Experience d'un festival : Eyes Wide Open

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Experience d'un festival : Eyes Wide Open

Message par Largo le Mar 26 Mai 2009 - 6:31

Pendant le festival, le cinéphile (puisque c'est ainsi que son badge le désigne) fait la queue pour rentrer dans les salles, longtemps, des heures parfois. Il fait mine de pester contre la chaleur et l'attente mais au fond, il est conscient qu'il ne laisserait sa place pour rien au monde, que l'insouciance dont il jouit ne durera pas. Pendant les quelques jours qu'il passe dans cette jungle bouillonnante, il se nourrit essentiellement d'images. Toutes les images, les plus belles et les plus repoussantes, les déjà-vues et les
inattendues, les plus romantiques comme les plus sordides. Abandonnant ses activités quotidiennes, il se consacre entièrement aux films. Par une opération quasiment miraculeuse et spectaculaire, voir des films n'est plus un loisir, un moment de détente après une longue journée de travail. Pour lui, « Festivalier » est peut-être le plus beau des métiers. Si seulement c'en était un...

Il fait s'épanouir en lui un désir de cinéma dont la pleine mesure lui est cachée le reste du temps, un désir tellement habitué à être frustré qu'on oublie à quel point il peut être puissant. Cette fois, il sera comblé, et plutôt deux fois qu'une. La profusion des séances, qui est le seul vrai luxe, réactive une curiosité venue de très loin et qui pousse le cinéphile a courir d'un film à l'autre, comme un enfant trop gourmand qui croquerait dans deux parts de gâteau à la fois si sa bouche était assez large pour les engloutir.

L'expérience du festival est aussi pour lui, essentiellement, un voyage, c'est-à-dire, des rencontres. Si en arrivant à la gare ou à l'aéroport il pense que ce voyage commence, il ne le sait pas encore mais il se trompe. C'est quand l'équipe d'un film pénètre dans une salle pour introduire leur travail que tout s'emballe. En quelques mots, il fait connaissance avec un réalisateur qui lui jettera ensuite en pâture, sur la toile blanche, des bribes de lui-même, de son expérience, de ses croyances, de son regard... Quoiqu'on en dise, il s'agit toujours d'une prise de risque, d'un geste de dévoilement qui peut être violemment rejeté.

Entre les salles, l'innocent cinéphile croit qu'il n'y a que quelques dizaines ou centaines de mètres. Il ne se rend pas compte, au premier abord, qu'en quelques enjambées, il peut faire le tour du monde. Mais pas le tour du monde du golden boy qui chercherait le dépaysement et l'exotisme. Michel Reilhac, responsable cinéma à Arte, se plaît à parler de « films d'auteur exotiques » (1). Comment ne peut-il pas saisir ce que le qualificatif peut avoir de méprisant ? Que penserait-on d'un américain qui avouerait aimer les films français pour leur exotisme ? « L'exotisme » appelle le cliché et la carte postale. A tout le moins, le paysage, vu, consommé et abondamment photographié par les touristes. Or, il arrive que le cinéma permette justement de sortir de ce rapport de consommation et d'appropriation du monde. Les rencontres et les expériences profondément humaines qui sont mises en scène sont parfois difficiles. Les films ne se laissent pas dompter aussi facilement qu'un panoramique ou un monument historique. Un film, dans ce qu'il peut avoir de vivant et de sensible, ne cesse de se débattre pendant que l'oeil du spectateur cherche à l'appréhender, à le comprendre, à se le rendre familier. Un festival est avant tout l'espace et le temps des coups de foudre, des prises de conscience mais aussi, souvent, des rencontres manquées. Il concentre en quelques jour tant de sentiments exacerbés et contradictoires qu'à la fin, il ne laisse derrière lui que l'impression d'un vide immense et d'une fatigue léthargique. Heureusement, peu de temps après, c'est sur ce terrain cotonneux que ressurgissent et se transforment les images et les idées informes que les films ont fait naître dans l'esprit du cinéphile. En cherchant à donner un sens à ce chaos, il commencera à discerner des lignes créatrices et peut-être même de nouvelles raisons de vivre. Il mesurera alors pleinement la chance qui lui a été accordée. A lui de s'en rendre digne et d'agencer ces inestimables richesses.


(1) Michel Reilhac, Plaidoyer pour l'avenir du cinéma d'auteur, Klincksieck, 2009
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Re: Experience d'un festival : Eyes Wide Open

Message par Invité le Mar 26 Mai 2009 - 19:57

Hello Largo,

j'aime bien ton texte, il est rigolo : je ne sais pas si l'effet est recherché mais on jurerait qu'il est écrit par un enfant de 10 ans.

j'aime ce caractère, frais, juvénile, sérieux.

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Re: Experience d'un festival : Eyes Wide Open

Message par Largo le Mar 26 Mai 2009 - 20:03

Merci Camille,

Je prends ça pour un compliment Wink
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Re: Experience d'un festival : Eyes Wide Open

Message par Invité le Mar 26 Mai 2009 - 20:33

of course

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Re: Experience d'un festival : Eyes Wide Open

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