Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio, Italie/France, 2016

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Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio, Italie/France, 2016

Message par librebelgique le Jeu 12 Jan 2017 - 3:25

Quand j'aurai digéré ce film/fleuve par sa durée et son contenu, je reviendrai sur son côté plastique, cérébral et émouvant. Mais une question s'impose : qui, doit faire de beaux rêves ? L'enfant de la fiction à qui sa mère avant sa mort adresse ces mots ? Or le film n'adopte jamais à une autre occasion le point de vue de la disparue. Alors qui ? Le cinéaste plutôt, s'adressant au public et lui enjoignant de bien rêver le cinéma ou même plus certainement encore le cinéaste enjoignant son art de continuer à faire rêver.
Mais ce n'est là qu'une des interrogations du film de Bellocchio (60 ans de carrière et 25 longs métrages).
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Re: Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio, Italie/France, 2016

Message par librebelgique le Lun 16 Jan 2017 - 17:00

Fais de beaux rêves est l’histoire d’un enfant élevé à la fois dans le mystère de la religion et la terreur de la télévision – ou l’inverse - qui refuse la mort de sa mère, la nie, et s’enferme dans la névrose :  Hitchcock aurait appelé le héros Norman Bates et le film Psycho  mais le propos  de Bellocchio est aux antipodes du film d’horreur. Il est dans le romantisme, la clémence et le ressort psychanalytique. L’adulte que Massimo deviendra saisira l’occasion d’être lui-même c’est-à-dire conscient et lesté – jusqu’à quel point, du reste ? - du fardeau mystérieux de la mort de sa mère et de l’aliénation mentale qui s’en est suivie au travers les souvenirs-écran  si malaisés à dissiper pour lui jusqu’à un âge avancé (à plusieurs reprises de façon désordonnée, non linéaire, non chronologique, le plongeon de sa compagne, le souvenir de Belphégor à la télé frôlent  sa conscience : il faudra attendre encore pour la fin du deuil et celle du film, la lettre à Simone). Le film est l’adaptation d’un texte autobiographique de Massimo Gramellini. Il est dans l'impalpable et indicible fin d'un deuil. Bellochio a eu le chic de rendre labyrinthiques les méandres du souvenir et d’embellir au sens propre les images mentales décrites : la photo est léchée, soignée et les plans, notamment les cadres dans les cadres, soigneusement composés. Les plans, d’ailleurs, sont fixes et frontaux comme au théâtre et donnent de l’énergie au récit ; ajouté à cela la variation des focales, longues puis courtes, soit gros plan/plan d’ensemble/gros plan etc... souvent assez rapide qui rythme le récit assez dépourvu de suspens et en fait un bel objet familier, sympathique. La dernière partie du film est émouvante soit par le recours aux images visuelles comme lorsque Massimo téléphone au médecin pour une crise d'angoisse et qu'elle le fait souffler dans un miroir pour l'apaiser : alors la buée le rend à la fois réel et le réduit à l'état de spectre qui s'efface  Wink   ou bien le recours avéré et souvent ironique à la cinéphilie comme par exemple Citizen Kane reconnu lors des scènes au  journal à la fin du film ou enfin par la force et l'évidence du récit lui même et que le personnage advient à lui même, existe enfin, par l'écriture.  
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Re: Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio, Italie/France, 2016

Message par librebelgique le Jeu 19 Jan 2017 - 6:28

Il faut bien dire que dans le film de Bellocchio se trouvent réunies les deux matrices du cinéma moderne dont chaque "camp" peut se réclamer : la matrice Hitchcock  et la matrice  Welles. Je penche pour cette dernière pour un plus grand emprunt du  cinéma moderne à la conception de l'espace et du temps du cinema d'Orson Welles. Bellocchio aussi.
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Re: Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio, Italie/France, 2016

Message par librebelgique le Jeu 19 Jan 2017 - 8:40

Pour finir Bellocchio s'empare des amours concurrents d'une mère et d'une femme - l'amour de la mère par défaut, de la mère décédée, n'en étant que plus fort. Il y a des scènes magnifiques et un peu désuètes avec Bérénice Béjo le médecin dont Massimo fait la connaissance et sa femme. L'actrice a un charme fou. Mais et c'est peut-être cela le sens de ces mots fais de beaux rêves : sa mère semble dire à Massimo "tourne toi vers une autre femme, fais ce rêve de l'amour d'une autre mais reviens vers moi"
C'est une adaptation. Peu importe la part biographique. Mais concernant le cinéma on ne peut manquer de souligner s'il en est besoin la proximité par les thèmes de la mère et la femme et le traitement, discursif, de Truffaut. Evidemment Bellocchio revient en force avec ce beau film dont on s'apercevra peut être qu'il fait corps avec les précédents et que le cinéaste par sa cohérence construit une oeuvre.
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Re: Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio, Italie/France, 2016

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