Kommunisten (JMS, 2015)

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Kommunisten (JMS, 2015)

Message par Baldanders le Jeu 2 Avr 2015 - 20:40



Personne ici n'a vu, n'a envie de parler du nouveau long métrage de Straub ?

J'y pense parce que je viens de lire l'article de Gabriel Bortzmeyer (dans Débordements), qui m'a bien fait rire, ou pleurer :

GB a écrit:S’en déduit que le communisme n’est plus le nom d’une promesse mais celui d’un deuil. Que ce cinéma-là, tout politique qu’il est, a les yeux si fixés sur le passé qu’il les détourne du futur. Que si Lénine pouvait dire du gauchisme qu’il était la maladie infantile du communisme, la formule demande à être renversée : le communisme, maladie sénile du gauchisme. C’est la désolante conclusion à laquelle nous force ce morceau remâché d’un cinéaste pourtant aimé, et combien. Difficile de ne pas être gêné face à un Fortini lisant un texte pétri d’orthodoxie marxiste, convoquant des concepts qui ont cessé d’avoir cours depuis longtemps (réification, aliénation, collusion, etc., toute la désuète batterie d’un marxisme première mouture, loin de celui que développent ses héritiers contemporains). On se demande pourquoi, de tous ses films, Straub a choisi d’extraire ce moment précis, qui n’a de valeur, au mieux, que muséale, et qui confère à l’ensemble un parfum de révolu plus que de révolution. Plus largement, on peine à comprendre le sens de cette mise en série de séquences qui n’ont d’autres liens entre elles que le fait d’être nées du même génie conjugal. Rien n’en ordonne la cohérence, pas même un principe d’écho, rien ne permet de comprendre pourquoi ce sont ces extraits qui ont été sélectionnés quand l’œuvre comporte tant de moments à l’intensité plus mémorable. Même un hypothétique communisme des images ne justifie pas un tel assemblage – il faudrait alors ouvrir l’œuvre à son dehors dans un véritable mouvement de mise en partage, et, de ce point de vue, les romantiques Histoire(s) du cinéma sont bien plus communistes que Kommunisten. Devant ce dernier ne peut naître que le triste sentiment d’un double ensevelissement : celui d’un combat qui, pendant plus d’un siècle, cristallisa tous les espoirs d’émancipation, et avec lui celui d’un cinéma qui avait trouvé en ce paradigme la clé d’un régime esthétique s’échouant aujourd’hui sur les mêmes récifs historiques. Hélas.

"On se demande pourquoi", "rien ne permet de comprendre pourquoi", "on peine à comprendre" : remarquez cette impuissance à dire "je"... Le vocabulaire marxiste ? Forcément "désuet", ramené à une mode, pour être remplacé par des concepts débiles (mais bien sûr "contemporains") du genre : "communisme des images", dépassés avant même d'avoir servi... L'extrait de Fortini/Cani réduit à quelques propos tenus par Fortini, alors que plusieurs longues minutes de contemplation des montagnes de Toscane les précèdent... Et cette condamnation sans procès, sans enquête, d'un "régime esthétique" dont je n'ai jamais entendu parler ailleurs qu'à la fac, aux cours les plus ennuyeux... C'est le critique, et non le film, qui échoue.
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Re: Kommunisten (JMS, 2015)

Message par Borges le Ven 3 Avr 2015 - 13:56



Hi Badlanders;

Désolé, pas vu le film; je viens de lire, par contre, le truc de GB; et avec quel mérite; épuisante, cette manière de croire écrire pour ne rien dire.

Juste une remarque : "Straub déclarait – interprétation des plus audacieuses – que Hölderlin était le premier des communistes". Mais non, GB; rien d'audacieux; c'est fréquent et cela se fait depuis longtemps, rapprocher Hölderlin et le communisme ( P-L Labarthe, Peter Weiss, Thomas Mann...);  Hölderlin était révolutionnaire, on trouve chez lui l'une des premières occurrences  du mot communisme (Communismus der Geister)...

Quand on ne comprend pas une chose, il faut chercher à comprendre :

"
Fortini l’a dit à sa manière.
Il l’a écrit, réécrit, et imprimé très précisément.
Il dit : « J’ai grandi, enfant, dans le fascisme autoritaire.
Devenu vieux, me voilà dans le fascisme démocratique. »
Ce qui est simple est difficile à faire.
En ce qui concerne l’utopie communiste
ce n’est pas mon invention, je citais Hölderlin.
Ce que Hölderlin développe dans le dernier tiers d’Empédocle
dans le texte qui débute par
« Vous avez depuis longtemps soif d’inhabituel
Et de même que d’un corps malade l’esprit d’Agrigente glisse hors de la vieille ornière
Mettez-le en jeu ! Ce dont vous avez hérité
ce que vous avez gagné
ce que la bouche de vos pères vous a raconté, enseigné
lois et coutumes, noms des aînés
oubliez-les audacieusement et levez, tels des nouveaux-nés
les yeux sur la divine Nature. »
Renoncez à tout
et à cela encore, et à cela encore
et puis encore au passé, et puis encore…
Cette utopie communiste est exactement ce que Brecht demandait
ce qui est simple est difficile à faire.
C’est l’unique chose qui peut encore sauver la planète
et donc le futur des hommes.
Car la planète, comme l’a dit Hölderlin
est le berceau de l’homme."

http://www.derives.tv/Jean-Marie-Straub-La-Resistance-du
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