Bof ! (1971) et Themroc (1973) de Claude Faraldo (1936-2008).

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Bof ! (1971) et Themroc (1973) de Claude Faraldo (1936-2008).

Message par librebelgique le Sam 9 Juil 2016 - 19:55

Le premier, au titre rigolard à l'image du film, Bof ! Anatomie d'un livreur, vu mais vu dans le fuyant maintenant, datant de 1971 [en 2018 et après les anciens soixante-huitards deviennent à leur tour les nouveaux poilus de la république menacés de leur belle mort] est une fable utopique et égrillarde qui raconte comment 5 personnages, un livreur de vin (Faraldo dans une autre vie ?), son père, sa femme (Marie Dubois solaire), une jeune fille (Marie-Hélène Breillat lunaire) et un balayeur noir, tous unis par une vague paresse de vivre en société, vont s'en retirer discrètement, pour pratiquer l'amour libre, le vol, l'euthanasie ... et se bercer de l'illusion d'un ailleurs meilleur, loin de la ville, vers le sud.
C'est extrêmement bien monté, bien rythmé, assez osé.

Le deuxième, ressorti en salle il y a peu, Themroc (1973) est beaucoup plus ambitieux et grinçant porté par Michel Piccoli qui se risque à paraître complètement régressif, vociférant sans qu'on le comprenne de tout le film, détruisant tout ce qui lui tombe sous la main, refusant radicalement par là, la société contemporaine.


Dernière édition par librebelgique le Sam 9 Juil 2016 - 22:28, édité 1 fois
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Re: Bof ! (1971) et Themroc (1973) de Claude Faraldo (1936-2008).

Message par librebelgique le Sam 9 Juil 2016 - 20:56

Entretien avec Faraldo dans l'humanité.fr (19 nov 2005) :


Bof, Themroc, Deux lions au soleil, Merci pour le geste, autant de films à redécouvrir pour y respirer le parfum d'un cinéma français buissonnier butinant l'air du temps et le refus des conventions.
Atypique, Claude Faraldo occupe une place à part dans le cinéma français. Une douzaine de titres parsèment pourtant son oeuvre qui, placée sous le signe de la rébellion et du refus des conformismes, trouve une place naturelle dans « De bruit et de fureur ». Rencontre avec un cinéaste si discret qu'on avait pu en venir à l'oublier un peu.

Comment êtes-vous venu au cinéma ?

Claude Faraldo. Rien ne m'y préparait, même pas par vocation. J'étais chauffeur livreur chez Nicolas avec Reiser. J'ai écrit un scénario, on m'a proposé de le faire, et voilà ! C'était la Jeune Morte, en 1965, qu'on a pu voir en Hongrie, en Tchécoslovaquie, mais qui n'est pas sorti en France. J'ai eu trois décès sur ce film, la script, la monteuse et Jean-Claude Rolland, qui était l'acteur principal. Je n'étais pas assez pro pour passer au-dessus de tout cela et je ne voulais plus en entendre parler. J'ai cru que le cinéma était fini pour moi. Après, j'ai fait une pièce de théâtre en 1969, Doux mais troglodytes. Il s'est passé un truc avec la pièce et j'ai écrit Themroc, mais on n'arrivait pas à le monter. J'ai alors fait Bof et, du coup, Piccoli s'est proposé, et Themroc est parti.

Où vous sentiez-vous dans le cinéma français ?

Claude Faraldo. Nulle part. Je ne connaissais pas le cinéma. Je n'étais ni cinéaste ni même cinéphile. J'avais vu quelques films, et c'est tout. Je n'avais jamais approché de caméra et je ne savais même pas qu'on pouvait changer les optiques. C'était une autre époque de la société et peut-être du cinéma. J'étais juste chauffeur livreur, ce qui est raconté dans Bof, film qui pourrait mentir mais ne ment pas.

Que s'est-il alors passé ?

Claude Faraldo. Bof a été viré des cinémas et Langlois l'a passé à la Cinémathèque. J'ai découvert ce gros monsieur qui semblait connaître et aimer le cinéma. Il m'a présenté des gens. Il faut dire que j'étais contre le parisianisme. Chez moi, on était communiste, on aimait Montand et Aragon. Tous les autres, c'était des intellectuels qui parlent. Le cinéma, ce n'était pas raisonnable. Avec Themroc, j'ai voulu faire un film qui soit seul et n'amène aucune analogie, c'est pourquoi il n'y a pas dedans de langage. Je ne me suis jamais senti avoir une place dans le cinéma.

Quand même, on a salué alors comment vous vous situiez dans la continuité de l'esprit libertaire de mai 1968...

Claude Faraldo. Libertaire ? Oui, ce sont surtout les metteurs en scène qui m'ont parlé le plus d'une certaine liberté que j'amenais dans le cinéma. J'agissais dans l'inconscience totale. Je ne croyais pas beaucoup à la connaissance. Maintenant j'y crois mais, alors, je pensais que l'ignorance était propice à la création et je recherchais une forme de solitude. Pas existentielle mais je pensais qu'il fallait agir à partir de ses sentiments, de ses élans et de ses réactions. Je ne connaissais même pas les gens qui faisaient du cinéma en même temps que moi. J'ai connu mai 1968 mais je n'étais pas prêt non plus.

Si on considère que vous avez tourné cinq films dans les années soixante-dix, vous faisiez quand même partie de la profession...

Claude Faraldo. Si on juge par le nombre de films, oui. Mais être d'une profession, c'est s'y sentir, en avoir la connaissance, les rapports. J'étais très peu dans l'accointance. Les gens du cinéma que j'aimais, ce n'était pas parce qu'ils étaient dans le cinéma. Quand j'ai compris que tout apprendre allait être très compliqué, qu'il me faudrait dix ans, j'ai décidé que je ne le ferais pas. J'avais raison parce que c'était faisable, parce qu'on travaille avec une équipe. Ce qu'il faut, c'est avoir des idées bien arrêtées. Un film, c'est des bouts qu'on tourne et qu'on garde à la suite des autres dans le rythme qu'on a choisi. Dans les arts techniques, le cinéma est certainement le seul où on peut travailler ainsi. Il faut dire que c'est une époque où il y avait des techniciens très intéressants. On en perd maintenant avec ce qui arrive aux intermittents.

Pourtant, on dit parfois des gens de la nouvelle vague qu'ils tournaient avec des jeunes aussi, faute de pouvoir se payer les techniciens confirmés...

Claude Faraldo. On avait le choix. Moi, il me fallait des techniciens confirmés, sentir qu'ils me suivaient bien, ça me poussait. Sur Bof, mon chef opérateur était Sacha Vierny, qui avait fait l'Année dernière à Marienbad, et c'était un homme épatant, gentil, modeste et plein de talent. C'était très important de l'avoir, pas du tout lourd. Il cherchait à se déplacer de ses films habituels. Ce sont les autres qui croyaient qu'il ne pouvait pas. Maintenant, la technique est tellement différente, avec le combo sur le côté et l'étalonnage vidéo et numérique. On n'est plus tenu aux raccords lumière, on arrange cela après. Là, on tournait à l'aveugle et on ne voyait que le lendemain ou le surlendemain. J'aimais ça. Je n'ai jamais été un bon technicien ni un bon metteur en scène mais j'avais le don géométrique de me déplacer dans l'espace, de voir du plafond en sachant que la table allait occuper l'espace et les têtes rien du tout, donc j'avais les places de la caméra. De même, je savais que si tel acteur regarde dans telle direction et tel autre dans telle autre, ils n'allaient pas, après montage, regarder ailleurs. Mes points forts ont toujours été la préparation du scénario et le jeu d'acteurs. J'ai laissé à d'autres le soin de bien faire du cinéma.

Et ensuite ?

Claude Faraldo. Plein de choses ont changé. L'arrivée de la télévision en production dans les films m'a beaucoup gêné. Que telle ou telle personne payée à l'année vienne discuter de la fin de mon film ou du choix des acteurs me dérange.

Et aujourd'hui ?

Claude Faraldo. Il y a tellement longtemps que je dis que la société doit être secouée. En ce moment, on voit des secousses maladroites et connes dans leur expression mais on ne peut pas regretter la secousse. Moi, il y a des années que j'attends le chaos. Or les sociétés que l'on croit solides sont très propices au chaos.

Hommage à Claude Faraldo, au Cin'Hoche de Bagnolet, les 18, 19, 20 et 22 novembre.

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