La mort, au travail

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Re: La mort, au travail

Message par Invité le Mar 4 Fév 2014 - 3:15

J'ai horreur, mais alors horreur, des notices nécro qui commencent par des formules à la noix, creuses, formatées et automatiques, du genre:

'' Un acteur qui a joué le rôle du génial rock critique Lester Bangs a forcément droit à notre plus grand respect. ''

http://www.lesinrocks.com/2014/02/03/cinema/philip-seymour-hoffman-par-serge-kaganski-11468233/

Parce que, sans doute, s'il n'avait pas joué le rôle du génial rock critique Lester Bangs, il aurait droit à un peu moins de respect. On commence dans la putasserie du clin d'oeil de connivence. Mais que dire de la suite... Un festival de post-it autocollants remisés dans une armoire à poncifs:


L’ironie cruelle, c’est que Philip Seymour Hoffman a finalement connu un destin à la Lester, décédant prématurément à cause d’abus de diverses substances pas bonnes pour la santé. Rock’n’roll, amen.

Enchainement de toute beauté, qui n'oublie pas d'être pédagogique: on comprend dès lors la référence au génial rock critique. C'est qu'il y a de l'ironie là-dessous. L'ironie du destin, ma foi, qui n'est pas toujours très gentille et subséquemment, plus souvent qu'à son tour, cruelle. Cruelle elle est, parce qu'elle fait sens, dans l'esprit du génial chroniqueur. Sens automatique et science imparable de l'analogie poids lourd: tous deux ont été saisis, par la grande faucheuse, dame mort cruelle, de la même façon. A cause d'abus de substances diverses, pas bonnes pour la santé. Notons-ici l'effet subtilement calculé dans le relâchement: 'pas bonnes' : qui fait djeunz gâtique dodelinant de la tête en laissant parler son cœur à nu, et au diable le Grand Style. Pas bonnes, les substances, mon gars! Oh crotte alors, c'est putain de Rock'n'roll. Amen. Communion spirituelle du génial chroniqueur avec l'esprit rebelle du wauck'n'waull. Fuck alors, man, fuck, fuck et encore fuck.  

Doté d’un physique passe-partout d’américain moyen, légèrement enrobé, Seymour Hoffman n’était pas de taille à lutter avec ses pairs générationnels Brad Pitt, George Clooney ou Johnny Depp.

Là, c'est pas gentil, cad un peu cruel, comme l'ironie, surtout quand elle est fuckin'wauk'n waull, man. Selon les critères esthétiques du wauk'n waull, PSH n'était pas de taille à lutter avec ses pairs trop top-biches. La pique est ici subtile, malicieuse, et faut bien la saisir faute de quoi on passe à côté de la profondeur du message: y sont pô assez wauk'n waull. Quand t'es vraiment wauk'n waull, man, t'es plutôt gras du bide, tu te la joues pas pub pour sveltesse ou kawa. Tu luttes dans une autre catégorie. Et pan dans les dents des fausse-valeurs consacrées. Fuck aux idoles des djeunz ex-fans-des-sixties-petite-baby-doll-où-sont-passées-toutes-tes-idoles.

En effet:

A Hollywood, pour atteindre la top list des cachets et des castings, il faut une gueule d’amour.

C'est ballot, tout de même. Toutes ces gueules d'amour. Et encore une pique insidieuse, qui dénonce le glam-wook, tout en n'oubliant pas de jeter une lumière cruelle sur certaines vérités trop souvent tues, tabouïsées, parce qu'elles dérangent. Parce que politiquement-incorrectes. Mais Kag, il joue pas dans cette division: il est wauk'n waull. Et y balance. Comme à Paris.


N’empêche que par son talent hors norme, son impact physique, ses talents transformistes et sa finesse, il était tout proche de cette A list, finissant par décrocher des premiers rôles (7.58 de Sidney Lumet, The Master de P.T. Anderson…) et l’oscar pour Capote.

Oui, n'empêche, hein, les glamoureux! Doté d'un physique passe-partout d'américain moyen légèrement enrobé, c'est le talent qui a fait toute la différence. Pour expliquer plus-mieux à ceux qui n'auraient pas absolument tout percuté de cette remarque très pensée: autant le physique était passe-partout, autant le talent était hors-norme. Ce qui lui donnait un impact physique. Un impact physique hors-norme, qui ne passait pas partout. Le talent, comme je dis toujours, c'est 5% d'inspiration et 95% de transpiration. Surtout quand on fait dans le transformisme. C'est assez physique et faut tenir le choc. Enfin bon, l'important, c'est qu'avec tout ça, il était tout proche de cette A list tant convoitée. Pas vraiment dedans, because off la B list (''les gras-du-bide''), mais tout proche, à deux doigts, une misère. S'en fallait de pas de bcp, à cette époque des vaches maigres ou enragées, qu'il y soit carrément, pile-poile, dans cette fameuse fuckin'A list wauk'n waull du box-office.
Sans parler qu'il a eu l'oscar pour Capote, j'mexcuse. Et là encore, un peu de pédagogie en passant, pour les ignares sans culture qui me lisent. Faut bien que j'instruise mon lectorat. Sinon, qui va le faire, hein? Hein? En ces temps où les élites de la culture sont discréditées, jetées en pâture à la voletaille vengeresse et haineuse du net...

Passons le corps médian du texte, insipide énumération biopiqueuse qu'on trouvera dans n'importe quelle banque de donnée internétique, et qui suggère que le Kag a pas mal bossé son dossier. Notons cependant la persistance louable d'une mission pédagogique jusqu'auboutiste: informer le lecteur, en répétant les infos importantes à retenir, tout en le divertissant par un ton familier et badin. Du genre: 'allez, je tombe la chemise, on est entre potes':

Et là, paf ! Capote. On ne sait pas avec certitude si c’est le meilleur rôle de sa carrière mais c’est à coup sûr celui par lequel il accède à l’immortalité. D’abord, c’est un premier rôle, hénaurme, qui porte le film sur ses épaules. Pour PSH, une première. Ensuite, il joue un personnage célèbre, grand écrivain et figure médiatique de son temps. Et Hoffman met tout ce qu’il a dans le ventre et le cerveau pour incarner Capote à la perfection...

Eh whouais: là, pif, paf, pouf! Capote ! La timbale, tout l'toutim, tout l'bastringue, la A list ! En grand !  L'immortalité, à coup sûr. Le coup de maitre, quoi. C'est hénaurme, comme dirait Luchini. Et c'est un premier rôle, tout d'abord! Ben oui, sans quoi, il aurait pas eu l'Oscar. Comme rappelé plus haut. Faut suivre un peu, aussi. Ensuite, il joue là (toujours la mission d'éducation de l'ignare bas-de-gamme qui passerait par là pour apprendre des choses importantes) un personnage célèbre, grand écrivain. Et figure médiatique de son temps. Ce pourquoi il était célèbre, d'ailleurs. Comme je dis toujours: si t'es pas une figure médiatique de ton temps, comment veux-tu être célèbre, mon gars? Un peu de cohérence, allons.
Et pour ces deux raisons, le premier rôle d'abord, ensuite la figure de son temps célèbre pour être médiatique, Hoffman y met l'paquet: tout ce qu'il a dans le ventre (et vu ce qu'il a, comme subtilement rappelé supra, il a dû en mettre pas mal). Et dans le cerveau! Ben oui! On parle toujours du ventre, mais on oublie un peu trop souvent le cerveau. C'est là que niche le talent: les 5% d'inspiration qui font transpirer 95% du ventre. C'est important, le cerveau. Surtout quand on a un physique passe-partout d'américain moyen légèrement enrobé.

[...] mimétisme de la coiffure au costume, de la gestuelle des mains à la voix et au phrasé précieux. Mais il ne s’agit pas seulement d’imitation et de ressemblance : l’acteur injecte finesse, émotion et profondeur dans une performance qui est toujours à la limite du cabotinage, sans franchir la ligne rouge, car le cabotinage est réalisme dans le cas d’un personnage qui était cabotin dans la vie

Ah non, parce que là non plus faut pas s'tromper. Faut pas confondre transformisme, imitation, ressemblance, mimétisme, et parfaite incarnation de paf Capote !
Dans le premier cas, y a ce qu'on appelle, dans le jargon du métier de critique, cabotinage. Dans le deuxième cas, y a ce que dans ce même jargon on nomme la finesse, l'émotion, et la profondeur. Surtout quand la performance est toujours à la limite du cabotinage. Faut être précis dans le jugé, là, faut être un critique perspicace. Faut finement sentir vibrer la ligne rouge séparant le mimétisme cabotin de la profondeur émotionnelle, sans pour autant la franchir. Mais comment finement sentir, quel est le critère, se demande le génial critique, permettant de bien saisir le non-franchissement de cette ligne-frontière immatérielle, arachnéenne, et pourtant bel et bien de couleur rouge? Voilà la solution, c'est very simple, et autant dire bête comme chou: dans le cas où l'on incarne un personnage qui était cabotin dans la vie, le cabotinage est réalisme. Voilà le critère. Prenez par exemple un type qui incarne un personnage qui n'était pas cabotin dans la vie. Eh bien vous sentez tout de suite que son cabotinage manque de réalisme.


Succès critique, public, Golden globe et oscar 2006 à la clé. Cette année-là, PSH atteint la top list.

Toujours des infos à visée pédagogique, finement distillées parce que finement répétées. Que des récompenses importantes et très convoitées, qui comptent dans la vie d'un homme qu'était un peu trop relégué dans la B-list. Et il atteint, donc, la top list, la A list. Enfin. C'était pas dommage. Le récit est haletant, en ce qu'il ménage un suspense proprement insoutenable: le lecteur, littéralement cramponné à son siège, se demande avec angoisse si cet acmé de bonheur terrestre, si l'immortalité convoitée et enfin obtenue, paf, est faite pour durer toujours. Bonheur terrestre et immortalité ne sont-elles point valeurs fragiles, transitoires, fuyantes, évanescentes, se demande le philosophe, surtout s'il pense à certaine cruelle ironie du destin annoncée en incipit, et de sinistre augure? N'allons-nous pas bientôt, cad avant la fin de cette chronique palpitante, prendre la mesure de la fragilité des choses humaines de la vie, en leur irrémissible finitude?

Passons la suite, car nous devons bientôt aller nous coucher, et reportons-nous directement à la conclusion, pour connaître la réponse donnée par le génial critique au sentiment tragique de la vie selon Unamuno.

[PSH figure dans 7h58] l’homme américain ordinaire en proie à des problèmes qui le dépassent et s’enfonçant en croyant s’en sortir, un peu à l’image de son compère William Macy dans Fargo, même si Lumet est loin du ton narquois et corrosif des Coen.

Bien qu’acteur à succès, Philip Seymour Hoffman était peut-être aussi cet Américain banal, finalement mis à terre par des démons personnels qu’il n’aura pas su maîtriser. De nombreux grands rôles l’attendaient sûrement, il n’avait que 46 ans.

La fin de ce récit, de cette chronique inspirée, est un peu - scusi, faut bien l'admettre nonobstant le respect - sèche, abrupte. Elle nous laisse sur notre faim. Nous en attendions davantage et nous sommes quelque peu déçu. Nous n'oserons pas dire qu'elle sent un peu le bâclé, mais enfin... Elle tombe prématurément comme un couperet qui nous jette un peu trop prestement à la face l'ironie cruelle frappant le destin d'un Américain banal, moyen, au physique passe-partout et légèrement enrobé. Qui par sucroît n'a pas su ou pu prendre le temps de lire Paul Watzlawick. En effet, voilà un Américain banal qui, finalement, comme beaucoup d'Américains banaux, s'enfonce dans des problèmes en croyant s'en sortir. Et ça aussi, c'est typiquement ordinaire: il n'a pas vu que le problème résidait dans la recherche de sa solution. Il n'a pas vu ou compris que la recherche de la solution était précisément ce qui créait le problème. S'il avait su voir ou comprendre cette évidence assez banale, il aurait adopté en conséquence une stratégie de thérapie brève.
Hélas, malgré le succès (comme quoi le succès ne rend pas toujours heureux: méditons là-aussi cette vérité trop souvent tue, et qui est sagesse), finalement mis à terre, vaincu, par des démons personnels qu'il n'aura pas su maitriser, il ne saura pas davantage maitriser les nombreux grands rôles et succès futurs qui sûrement l'attendaient. Et c'est doublement triste, car il nous faut méditer, en guise de conclusion, sur cette ironie cruelle : c'est paradoxalement parce que cet Américain banal était en proie à des démons personnels qu'il n'aura pas su maîtriser qu'il a connu le funeste destin tout aussi banalement ordinaire que le génial rock critique Lester Bangs. Et pour cette raison précisément, en somme, il a droit ici au plus grand respect du non moins génial Kag. Et ça, quelque part, c'est triste, mais aussi... wauk'n waull.

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Re: La mort, au travail

Message par DB le Mar 4 Fév 2014 - 7:53

Bidibule a écrit:
Borges a écrit:j'adore ce titre : Before the Devil Knows You're Dead, que je traduis, dans ma tête,  de bien des manières, sans savoir son sens, sans avoir non plus vu le film :  "avant que le diable ne (le) sache, tu es mort"; "avant que le diable ne sache que tu es mort...;  

il a du se retrouver très souvent au paradis pendant plus d'une demi-heure  avant que le diable ne sache qu'il était mort...


"May you be in heaven a full half-hour before the devil knows you're dead"


A mon sens (discutable, évidemment), c'est un des deux ou trois meilleurs films de toute la (longue) carrière de Sidney Lumet. Le vieux Sidney se fâche, se lâche, nous prend à la gorge et nous file un uppercut frontal qu'on n'attendait plus. De la bombe.  Wink 

D'autant que le titre en français était devenu un truc atroce "7h58 ce samedi là" qui aurait aussi bien pu convenir à une comédie romantique qu'un film d'action ou qu'un téléfilm "tiré d'une histoire vraie".

Avec Dog Day Afternoon, un de ses meilleurs. J'ai un très bon souvenir de la musique du film, moins bon souvenir du scénario, un peu lourdaud (la multiplication des points de vue appuie la tragédie). Mais c'est le genre de film qui aspire le spectateur jusqu'au bout du tunnel et en ça c'est très réussi.

J'avais eu un choc en apprenant la mort de J. Gandolfini, me suis senti vraiment triste en apprenant pour P.S. Hoffmann ; désarroi de ne plus le revoir interpréter quoi que ce soit. En moins d'une année, le monde aura perdu pas mal de ses monstres sacrés de cinéma.
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Re: La mort, au travail

Message par incubé le Mar 4 Fév 2014 - 9:12

Borges a écrit:Hi;
comme le dit Eyquem (en référence à la lecture de badiou) dans le topic sur "le loup de wolf street", je crois que le problème, de PTA, c'est bien plutôt la performance...la thématique du "père", on peut la trouver chez des dizaines d'auteurs américains (ford, spielberg, shyamalan... c'est même pas une thématique, c'est un cliché), l'important, c'est de voir qui est le père, et qu'est-ce que le père... le père, chez PTA, c'est  le master,  le super performer, qui finit pas se renverser en son contraire, le bouffon, si on veut, d'où les numéros d'acteurs...le père est un acteur, si bon qu'il en devient mauvais, en fait trop, super performer et histrion...

Remettons du relatif dans ce superlatif un peu aveugle.

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Re: La mort, au travail

Message par Eyquem le Mar 4 Fév 2014 - 19:01

Thomas Sotinel, dans la nécro de LeMonde, a écrit:Il sera de tous les films du metteur en scène, à l'exception de There Will Be Blood. C'est le second, Boogie Nights (1997), qui évoque l'époque héroïque de l'industrie pornographique, qui attire une bonne fois pour toutes l'attention des critiques. Il interprète un personnage au bord de l'abjection, un emploi qu'il reprendra, toujours pour Anderson, dans Magnolia (1999).
Franchement, le métier de journaliste, c'est moche. On vous force à écrire à l'arrache sans trop vérifier, faut se motiver pour des trucs qui visiblement vous motivent pas.
En l'occurrence, je vois pas ce que le personne de PSH a d'abject dans Magnolia, ou même d'au bord de l'abjection. C'est même tout le contraire: une bonne âme, un infirmier tout généreux, qui se dévoue pour retrouver le fils (Tom Cruise) du père mourant (Robards).
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Re: La mort, au travail

Message par adeline le Mar 4 Fév 2014 - 19:07

Ah merci Eyquem, je cherchais depuis dimanche le souvenir de son rôle dans Magnolia, et c'était un écran noir, tant d'autres rôles me revenaient, mais pas celui-là. Et quel beau rôle, tu le dis, une vraie bonne âme. C'est très émouvant de repenser à lui dans ce rôle-là justement.
Rarement une mort d'acteur m'aura autant remuée…

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Re: La mort, au travail

Message par Eyquem le Lun 24 Fév 2014 - 20:30

Harold Ramis n'a fait qu'un film, mais c'est un film éternel.

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Re: La mort, au travail

Message par Invité le Dim 2 Mar 2014 - 10:55


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Re: La mort, au travail

Message par Borges le Dim 2 Mar 2014 - 10:56

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Re: La mort, au travail

Message par Borges le Dim 2 Mar 2014 - 11:54

"Je voudrais que ce soir ils soient ici tous autour de moi pour vous expliquer avec moi ce que nous avons voulu faire : un outil permettant d'apprendre et d'imaginer davantage."

http://www.youtube.com/watch?v=B2cfdk8tBuU

ça donne envie de pleurnicher

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Re: La mort, au travail

Message par Eyquem le Dim 2 Mar 2014 - 12:36

"On a raison de parler du côté science-fiction de Resnais. Mais on a tort également, parce qu'il est le seul cinéaste à donner le sentiment qu'il a déjà rejoint un monde qui reste encore futuriste aux yeux des autres. Autrement dit, qui sache que l'on est déjà à l'époque où la science-fiction est devenue réalité. Bref, Alain Resnais est le seul d'entre nous qui vive véritablement en 1959. Avec lui, le mot science-fiction perd tout ce qu'il peut avoir de péjoratif ou d'enfantin dans la mesure où Resnais sait voir le monde moderne tel qu'il est. Il sait nous en montrer, comme les auteurs de science-fiction, tout ce qu'il a d'effrayant, mais aussi tout ce qu'il a d'humain. Contrairement au Fritz Lang de Metropolis, au Jules Verne des 500 millions de la Bégum, contrairement à cette idée classique de la science-fiction telle qu'elle est exprimée par un Bradbury, un Lovecraft, ou même un Van Vogt, il est bien évident que Resnais lui a la grande originalité de ne pas réagir à l'intérieur de la science-fiction. Non seulement il prend son parti de ce monde moderne et futuriste, non seulement il l'accepte, mais il l'analyse en profondeur avec lucidité et amour. Pour Resnais, puisque c'est le monde dans lequel nous vivons, nous aimons, c'est donc ce monde-là qui est bon, juste et vrai".

Jacques Rivette, à la sortie d' "Hiroshima". (CdC n°97, juillet 1959)

C'est extrait d'une table ronde où il y a toute la petite bande, Rivette, Rohmer, Godard...

C'est émouvant d'entendre Godard dire combien il s'est senti pris au dépourvu par "Hiroshima", de saisir à quel point ce film a été une surprise totale, une vraie nouveauté à sa sortie.
Rivette est celui qui parle le mieux du film et des courts-métrages: il voit déjà des choses qu'on trouvera dans les films suivants de Resnais, c'est assez bluffant.
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Re: La mort, au travail

Message par Invité le Dim 2 Mar 2014 - 13:35

Cette idée de recourir à la science-fiction et au fantastique pour exprimer la présent, assez singulière en France (à part peut-être Ruiz,  et Claude Faraldo/ le café de la Guere avec Themroc, peut-être un peu Rohmer où il ya l'idée d'apparition, de fatalité et de fantôme je crois dans les relations amoureuses qu'il décrit) je crois que Resnais l'avait car il était  plus ouvert culturellement que la plupart des cinéastes de la Nouvelle-Vague, qui est étaient très littéraires,  très liés au roman français et américains réaliste et social, balzacien et finalement aussi à sa postérité existentialiste (sauf peut-être Rivette qui avait aussi ce côté fantastique surnaturel , justement). Resnais était ouvert sur le "bis" (pour aller vite):  Jean Ray, Jacques Sternberg, la BD et le dessin. Cette culture le reliait  à des choses  comme Panique:  la critique du présent mais portée non depuis mais à partir le détour d'un univers fantastiques, à la foi sombre, morbide, cynique et sensuel, utopiste et vivant. Il y a également un contact entre Resnais et le Nouveau Roman, mais peu entre la NV et le Nouveau Roman: même si la place de Duras dans "Sauve qui Peut (la Vie)" est belle, elle reste celle d'une femme qui parle tout en s'absentant, en décevant, en ne venant jamais là où elle est attendue.

Godard par exemple quand il commente Foucault, , les Mots et les Choses dans une interview avec Sollers je crois , en a peur, il lui oppose une vision historiciste, "linéaire" de l'historie des idées, ou la notion d'auteur et de classicisme demeure constante dans temps . C'est assez représentatif de cette différence ente la NV et Resnais, et l'enracinement exclusif de la NV dans le grande culture reconnue. Chabrol est fasciné par Lang, mais de manière externe, ses films réimportent Mabuse dans le contexte réaliste de la petite bourgeoise française, l’imaginaire est le contenu d'une psychanalyse dont la critique sociale est le débouché (et pas le moyen).
Quand Chabrol s'aventure dans le Fantastique, avec "Alice", c'est pas inintéressant, Sylvia Kristel est bien filmée, mais quand-même moins fort  par rapport à Resnais qui en fait avait finalement fait un peu la même chose qu'Alice dans "Je t'aime Je t'Aime" 7 ans avant. Les deux buttent de la même manière sur le mystère féminin, sur l'articulation de la mort par ce mystère et face à ce mystère, mais Chabrol croit le résorber en exprimant la peur de mourir d'une femme, qui ne se résout jamais, tandis que Resnais ne modifie pas la question de départ: sa peur de mourir face à une femme (ce thème est aussi dans ses films "politiques": surtout "la Guerre est Finie", mais aussi dans la relation Claude Rich -Azéma dans Coeurs), et pour cela le film peu encore durer, signifierquelque chose, après l'épuisement de cette question, le moment ou cette peur s'est critiquée et s'abolit en prenant conscience de la  violence qu'elle porte.

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Re: La mort, au travail

Message par Invité le Dim 2 Mar 2014 - 14:07

Godard c'est quand-même un discours sexué de manière rigide, où l'écoute et l'analyse sont des pôles masculins, la parole un pôle féminin: c'est Wiamzemski qui parle et Janson qui dégage le sens quand elle a fini et la raisonne. Même chose avec Karénine-Brice Parain. Je crois qu'il montre aussi Badiou, mais justement, quand il invite Duras, il ne la montre pas, il montre l’enregistrement de sa voix et Dutronc qui essaye de convaincre ses élèves de son importance.
Resnais a commencer par brouiller cette rigidité qui le Nouvelle Vague a réintroduite, déjà un peu cela, la répétition de la parole, sa boucle ("Tu n'as rien vu" pour dire "je n'ai rien vu"), placer l'homme dans une langue inconnue et la femme dans la sienne, était déjà un moyen de faire vaciller cette séparation.

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Re: La mort, au travail

Message par wootsuibrick le Lun 19 Mai 2014 - 17:01

The Asahi and other newspapers in Japan report that the director best known for the Torakku yaro series, has passed away on May 15. He started working for Toei in 1956, and served as an assistance, among others, to Kato Tai and Uchida Tomu. He was then a prolific director in his own right, but not less importantly, also a brilliant screenplay writer. He was 80 years old.

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Re: La mort, au travail

Message par adeline le Jeu 31 Juil 2014 - 12:03

Harun Farocki est mort hier, une grande tristesse parmi d'autres grandes tristesses :

http://www.monopol-magazin.de/artikel/20108816/Harun-Farocki-gestorben-tot.html

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Re: La mort, au travail

Message par gertrud04 le Ven 1 Aoû 2014 - 21:46

Dick Smith, parti hier.

Dans les années 80, quand je lisais assidûment l'Ecran Fantastique, il était mon héros avec Rick Baker et Rob Bottin.

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Re: La mort, au travail

Message par gertrud04 le Mer 27 Aoû 2014 - 6:59

Oh là là c’est terrible, 2ème post au mois d’août et encore un post pour annoncer un enterrement : je me fais l’effet d’un croque-mort, lol.

Il a fait l’acteur dans 2 films que j’aime particulièrement : La cannonière du Yang-Tse et L’étrangleur de la place Rillington.

Le film qu’il avait réalisé sur un ventriloque fou était pas mal aussi.


Sir Richard Attenborough.

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Re: La mort, au travail

Message par Dr. Apfelgluck le Lun 22 Déc 2014 - 18:38







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Re: La mort, au travail

Message par adeline le Dim 4 Jan 2015 - 19:13


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Re: La mort, au travail

Message par Baldanders le Dim 4 Jan 2015 - 20:43

adeline a écrit:René Vautier, qui n'avait plus vingt ans depuis longtemps…

« exemplum » (sur Afrique 50)
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Re: La mort, au travail

Message par adeline le Mer 7 Jan 2015 - 19:30

Et donc, la rédaction de Charlie Hebdo. S'il y a un Dieu, qu'il soit plus charitable à leur égard qu'eux ne le furent au sien, et les accueille. Pour le reste, il vaut mieux se taire, plutôt que de dire la seule chose possible, quel monde de merde.

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Re: La mort, au travail

Message par librebelgique le Jeu 11 Juin 2015 - 16:56

Christopher Lee, son souvenir :

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Re: La mort, au travail

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