Il bandito (Alberto Lattuada, 1946)

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Il bandito (Alberto Lattuada, 1946)

Message par Dr. Apfelgluck le Ven 17 Avr 2015 - 6:53

Ernesto et Carlo, deux anciens soldats retenus captifs pendant trois ans en Allemagne, retour en Italie après la guerre. Ce ne sera finalement que désillusion, éclatement total des rêves de captivité pour Ernesto : plus de maison, plus de famille sauf une soeur prostituée. Après s'être fait broyer par la guerre, l'ancien soldat doit maintenant subir le hachoir de la machine administrative : formulaires en triple exemplaires pour avoir un logement, surveillance et répression d'une police militaire américaine qui ne change pas tellement de la police fasciste (les blagues sur les panneaux de signalisation en anglais : "Oh ca doit vouloir dire la même chose que Verboten Polizei").
L'arrivé en train des anciens prisonniers en Italie renvoie d'ailleurs aux convois concentrationnaires, tous entassés dans des wagons à bestiaux et ne découvrant le pays natal tant attendu que par la petite ouverte grillagée sur les côtés des wagons. Tout cela pour se faire accueillir par des MP qui choisissent qui a le droit d'aller où. Italie libérée et transformée par l'armée libératrice : coca cola, Jazz, et tout le cortège de la prostitution où les prostituées change leur prénom pour un autre à consonance anglophone. Il y a d'ailleurs une séquence assez terrible où Ernesto redécouvre son immeuble familiale, totalement rasé par les bombes, sur un air de Jazz entrainant qui ne s'arrête jamais et cela même quand il parle de la mort de sa famille avec une ancienne habitante de l'immeuble. Aussi incongru que "Yellow Submarine" à un enterrement.
Autre détail troublant, la scène où va chercher sa soeur (rebaptisée "Iris") dans sa maison de passe ressemble au final de Taxi Driver, mort du macro en prime (. Sauf que Iris finira tuée par une balle perdue. Scorsese/Schrader ont vu ce film, c'est obligé. Travis est d'ailleurs lui aussi un soldat qui revient au pays.
N'ayant absolument plus rien, Ernesto quitte la société "visible" pour "l'invisible" : le gangstérisme où il prend la place du petit caïd qu'il a lui même tué. Là encore, la société "invisible", réfugiée dans des caves comme dans les films de Lang (référence à l’expressionnisme d'ailleurs, le pseudonyme d'un des truands est Caligari), s'avère être pour lui autant kafkaïenne et répressive que celle "d'en haut". Il a beau jouer à Robin des Bois (là encore, référence anglo-saxonne) pour essayer de chercher un sens (redistribution d'un butin volé à des pensionnaires d'un asile de nuit), il finit toujours par tourner en rond et dans l'impossibilité de trouver une ligne pour fuir du cercle. Les truands ne seront jamais des amis, les maîtresses de caïds jamais des femmes. Son désir de retrouver une sorte de cocon familial chez les petites frappes est tout autant voué à être détruit comme tout le reste. Arrive alors la culpabilité : ses amis morts à la guerre laissant femmes et enfants, lui qui est vivant mais qui n'a rien. Références multiples d'ailleurs aux jambes blessées, mutilées. On ne peut aller nulle part sans boiter. Son seul point d'espoir est finalement Carlo et sa fille Roselita dont il est le parrain.
Alors en cavale, il se trouvera enfin une utilité en ramenant Roselita chez son père, une ferme perdue dans les montagnes autour d'Aoste. Symbole pour Ernesto d'un Paradis perdu, d'une passation entre lui et cette enfant qui représente la nouvelle génération "pure" (et non souillée comme sa soeur) qui va reconstruire ("Il faudra 3'000 ans pour reconstruire tout cela", dit-il). Ce n'est d'ailleurs qu'une fois qu'il aura ramené Roselita qu'il se laissera volontairement abattre par la police, car il considère avoir accomplit sa mission finale (il avait déjà sauvé le père de la mort durant la guerre). Il y a d'ailleurs plusieurs passassions entre lui et la jeune fille d'un jouet, une cigogne qu'il lui avait acheté, l'oiseau de bon augure. Finalement, sauf pour Roselita et son père qui le vénère, il ne restera dans les souvenirs qu'un "bandit" de plus ayant terminé dans le journal (là aussi, on peut faire un parallèle avec les coupures de presse dans le délire pré-mortem de Travis).
Les références à l’expressionnisme allemand ont étés confirmés par Lattuada à Cannes en 46. En effet, il s'est défendu de toute comparaison avec "Rome ville ouverte" en affirmant qu'il n'a jamais été un néo-réaliste et que les deux films n'ont rien en communs.
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