pour laquelle nous partageons un très grand attachement".

"Je témoigne qu'il n'a eu que des paroles de respect et d'aménité pour toute la communauté musulmane de France dans mes contacts avec lui", a ajouté l'ancien président du Conseil français du culte musulman.

Interrogé sur la vidéo et sur la phrase du ministre qui a déclenché la polémique, M. Boubakeur a déclaré qu'il n'attachait "pas d'importance à ce qui est lancé comme ça, à la cantonade, sur le mode de la plaisanterie".








Toi mon ami l’auvergnat.

Marrant, ce recteur qui vole au secours du ministre de l’intérieur, qui respecte les musulmans, à travers lui ; il est vrai qu’il est aussi à sa manière un ministre de l’intérieur, d’un intérieur plus intérieur encore. Solidarité des ministères. Le plus marrant est qu’il vole au secours des musulmans, pour défendre « l’honneur », ou je ne sais pas quoi, d’un mec qui ne semble pas tellement se définir en tant que tel ; si les idiots de la vidéo peuvent trouver » bien » un musulman qui mange du porc, et boit de la bière, je ne pense pas que cela soit le cas du recteur. Et si le ministre de l’intérieur respecte les musulmans, tels que croit les représenter le recteur, peut-il respecter Amine ? Des deux côtés, la même volonté d’identification, de représentation ; tout ce dont parle Badiou.

Sarkozy, qui n’a pas le temps de polémiquer, à propos de cette affaire parle d’une espèce de laisser aller de la part de son ministre. Il est vrai que tout ça a un air bon enfant ; on plaisante, on se relâche. Mais bon, les enfants ne sont pas si bons que ça ; et par les vertus de l’inconscient, on retrouve la cantonade, au-delà de l’égocentrisme des discours enfantins, qui ne connaîtraient pas la réciprocité, selon Piaget. Erreur profonde selon Lacan.

la réciprocité, à ce moment-là, est bien loin de l’horizon de ce qui doit nous nécessiter! La notion du ‘discours égocentrique’, si vous observez bien dans quelles conditions il se produit, il est observable, est un contresens. L’enfant, dans ce fameux discours qu’on peut magnétophoner, ne parle pas ‘pour lui’, comme on le dit. Sans doute, il ne s’adresse pas à l’autre, pour faire ici cette répartition théorique, qu’on nous déduit de la fonction du je et du tu. Mais il faut qu’il y en ait d’autres là, c’est pendant qu’ils sont là, tous ensemble, par exemple, à se livrer à des petits jeux d’opération, comme on leur donne dans certaines, par exemple, méthodes, dites ‘d’éducation active’, là ils parlent. Qu’ils ne s’adressent pas à tel ou à tel autre, ce n’est pas cela qui est l’important! Ils parlent, si vous me permettez le mot, à la cantonade. Ce ‘discours égocentrique’, c’est un « à bon entendeur, salut! »

Alors, à bon entendeur, salut !
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Message par Eyquem le Lun 21 Sep 2009 - 10:08

Une analyse par S. Beaud et G. Noiriel :

Le retour du refoulé, par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel
LE MONDE | 19.09.09

Le conseiller spécial de l'Elysée, Henri Guaino, s'est plaint récemment de la façon dont les médias ont traité les propos que le ministre Brice Hortefeux affirme avoir tenus sur... les "Auvergnats", lors de l'université d'été de l'UMP. "On vole une phrase au hasard et on la commente sans savoir de quoi on parle." Etant donné que nous disposons d'un document audiovisuel qui replace les propos du ministre dans leur contexte, nous nous sommes livrés à une petite analyse, dont nous livrons ici les grandes lignes.

La scène se passe à Seignosse, le 5 septembre, à proximité du stand des "jeunes populaires de l'UMP". Deux ténors du parti, Jean-François Copé (le chef de file des députés UMP) et Brice Hortefeux (le ministre de l'intérieur) sont sollicités par un jeune militant landais pour une photo. Les protagonistes de cette scène n'ignorent pas qu'ils sont filmés. En bons professionnels de la communication, les deux dirigeants de l'UMP savent parfaitement que lorsqu'une caméra est allumée on quitte la sphère privée pour la scène publique, ce qui nécessite de contrôler chacun de ses mots et de ses gestes.

Néanmoins, ils sont placés dans une situation qu'ils maîtrisent moins bien que lorsqu'ils sont sur un plateau de télévision ou une tribune. Ils doivent en effet dialoguer avec des militants de base, qui eux n'ont pas besoin de contrôler leurs moindres propos, car leur carrière ne dépend pas de l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes.

La demande du jeune militant n'était pas prévue au programme. On sent une petite hésitation de la part des deux ténors, accentuée par le fait que le militant en question a une particularité qui n'échappe à aucun protagoniste de la scène et qui finira par être énoncée haut et fort : il est "arabe". En réalité, Amine Benalia-Brouch est issu d'un couple mixte, son père est algérien et sa mère portugaise. Mais seule l'origine arabe va poser problème dans cette histoire.

Fixer sur une même photo un jeune "issu de l'immigration" et le ministre de l'intérieur, qui a été aussi le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, est en soi un événement. C'est ce qui explique l'effervescence que l'on constate au sein du petit groupe des militants landais. Néanmoins, étant donné que tout ce qui touche de près ou de loin à l'immigration suscite en France des réactions passionnelles, les deux "pros" de la politique que sont Hortefeux et Copé ont bien compris que la situation n'était pas sans risques.

On constate d'ailleurs une certaine gêne chez le ministre. Le fils de banquier de Neuilly, qui a grandi dans une ville qui ne compte aucun HLM et fait ses études à l'école (privée) Saint-Jean-de-Passy, se trouve tout à coup serré de près par un "jeune populaire" de l'UMP, issu de l'immigration de surcroît, sous le regard quelque peu goguenard des compagnons landais. La façon habituelle d'échapper à une situation embarrassante, c'est d'en plaisanter. C'est ce que fait Brice Hortefeux avec un premier mot d'esprit évoquant l'avarice légendaire des Auvergnats. Copé reprend la balle au bond en s'efforçant de focaliser la conversation sur l'identité auvergnate problématique du ministre. Peine perdue. C'est Amine qui capte tous les regards.

Lorsque les trois principaux protagonistes prennent la pose pour la photo, les commentaires joyeux fusent autour d'eux. Amine reçoit un soutien chaleureux de la part de ses amis, hommes et femmes, situés face à lui (plusieurs d'entre eux, dont une femme, disent sur un ton admiratif : "Oh Amine !... Amine ! Amine !...") A ce moment précis, c'est l'identité landaise d'Amine qui prime. Il est perçu par les militants de base comme leur représentant. Ils sont fiers que l'un des leurs soit aux côtés des deux ténors de leur parti. Les images laissent transparaître un court moment de fraternité et de sociabilité populaires.

Mais brutalement une autre logique s'impose. Des propos politiques viennent en effet se greffer sur la scène. On entend quelqu'un affirmer : "Ça, c'est l'intégration !" Puis un autre participant, invisible à l'écran, enchaîne : "Lui (en parlant d'Amine), il parle arabe." Cette phrase est perçue comme une mise en question de la bonne intégration d'Amine. Sans doute que, pour les militants de l'UMP, on ne peut pas être "intégré" et parler l'arabe.

C'est pourquoi Copé intervient à nouveau en s'efforçant cette fois de focaliser l'attention sur l'ennemi socialiste. Commentant les propos qui viennent d'être tenus, il dit à l'intention d'Amine, en le vouvoyant : "Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés."

Mais une autre intervenante (sans doute la secrétaire départementale UMP des Landes), soucieuse de prouver qu'Amine est "vraiment" intégré, se livre à une surenchère révélatrice des préjugés qui règnent dans ce parti : "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de l'alcool." Et joignant le geste à la parole, sans doute pour féliciter le jeune homme d'avoir fait autant d'efforts pour devenir "comme nous", elle se rapproche de lui et lui fait la bise.

Ce commentaire et ce geste suscitent un surcroît de rires et l'approbation générale. Il semble donc que tout le monde soit d'accord pour penser que l'intégration puisse être définie à partir de critères religieux, et pour considérer que la seule communauté qui pose problème à cet égard, ce sont les musulmans. C'est dans ce contexte précis, de rigolade franchouillarde, dans ce moment de "déconne" (comme dira Jean-François Copé) que Brice Hortefeux donne un deuxième aperçu de l'étendue de son humour. Au lieu de critiquer les stéréotypes qui viennent d'être énoncés, il affirme à propos d'Amine : "Il ne correspond pas du tout au prototype, alors." Ce qui revient à affirmer qu'il existerait un "prototype" de l'Arabe, défini de manière quasi exclusive par son appartenance religieuse (islam) et par le respect des interdits alimentaires (le porc, l'alcool).

Cette caution ministérielle provoque un redoublement des rires, les langues se délient, et "tout le monde se lâche", comme on dit. On voit alors une autre femme, la cinquantaine, voisine de la secrétaire fédérale, se rapprocher d'Amine, lui tapoter la joue. Dans un commentaire à l'intention du ministre, elle affirme : "C'est notre petit Arabe ! On l'aime bien." Cette réflexion, qui se situe dans le droit-fil du paternalisme colonial, montre comment le parti présidentiel conçoit la "diversité".

Là encore, au lieu de prendre ses distances à l'égard de propos sans doute affectueux, mais d'une condescendance insupportable, le ministre ne peut pas s'empêcher de gratifier l'assistance d'une nouvelle plaisanterie, qui sonne comme un verdict définitif de sociologie spontanée sur "les Arabes" : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes." Lorsqu'on replace ces propos dans leur contexte, leur sens ne fait plus aucun doute. N'en déplaise à M. Guaino.

Le problème que pose l'hypermédiatisation de ce genre d'affaires, c'est qu'elle enferme la question du racisme dans une logique de fait divers : un coupable, une victime et des millions de juges. Même les associations antiracistes s'inscrivent dans la logique du procès ou de la repentance. Il serait temps d'élever le débat au-delà des questions de personnes, et des protestations morales, pour s'interroger sur la dimension proprement politique de ces affaires.

L'intérêt de cette séquence vidéo est de nous montrer les effets pratiques, "incorporés" pourrait-on dire, de la politique identitaire mise en oeuvre par le candidat de l'UMP lors des présidentielles de 2007. On y voit clairement comment fonctionnent, au sein du parti qui gouverne aujourd'hui la France, des automatismes de pensée (de l'intégration, on passe aux Arabes, puis aux musulmans, pour finir en affirmant : "C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes").

Le fait que toute cette scène ait été placée sous le signe de l'humour est extrêmement révélateur de cet inconscient politique. Dès que la censure s'affaiblit, dès que la situation n'est plus complètement "sous contrôle", les stéréotypes ressurgissent immédiatement.

Nous avons été nombreux à protester contre le ministère de l'immigration et de l'identité nationale, créé par Nicolas Sarkozy pour rallier les suffrages du FN, parce que nous étions convaincus que le simple fait d'associer les mots "immigration" et "identité nationale" ne pouvait que conforter les préjugés d'une partie de la population à l'égard des Français issus de l'immigration. Cette séquence vidéo confirme hélas nos inquiétudes.

L'UMP a fondé sa stratégie politique sur l'ethnicisation des rapports sociaux, ce qui aboutit à enfermer les individus dans leurs origines ou leur couleur de peau. La célébration de "nos petits Arabes" bien intégrés - auxquels on accorde un strapontin gouvernemental quand ils font partie de l'élite, afin qu'ils fournissent tous les brevets d'antiracisme dont le pouvoir a besoin - va de pair avec la stigmatisation de ceux d'entre eux qui appartiennent aux classes populaires. Ce sont les deux facettes de cette politique identitaire que donnent à voir les images diffusées par le site Internet du Monde.

(je le copie-colle : Le Monde archive vite dans les rubriques payantes)

En attendant un article d'Acrimed, qui nous expliquera sans doute comment "l'affaire" a été aussi promptement enterrée par ceux qui en firent leur une pendant quelques jours.
C'était intéressant de voir :
- comment les journalistes ont peu à peu encadré la rediffusion de la vidéo de tous les démentis gouvernementaux (par exemple : le premier soir où tout le monde en parlait, France 24 n'en a pas dit un mot et c'est seulement le lendemain que le sujet fut évoqué, quand le gouvernement avait préparé sa parade)
- comment les titres sont devenus beaucoup plus interrogatifs ("a-t-on bien compris ?" ; "a-t-il bien dit ce qu'il a dit ?" ; "qu'a-t-il voulu dire, au fond ?")
- comment le débat s'est dilué dans de faux problèmes (notamment : "si Hortefeux ne montrait pas son mépris vis-à-vis des Arabes mais vis-à-vis des Auvergnats, les Auvergnats ne sont-ils pas victimes de racisme ?" Ou encore mieux : "Les hommes publics sont-ils victimes de harcèlement médiatique ?")
- comment un préfet (Girot de Langlade), mis à pied pour propos racistes puis mis à la retraite pour enfreinte au droit de réserve, s'est tout bonnement refait une virginité dans cette affaire, au moment où les journalistes se sont précipités pour l'interroger à ce sujet, et recueillir le témoignage de celui qui passa dès lors pour une "victime".
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Message par ^x^ le Mer 23 Sep 2009 - 22:28

Il faudra bientôt payer sa place pr son one-man-show.
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Message par Borges le Jeu 24 Sep 2009 - 11:40

C'est triste; et the show must go on; Mustapha :




(ça peut remonter le moral, de s'entendre chanté)

Et pour aller plus haut encore :

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Message par ^x^ le Sam 3 Oct 2009 - 0:52

En visionnant Arrêt sur Image, je suis tombé sur cette petite boutade de Nadine M.



La secrétaire d'Etat chargée de la Famille, Nadine Morano, a qualifié lundi le jeu vidéo "Grand Theft Auto" (GTA), dont la 4e version a été lancée il y a une semaine, de "violent", "amoral" et "potentiellement addictif" et en a appelé à la "vigilance parentale".
GTA 4 "consiste à se glisser dans la peau d'un personnage qui vend de la drogue, commet des assassinats, des vols de voitures ou des braquages de banque", a-t-elle détaillé, soulignant que ce jeu "est d'ores et déjà annoncé comme le produit culturel le plus vendu au monde".
L'association Familles de France s'était également interrogée mercredi sur les "valeurs douteuses" véhiculées par ce jeu vidéo, classé "+18" par la Commission européenne, c'est-à-dire que c'est un jeu spécifiquement réservé aux adultes.

Une bien belle image de famille:
Spoiler:
la flèche jaune n'est pas de moi,lol


Le jeu sur la TV est ...GTA 4.
Et en général, que met on ds une grosse pochette CD/DVD identique à celle se trouvant près de la TV sur la photo ? Des CD,DVD gravés ou bien les originaux ?

Bref.
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Message par lorinlouis le Sam 3 Oct 2009 - 17:08

Oui, j'avais aussi lu ça sur le web. Faut croire que GTA, c'est vachement fédérateur... Laughing

Quant à Hortefeux... Je ne devrais pas dire ça, mais qu'a t-on à attendre d'un chien sinon qu'il aboie et morde ? Il n'y a pas vraiment de rupture entre ses performances ministériellement calibrées -néanmoins dégueulasses, comme le note Eyquem- et le hors-champ de ses fonctions, pull-over noué autour du cou. Le gus reste le même et il nous a déjà bien montré à quel genre il se référait en matière d'humour... pale
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Message par Invité le Mar 27 Oct 2009 - 12:52


Accusée de renâcler à se présenter dans le Val
d'Oise aux régionales, Rama Yade a suscité, à nouveau par son
indiscipline, un vif agacement au sein de la majorité, qui lui a lancé
lundi un rappel à l'ordre.

Si elle ne semble pas nuire à son écrasante popularité - plus de
70% selon un sondage récent de l'Ifop- l'indocilité de la secrétaire
d'Etat aux Sports de 32 ans, révélée durant de la campagne
présidentielle de Nicolas Sarkozy, entame son crédit à l'UMP.
"Rama Yade doit continuer à jouer collectif. Quand on est ministre,
on est obligé de se battre et de porter les couleurs de son parti. Il
ne faut pas rechigner à aller au combat où que ce soit", a averti le
porte-parole adjoint, Dominique Paillé.
Porte-parole de la campagne de Valérie Pécresse, chef de file UMP
aux régionales en Ile-de-France, la benjamine du gouvernement,
d'origine africaine, s'insurge contre un "parachutage ethnique" dans le
Val-d'Oise, en seconde position derrière le député Axel Poniatowski.


Décidée à poursuivre son implantation dans les Hauts-de-Seine -elle
est conseillère municipale à Colombes depuis 2008 - Rama Yade a vu
rouge quand une élue UMP anonyme a estimé qu'elle ferait "couleur
locale" dans le Val d'Oise.
"Elle a été très irritée par cette histoire, alors que dans les
Hauts-de-Seine, elle vient d'ouvrir une permanence. Elle s'y est
investie et elle bosse", confie à l'AFP un de ses proches
collaborateurs.
A plus long terme, Rama Yade rêve d'un autre combat, détrôner le
député communiste Roland Muzeau dans les Hauts-de-Seine mais la
concurrence s'annonce rude dans ce département "sarkozyste".
"On sait bien que Rama veut un enracinement local. Mais le Val
d'Oise est une meilleure piste. On y a besoin d'une personnalité
forte", souligne-t-on dans l'entourage de Mme Pécresse.
Pour la convaincre, la majorité pourrait lui proposer la 6e
circonscription du Val d'Oise où le député François Scellier se
rabattrait sur le Sénat.
Soumise à forte pression, l'intéressée a préféré lundi botter en
touche : "On verra là où on estimera que je suis le plus utile".
La ligne rouge a-t-elle été franchie ? Rama Yade a déjà suscité les
foudres de Nicolas Sarkozy pour avoir fustigé la visite du numéro un
lybien Mouammar Khadafi et refusé de se présenter aux européennes, ce
qui lui valut de perdre son secrétariat des droits de l'Homme pour les
Sports lors du remaniement de juin.
"Elle ne doit pas oublier que Sarkozy l'a créée. Si elle veut
creuser son propre sillon, très bien, mais elle a intérêt à être très,
très forte",
prévient un de ses collègues du gouvernement.
Plus récemment, sa cote ne n'est pas améliorée auprès du chef de
l'Etat quand elle a semblé prendre ses distances lors de la polémique
autour de Jean Sarkozy, avant de clamer son soutien au fils cadet du
président.
"Sarkozy ne lui a pas reparlé depuis", commente sèchement à l'AFP
un conseiller présidentiel, tandis que des sources gouvernementales
affirment que Nicolas Sarkozy ne décolère pas contre elle.
Quant aux compliments des villepinistes, ils pourraient bien
constituer le baiser de la mort. Proche de l'ancien Premier ministre,
le député UMP Jean-Pierre Grand l'a jugée "de plus en plus
sympathique", l'encourageant à "continuer sur sa lancée".
"Elle est appréciée car c'est une rare ministre qui a dit non à
Sarkozy. Pour le moment, sa forte popularité fonctionne comme un
bouclier, mais elle est révocable à tout moment", explique à l'AFP le
politologue Frédéric Dabi.

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Re: .....

Message par ^x^ le Mar 24 Nov 2009 - 14:03