Jean-Pierre Melville

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Jean-Pierre Melville

Message par librebelgique le Lun 18 Juil 2016 - 5:45


Un plan de Bob le flambeur (1956) déconcertant de modernité.
Le punctum d'une photo comme dirait Barthes "c'est le hasard qui en elle me point", en l'occurrence ici la belle symétrie des regards des quatre personnages tournés vers les quatre points cardinaux du hors champ et cette piqûre bas en haut de la lumière.
ce à quoi me renvoie immédiatement cette photo ? L'année dernière à Marienbad.
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Re: Jean-Pierre Melville

Message par librebelgique le Lun 18 Juil 2016 - 21:26

A l'occasion de la rétrospective Melville - nom qu'il a pris au civil - on trouve dans le  n° 507 des cdc de novembre 96 un dossier  bien étayé et assez passionnant, présenté en couverture comme une analyse du "film noir selon Melville : mythes, stars et truands" mais qui, bonne surprise, est articulé sur la question du "deuxieme souffle de Melville" soit son influence sur une génération de cinéastes post-nouvelle vague, Scorsese, John Woo... A voir à cet égard Nicolas Saadala et sa belle analyse De Miller's Crossing des frères Coen, film melvillien à bien des égards ne serait-ce que par l'inoubliable séquence dans la "forêt immense indifférence à la violence des hommes" tout comme celle où fuit, où que fuit, Gian Maria Volonte au début du cercle rouge.
Pour moi dans ce dossier les deux meilleurs moments sont les entretiens de Chabrol et Pierre Grasset, acteur avec Melville lui même du film Deux hommes dans Manhattan, qui se moquent gentiment du Melville public, ce dandy composé pour les médias, qui avait la tête près du bonnet, et chopé un peu le melon et qui s'est fourvoyé à la fin de sa vie dans des productions étranges comme Un flic alors que l'un et l'autre s'accorde à vanter son talent pour l'improvisation et le bidouillage.
Enfin, une place à part pour lui dans le cinéma à l'image de ses héros marginaux, doublé par Bresson.
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Re: Jean-Pierre Melville

Message par librebelgique le Mar 19 Juil 2016 - 22:54

Au début du Deuxième souffle il y a une scène surréaliste qu'interprète Paul Meurisse en commissaire de police dandy et rhétoricien implacable. La scène est écrite pour lui. Il la rend mémorable.
Mais le plus extraordinaire est de voir comment son jeu, son phrasé, ses tics, ses gestes, sa démarche ont nourri un acteur comme Amalric dont je voyais peu à peu l'image recouvrir  celle de Meurisse à 50 ans de distance.
Après tout quoi de plus naturel qu'un acteur en regarde un autre.
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Re: Jean-Pierre Melville

Message par librebelgique le Mer 20 Juil 2016 - 14:10

Chabrol, le premier aux cahiers a avoir défendu Melville, dit de Bob le flambeur que "c'est par ses défauts que le film est grand, que son côté fait à la va comme je te pousse lui donne un ton étonnant". Du deuxième souffle il disait qu'il avait "le charme de la non perfection". Le film c'est vrai est un peu chaotique mais n'est jamais plus intéressant qiue lorqu'il tourne le dos au réalisme : l'attaque du fourgon dans un paysage minéral, vue successivement de loin depuis la lunette silencieuse de la carabine du tireur puis, la caméra embarquée trépidante et bruyante, plein cadre sur le motard visé, produit un effet saisissant ; ou bien cette scène hallucinante dans une voiture ou Gu, le truand, extorque au commissaire l'aveu manuscrit qu'il n'a "balancé" personne. Tout est simulé, le commissaire trace des lignes sur le calepin ; Ventura lui dit c'est ça ; c'est aux antipodes du naturalisme et ça marche très bien.
Ou bien encore les plans chipés sur le quotidien traqué de Ventura qui pour se cacher vient régulièrement se mélanger aux spectateurs du jeu de boules à Marseille.
Le deuxième souffle est la trajectoire mentale d'un homme vieillissant peu à peu dépossédé de toutes ses illusions et qui veut en finir.
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Re: Jean-Pierre Melville

Message par librebelgique le Mer 20 Juil 2016 - 14:36

Chabrol toujours rapporte qu'un jour que "Paul Gégauff  etait allé à la campagne chez Melville et en était revenu très content, il lui avait quand même dit : "Dans sa cour il y a un faux puits". Ce faux puits, qui l'avait complètement obsédé, est un peu à l'image de Melville, un côté en toc".
Il prenait comme exemple les hallucinations de Montand dans Le Cercle rouge, "absurdes, complètement inutiles, et devant lesquelles il y a de quoi pleurer de rire. Melville voulait simplement montrer qu'il pouvait le faire".

Et néanmoins, Chabrol toujours, raconte qu'un journaliste lui ayant demandé : "Jean-Pierre Melville, quel effet ça fait d'être le plus grand metteur en scène français ?" Melville avait répondu : "C'est dûr à porter". Et Chabrol d'ajouter : "C'est une phrase extraordinaire. Ca devait être au second degré mais avec un petit pincement au coeur"...
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Re: Jean-Pierre Melville

Message par librebelgique le Mer 20 Juil 2016 - 17:34


Bon, au final peut-être que Michaël Jackson a copié sur Alain Delon ?
Wink
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Re: Jean-Pierre Melville

Message par librebelgique le Ven 29 Juil 2016 - 21:03

On trouve dans Devant la recrudescence des vols de sacs à main, la chronique des films passés à la télé que Daney tenait à Libé et qu'il intitule joliment les Fantômes du permanent.
En 1988, à propos d'Un flic - Melville 1972 - il écrit :"Pourquoi est-ce si beau ? Parce que c'est vulnérable, parce que ça "lie" tout et que ça ne "tient" rien. Parce qu'il est si facile de parler de "maniérisme". Pourquoi est-ce si beau à la télé ? Parce qu'à la télé, l'intimisme trop voyant du cinéma melvillien" - nombreux sont ceux qui le nomme proximité - "devient pure et simple intimité. Cette intimité n'est plus une"valeur" morale (pudeur, etc.), elle est la matière même d'Un flic, la seule réalité à laquelle le petit écran puisse servir d'écrin. Le petit écran se fait petit écrin. [...] Dans Un flic, Melville n'idéalise plus, ne sublime plus, ne moralise plus. Comme tous les grands cinéastes, il finit par se contenter de filmer ce - c'est à dire ceux - qu'il aime".
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