La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

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Message par GM le Sam 31 Jan 2015 - 11:35

Dans le même ordre d'idées, il faut voir pour la croire la vidéo sur ce site : http://www.stop-djihadisme.gouv.fr/

qu'on retrouve ici : http://www.dailymotion.com/video/k6UAVEpJDhyJMn9Ydp5

ses effets bien vulgaires, etc, etc. Neutral

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Sam 31 Jan 2015 - 13:52

« Quand nos enfants tuent nos pères » par Julie Pagis

...il faut avouer que certaines caricatures de Charlie Hebdo ne faisaient plus rire une partie d’entre nous depuis des années : la religion essentialisée était devenue un mal à combattre en tant que tel et « les personnes revendiquant une religion des conservateurs, des aliénés, des frustrés, bref, des ennemis imbéciles de la [leur ?] liberté (1)» . A ceux qui s’en défendent (souvent de manière sincère) au nom qu’ils n’auraient fait que continuer le même combat, celui de l’anticléricalisme, rappelons qu’un point dans un espace (social, économique et culturel) en mouvement, se déplace. S’en prendre au pape et au clergé d’une religion majoritaire dans les années 70, c’est s’attaquer à une bourgeoisie influente dans toutes les sphères du pouvoir. Viser, dans les années 2000, l’islam en France (en représentant les musulmans comme des fanatiques et les musulmanes comme des femmes voilées soumises), c’est s’attaquer à une confession minoritaire, largement dépourvue d’influence sur les institutions du pouvoir, et qui concerne, en majorité, les classes populaires.

Au-delà des cibles visées, il y a la question des personnes que l’on fait rire. Dans les années 70, les jeunes révoltés de Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo s’en prenaient aux pouvoirs en place et à leurs conservatismes, faisant rire des dominés et des jeunes de différents horizons (marginaux, soixante-huitards reconvertis dans les luttes féministes, écologistes, etc.). Dans les années 2000, les mêmes se situent au pôle culturel des classes moyennes et supérieures (parisiennes), et leur humour offense une partie des classes populaires urbaines, en particulier, quand il tourne en dérision l’islam qui représente, pour certains, la seule appartenance positive à laquelle se raccrocher. En effet, la mémoire coloniale et ouvrière de leurs parents est celle de l’humiliation ; ils connaissent les plus forts taux de chômage ; la « gauche » les a largement abandonnés, délaissés ; et ils subissent une islamophobie grandissante (2). On est passé du rire jouissif, minoritaire, émancipateur, car participant d’une remise en cause de l’ordre établi, à un rire qui n’est plus transgressif, un rire aveugle à ce que les diverses affirmations identitaires musulmanes « peuvent porter comme colère et protestation contre l’abandon des cités et de leurs habitants (1) ».

Un rire mépris de classe ? Un rire en tout cas qui a tourné le dos depuis longtemps à de larges franges des classes populaires. Je sais que je serai attaquée - notamment par des proches - pour cette chronique, mais je n’arrivais pas à écrire « Je suis Charlie » : grâce à Charlie Hebdo, à Renaud et tant d’autres, quand on me dit « union nationale », je crains le bruit des bottes et j’entonne le Déserteur plutôt que la Marseillaise. Plutôt que de sommer les musulmans à se désolidariser des actes de la semaine dernière, ou à renforcer les moyens d’une « guerre contre le terrorisme », battons-nous collectivement pour plus de culture et pour une justice sociale et économique.

(1) Extrait d’une tribune de Louis Jésu adressée à Charb en 2013 (« Libération »).

(2) « Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le "problème musulman" », Abdellali Hajjat, Marwan Mohammed, La Découverte.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Mer 4 Fév 2015 - 9:40

Eyquem a écrit:Badiou, "Le rouge et le tricolore", dans LeMonde d'aujourd'hui:

Spoiler:

Aujourd’hui, le monde est investi en totalité par la figure du capitalisme global, soumis à l’oligarchie internationale qui le régente, et asservi à l’abstraction monétaire comme seule figure reconnue de l’universalité.

Dans ce contexte désespérant s’est montée une sorte de pièce historique en trompe-l’œil. Sur la trame générale de « l’Occident », patrie du capitalisme dominant et civilisé, contre « l’islamisme », référent du terrorisme sanguinaire, apparaissent, d’un côté, des bandes armées meurtrières ou des individus surarmés, brandissant pour se faire obéir le cadavre de quelque Dieu ; de l’autre, au nom des droits de l’homme et de la démocratie, des expéditions militaires internationales sauvages, détruisant des Etats entiers (Yougoslavie, Irak, Libye, Afghanistan, Soudan, Congo, Mali, Centrafrique…) et faisant des milliers de victimes, sans parvenir à rien qu’à négocier avec les bandits les plus corruptibles une paix précaire autour des puits, des mines, des ressources vivrières et des enclaves où prospèrent les grandes compagnies.

C’est une imposture de présenter ces guerres et leurs retombées criminelles comme la contradiction principale du monde contemporain, celle qui irait au fond des choses. Les troupes et polices de la « guerre antiterroriste », les bandes armées qui se réclament d’un islam mortifère et tous les Etats sans exception appartiennent aujourd’hui au même monde, celui du capitalisme prédateur.

Diverses identités factices, se considérant chacune comme supérieure aux autres, se taillent férocement dans ce monde unifié des lambeaux de domination locale. On a du même monde réel, où les intérêts des agents sont partout les mêmes, la version libérale de l’Occident, la version autoritaire et nationaliste de la Chine ou de la Russie de Poutine, la version théocratique des Emirats, la version fascisante des bandes armées… Les populations sont partout sommées de défendre unanimement la version que le pouvoir local soutient.

Il en ira ainsi tant que l’universalisme vrai, la prise en main du destin de l’humanité par l’humanité elle-même, et donc la nouvelle et décisive incarnation historico-politique de l’idée communiste, n’aura pas déployé sa neuve puissance à l’échelle mondiale, annulant au passage l’asservissement des Etats à l’oligarchie des propriétaires et de leurs serviteurs, l’abstraction monétaire, et finalement les identités et contre-identités qui ravagent les esprits et en appellent à la mort.
Identité française : la « République »

Dans cette guerre des identités, la France tente de se distinguer par un totem de son invention : la « République démocratique et laïque », ou « le pacte républicain ». Ce totem valorise l’ordre établi parlementaire français – au moins depuis son acte fondateur, à savoir le massacre, en 1871, par les Adolphe Thiers, Jules Ferry, Jules Favre et autres vedettes de la gauche « républicaine », de 20 000 ouvriers dans les rues de Paris.

Ce « pacte républicain » auquel se sont ralliés tant d’ex-gauchistes, parmi lesquels Charlie Hebdo, a toujours soupçonné que se tramaient des choses effrayantes dans les faubourgs, les usines de la périphérie, les sombres bistrots banlieusards. La République a toujours peuplé les prisons, sous d’innombrables prétextes, des louches jeunes hommes mal éduqués qui y vivaient. Elle a aussi, la République, multiplié les massacres et formes neuves d’esclavage requis par le maintien de l’ordre dans l’empire colonial. Cet empire sanguinaire avait trouvé sa charte dans les déclarations du même Jules Ferry – décidément un activiste du pacte républicain –, lesquelles exaltaient la « mission civilisatrice » de la France.

Or, voyez-vous, un nombre considérables des jeunes qui peuplent nos banlieues, outre leurs louches activités et leur manque flagrant d’éducation (étrangement, la fameuse « Ecole républicaine » n’a rien pu, semble-t-il, en tirer, mais n’arrive pas à se convaincre que c’est de sa faute, et non de la faute des élèves), ont des parents prolétaires d’origine africaine, ou sont eux-mêmes venus d’Afrique pour survivre, et, par voie de conséquence, sont souvent de religion musulmane. A la fois prolétaires et colonisés, en somme. Deux raisons de s’en méfier et de prendre les concernant de sérieuses mesures répressives.

Supposons que vous soyez un jeune Noir ou un jeune à l’allure arabe, ou encore une jeune femme qui a décidé, par sens de la libre révolte, puisque c’est interdit, de se couvrir les cheveux. Eh bien, vous avez alors sept ou huit fois plus de chances d’être interpellé dans la rue par notre police démocratique et très souvent retenu dans un commissariat, que si vous avez la mine d’un « Français », ce qui veut dire, uniquement, le faciès de quelqu’un qui n’est probablement ni prolétaire, ni ex-colonisé. Ni musulman.

Charlie Hebdo, en un sens, ne faisait qu’aboyer avec ces mœurs policières dans le style « amusant » des blagues à connotation sexuelle. Ce n’est pas non plus très nouveau. Voyez les obscénités de Voltaire à propos de Jeanne d’Arc : son La Pucelle d’Orléans est tout à fait digne de Charlie Hebdo. A lui seul, ce poème cochon dirigé contre une héroïne sublimement chrétienne autorise à dire que les vraies et fortes lumières de la pensée critique ne sont certes pas illustrées par ce Voltaire de bas étage.

Il éclaire la sagesse de Robespierre quand il condamne tous ceux qui font des violences antireligieuses le cœur de la Révolution et n’obtiennent ainsi que désertion populaire et guerre civile. Il nous invite à considérer que ce qui divise l’opinion démocratique française est d’être, le sachant ou non, soit du côté constamment progressiste et réellement démocrate de Rousseau, soit du côté de l’affairiste coquin, du riche spéculateur sceptique et jouisseur, qui était comme le mauvais génie logé dans ce Voltaire par ailleurs capable, parfois, d’authentiques combats.
Le crime de type fasciste

Et les trois jeunes Français que la police a rapidement tués ? Je dirais qu’ils ont commis ce qu’il faut appeler un crime de type fasciste. J’appelle crime de type fasciste un crime qui a trois caractéristiques.

D’abord, il est ciblé, et non pas aveugle, parce que sa motivation est idéologique, de caractère fascisant, ce qui veut dire strictement identitaire : nationale, raciale, communautaire, coutumière, religieuse… En la circonstance, les tueurs sont antisémites. Souvent le crime fasciste vise des publicistes, des journalistes, des intellectuels ou des écrivains que les tueurs estiment représentatifs du bord opposé. En la circonstance, Charlie Hebdo.

Ensuite, il est d’une violence extrême, assumée, spectaculaire, parce qu’il vise à imposer l’idée d’une détermination froide et absolue qui, du reste, inclut de façon suicidaire la probabilité de la mort des meurtriers. C’est l’aspect « viva la muerte ! », l’allure nihiliste, de ces actions.

Troisièmement, le crime vise, par son énormité, son effet de surprise, son côté hors norme, à créer un effet de terreur et à alimenter, de ce fait même, du côté de l’Etat et de l’opinion, des réactions incontrôlées, entièrement closes sur une contre-identité vengeresse, lesquelles, aux yeux des criminels et de leurs patrons, vont justifier après coup, par symétrie, l’attentat sanglant. Et c’est bien ce qui est arrivé. En ce sens, le crime fasciste a remporté une sorte de victoire.
L’Etat et l’opinion

Dès le début en effet, l’Etat s’est engagé dans une utilisation démesurée et extrêmement dangereuse du crime fasciste, parce qu’il l’a inscrit au registre de la guerre mondiale des identités. Au « musulman fanatique », on a opposé sans vergogne le bon Français démocrate.

La confusion a été à son comble quand on a vu que l’Etat appelait, de façon parfaitement autoritaire, à venir manifester. C’est tout juste si Manuel Valls n’envisageait pas d’emprisonner les absents, et si on n’a pas exhorté les gens, une fois qu’ils auraient manifesté leur obéissance identitaire sous le drapeau tricolore, soit à se terrer chez eux, soit à revêtir leur uniforme de réserviste et à partir au son du clairon en Syrie.

C’est ainsi qu’au plus bas de leur popularité, nos dirigeants ont pu, grâce à trois fascistes dévoyés qui ne pouvaient imaginer un tel triomphe, défiler devant un million et quelques de personnes, à la fois terrorisées par les « musulmans » et nourries aux vitamines de la démocratie, du pacte républicain et de la grandeur superbe de la France.

La liberté d’expression, parlons-en ! Il était pratiquement impossible, durant tous les premiers jours de cette affaire, d’exprimer sur ce qui se passait un autre avis que celui qui consiste à s’enchanter de nos libertés, de notre République, à maudire la corruption de notre identité par les jeunes prolétaires musulmans et les filles horriblement voilées, et à se préparer virilement à la guerre contre le terrorisme. On a même entendu le cri suivant, admirable dans sa liberté expressive : « Nous sommes tous des policiers. »

Il est naturel en réalité que la loi de notre pays soit celle de la pensée unique et de la soumission peureuse. La liberté en général, y compris celle de la pensée, de l’expression, de l’action, de la vie même, consiste-t-elle aujourd’hui à devenir unanimement des auxiliaires de police pour la traque de quelques dizaines d’embrigadés fascistes, la délation universelle des suspects barbus ou voilés, et la suspicion continue concernant les sombres cités de banlieue, héritières des faubourgs où l’on fit autrefois un carnage des communards ? Ou bien la tâche centrale de l’émancipation, de la liberté publique, est-elle bien plutôt d’agir en commun avec le plus possible de jeunes prolétaires de ces banlieues, le plus possible de jeunes filles, voilées ou non, cela n’importe pas, dans le cadre d’une politique neuve, qui ne se réfère à aucune identité (« les prolétaires n’ont pas de patrie ») et prépare la figure égalitaire d’une humanité s’emparant enfin de son propre destin ? Une politique qui envisage rationnellement que nos vrais maîtres impitoyables, les riches régents de notre destin, soient enfin congédiés ?

Il y a eu en France, depuis bien longtemps, deux types de manifestation : celle sous drapeau rouge, et celles sous drapeau tricolore. Croyez-moi : y compris pour réduire à rien les petites bandes fascistes identitaires et meurtrières, qu’elles se réclament des formes sectaires de la religion musulmane, de l’identité nationale française ou de la supériorité de l’Occident, ce ne sont pas les tricolores, commandées et utilisées par nos maîtres, qui sont efficaces. Ce sont les autres, les rouges, qu’il faut faire revenir.



Hi;

le texte complet et non la version  "censurée" du Monde :  http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/290115/le-rouge-et-le-tricolore

Badiou a écrit:On prétend de ci de là que ce n’est pas le fait d’être musulman en soi, comme indice négatif, que visent les caricatures de Charlie-Hebdo, mais l’activisme terroriste des intégristes. C’est objectivement faux. Prenez une caricature typique : on y voit une paire de fesses nues, c’est tout, et la légende dit « Et le cul de Mahomet, on peut s’en servir ? ». Le Prophète des croyants, cible permanente de ces stupidités, serait-il un terroriste contemporain ? Non, cela n’a rien à voir avec quelque politique que ce soit. Rien à voir avec le drapeau solennel de la « liberté d’expression ». C’est une ridicule et provocatrice obscénité visant l’Islam comme tel, c’est tout. Et ce n’est rien d’autre qu’un racisme culturel de bas étage, une « blague » pour faire péter de rire le lepéniste aviné du coin. Une complaisante provocation « occidentale », pleine de la satisfaction du nanti, envers, non seulement d’immenses masses populaires africaines, moyen-orientales ou asiatiques qui vivent dans des conditions dramatiques, mais envers une très large fraction du peuple laborieux ici même, celui qui vide nos poubelles, nettoie la vaisselle, s’éreinte au marteau piqueur, fait à cadence accélérée les chambres des hôtels de luxe ou nettoie à quatre heures du matin les vitres des grandes banques. Bref, cette part du peuple qui, par son travail seul, mais aussi par sa vie complexe, ses voyages risqués, sa connaissance de plusieurs langues, sa sagesse existentielle et sa capacité à reconnaître ce que c’est qu’une vraie politique d’émancipation, mérite au moins qu’on la considère, et même, oui, qu’on l’admire, toute question religieuse mise de côté.



Badiou a écrit:Le crime de type fasciste




Ce genre de crime demande des tueurs que ceux qui les manipulent peuvent abandonner à leur sort dès que l’acte a eu lieu. Ce ne sont pas de grands professionnels, des gens des services secrets, des assassins chevronnés. Ce sont des jeunes du peuple, tirés de leur vie, qu’ils prévoient sans issue, ni sens, par la fascination de l’acte pur mêlé à quelques ingrédients identitaires sauvages, et qui accèdent aussi, ce faisant, aux armes sophistiquées, aux voyages, à la vie en bande, à des formes de pouvoir, de jouissance, et à un peu d’argent. En France même, on a vu, à une autre époque, des recrues de groupes fascisants capables de devenir des meurtriers et des tortionnaires pour des raisons du même genre. Ce fut notamment le cas, pendant l’occupation de la France par les nazis, de bien des miliciens embauchés par Vichy sous le drapeau de la « Révolution nationale ».

Si l’on veut réduire le risque des crimes fascistes, c’est de ce portrait qu’il faut s’inspirer. Les facteurs décisifs autorisant l’apparition de ces crimes sont clairs. Il y a l’image négative que la société se fait des jeunes venus de la misère mondiale, la façon dont elle les traite. Il y a le maniement inconsidéré des questions identitaires, l’existence non combattue, voire encouragée, de déterminations racialistes et coloniales, les lois scélérates de ségrégation et de stigmatisation. Il y a surtout sans doute, non pas l’inexistence – on trouve dans notre pays des militants pleins d’idées et liés au peuple réel –, mais la faiblesse désastreuse, à échelle internationale, des propositions politiques hors consensus, de nature révolutionnaire et universelle, susceptibles d’organiser ces jeunes dans la solidité agissante d’une conviction politique rationnelle. Ce n’est que sur le fond d’une action persistante pour modifier tous ces facteurs négatifs, d’un appel à changer de fond en comble la logique politique dominante, qu’on aurait pu raisonnablement faire prendre à l’opinion la vraie mesure de ce qui se passait, et subordonner l’action policière, toujours dangereuse quand elle est livrée à elle-même, à une conscience publique éclairée et capable.

Or la réaction gouvernementale et médiatique a fait exactement tout le contraire.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Sam 7 Fév 2015 - 10:15

Trouvé chez Buster, ce plutôt bon texte de Zižek :

Les vicissitudes récentes du fondamentalisme musulman confirment l’analyse ancienne de Walter Benjamin, selon lequel « chaque fascisme est l’envers d’une révolution ratée » : la recrudescence du fascisme est un échec de la gauche, mais c’est aussi la preuve d’un potentiel révolutionnaire, d’une insatisfaction que la gauche n’a pas su mobiliser.

N’en est-il pas de même pour le prétendu « islamo-fascisme » d’aujourd’hui ? La montée de l’islamisme radical n’est-elle pas l’exact corrélé de la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans ?

Au printemps 2009, lorsque les talibans ont conquis la vallée de Swat au Pakistan, le New York Times a expliqué qu’ils avaient fomenté “une révolte des classes exploitant de profondes fissures entre un petit groupe de riches propriétaires terriens et leurs locataires sans terre”.

Toutefois, si en “profitant” de la détresse des paysans, les talibans “donnent l’alarme sur les risques encourus par le Pakistan, notamment régi par un système féodal”, qu’est-ce qui empêche les démocrates libéraux du Pakistan et des Etats-Unis de « profiter » eux aussi de cette détresse pour essayer d’aider les paysans sans terre ? La triste implication de cette situation vient du fait que les forces féodales au Pakistan sont « l’allié naturel » de la démocratie libérale.

Qu’en est-il des valeurs essentielles du libéralisme : liberté, égalité, etc. ? Le paradoxe, c’est que le libéralisme n’est lui-même pas assez fort pour les sauver de l’assaut fondamentaliste. Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier.

Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied.

Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants.

L'interdépendance du terrorisme et du "libéralisme" est une évidence, mais qu'on a toujours raison de rappeler. Par contre, ce voeu pieux d'un "renouveau de la gauche" rappelle le folklorique drapeau rouge de Badiou et fait comme lui l'impasse sur les causes économiques et sociales de la disparition de cette gauche radicale.
Il ne suffit pas de dire ou de croire que le néolibéralisme a gagné la "bataille idéologique" au sein des élites intellectuelles. La gauche radicale a bel et bien connu un succès de masse qui dépassait de loin les seules franges petites-bourgeoises : c'était dans sa version "socialiste d'état", des partis communistes occidentaux aux partis-États d'Orient.
Or, l'effondrement de cette gauche ici et là-bas est lié historiquement à la fin des espoirs mis dans le Développement économique pour garantir à tous le travail et le bien-être. Dans le courant des années 70, la crise a balayé et cet optimisme et cette gauche, parce que là aussi il y avait "interdépendance".
Les "paysans sans terre" qu'évoque Zižek n'ont plus aucune raison de croire en un socialisme d'état qui - en particulier à l'heure de la crise mondiale - les spolierait sans doute avec autant de férocité que n'importe quel grand propriétaire terrien (voir la politique paysanne menée par le socialiste Nasser en Égypte dans les années 50 à 70).

Pour l'heure, il faudrait commencer à préciser quelle serait la base sociale (spécifique à chaque pays) de cette nouvelle gauche qu'on attend. Base sociale sans laquelle - ne nous leurrons pas - il ne se passera absolument rien.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Sam 7 Fév 2015 - 13:15

Salut Badlanders, je me demande comment tu peux  citer ou donner un lien vers le blog de cette merde de Balourdnatique...Le mec vient de se découvrir expert en islam, islamisme, terrorisme, salafisme, djihadisme,  khâridjisme,  sunnites, azraqites, taqiya, imtihân… Expert en "Islam", c'est sans doute beaucoup plus facile qu'expert en cinéma...On le verra bientôt à la télé nous prouver, par la rime et le slam, que l'islamisme c'est du satanisme nazi : "(Daesh ça rime avec "Das Reich")...Oui, et avec une marque de poudre à lessiver... tiens, tiens, donc : laver, désir de pureté, de purification...

Ce minable cause de l'aveuglement idéologique de Badiou, cite favorablement Z, sans se rendre que les deux mecs disent la même chose...

Son passage sur J.E., le protestant, comme il précise, qu'il vient de découvrir grâce à Godard, est d'un comique...Tout ces cons qui ne cessent d'opposer l'islam et les deux autres monothéisme, au judéo-christianisme, sont vraiment trop drôles : l'islam est plus proche du judaïsme que ne le sera jamais le christianisme (par son monothéisme) et plus proche du christianisme que ne le sera jamais le judaïsme (par sa reconnaissance de Jésus prophète à la naissance miraculeuse, seul être sans péché) :  L'islam est le seul judéo-christianisme de la planète : les musulmans étant les seuls à croire à la fois en L'Ancien Testament, et dans le Nouveau;  c'est le bon vieux Jésus que les musulmans attendent pour la fin des temps...

Notons que l'opposition islam-religion du "devoir et de contrainte." et christianisme- religion de l'amour et de la liberté, n'est qu'un recyclage de l'opposition antisémite et anti-judaïque, vieille comme le christianisme, entre le christianisme (la religion de l'intériorité, de l'amour, de la liberté, de l'esprit…) et le judaïsme (religion de la contrainte, de la loi, de l'extériorité, du rite, de la lettre)....



Rappelons aussi, parce que certains auraient tendance à l'oublier, que l'Occident, c'est la Liberté, l'Esprit, le Bien… et le reste, le Mal.




Dernière édition par Borges le Sam 7 Fév 2015 - 13:22, édité 1 fois
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Sam 7 Fév 2015 - 13:21

Le Même (le Bon), l'Autre (le Méchant); superbe passage dans le bouquin de Sartre sur Genet (projection et rivalité mimétique)


Sartre a écrit:


Et qui donc frappe-t-on sur le Juif " immonde, avare, sensuel, négateur " ? Soi-même ; sa propre avarice, sa propre luxure. Qui donc lynche-t-on, dans le Sud des U. S. A., pour avoir violé une Blanche ? Un Noir ? Non : soi-même encore. Le Mal est projection; je dirai même qu'il est à la fois le fondement et le but de toute activité projective. Quant au méchant, chacun a le sien : c'est un homme que sa situation met à même de nous présenter en plein jour et sous une forme objective les tentations obscures de notre liberté. Si vous voulez connaître un honnête homme, cherchez quels vices il hait le plus chez les autres : vous aurez les lignes de force de ses vertiges et de ses terreurs, vous respirerez l'odeur qui empeste sa belle âme.

(…)
Donc le méchant, c'est l'Autre. Fugace, habile, marginal, le Mal ne peut être saisi que du coin de l'œil et chez autrui. Jamais ce n'est plus sensible qu'en temps de guerre : nous ne connaissons l'ennemi que par comparaison avec nous-mêmes ; nous imaginons ses intentions d'après les nôtres, nous lui tendons les pièges où nous savons que nous tomberions à sa place et nous déjouons ceux que nous aurions tendus ; l'ennemi c'est notre frère jumeau, notre image dans la glace. Pourtant les mêmes conduites que nous jugeons bonnes quand elles sont nôtres nous semblent détestables quand elles sont siennes. Voilà le méchant par excellence : aussi est-ce pendant les guerres que l'homme de bien a la meilleure conscience ; c'est pendant les guerres qu'il y a le moins de fous. Malheureusement, on ne peut pas toujours se battre ; de temps en temps, il faut bien faire la paix. Pour le temps de paix, la société, dans sa sagesse, a créé, si j 'ose dire, des méchants professionnels . Ces « hommes de mal » sont aussi nécessaires aux hommes de bien que les filles de bordel aux honnêtes femmes : ils sont des abcès de fixation; pour un seul sadique, combien de consciences apaisées, clarifiées, tranquillisées. Aussi leur recrutement est-il très surveillé. Il faut, en effet, qu'ils soient méchants de naissance et sans espoir de changement. C'est pourquoi l'on choisit de préférence des hommes avec qui les membres honnêtes de la communauté n'entretiennent aucune relation de réciprocité, afin que ces méchants ne puissent s'aviser de nous rendre la monnaie de notre pièce et d'aller penser de nous ce que nous pensons d'eux. Et comme le Mal est  négation, séparation, désintégration, on ira chercher ses représentants naturels parmi les séparés et les séparatistes, parmi les refoulés inassimilables, indésirables. Sont candidats les opprimés et exploités de toute catégorie, les travailleurs étrangers, les minorités nationales et ethniques . Mais ce ne sont pas encore les meilleures recrues : il arrive, en effet, que ces gens s'organisent entre eux, s'éduquent et prennent conscience de leur race ou de leur classe; ils retrouvent alors par la haine le sens de la réciprocité et l'oppresseur incarne le Mal à leurs yeux tout comme ils l'incarnent aux yeux de l 'oppresseur. Heureusement il existe dans notre société des produits de désassimilation, des déchets : enfants abandonnés, " pauvres ", bourgeois déchus, « lumpenproletariat », déclassés de toute espèce, en un mot tous les misérables. Avec ceux-là nous sommes tranquilles : ils ne peuvent s'agréger à aucun groupement puisque personne ne veut d'eux; et, comme la solitude est leur lot, nous n'avons pas à craindre non plus qu'ils s'associent entre eux. C'est pourquoi, d'une manière générale, on leur donne la préférence.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Dim 8 Fév 2015 - 12:36

http://www.ujfp.org/spip.php?article3869

"Le Ministère de l’Éducation nationale en la personne de Najat Vallaud-Belkacem a assuré que seul le père avait été auditionné pour "instrusion dans l’établissement" mais que l’enfant n’avait jamais été poursuivi, ce qui est faux. Par ailleurs, les autorités ont tenté de salir la réputation du père en dirigeant une enquête sociale pour maltraitance sur ses enfants. Aucune déclaration, par contre, en ce qui concerne les violences physiques et morales avérées contre le petit Ahmed de la part du corps enseignant.

Cet acharnement à détruire la réputation de Ahmed et de son papa, au lieu de questionner les dysfonctionnements de l’établissement scolaire, en dit long sur le fossé énorme qui s’est creusé entre les propos officiels tenus par François Hollande qui appelait à ne pas faire d’amalgame et de stigmatisation, et la réalité du terrain."





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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par molécule le Sam 21 Fév 2015 - 22:35

Bonjour, Spectres.
Juste un merci pour des pages parmi les plus sensibles et intelligentes que j'ai pu lire sur les tueries de janvier.

molécule

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Ven 27 Fév 2015 - 20:00

[Le texte qui suit prend la forme d’une intervention de Jaurès à la Chambre des députés. Elle compile en réalité trois interventions différentes (en 1908, 1911, 1912) et quelques phrases extraites d’un discours de 1905 (à Limoges) et d’un article de 1912 (dans l’Humanité). Tous les propos que Jaurès y tient sont authentiques, comme sont également authentiques toutes les interventions des députés...]

JAURÈS : Messieurs,
Il paraît que les habitants des colonies sont une sorte de bétail innombrable et inférieur que les races blanches peuvent exploiter, décimer, asservir. Voilà un préjugé barbare, un préjugé d’ignorance, de sauvagerie et de rapine. Ces peuples sont composés d’hommes et cela devrait suffire ; mais ils sont composés d’hommes qui pensent, qui travaillent, qui échangent et qui ne sont pas résignés à subir indéfiniment les violences d’une Europe qui abusait de leur apparente faiblesse.
Aujourd’hui c’est d’Afrique, du Congo, du Maroc, que chaque jour nous arrivent des récits accablants sur les actions de nos soldats devenus de véritables mercenaires incontrôlés : assassinats sadiques, incendies de villages, pillages permanents, violations de sépultures...


VOIX : Monsieur Jaurès, en tant que Président de la Chambre, je dois vous le rappeler : Il n’est pas de soldat plus généreux et plus humain que le soldat français.

JAURÈS : Rassurez-vous, je ne l’ignore pas plus que Monsieur le Président du Conseil (nde : Clemenceau), qui écrivait il n’y a pas si longtemps, en parlant de la Chine : « On a tué, massacré, violé, pillé tout à l’aise, dans un pays sans défense ; l’histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence »

VOIX : Mais qu’est-ce que cela a à voir avec l’Afrique ?

JAURÈS : Il faut en tout cas espérer, Messieurs, que nos soldats s’attellent chaque jour, par leurs manières hautement généreuses, lorsqu’ils pacifient les populations africaines, à corriger ce que votre maître Tocqueville disait en 1847 : "Nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu’elle ne l’était avant de nous connaître."

VOIX : Ces Africains sont des fanatiques !

JAURÈS : Des fanatiques ?
Alors là, Messieurs, je ne comprends pas : quand un Français vous dit qu’il serait prêt à défendre, jusqu’à la dernière goutte de son sang, l’intégrité de son pays, vous le félicitez. Vous affirmez même que des hommes qui ne voudraient pas mourir pour leur pays seraient les derniers des lâches !
Mais quand ces hommes sont des Africains qui voient venir ce qui pour nous est la France, mais ce qui pour eux est l’étranger, qui voient venir des hommes en armes et des obus pleuvoir ; quand eux se défendent et défendent leur pays, vous les déshonorez du nom de fanatiques !
Ces hommes que vous insultez, messieurs, sont seulement aussi patriotes que vous. Et aussi attachés que vous à défendre leur pays et leur civilisation.

(Brouhaha fort)
Une fois de plus, c’est le préjugé d’ignorance qui vous mène. C’est à vous, à la France, à toute la France pensante, qu’il faudrait enseigner ce qu’est cette civilisation arabe que vous ignorez et méprisez, ce qu’est cette admirable et ancienne civilisation. À laquelle les pays européens, je dis bien les pays européens, viennent montrer le visage hideux de l’invasion et de la répression...
Ce monde musulman que vous méconnaissez tant, Messieurs, depuis quelques décennies prend conscience de son unité et de sa dignité. Deux mouvements, deux tendances inverses s’y trouvent : il y a les fanatiques, oui, il y a des fanatiques, qui veulent en finir par la crainte, le fer et le feu avec la civilisation européenne et chrétienne.


VOIX : Vous voyez bien que ce sont des sauvages !

JAURÈS : Alors, Monsieur, précisez-le : des sauvages qui veulent porter le fer et le feu contre une civilisation sauvage qui est venue à eux, qui est venue contre eux en portant le fer et le feu...
(Brouhaha très fort)
... il y a des fanatiques, mais il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux... Il y a toute une élite qui dit : l’Islam ne se sauvera qu’en se renouvelant, qu’en interprétant son vieux livre religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix.
Et c’est à l’heure où ce mouvement se dessine que vous fournissez aux fanatiques de l’Islam l’occasion de dire : comment serait-il possible de se réconcilier avec cette Europe brutale ? Avec cette France, qui se dit de justice et de liberté, mais qui n’a contre nous d’autres gestes que les canons et les fusils ?...
Oui, messieurs, si les violences auxquelles se livre l’Europe en Afrique achèvent d’exaspérer la fibre blessée des musulmans, si l’Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ?


VOIX : Ce n’est pas servir la patrie, Monsieur Jaurès, que de nous accuser de...

JAURÈS : C’est toujours servir la patrie que d’éviter que se renouvellent les blessures qu’elle a infligées à l’humanité et au droit. Que de l’amener à se demander quelles semences de colère, de douleur et de haine elle sème là-bas et quelle triste moisson lèvera demain...
Et, pourquoi ne pas l’avouer ? Quand un jour, après tout cet orage de violence et de meurtre, les plus clairvoyants, les plus généreux de ces Africains comprendront que la civilisation européenne ne se résume pas dans ces horreurs, quand ils essaieront de persuader leurs peuples meurtris de ne pas rester fermés à notre civilisation à cause des violences qui l’ont souillée, il faut ce jour-là qu’ils puissent dire qu’il y a des Français qui ont protesté pour le droit, contre la brutalité, contre le meurtre. C’est notre façon de servir la patrie.


montage : David Bernagout
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Ven 27 Fév 2015 - 21:38

Je me méfie de ce genre de montage (sans date et sans rappel des faits), même si la sincérité de l'internationalisme de Jaurès (qio était y compris à gauche une sensibilité politique minoritaire) fait qu'il a très bien pu être lucide sur le colonialisme et le racisme cullturel, à la fois implicite, commun et construit, qu'il induit. En Belgique, Vandervelde, le chef du parti socialiste à la même époque, était à la fois rapporteur efficace contre la politique de domination et de massacre par l'exploitation économique Léopold II, et colonialiste en ayant une représentation de l'Afrique comme déjà sous-développée et une idéologie du développement différencié qui prépare à la fois l'apartheid et un façonnage de la communauté et de l'espace directement dépendant de la promotion bureaucratique des colonisés par le pouvoir colonial. On retrouve cette ambiguïté plus tard chez Gide ou Merleau-Ponty à gauche.
Des montages permettent alors d'expliquer généalogiquement des idéologies opposées et  présenter comme naturelle cette opposition sans avoir aucun point de vue actuel sur elle ou bien transforment à la fois Jaurès (et d'ailleurs aussi la droite de l'époque) en prophètes et en boucliers.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Ven 27 Fév 2015 - 22:02

Tu as raison d'être méfiant. Cela dit, cette "lucidité" est quand même frappante. Et puis, ce montage a le mérite de nous rappeler le travail qui reste à faire : remonter aux origines du "système-monde" imposé par l'Occident à des peuples qui n'avaient rien demandé, et qui continuent d'être les premiers à souffrir de cette "idéologie du développement".
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Ven 27 Fév 2015 - 22:24

Cette histoire est en fait bien connue, mais n'intéresse pas grand monde. Les textes sur les explorations portugaises n'ont jamais été perdus, mais seuls les universitaires les lisent...
Il y a un très bon petit livre sur ce sujet: http://www.editionscosmopole.com/Fureur-et-barbarie,163


Il ya la part du travail historique, mais aussi la reconstruction idéologique (et millénariste) de l'histoire qui est quelque chose de différent et fonctionne à plein tube depuis l'année passée. Par exemple, j'ai récemment à deux reprises entendu la guerre de Yougouslavie être présentée comme un complot et/ou une ingérence américaine, par rapport à deux crises parallèles (au moyen-Orient, à cause de la Bosnie comme terre musulmane, et par rapport au monde slave et donc par extrapolation à la "politique" régionale de la Russie). Mais putain: je me souviens très bien de ce qui s'est passé en 1992 (où l'Allemagne et le reste de l'Europe reconnaissent séparément la Croatie et la prédominance serbe sur ce qui restait de la Yougouslavie comme en 1914 sans avoir besoin des Américains)  en 1995 à Sebrenica (où les forces de l'ONU se sont écrasées toute seule sans perte et ou le scandale était au contraire que Clinton et l'OTAN n'interviennent pas assez vite). Ce sont des mensonges, mais ressassées de manière aussi grossière cela peut créée une idée fausse chez des gens à peine plus jeunes que moi qui n'avaient qu'une dizaine d'années à l'époque.

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Message par Baldanders le Ven 27 Fév 2015 - 23:19

Les politiciens et les médias se sont tellement employés à réduire la géopolitique et l'économie à des oppositions binaires (démocratie/totalitarisme, Orient/Occident, libéralisme/étatisme, etc.) que ça a contaminé tout le monde.


Dernière édition par Baldanders le Sam 28 Fév 2015 - 0:55, édité 1 fois
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Ven 27 Fév 2015 - 23:28

Mais le domination n'est pas toujours le fait d'une hégémonie politique planifiée,. En Algérie, en Afrique centrale, et je crois en Irak il y avait des stratégies hégémoniques de la part des puissances européennes, mais en Afrique du Sud pas du tout (l'Apartheid survenant après l'indépendance de fait des minorités blanches, enracinée sur place, mais se pensan comme guardiennes de l'occident, et 50 ans plus tôt Cecil Rhodes, l'adminstrateur de tout un sous-continent, était au départ un investisseur privé). Ce n'est pas pour cela que cela a été moins violente, et que le préjugé racial était moins fort dans le second cas.  Et symétriquement cette reconnaissance ne peut être ni programmée ni décidée (il faudrait savoir quel en est le but, de qui elle doit procéder, sinon paradoxalement de l'état en crise)?


Dernière édition par Tony le Mort le Ven 27 Fév 2015 - 23:36, édité 1 fois (Raison : r)

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Ven 27 Fév 2015 - 23:45

Chirac a été plus droit et objectif que Mitterrand en reconnaissant la responsabilité de la France dans la persécution et 'lextermination des Juifs et la continuité de l'état collaboration active avec le nazisme en des termes clairs et bien pesés, mais pour autant cela n'a pas créé un contexte où la critique de l'antisémitisme et du complexe idéologique qui s'agrège autour de lui a diminué. C'est même plutôt le contraire, il l'a exposé en idéologie-prétexte cachant le démentelement des l'état social et la crise de la solidarité . Cette reconnaissance est moralement nécessaire, mais n'est pas l'essentiel.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Ven 27 Fév 2015 - 23:53

Un exemple: Chirac a été plus droit et objectif que Mitterrand en reconnaissant la responsabilité de la France dans la persécution et lextermination des juifs et la continuité de l'état et de la nation pendant la collaboration avec le nazisme, en des termes clairs et bien pesés, mais cela n'a pas créé un contexte où la critique de l'antisémitisme et du complexe idéologique qui s'agrège autour de lui a diminué. C'est même plutôt le contraire, en France il est devenu encore plus qu'avant un paravent pour des idéologies prétextuelles où la critique de la montée de l'indvidualisme et la défense des solidarités politiques et sociales (qui amène inévitablement un affrontement ou au moins une prise de position critique sur le pouvoir, l'éducation le capital et l'organisation du travail) est diluée par avance, sans d'ailleurs qu'il n'existe un soutien politique tangible aux Palestiniens de la part de ceux qui en font une "cause" (dans tous les sens du terme). Cette reconnaissance est nécessaire, mais n'est pas l'essentiel.

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Message par Baldanders le Dim 1 Mar 2015 - 13:37

Le témoignage d'une amie :

Lorsque je suis partie au Maroc, je savais que ce pays avait été un protectorat mais j'ignorais tout ce qui perdurait de cette "ancienne" et toujours renouvelée domination. Pour faire bref, si tu es marocain et que tu n'as pas étudié au Lycée français, que tu ne parles pas le français, c'est très difficile de trouver un travail. Avec l'arabisation de l'enseignement, et le maintien des études supérieures en français (sauf pour la littérature arabe et la théologie), les élèves des écoles publiques marocaines se retrouvent aujourd'hui encore dans une situation absurde : ils font toutes leurs études en arabe puis se retrouvent bloqués pour l'accès à l'emploi ou aux études par la maîtrise du français. La plupart de ceux qui ont des bons postes sont partis faire leurs études en France et parlent le français sans accent.

Parmi les Français installés au Maroc, les enseignants des écoles françaises, les retraités et parmi les nombreux touristes français, la plupart ont un revenu supérieur à la grande majorité des marocains. La différence de niveau de vie entre les deux pays jouent en leur avantage. Le smic marocain (qui n'est pas obligatoire, si, si) est de 250 euros environ. Un prof gagne entre 200 et 500 euros. Un flic 400.

Mais les salariés ne sont pas majoritaires au Maroc, beaucoup vivent de petits business informels. Celui qui a un salaire fait souvent vivre toute sa famille.

Donc, ce que les Marocains voient des Français est source de frustration : les Français et ceux qui parlent le français (la bourgeoisie de Casa, de Rabat et de Fès) sont ceux qui ont les moyens dans un pays où la grande majorité vit très modestement et à crédit.

A cette asymétrie des moyens s'ajoute l'asymétrie du droit de circulation. Les Français entrent au Maroc sans visa tandis que les Marocains n'obtiennent que très difficilement les visas, surtout s'ils sont jeunes(mis à part ceux qui ont fait l'école française, qui coûte 300 euros par mois).

L'État marocain accorde aux français le droit d'acheter de l'alcool, ce qui est théoriquement interdit aux marocains, le droit de manger en terrasse pendant le ramadan alors que c'est passible de prison pour les marocains.

Autant dire que le terreau de frustration et de fantasme sur cet ailleurs inaccessible mais qui occupe une place toujours très importante sur le territoire marocain est immense.

On ne mesure pas très bien non plus les séquelles de toutes les dernières guerres dans des pays musulmans : Palestine, Iraq, Afghanistan, Libye. Pour beaucoup de Marocains, il y a un acharnement du monde occidental contre les musulmans et Daesh, aussi fou que cela puisse paraître, représente un espoir, celui de voir aussi les autres souffrir. Même s'ils n'y adhèrent pas, ils n'y voient pas quelque chose de menaçant, car de leur point de vue, la barbarie est déjà là.

Et je dois dire que personnellement, si j'ai été choquée par les assassinats de Charlie et si je suis choquée par les éxécutions de Daesh, cela me ramène toujours à la même pensée. Nous avons la chance de vivre dans une petite bulle de paix et de relative prospérité au milieu d'un monde extraordinairement violent. Ce n'est pas seulement l'histoire coloniale qui nous amène ici, c'est le présent post-colonial.

Nous sommes censés être une démocratie, mais quand on lit les livres de Verchave sur la Françafrique ou les billets de l'association Survie, il y a de quoi douter des buts affichés par les gouvernements : ils luttent contre la barbarie quand ça leur chante mais ils peuvent aussi la soutenir ou la créer. La politique internationale est cynique.

J'ajoute que l'idéologie du progrès, du développement, l'invasion par les technologies et les images du monde occidental ont aussi des effets pervers : en induisant des changements de société très profonds, ils engendrent aussi des nostalgies et des fantasmes de retour à un passé fantasmé. Si en France ce retour à un passé fantasmé prend la forme du vote FN, retour à l'ancienne France, blabliblabla, au Maroc le passé fantasmé, c'est l'époque de l'islam non perverti...de l'islam puissant....

Au final, pour les déçus du progrès, du développement, Daesh incarne tout en même temps la revanche, le retour à l'ordre moral et au passé glorieux.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Dim 1 Mar 2015 - 13:58

Marrant, je pourrai prendre la plus part des points abordés par ton amie et les appliqués tel quel aux Comores.
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Message par Baldanders le Dim 1 Mar 2015 - 14:06

Si tu vis là-bas, il faut décrire, raconter.
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Message par wootsuibrick le Dim 1 Mar 2015 - 15:02

Je ne vis pas aux comores, j'y ait passé mon enfance et adolescence entre 5-16 ans, 
sinon j'y retourne au moins une fois par an. J'avoue que dire des généralités sur l'essence comorienne dans la relation islam/occident au vu du contexte actuel, ça me semble trop vaste.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Dim 1 Mar 2015 - 15:30

wootsuibrick a écrit:Je ne vis pas aux comores, j'y ait passé mon enfance et adolescence entre 5-16 ans, 
sinon j'y retourne au moins une fois par an. J'avoue que dire des généralités sur l'essence comorienne dans la relation islam/occident au vu du contexte actuel, ça me semble trop vaste.

Surtout pas de généralités ! Mais des détails, des histoires, des personnages, des faits...
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Message par wootsuibrick le Dim 1 Mar 2015 - 16:33

Je vais commencer par l'idée d'islam tel qu'elle fait polémique en France... 
Bah déjà perso, dans l'espace comorien, le voile intégrale (pas la burqa, plus niqab et une variante comorienne appellée shiromani, qui est généralement rouge avec de petits motifs blancs) j'ai connu ça chez les femmes de ma famille, agées ou jeunes parfois. ça ne m'a jamais semblé alienant... Il a fallut que j'écoute les discours soit-disant laïques de  Fourest et co, pour me poser la question en des termes problématiques. 
Puis en ce qui concerne "l'islamisme", ou plutôt le salafisme le plus rigoureux... aux comores c'est d'abord aussi beaucoup de jeunes qui reviennent de France, ou qui ont eu des échanges, cursus académiques ou autres dans des pays arabes. Les traditions comoriennes sont un mix de cultures animistes et islamiques, il y a une culture bantu et islamique qui se mêlent. Puis la tendance soufi de l'islam est aussi très forte aux Comores. J'ai un arriére grand-père qui était un mystique soufi (El Maarouf), qui a répandu sa tradition mystique jusqu'à Madagascar. Déjà l'islam n'a pas un visage aux Comores ensuite les questions du salafisme sont perçues comme extérieures à la dynamique sociale comorienne. Y a une forte mixité dans l'espace public, dans les taxis femmes et hommes sont les uns sur les autres, aucune pudeur dans la parole, j'étais assez surpris que ça cause cul dans le taxi hyper spontanément... En ce qui concerne le travail beaucoup de femmes ont des postes influents que ce soit dans le gouvernements  ou dans les organismes internationaux "unicef" etc. Enfin bref... 

Le shiromani 
http://archipelcomores.skyrock.com/129147281-Femme-comorienne-couverte-d-un-shiromani.html
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Dim 1 Mar 2015 - 16:58

Ensuite le salafisme, comme je disais souvent c'est un salafisme français... des exemples concrets dans ma famille, c'est ces gamins qui rentrent au pays et font la critique de la pratique de l'islam qu'ont leurs ainés. Pratique de l'islam et pratique sociale... le courant salafiste tel qu'il se manifeste dans l'espace public, a par exemple tendance à critiquer l'institution du Anda, ou Grand Mariage. Qui est une institution de type villageoise. C'est une cérémonie de mariage qui se fait à l'échelle communautaire et fait rentrer les époux au grade de notables. Elle demande beaucoup de moyens et n'est pas juste un "mariage"... le mariage lui, l'institution qui permet la vie commune entre un homme et une femme est souvent religieux, c'est un caddi qui unie les époux. Enfin, pour en revenir à la tendance salafiste qui fait une critique du Anda (Grand Mariage), cette critique n'est pas neuve, elle était déjà très forte suite à l'indépendance... et était portée par des tendances révolutionnaires de la société comorienne... Donc le salafisme est souvent perçu comme menaçant cette norme forte de la société comorienne... Et cette menace semble venir de l'extérieur de la société comorienne...


Dernière édition par wootsuibrick le Dim 1 Mar 2015 - 17:00, édité 1 fois
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Dim 1 Mar 2015 - 17:00

Il y a beaucoup de Français aux Comores ? Où, comment vivent-ils ? Et comment les Comoriens voient-ils la France ?
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Dim 1 Mar 2015 - 17:03

Euh... c'est très compliqué, beaucoup de comoriens sont français en faite. (beaucoup de bi-nationaux) 
Tu dois parler des blancs, quand tu dis français?
Bah la France c'est l'ancien colon, dans l'imaginaire politique comorien, ancien colon qui passe son temps à déstabiliser le pays depuis Bob Denard... 
Il y a surtout des coopérants et enseignants blancs de l'école française... peu de français installés pour d'autres raisons.
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