La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Ven 16 Jan 2015 - 14:32

Finkielkraut: «Une bataille s'est engagée entre le parti du sursaut et le parti de l'Autre»

Quand je parlais de l'extrême droitisation des intellectuels juifs médiocres (certains sont au niveau des islamistes les plus tarés; rien ne les en distingue, si on excepte la rhétorique euphémisante de leur haine ),  y a pas de plus bel exemple que ce renversement de la pensée de Levinas, qui se préparait depuis longtemps. On avait souvent parlé sur ce forum de la transformation de l'altérité, du passage du bon autre au mauvais autre; au fond, le terme même était gros de ce renversement, de cette transformation. L'Autre est toujours un pharmakon, vu depuis le Même.  

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Sam 17 Jan 2015 - 4:15

Apparemment va falloir renvoyer la nation entière en cours de philo de terminale :



"Pas d'amalgame" ?

 

Mes élèves m'ont ensuite posé la question des causes profondes de ces événements.

 

A émergé, dans les échanges collectifs, l'idée que si l'on partait du principe que les terroristes avaient commis un acte qui n'avait rien à voir avec l'Islam mais qui ressortait d'une idéologie politique ultra violente, alors chercher à prévenir le terrorisme en voulant réformer l'Islam était absurde.

 

Les capacités d'analyse logique de mes élèves devraient être mises au service de la République... et des éditorialistes qui depuis la semaine dernière se demandent comment "guérir" l'Islam de l'intérieur. 

 

Une élève a alors posé la question de savoir quelles étaient les vraies causes de cette violence, se demandant ce qui poussait certains individus à adhérer à des idéologies terroristes, ayant donc bien compris que le vrai problème n'était pas l'idéologie qui servait de support au passage à la violence, mais les causes sociales et profondes de cette adhésion à une idéologie prônant la violence.

 

Les élèves ont très bien identifié que l'absence d'interrogations politiques sur ces causes effectives sociales et la focalisation sur la cause occasionnelle "religion" était la réalisation du fameux "amalgame" que l'ensemble du spectre politique disait pourtant rejeter.

 

Une autre élève a d'ailleurs souligné avec pertinence que si le Front National disait lui-même refuser cet amalgame, cette profession de foi du "pas d'amalgame" n'avait plus grande valeur. Un autre a également demandé si la terminologie "islamiste", pour désigner une idéologie qui n'avait rien à voir avec l'Islam même si elle s'en réclamait, ne sous-entendait pas un lien de continuité entre l'Islam et l'islamisme, le premier n'étant que la version "modérée", édulcorée du second.

 

Un quatrième a ajouté que dans la même veine, l'idée que les musulman-e-s devraient se désolidariser des actes terroristes sous-entendait que par défaut les musulman-e-s seraient potentiellement solidaires, ce qui participait du même fameux amalgame que tout le monde dit rejeter, tout en le reconduisant sans cesse.

 

"Justice a été rendue" ?

 

Puis mes élèves m'ont également fait part de leur perplexité face à certaines expressions employées par la presse ou par des hommes politiques :

 

- "Madame, dire que les terroristes, sont des "monstres", des "barbares", c'est dire qu'on ne peut pas comprendre ce qui les a conduit à agir ainsi ?"

 

- "En disant cela, on fait comme si ce n'étaient pas vraiment des humains, comme s'ils ne faisait pas pas partie de notre société, et on ne se donne pas les moyens de comprendre, on ne prend pas nos responsabilités".

 

Plusieurs se sont souvenus d'un cours sur Hannah Arendt à propos d'"Eichmann à Jérusalem" et ont rappelé que comprendre les causes d'actes moralement injustifiables ne conduisait pas à excuser ces actes, mais qu'au contraire, c'était une manière de prendre ses responsabilités en réfléchissant à comment prévenir, à l'avenir, ce genre d'actes.

 

Il a alors semblé urgent aux élèves que l'Etat se pose les bonnes questions et agisse sur les vraies causes de cette violence, sans la rejeter dans l'altérité radicale du barbare, ni celle de l'Islam ou encore celle de l'immigration.

 

Un élève me demande en effet : "Vous pensez qu'ils vont vraiment prendre leur responsabilités et vraiment chercher les vraies causes, Madame ?".

 

Il a souligné que le fait que les terroristes soient morts étaient "une perte pour nous tous", puisque les interroger auraient permis de mieux comprendre leur parcours, de mieux saisir ce qui les avait conduit là. Un deuxième s'est aussi indignée que le "Figaro" puisse titrer : "Justice a été rendue", puisqu'il lui semblait clair que la justice c'était un procès, un jugement, une peine, le tout conformément aux lois.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1307216-je-suis-charlie-ou-pas-disent-mes-eleves-de-lycee-ils-ont-raison-de-s-interroger.html

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Sam 17 Jan 2015 - 4:21

Quelques réactions virulentes à l'article : 

On passera vite sur la forme, décousue, et sur le très faible niveau de l'argumentation, qui sont tout deux indignes d'une enseignante du secondaire, pour pointer le fait que les ennemis de la République ont des complices au sein même de l'Etat, et que Mme Leray en fait hélas partie.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Sam 17 Jan 2015 - 5:41

Possibilité d'une extension du domaine de la connerie inquiétante. On ne sait que choisir:


Le rabbin de Bruxelles Menachem Margolin, président de la fédération européenne d'associations juives (EJA), a appelé les différents ministres de l'Intérieur européens à modifier la législation sur les armes afin de permettre aux membres de la communauté juive de porter des armes. L'annonce a été publiée mardi dernier sur le site de l'EJA en réaction aux attentats perpétrés à Paris tout comme "à l'augmentation des attaques anti-sémites à travers l'Europe". Menachem Margolin estime "qu'un maximum de Juifs doivent pouvoir disposer d'une arme" dans le but "essentiel" de protéger leur communauté. Le président de l'EJA demande également une "formation" au maniement des armes "afin de pouvoir protéger les membres (de la communauté juive) contre une éventuelle attaque terroriste." Les armes seraient toutes enregistrées légalement afin de permettre leur supervision par les autorités, assure-t-il.

Le rabbin souligne qu'il ne demande pas l'autorisation de se munir "d'armes lourdes de guerre", mais bien d'"armes à feu", de type revolver, de façon à ce que "chacun puisse en avoir une dans sa poche".

http://www.dhnet.be/actu/faits/le-rabbin-de-bruxelles-demande-que-les-juifs-puissent-s-armer-le-ccojb-juge-l-idee-ridicule-54b8f5ad35703897f83ca17b



L'UMP Eric Ciotti propose quant à lui de rétablir la loi qui porte son nom et qui permettait de priver d'allocations les parents d'enfants délinquants ou absentéistes. Il suggère de supprimer les allocations familiales des enfants qui refuseraient de chanter l'hymne national



proposition des jeunes de la « droite populaire », mais aussi de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) de rouvrir le bagne de Cayenne, en Guyane française, pour y détenir les terroristes. Une proposition radicale, qui reviendrait à une sorte de Guantanamo à la française, et que personne ne prend au sérieux.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/15/antiterrorisme-la-foire-aux-idees-politiques_4557231_4355770.html#lcVuJmbe074qX8Hf.99


Daniel Schneidermann ("Arrêt sur images", aka le site-mag, devenu morne plaine, et qui "décrypte" absolument plus rien des "médias", étant progressivement devenu lui-même un média-standard à décrypter) toujours plus décevant ou de plus en plus c..., s'énerve au sujet de F. Lordon (qui venait régulièrement parler sur ASI, époque révolue) :

http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/14/libe-fait-pub-accueillant-charlie-tres-drole-frederic-lordon-257081


Comme rue89 d'ailleurs, qui est devenu une sorte de pulp mag trend tendances pour cadres d'entreprise, aussi utile que Cosmopolitan, Flair-Hebdo ou Jardins & loisirs...




" L’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule " (Lordon)


... La gueule d'un roman de Philip K Dick période dépressive sous amphets. Là où il est le plus drôle. Donc, faut pas se priver de rire.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Sam 17 Jan 2015 - 13:27

Moi, j'ai la solution pour sortir de tout ça :  faut  terroriser les musulmans à tel point qu'ils n'oseront plus bouger le petit doigt, il faut les réduire à une non-existence séparée, dans des ghettos,  les réduire à la situation des Juifs dans les pays de l'Est, avant l'extermination nazie; et de temps en temps, on lance un pogrom conduit par des rabbins d'extrême droite, pour ajouter une touche drôle et afin que l'on ne confonde pas les deux situations.

On relira avec profit " La bête et le souverain" de Derrida, le volume 1 : "Le corrélat passionnel, l'affect essentiel de la loi, c'est la peur. Et comme il n'y a pas de loi sans souveraineté, il faudra dire que la souveraineté appelle, suppose, provoque la peur, comme sa condition de possibilité, mais aussi comme son effet majeur. La souveraineté fait peur, et la peur fait le souverain. "  (Derrida commentant Hobbes)

Seul celui qui terrorise peut réellement être souverain. Dans sa lutte contre la bête, toujours fantasmée, inventée, affabulée, par des récits et des images,  le souverain doit se faire plus bête  qu'elle, plus fou, plus incontrôlable, plus sauvage… Il doit semer la panique. Ce n'est qu'à cette condition qu'il sera pris au sérieux. Toutes les voix, que l'on juge extrêmes, qui se font entendre un peu partout, de manière plus ou décomplexée comme on dit,  ne sont que les effets fantasmés de cette image, de cette idée, de cet affect de la bête souveraine, du souverain bête, de la souveraineté bête ou de la souveraineté de la bête. Toujours, on trouvera quelqu'un pour dire que la Bête n'est pas assez souveraine, pas assez bête, dans tous les sens du mot. Quand la situation devient critique, quand la situation est jugée critique, jugée, c'est-à-dire à la fois décrite et performée comme critique,  le souverain doit, pour se montrer dans toute sa souveraineté, renoncer à la culture, aux lois, au droit,  revenir à l'Etat de nature et se jeter sur l'une ou l'autre bête, sans défense…

Ce ne sont pas les terroristes qui font peur, ils ne sont pas assez souverains pour ça,  leur action est très limitée, très circonscrite, aussi terrible soit-elle; à eux seuls, ils n'auraient jamais la capacité médiatique et politique d'atteindre l'ensemble de la planète; au mieux, ils posteraient leurs monstruosités sur le Net, sans que grand monde le sache, en soit conscient. Pour que cette horreur se montre dans toute sa monstruosité, pour qu'elle envahisse nos esprits, nos affects, nos psychés à un tel point il faut la capacité de faire savoir, de faire-savoir, et le savoir-faire politico- médiatico -policiers de ceux qui sont censés lutter contre elle...

J'aime beaucoup l'expression de Derrida à propos de la destruction des deux Tours  : les images, dit-il, ne suivent pas l'événement, ne sont pas les effets de la destruction, et de la terreur, elles appartiennent au même temps, elles sont contemporaines, elles font l'événement, elles le coproduisent. Il s'agit d'une coproduction. C'est pourquoi les concepts de manipulation, récupération, complot ne suffisent pas.



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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Sam 17 Jan 2015 - 13:40

Le courageux Michel Onfray est pour un Patriot Act, à la française, s'agit pas d'imiter les américains :  "Moi par exemple, je n'ai pas grand-chose à me reprocher"


Ca me fait penser à ce qu'écrivait Jankélévitch sur l'Occupation, la résistance, et la libération.

Quelques extraits terribles :

Jankélévitch a écrit:Si nombreuses qu’ eussent été les victimes du nazisme, elles ne représentèrent jamais que des « catégories » : les Juifs, les militants de gauche, les combattants, les francs-maçons, etc. ; la masse bourgeoise n’était pas concernée. Ce fut un des thèmes ordinaires de la propagande « franzose », de ses affiches et de ses tracts : les Allemands n’en veulent qu’aux méchants et aux métèques ; ceux qui n’ont rien à se reprocher, c’est-à-dire l’immense majorité de ce pays, les honnêtes gens, les Français de naissance, les privilégiés de la bonne conscience et de la nationalité-à-titre-originaire, ceux-là n’ont rien à craindre d’un ennemi aussi correct que chevaleresque.

Pour ceux qui virent la France occupée non pas à travers l’imagerie de New York ou de Londres, mais, comme nous autres, du fond du bocal nauséabond, il est clair qu’en dehors des masses populaires et d’une élite héroïque, désintéressée et convaincue, la bourgeoisie s’est ralliée à la Résistance sous la pression des trois facteurs suivants :

Les premiers grands revers de l’armée allemande à la fin de 1942, et notamment Stalingrad qui conjura le mythe de l’invincibilité germanique (…) À la même époque, la dissolution brutale de l’« armée de l’armistice » (…). Le service du travail obligatoire enfin et surtout, qui pour la première fois intéressa à la Résistance la masse des jeunes bourgeois sans distinction. Jusque-là, la « Résistance » n’était qu’une opinion politique, celle qui groupait dans l’action clandestine les Juifs par nécessité, les patriotes par vocation, les militants de gauche par conviction antifasciste, et, bien entendu, les métèques, tous terroristes de naissance.

La France est toujours restée le pays de la république-à-une-voix-de-majorité, et sa minorité antidémocratique le lui fait bien sentir. Il y a dans ce pays de classes moyennes une bourgeoisie nombreuse et très évoluée qui a manifesté sa vitalité en mille circonstances et su, en changeant d’étiquette, se réadapter aux situations les plus critiques ; survivant aux révolutions et aux catastrophes, elle forme un bloc à peu près incompressible dont la consistance représente, sous les remous apparents de la vie politique, un élément de stabilité extraordinaire. Jusqu’en 1933, cette bourgeoisie avait été, en paroles, traditionnellement nationaliste et germanophobe. Mais à partir du moment où l’Allemagne devint hitlérienne, l’instinct de classe l’emportant sur le réflexe national et le sentiment de la défense sociale sur le patriotisme, le nationalisme français découvrit tout naturellement un allié en celui que le vieux patriotisme classique et cocardier, de Déroulède à Barrès et Poincaré, regardait comme l’ennemi héréditaire ; le danger mortel que le pangermanisme nazi faisait courir à la France passait désormais après le danger que la Russie soviétique faisait courir aux privilèges de la bourgeoisie internationale ; la menace que l’ennemi « héréditaire » dirigeait contre l’existence même de la nation était de peu d’importance auprès du concours que cet ennemi apporterait un jour contre le seul ennemi essentiel, l’ennemi des coffres-forts et des privilèges sociaux.


On s’étonnera moins, après cela, de la facilité avec laquelle la France s’est laissé frustrer des fruits de la Libération. L’impureté des mobiles patriotiques, la demi-volonté de la victoire, l’absence de toute conviction ferme, le caractère fortuit et tardif de la conversion à la bonne cause préparaient une fois de plus l’escamotage de la révolution par la bourgeoisie. Si la pression anglo-saxonne a tant contribué, depuis 1944, à précipiter cet escamotage, c’est sans doute parce qu’il n’y avait presque rien à escamoter. Tout a été fait à partir de cette époque pour rapetisser la Libération, pour réduire ce qui aurait dû être l’effondrement du fascisme international aux proportions d’une simple victoire sur l’Allemagne (…) Celui qui fut le libérateur de la France s’offrit de lui-même, et ceci dès le premier jour de l’insurrection nationale, à en être l’étouffoir et l’éteignoir ; la crainte qu’on n’allât trop loin et que la démocratie ne prît trop au sérieux sa propre victoire prit immédiatement le pas sur toute autre préoccupation ; l’horreur avec laquelle on se mit à parler des « rouges », de la « république de Toulouse » et des FFI effaça bien vite chez les bourgeois le souvenir des atrocités hitlériennes – en admettant que tout ce beau monde si convaincu des « atrocités » yougoslaves ait jamais vraiment cru à Oradour et aux camps d’extermination. Quand ils eurent compris que décidément il ne se passerait rien, que la Libération enfin neutralisée, avachie, rendue anodine et insignifiante finirait en queue de poisson, nos Versaillais respirèrent ; ils avaient enfin retrouvé leur ennemi essentiel qui, pour n’être pas « héréditaire », n’en était pas moins l’ennemi numéro un : le communisme ; enfin l’on retrouvait le droit de parler ouvertement du Komintern, comme aux temps heureux du docteur Goebbels et de l’exposition « Le bolchevisme contre l’Europe ». Tout rentrait dans l’ordre. La sainte alliance contre l’URSS, voilà ce que, pour tout renouvellement, la France s’est offert à elle-même. Les amis du docteur Goebbels se sont donc vite remis de leur frayeur.


Dernière édition par Borges le Dim 18 Jan 2015 - 12:08, édité 1 fois

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par GM le Dim 18 Jan 2015 - 11:42

Salut Borges, merci pour cet extrait. Pour ceux qui, comme moi, qui n'ont jamais lu Jankélévitch, peux-tu nous dire de quel ouvrage est titré ce texte ?

GM

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Dim 18 Jan 2015 - 12:39

Hi, GM.

C'est des passages extraits, assez sauvagement, de "L'imprescriptible" (recueil de plusieurs textes); le thème du texte central, c'est le refus du pardon officiel à l'Allemagne nazie; c'est d'une violence assez hallucinante, mais compréhensible... Après les crimes nazis, VJ a rejeté une grande partie de la culture allemande...





"Le pardon ! Mais nous ont-ils jamais demandé pardon ? C’est la détresse et c’est la déréliction du coupable qui seules donneraient un sens et une raison d’être au pardon. Quand le coupable est gras, bien nourri, prospère, enrichi par le « miracle économique », le pardon est une sinistre plaisanterie. Non, le pardon n’est pas fait pour les porcs et pour leurs truies."


"Qu’un peuple débonnaire ait pu devenir ce peuple de chiens enragés, voilà un sujet inépuisable de perplexité et de stupéfaction. On nous reprochera de comparer ces malfaiteurs à des chiens ? Je l’avoue en effet : la comparaison est injurieuse pour les chiens. Des chiens n’auraient pas inventé les fours crématoires, ni pensé à faire des piqûres de phénol dans le coeur des petits enfants…"


"La bonne conscience des Allemands d’aujourd’hui a quelque chose de stupéfiant. Les Allemands sont un peuple « irrepenti ». Si l’Allemagne semble avoir changé de visage, c’est parce qu’elle a été frappée à mort à Stalingrad, parce que les Russes ont pris Berlin, parce que les Alliés ont débarqué en Normandie et les Forces françaises libres en Provence ; sans les blindés de Joukov, de Patton et de Leclerc, l’Allemagne serait encore hitlérienne, et le nazisme triomphant régnerait dans toute l’Europe sur les cendres des martyrs. Qu’en eût-il été des peuples piétinés et asservis si les chiens enragés de l’Europe avaient eu l’eau lourde avant les Alliés ? Le repentir allemand, il s’appelle Stalingrad ; il s’appelle la percée d’Avranches, il s’appelle la Défaite ! C’est un repentir militaire ; et c’est aussi un repentir commercial au nom des affaires, un repentir diplomatique au nom de la raison d’État ; la contrition n’y est pour rien… L’Allemagne a prorogé de cinq ans la prescription comme elle a accordé des réparations à Israël ou offert des indemnités aux spoliés, – parce que c’était son intérêt du moment, parce qu’elle cherche à « se dédouaner » : sous la pression de l’opinion démocratique européenne et de la Résistance unie, elle a offert en effet cette rallonge dérisoire du délai prescriptif, niais après combien d’atermoiements et de lamentables marchandages !"








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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Dim 18 Jan 2015 - 12:50

Perspective très intéressante :



Reflections on the recent Paris Massacre and Zionism By Uri Avnery a écrit:Apparently, there is a lot of anti-Semitism in France and other European countries, though probably far less than Islamophobia. But the fight between Jews and Arabs on French soil has little to do with anti-Semitism. It is a struggle imported from North Africa.

When the Algerian war of liberation broke out in 1954, the Jews there had to choose sides. Almost all decided to support the colonial power, France, against the Algerian people.

That had a historical background. In 1870, the French minister of justice, Adolphe Cremieux, who happened to be a Jew, conferred French citizenship on all Algerian Jews, separating them from their Muslim neighbors.

The Algerian Liberation Front (FLN) tried very hard to draw the local Jews to their side. I know because I was somewhat involved. Their underground organization in France asked me to set up an Israeli support group, in order to convince our Algerian co-religionists. I founded the “Israeli Committee For A Free Algeria” and published material which was used by the FLN in their effort to win over the Jews.

In vain. The local Jews, proud of their French citizenship, staunchly supported the colonists. In the end, the Jews were prominent in the OAS, the extreme French underground which conducted a bloody struggle against the freedom fighters. The result was that practically all the Jews fled Algeria together with the French when the day of reckoning arrived. They did not go to Israel. Almost all of them went to France. (Unlike the Moroccan and Tunisian Jews, many of whom came to Israel. Generally, the poorer and less educated chose Israel, while the French-educated elite went to France and Canada.)

What we see now is the continuation of this war between Algerian Muslims and Jews on French soil. All the four “French” Jews killed in the attack had North African names and were buried in Israel.

Not without trouble. The Israeli government put great pressure on the four families to bury their sons here. They wanted to bury them in France, near their homes. After a lot of haggling about the price of the graves, the families finally agreed.

It has been said that Israelis love immigration and don’t love the immigrants. That certainly applies to the new “French” immigrants. In recent years, “French” tourists have been coming here in large numbers. They were often disliked. Especially when they started to buy up apartments on the Tel Aviv sea front and left them empty, as a kind of insurance, while young local people could neither find nor afford apartments in the metropolitan area. Practically all these “French” tourists and immigrants are of North African origin.

When asked what drives them to Israel, their unanimous answer is: anti-Semitism. That is not a new phenomenon. As a matter of fact, the vast majority of Israelis, they or their parents or grandparents, were driven here by anti-Semitism.

The two terms – anti-Semitism and Zionism – were born at almost the same time, towards the end of the 19th century. Theodor Herzl, the founder of the Zionist movement, conceived his idea when he was working in France as a foreign correspondence of a Viennese newspaper during the Dreyfus affair, when virulent anti-Semitism in France reached new heights.  (Anti-Semitism is, of course, a misnomer. Arabs are Semites, too. But the term is generally used to mean only Jew-haters.)

Later, Herzl wooed outspoken anti-Semitic leaders in Russia and elsewhere, asking for their help and promising to take the Jews off their hands. So did his successors. In 1939, the Irgun underground planned an armed invasion of Palestine with the help of the profoundly anti-Semitic generals of the Polish army. One may wonder if the State of Israel would have come into being in 1948 if there had not been the Holocaust. Recently, a million and a half Russian Jews were driven to Israel by anti-Semitism.

Zionism was born at the end of the 19th century as a direct answer to the challenge of anti-Semitism. After the French revolution, the new national idea took hold of all European nations, big and small, and all of the national movements were more or less anti-Semitic.

The basic belief of Zionism is that Jews cannot live anywhere except in the Jewish State, because the victory of anti-Semitism is inevitable everywhere. Let the Jews of America rejoice in their freedom and prosperity – sooner or later that will come to an end. They are doomed like Jews everywhere outside Israel.

The new outrage in Paris only confirms this basic belief. There was very little real commiseration in Israel. Rather, a secret sense of triumph. The gut reaction of ordinary Israelis is: “We told you so!” and also: “Come quickly, before it is too late!”

I have often tried to explain to my Arab friends: the anti-Semites are the greatest enemy of the Palestinian people.

https://zcomm.org/znetarticle/reflections-on-the-recent-paris-massacre-and-zionism/


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par GM le Dim 18 Jan 2015 - 13:48

Borges a écrit:
Hi, GM.

C'est des passages extraits, assez sauvagement, de "L'imprescriptible" (recueil de plusieurs textes); le thème du texte central, c'est le refus du pardon officiel à l'Allemagne nazie; c'est d'une violence assez hallucinante, mais compréhensible... Après les crimes nazis, VJ a rejeté une grande partie de la culture allemande...





"Le pardon ! Mais nous ont-ils jamais demandé pardon ? C’est la détresse et c’est la déréliction du coupable qui seules donneraient un sens et une raison d’être au pardon. Quand le coupable est gras, bien nourri, prospère, enrichi par le « miracle économique », le pardon est une sinistre plaisanterie. Non, le pardon n’est pas fait pour les porcs et pour leurs truies."


"Qu’un peuple débonnaire ait pu devenir ce peuple de chiens enragés, voilà un sujet inépuisable de perplexité et de stupéfaction. On nous reprochera de comparer ces malfaiteurs à des chiens ? Je l’avoue en effet : la comparaison est injurieuse pour les chiens. Des chiens n’auraient pas inventé les fours crématoires, ni pensé à faire des piqûres de phénol dans le coeur des petits enfants…"


"La bonne conscience des Allemands d’aujourd’hui a quelque chose de stupéfiant. Les Allemands sont un peuple « irrepenti ». Si l’Allemagne semble avoir changé de visage, c’est parce qu’elle a été frappée à mort à Stalingrad, parce que les Russes ont pris Berlin, parce que les Alliés ont débarqué en Normandie et les Forces françaises libres en Provence ; sans les blindés de Joukov, de Patton et de Leclerc, l’Allemagne serait encore hitlérienne, et le nazisme triomphant régnerait dans toute l’Europe sur les cendres des martyrs. Qu’en eût-il été des peuples piétinés et asservis si les chiens enragés de l’Europe avaient eu l’eau lourde avant les Alliés ? Le repentir allemand, il s’appelle Stalingrad ; il s’appelle la percée d’Avranches, il s’appelle la Défaite ! C’est un repentir militaire ; et c’est aussi un repentir commercial au nom des affaires, un repentir diplomatique au nom de la raison d’État ; la contrition n’y est pour rien… L’Allemagne a prorogé de cinq ans la prescription comme elle a accordé des réparations à Israël ou offert des indemnités aux spoliés, – parce que c’était son intérêt du moment, parce qu’elle cherche à « se dédouaner » : sous la pression de l’opinion démocratique européenne et de la Résistance unie, elle a offert en effet cette rallonge dérisoire du délai prescriptif, niais après combien d’atermoiements et de lamentables marchandages !"




Wow ! En effet. Ca fera un contrepoint très net avec mes récentes lectures de l'Espèce humaine d'Antelme et du Coeur conscient de Bettelheim... Merci.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Dim 18 Jan 2015 - 14:38

Si on se demande quoi lire en ce moment, il faut fouiller dans les cendres :

Le 9 mai 1933, chaque université allemande reçoit une circulaire destiné au corps étudiant, contenant une série de « déclarations du bûcher » qui permettront d'uniformiser le déroulement symbolique des auto-da-fé du lendemain. Les mêmes phrases seront prononcées dans tout le pays au moment où les représentants des étudiants jetteront dans le brasier les ouvrages qui représentent la littérature « honteuse et ordurière. » Le procédé permet d'insister sur la nature symbolique de l'auto-da-fé en lui conférant le caractère d'un rituel. Les signataires de la circulaire sont Gerhard Krüger (permanent du parti National-socialiste), la DSt, et Hans-Karl Leitstritz, chef de l'administration :

« Comme base du déroulement symbolique de la mise au bûcher on utilisera la sélection fournie ci-dessous et le représentant des étudiants restera aussi proche que possible de sa formulation en composant son allocution. Étant donné que pour des raisons pratiques il ne sera pas toujours possible de brûler tous les livres, il conviendra de se limiter aux ouvrages donnés dans la sélection pour choisir ceux qui seront nommément jetés dans les flammes. Cela n'empêchera pas qu'un grand nombre d'ouvrages finisse sur le bûcher. Chaque organisateur a toute liberté de faire là-dessus comme bon lui semble. »

« 1er récitant : Contre la guerre des classes et le matérialisme, pour la communauté nationale et un idéal de vie ! »
« Je jette dans les flammes les écrits de Marx et de Kautsky. »

« 2e récitant : Contre la décadence et la corruption morale, pour l'éducation et la tradition au sein de la famille et de l'état ! »
« Je jette aux flammes les écrits de Heinrich Mann, Ernst Glaeser et Erich Kästner. »

« 3e récitant : Contre les coups bas idéologiques et la trahison politique, pour le don de soi au peuple et à l'état !»
« je donne aux flammes les écrits de Friedrich Wilhelm Foerster. »

« 4e récitant : Contre la valorisation excessive de la vie pulsionnelle qui dégrade l'âme, pour la noblesse de l'âme humaine !»
« Je jette aux flammes les écrits de Sigmund Freud. »

« 5e récitant : Contre la falsification de notre histoire et la dévalorisation de ses grandes figures, pour le respect de notre passé, »
« je jette aux flammes les écrits d'Emil Ludwig et de Werner Hegemann. »

« 6e récitant : Contre le journalisme étranger au peuple et marqué par la judéo-démocratie, pour une participation consciente et responsables à l'œuvre de construction nationale ! »
« je jette aux flammes les écrits de Theodor Wolff et Georg Bernhard. »

« 7e récitant : Contre la trahison littéraire visant les combattants de la première guerre mondiale, pour l'éducation du peuple dans un esprit qui lui permette de prendre les armes pour sa défense »
« Je jette aux flammes les écrits d'Erich Maria Remarque. »

« 8e récitant : Contre la dénaturation barbare de la langue allemande, pour la protection du bien le plus précieux de notre peuple ! »
« Je jette aux flammes les écrits d'Alfred Kerr. »

« 9e récitant : Contre l'impudence et l'affectation, pour le respect et la vénération de l'immortel esprit du peuple allemand ! »
« Dévorez aussi, Ô flammes, les écrits de Tucholsky et de Ossietzky ! »

Source : Wikipédia

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Dim 18 Jan 2015 - 22:48

Sur le divorce entre la gauche intellectuelle laïcarde et les quartiers populaires.

Louis Jésu a écrit:On comprend alors mieux pourquoi, chez bon nombre de ces enfants de l’immigration et des cités, la moindre critique qui touche à l’islam est perçue comme une critique de leur être social dans sa globalité. D’autant plus que, pour beaucoup, l’affirmation musulmane est la seule identité positive disponible puisque la mémoire coloniale et ouvrière de leurs parents est celle de l’humiliation, qu’ils subissent des discriminations croissantes dans l’accès à l’emploi stable et que « les valeurs du hip-hop » ont échoué à fédérer culturellement les jeunes des cités au tournant des années 90. Le rap, en tant que musique majoritairement pratiquée par adolescents et jeunes adultes issus des quartiers populaires, est un espace usuel d’expression de cette affirmation. Et les canaux d’expression traditionnels ont perdu de leur centralité avec la désertification politique des quartiers par la gauche et par l’éducation populaire. Beaucoup de rappeurs, qu’ils soient ou non de confession islamique, partagent l’hypersensibilité de leurs pairs (copains d’enfance, voisins, collègues) sur cette question, comme la phrase de Nekfeu en atteste. Chez eux, comme l’écrivait le sociologue Philippe Bourgeois au sujet des enfants d’ouvriers portoricains des ghettos de East Harlem, « la quête du respect s’est métamorphosée en crainte de l’irrespect ».

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Mar 20 Jan 2015 - 19:29

Il est intéressant et marrant cet article.

Ruth Grosrichard a écrit:En ce sens, les musulmans pour qui le Prophète est inimitable parce qu’il n’a pas d’égal, ne pourraient-ils pas simplement hausser les épaules et dire - en toute logique et en toute sagesse - de toute caricature du Prophète de l’islam : « riez-en autant que vous voulez. Pour nous, ceci n’est pas le Prophète Mahomet » ?

Voilà nos intellectuels sur le point de découvrir qu'il y a des gens sur terre qui ne sont ni « logiques » ni « sages »... C'est fort !

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Mer 21 Jan 2015 - 9:26

Vu de très très loin :


I feel must make films about Terrorism. I already have two ideas, or projects, about people who got involved in act of terrors, based on true stories. One is about ordinary people who becomes victims (adaptation of Haruki Murakami's 'Underground,' he would give me the right if the script satisfies him) and, one about a woman who more or less unwillingly happen to take part of the same terrorist aggression (’The Fugitive,' based on the case of Naoko Kikuchi who had escaped from the Japanese police for 18 years after the Sarin gas attack).

But now I feel the need to make a film about a man who willingly becomes terrorist.
Of course terrorists are obviously menace to our societies, in that sense they are consciously setting themselves as our enemies. And precisely because of that, we have to understand them in one way or the other. Otherwise how can our society fight them and prevent their act of violence to protect ourselves?
Not understanding the enemy and even underestimate them seems to me the huge mistake our 'civilized' nations are constantly making today, and I suspect strong racism behind that attitude: that enemy must be less intelligent than us, less sophisticated and barbaric. Actually I think ISIS or Al Quaeda are more intelligent and cunning compared to the childish self-absorbed tendency of our governments and our societies.
Among the most idiotic tendencies today especially in the so-called 'civilized' or 'advanced' world is that people mistake and confuse 'understanding' with 'taking side.' No, because they are 'enemies,' we have to understand them.
The terrorist character in that future film of mine will be a Korean-Japanese, loosely based on an actual case committed by 金嬉老 in 1970 but adapted to today's context: he would attack the right-wing media and the racist rivisionist 'friends' of our prime minister Mr.Abe--so the idea is also to make him loosely based on Kouachi brothers who attacked Charlie Hebdo. The fundamental moral question is, of course these acts of violence must be condemned, but does the Japanese society has the right to judge him (or France has the right to judge the Kouachi brothers)?
The protagonist will be a cop of my own generation, who has to pursue the terrorist, and in the course of his mission has to start doubting his cause, the self-righteousness of his own 'civilized' society whose safety he is supposed to protect.
Of course that society obviously has to judge and condemn their 'enemy,' in order not only to maintain their own safety but also that self-righteousness, the later arguably more important than the former. But isn't it a travesty, a shameful dishonesty, an act of hypocrisy hiding it's own malicious violence?
As Renoir himself says in his 'Rules of the Games,' "The most terrible thing in the world is that, everybody has his or her own reasons." At least we the cinema people should not forget that.


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Eyquem le Mar 27 Jan 2015 - 16:04

Badiou, "Le rouge et le tricolore", dans LeMonde d'aujourd'hui:

Spoiler:

Aujourd’hui, le monde est investi en totalité par la figure du capitalisme global, soumis à l’oligarchie internationale qui le régente, et asservi à l’abstraction monétaire comme seule figure reconnue de l’universalité.

Dans ce contexte désespérant s’est montée une sorte de pièce historique en trompe-l’œil. Sur la trame générale de « l’Occident », patrie du capitalisme dominant et civilisé, contre « l’islamisme », référent du terrorisme sanguinaire, apparaissent, d’un côté, des bandes armées meurtrières ou des individus surarmés, brandissant pour se faire obéir le cadavre de quelque Dieu ; de l’autre, au nom des droits de l’homme et de la démocratie, des expéditions militaires internationales sauvages, détruisant des Etats entiers (Yougoslavie, Irak, Libye, Afghanistan, Soudan, Congo, Mali, Centrafrique…) et faisant des milliers de victimes, sans parvenir à rien qu’à négocier avec les bandits les plus corruptibles une paix précaire autour des puits, des mines, des ressources vivrières et des enclaves où prospèrent les grandes compagnies.

C’est une imposture de présenter ces guerres et leurs retombées criminelles comme la contradiction principale du monde contemporain, celle qui irait au fond des choses. Les troupes et polices de la « guerre antiterroriste », les bandes armées qui se réclament d’un islam mortifère et tous les Etats sans exception appartiennent aujourd’hui au même monde, celui du capitalisme prédateur.

Diverses identités factices, se considérant chacune comme supérieure aux autres, se taillent férocement dans ce monde unifié des lambeaux de domination locale. On a du même monde réel, où les intérêts des agents sont partout les mêmes, la version libérale de l’Occident, la version autoritaire et nationaliste de la Chine ou de la Russie de Poutine, la version théocratique des Emirats, la version fascisante des bandes armées… Les populations sont partout sommées de défendre unanimement la version que le pouvoir local soutient.

Il en ira ainsi tant que l’universalisme vrai, la prise en main du destin de l’humanité par l’humanité elle-même, et donc la nouvelle et décisive incarnation historico-politique de l’idée communiste, n’aura pas déployé sa neuve puissance à l’échelle mondiale, annulant au passage l’asservissement des Etats à l’oligarchie des propriétaires et de leurs serviteurs, l’abstraction monétaire, et finalement les identités et contre-identités qui ravagent les esprits et en appellent à la mort.
Identité française : la « République »

Dans cette guerre des identités, la France tente de se distinguer par un totem de son invention : la « République démocratique et laïque », ou « le pacte républicain ». Ce totem valorise l’ordre établi parlementaire français – au moins depuis son acte fondateur, à savoir le massacre, en 1871, par les Adolphe Thiers, Jules Ferry, Jules Favre et autres vedettes de la gauche « républicaine », de 20 000 ouvriers dans les rues de Paris.

Ce « pacte républicain » auquel se sont ralliés tant d’ex-gauchistes, parmi lesquels Charlie Hebdo, a toujours soupçonné que se tramaient des choses effrayantes dans les faubourgs, les usines de la périphérie, les sombres bistrots banlieusards. La République a toujours peuplé les prisons, sous d’innombrables prétextes, des louches jeunes hommes mal éduqués qui y vivaient. Elle a aussi, la République, multiplié les massacres et formes neuves d’esclavage requis par le maintien de l’ordre dans l’empire colonial. Cet empire sanguinaire avait trouvé sa charte dans les déclarations du même Jules Ferry – décidément un activiste du pacte républicain –, lesquelles exaltaient la « mission civilisatrice » de la France.

Or, voyez-vous, un nombre considérables des jeunes qui peuplent nos banlieues, outre leurs louches activités et leur manque flagrant d’éducation (étrangement, la fameuse « Ecole républicaine » n’a rien pu, semble-t-il, en tirer, mais n’arrive pas à se convaincre que c’est de sa faute, et non de la faute des élèves), ont des parents prolétaires d’origine africaine, ou sont eux-mêmes venus d’Afrique pour survivre, et, par voie de conséquence, sont souvent de religion musulmane. A la fois prolétaires et colonisés, en somme. Deux raisons de s’en méfier et de prendre les concernant de sérieuses mesures répressives.

Supposons que vous soyez un jeune Noir ou un jeune à l’allure arabe, ou encore une jeune femme qui a décidé, par sens de la libre révolte, puisque c’est interdit, de se couvrir les cheveux. Eh bien, vous avez alors sept ou huit fois plus de chances d’être interpellé dans la rue par notre police démocratique et très souvent retenu dans un commissariat, que si vous avez la mine d’un « Français », ce qui veut dire, uniquement, le faciès de quelqu’un qui n’est probablement ni prolétaire, ni ex-colonisé. Ni musulman.

Charlie Hebdo, en un sens, ne faisait qu’aboyer avec ces mœurs policières dans le style « amusant » des blagues à connotation sexuelle. Ce n’est pas non plus très nouveau. Voyez les obscénités de Voltaire à propos de Jeanne d’Arc : son La Pucelle d’Orléans est tout à fait digne de Charlie Hebdo. A lui seul, ce poème cochon dirigé contre une héroïne sublimement chrétienne autorise à dire que les vraies et fortes lumières de la pensée critique ne sont certes pas illustrées par ce Voltaire de bas étage.

Il éclaire la sagesse de Robespierre quand il condamne tous ceux qui font des violences antireligieuses le cœur de la Révolution et n’obtiennent ainsi que désertion populaire et guerre civile. Il nous invite à considérer que ce qui divise l’opinion démocratique française est d’être, le sachant ou non, soit du côté constamment progressiste et réellement démocrate de Rousseau, soit du côté de l’affairiste coquin, du riche spéculateur sceptique et jouisseur, qui était comme le mauvais génie logé dans ce Voltaire par ailleurs capable, parfois, d’authentiques combats.
Le crime de type fasciste

Et les trois jeunes Français que la police a rapidement tués ? Je dirais qu’ils ont commis ce qu’il faut appeler un crime de type fasciste. J’appelle crime de type fasciste un crime qui a trois caractéristiques.

D’abord, il est ciblé, et non pas aveugle, parce que sa motivation est idéologique, de caractère fascisant, ce qui veut dire strictement identitaire : nationale, raciale, communautaire, coutumière, religieuse… En la circonstance, les tueurs sont antisémites. Souvent le crime fasciste vise des publicistes, des journalistes, des intellectuels ou des écrivains que les tueurs estiment représentatifs du bord opposé. En la circonstance, Charlie Hebdo.

Ensuite, il est d’une violence extrême, assumée, spectaculaire, parce qu’il vise à imposer l’idée d’une détermination froide et absolue qui, du reste, inclut de façon suicidaire la probabilité de la mort des meurtriers. C’est l’aspect « viva la muerte ! », l’allure nihiliste, de ces actions.

Troisièmement, le crime vise, par son énormité, son effet de surprise, son côté hors norme, à créer un effet de terreur et à alimenter, de ce fait même, du côté de l’Etat et de l’opinion, des réactions incontrôlées, entièrement closes sur une contre-identité vengeresse, lesquelles, aux yeux des criminels et de leurs patrons, vont justifier après coup, par symétrie, l’attentat sanglant. Et c’est bien ce qui est arrivé. En ce sens, le crime fasciste a remporté une sorte de victoire.
L’Etat et l’opinion

Dès le début en effet, l’Etat s’est engagé dans une utilisation démesurée et extrêmement dangereuse du crime fasciste, parce qu’il l’a inscrit au registre de la guerre mondiale des identités. Au « musulman fanatique », on a opposé sans vergogne le bon Français démocrate.

La confusion a été à son comble quand on a vu que l’Etat appelait, de façon parfaitement autoritaire, à venir manifester. C’est tout juste si Manuel Valls n’envisageait pas d’emprisonner les absents, et si on n’a pas exhorté les gens, une fois qu’ils auraient manifesté leur obéissance identitaire sous le drapeau tricolore, soit à se terrer chez eux, soit à revêtir leur uniforme de réserviste et à partir au son du clairon en Syrie.

C’est ainsi qu’au plus bas de leur popularité, nos dirigeants ont pu, grâce à trois fascistes dévoyés qui ne pouvaient imaginer un tel triomphe, défiler devant un million et quelques de personnes, à la fois terrorisées par les « musulmans » et nourries aux vitamines de la démocratie, du pacte républicain et de la grandeur superbe de la France.

La liberté d’expression, parlons-en ! Il était pratiquement impossible, durant tous les premiers jours de cette affaire, d’exprimer sur ce qui se passait un autre avis que celui qui consiste à s’enchanter de nos libertés, de notre République, à maudire la corruption de notre identité par les jeunes prolétaires musulmans et les filles horriblement voilées, et à se préparer virilement à la guerre contre le terrorisme. On a même entendu le cri suivant, admirable dans sa liberté expressive : « Nous sommes tous des policiers. »

Il est naturel en réalité que la loi de notre pays soit celle de la pensée unique et de la soumission peureuse. La liberté en général, y compris celle de la pensée, de l’expression, de l’action, de la vie même, consiste-t-elle aujourd’hui à devenir unanimement des auxiliaires de police pour la traque de quelques dizaines d’embrigadés fascistes, la délation universelle des suspects barbus ou voilés, et la suspicion continue concernant les sombres cités de banlieue, héritières des faubourgs où l’on fit autrefois un carnage des communards ? Ou bien la tâche centrale de l’émancipation, de la liberté publique, est-elle bien plutôt d’agir en commun avec le plus possible de jeunes prolétaires de ces banlieues, le plus possible de jeunes filles, voilées ou non, cela n’importe pas, dans le cadre d’une politique neuve, qui ne se réfère à aucune identité (« les prolétaires n’ont pas de patrie ») et prépare la figure égalitaire d’une humanité s’emparant enfin de son propre destin ? Une politique qui envisage rationnellement que nos vrais maîtres impitoyables, les riches régents de notre destin, soient enfin congédiés ?

Il y a eu en France, depuis bien longtemps, deux types de manifestation : celle sous drapeau rouge, et celles sous drapeau tricolore. Croyez-moi : y compris pour réduire à rien les petites bandes fascistes identitaires et meurtrières, qu’elles se réclament des formes sectaires de la religion musulmane, de l’identité nationale française ou de la supériorité de l’Occident, ce ne sont pas les tricolores, commandées et utilisées par nos maîtres, qui sont efficaces. Ce sont les autres, les rouges, qu’il faut faire revenir.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Mar 27 Jan 2015 - 18:53

Qu'est-ce que c'est que ce mauvais tract ?

C’est tout juste si Manuel Valls n’envisageait pas d’emprisonner les absents...

Badiou croit vraiment qu'en laissant planer cette fausse idée, il dit une quelconque vérité sur l'État français actuel ?

Il était pratiquement impossible, durant tous les premiers jours de cette affaire, d’exprimer sur ce qui se passait un autre avis que celui qui consiste à s’enchanter de nos libertés, de notre République...

Vraiment ? Mais qui sont ces gens qui voulaient faire taire Badiou ? Les grands médias et leurs créatures ? Mais pourquoi ne les nomme-t-il pas, et puis surtout qu'est-ce qu'il en a à foutre, Badiou, des grands médias ? On n'est pas loin d'Alain Calimero Soral, le clown qui se prend pour Hitler depuis qu'on ne l'a pas invité chez Ruquier... On n'en est pas très loin non plus quand Badiou parle de notre

monde investi en totalité par la figure du capitalisme global, soumis à l’oligarchie internationale qui le régente, et asservi à l’abstraction monétaire comme seule figure reconnue de l’universalité...

La "figure du capitalisme global", je ne vois pas bien ce que c'est. Le système économique appelé capitalisme qui se mondialise depuis deux bons siècles, ça oui. L'abstraction monétaire, présentée comme ça, reste une abstraction inutilisable pour qui voudrait s'engager dans une contestation active, pratique, du monde tel qu'il va. Reste "l'oligarchie internationale", seule donnée concrète repérable dans ce discours fumeux qui ne soulèvera rien ni personne. Et quoi, Badiou pense vraiment que cette oligarchie a autant de poids dans ce qu'est devenu le monde que "l'abstraction monétaire", et que couper quelques têtes serait faire un grand pas en avant vers le communisme ?  

Si le drapeau rouge est dans le grenier, il me semble que c'est justement à cause de ce genre d'appel irresponsable et dérisoire.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Mar 27 Jan 2015 - 20:22

Quand on parle des jeunes pas éduqués, faut pas oublier les enseignants, qui ne le sont pas beaucoup plus.  Les enseignants, les profs, l'école, les universités... ont toujours participé  à l’innommable; sans eux bien des horreurs dans l'histoire n'auraient pas été possibles (esclavage, colonialisme, racisme, antisémitisme, assassinats de millions de juifs européens...). Y a pas pire barbare que le petit intellectuel, l'intellectuel fonctionnaire.

Jemma Bent Seghir Enseignante a écrit:
Mettre en scène les enseignant-e-s comme devant faire face à cette supposée hétérogénéité radicale de ces élèves à "nos" valeurs, c'est, de façon gravissime, cacher le fait que les enseignant-s-s eux-mêmes sont loin, souvent, de pratiquer les valeurs qu'ils prétendent chercher à inculquer. La blanchité majoritaire du corps enseignant et les catégories de perceptions racistes liées à cette blanchité produisent des effets.

Je peux personnellement en témoigner. Je suis enseignante et je suis une femme arabe, descendante de l'immigration post-coloniale. J'ai eu un parcours que d'aucuns qualifieraient de parcours d'"intégration" parfait. Ceci étant, pendant tout mon parcours scolaire, j'ai eu affaire, chaque année, à certain-e-s enseignant-e-s m'assignant à mon identité, à ma supposée religion, alors que j'étais en situation de réussite scolaire...

Je ne ferai pas état ici de toutes les vexations, de toutes les situations injustes auxquelles j'ai été confrontée, de l'école maternelle jusqu'au doctorat, ni du sentiment d'illégitimité que tout cela a instillé en moi, contre lequel j'ai dû dépenser tant d'énergie à lutter et qui ne me quittera d'ailleurs jamais... cela mériterait un livre ! Mon cas est malheureusement tristement banal.


Je peux encore le constater lorsque j'entends les propos tenus en toute impunité par des collègues au sujet des élèves, propos qui vont jusqu'à l'injure raciste... Ce constat est d'ailleurs partagé par d'autres collègues dans autres établissements. Il ne s'agit pas juste d'expériences individuelles, ou d'enseignant-e-s qui individuellement seraient racistes, mais il s'agit bien d'un fonctionnement structurel discriminant. A cet égard, on peut lire avec profit Georges Felouzis, sur "l'apartheid scolaire", ou encore les travaux du Réseau national de lutte contre les discriminations à l'école.



http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1313077-ecole-apres-charlie-hebdo-le-racisme-n-est-pas-toujours-la-ou-on-le-croit.html

Faut en finir avec le mythe de l'intégration, cette idéologie puante; l'école "républicaine", l'intégration, la réussite scolaire, économique, symbolique, institutionnelle... n'ont certainement pas protégé les juifs européens des assassins.



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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Mer 28 Jan 2015 - 16:09

Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […]. Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma.

Gilles Deleuze


Accusé par des parents d’élèves d’avoir perturbé la minute de silence, un professeur de philo du lycée Victor-Hugo à Poitiers est mis à pied.

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Education/n/Contenus/Articles/2015/01/24/Le-rectorat-suspend-le-prof-et-saisit-la-justice-2197590


" Le professeur a été suspendu, dit le Recteur, Il fallait l'éloigner de ses élèves."

Génial, c'est digne du procès de Socrate, accusé de pervertir la jeunesse.



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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Mer 28 Jan 2015 - 16:38

Borges a écrit:

" Le professeur a été suspendu, dit le Recteur, Il fallait l'éloigner de ses élèves."

Génial, c'est digne du procès de Socrate, accusé de pervertir la jeunesse.



J'en ait discuté avec des personnes sur Poitiers, apparemment c'est un militant d'extrême gauche, déjà à la base il était parait-il pas très bien vu du recteur (ou du directeur de l'établissement, je sais plus trop). Il semblerait même qu'il n'était pas en cours durant la minute de silence, vu qu'il n'avait pas cours. 
Ici une pétition : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47300

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Mer 28 Jan 2015 - 17:03

Dans la même catégorie, "grandeur de l'éducation républicaine", un instit qui dénonce à la police son élève, un gosse de 8 ans, pour apologie du terrorisme.

Pourquoi s'étonne-t-on, encore et toujours, de la bassesse humaine?


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Mer 28 Jan 2015 - 17:38

wootsuibrick a écrit:
Borges a écrit:
" Le professeur a été suspendu, dit le Recteur, Il fallait l'éloigner de ses élèves."

Génial, c'est digne du procès de Socrate, accusé de pervertir la jeunesse.



J'en ait discuté avec des personnes sur Poitiers, apparemment c'est un militant d'extrême gauche, déjà à la base il était parait-il pas très bien vu du recteur (ou du directeur de l'établissement, je sais plus trop). Il semblerait même qu'il n'était pas en cours durant la minute de silence, vu qu'il n'avait pas cours. 
Ici une pétition : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47300


Extrême gauche, of course

ça me rappelle un "petit poème", que j'ai appris à l'école quand j'étais gosse :


"Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas catholique.



Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester"

Borges

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Jeu 29 Jan 2015 - 3:37

syndicat de la magistrature a écrit:
C’est plus que jamais lorsque l’effroi nous saisit et bouscule tous les repères que la justice doit faire preuve de sérénité et résister à la vague de l’émotion.

Las, la ministre de la Justice a fait le choix d’entonner le discours de l’intransigeance de principe et d’enfermer les tribunaux dans la justice de l’urgence. Des consignes diffusées le 12 janvier soumettent les magistrats du parquet à des injonctions contradictoires de « systématisme » et « d’individualisation », de « pédagogie » et « d’application ferme de la loi », dont seul l’appel à la répression paraît être entendu, comme il fallait naturellement le craindre.

C’est ainsi que depuis quelques jours s’enchaînent les procédures expédiées, où l’on a examiné et jugé le contexte, à peine les circonstances des faits, si peu l’homme, poursuivi pour avoir fait l’apologie du terrorisme. Non pas pour avoir organisé une manifestation de soutien aux auteurs des attentats, élaboré et diffusé à grande échelle des argumentaires, pris part à des réseaux, mais pour des vociférations, lancées sous le coup de l’ivresse ou de l’emportement : en fait, des formes tristement actualisées de l’outrage. Les lourdes condamnations pleuvent, assorties d’incarcérations à l’audience.

Telle est la désastreuse justice produite par le recours à la comparution immédiate dont la loi du 13 novembre 2014 a fait une nouvelle arme de lutte contre le terrorisme.

Comme si la justice pénale, devenue l’exutoire de la condamnation morale, pouvait faire l’économie d’un discernement plus que jamais nécessaire en ces temps troublés.
Comme si certains de ses acteurs avaient brutalement oublié qu’elle doit être rendue avec recul, sur la base d’enquêtes approfondies, en se gardant des amalgames - entretenus jusque dans cette circulaire, qui englobe violences urbaines et apologie du terrorisme - et, surtout, des réactions hystérisées qui la délégitiment et la société avec elle.


http://www.syndicat-magistrature.org/Apologie-du-terrorisme-Resister-a.html

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Jeu 29 Jan 2015 - 7:18

Poitiers à l'avant garde, le document du rectorat de Poitiers qui était jugé con y a quelques mois est adapté à l'urgence nationale : http://static4.stop-djihadisme.gouv.fr/var/stop/storage/images/media/images/radicalisation/607-6-fre-FR/radicalisation.png


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