La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

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La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Ven 9 Jan 2015 - 17:27

Quelqu'un sur la shout d'enculture se demandait pourquoi les Spectres ne disaient rien, comme si les Spectres devaient nécessairement dire quelque chose, comme s'ils avaient quelque chose à dire, comme si ce qu'ils auraient à dire avait une quelconque importance.

Rien à dire, tout cela est immonde; le tout. Le massacre, et la suite. J'ai jamais été fan de Charlie Hebdo, des mecs qui bossaient là, fameux ou pas. Des nuls, des médiocres. Aucune sensibilité à leur ton, à leur "humour", à leur liberté, qui n'exprimait rien; car,  y a rien à exprimer, tout à créer, donc résister. Aucune résistance, la collaboration la plus conne chez eux, mais leur mort m'a traumatisé, empêché de dormir, presque donné envie de vomir.

La France fait peur, le monde fait peur; mais faut pas avoir peur. J'ai le sentiment d'assister à la naissance d'une nation fasciste; tout ce jargon de l'unité (organique); tous ces "je suis Charlie"; à la rigueur, je pourrais dire, "je suis charlie ahmed", du nom du flic tué, parce que cela ressemble à un énoncé politique, à une synthèse disjonctive, à un différend, à un paradoxe. Ahmed, c'est pas seulement le nom du flic tué, c'est aussi celui du prophète dont les caricatures seraient à l'origine de cette horreur. Le différend en soi, la guerre en soi.  

Au fond, rien à dire qui serait meilleur que le silence, ou de très différent de ce qu'on dit, disent Badlanders, Jerzy, et même Trollope…sur la Enculture, où quelqu'un citait Karl Kraus; on peut citer aussi ceci de lui : « Le national-socialisme n’a pas anéanti la presse, mais la presse a produit le national-socialisme. En apparence seulement, comme réaction, en vérité comme accomplissement. "


Badlanders a écrit:voilà, les frères sont morts - putain ça me fait aussi mal que lorsque leurs victimes sont mortes. "Aînés d'une fratrie de quatre, dont un autre garçon et une petite sœur, ils se retrouvent très jeunes orphelins de leurs parents immigrés d'Algérie. Adolescents, ils sont placés par les services sociaux dans le foyer d'un établissement corrézien, à Treignac, de 1994 à 2000, selon La Montagne. Saïd Kouachi passe un CAP et un BEPC d'hôtellerie là-bas. Chérif passe ensuite un brevet d'éducateur sportif puis il gagne Paris. Là, il s'installe avec son frère Saïd chez un Français converti, dans le 19e arrondissement de la capitale, et travaille comme livreur de pizzas."

Je comprends cette émotion; on parle de tragédie, sans savoir ce que l'on dit : la tragédie c'est deux affects, l'horreur et la pitié; horreur devant l'acte horrible; pitié pour le destin, la vie et la mort infâmes.

Les vies infâmes :

"Des vies qui sont comme si elles n’avaient pas existé, des vies qui ne survivent que du heurt avec un pouvoir qui n’a voulu que les anéantir ou du moins les effacer, des vies qui ne nous reviennent que par l’effet de multiples hasards (…) Il existe une fausse infamie, celle dont bénéficient ces hommes d’épouvante ou de scandale qu’ont été Gilles de Rais, Guillery ou Cartouche, Sade et Lacenaire. Apparemment infâmes, à cause des souvenirs abominables qu’ils ont laissés, des méfaits qu’on leur prête, de l’horreur respectueuse qu’ils ont inspirée, ce sont en fait des hommes de la légende glorieuse, même si les raisons de cette renommée sont inverses de celles qui font ou devraient faire la grandeur des hommes. Leur infamie n’est qu’une modalité de l’universelle fama. Mais le récollet apostat, mais les pauvres esprits égarés sur les chemins inconnus, ceux-là sont infâmes en toute rigueur ; ils n’existent plus que par les quelques mots terribles qui étaient destinés à les rendre indignes, pour toujours, de la mémoire des hommes. Et le hasard a voulu que ce soient ces mots, ces mots seulement, qui subsistent. Leur retour maintenant dans le réel se fait dans la forme même selon laquelle on les avait chassés du monde. Inutile de leur chercher un autre visage, ou de soupçonner en eux une autre grandeur ; ils ne sont plus que ce par quoi on a voulu les accabler : ni plus ni moins. Telle est l’infamie stricte, celle qui, n’étant mélangée ni de scandale ambigu ni d’une sourde admiration, ne compose avec aucune sorte de gloire."
(Foucault, la vie des hommes infâmes)

"Je regarde une photographie qui montre des brigands corses, et je me dis : Leurs visages sont trop durs, et le mien est trop tendre (…) Les visages de ces brigands sont effrayants à voir, et pourtant ils ne sont certainement pas plus éloignés d'une bonne vie que je ne le suis; ils trouvent simplement leur salut sur un versant de celle-ci autre que le mien."
(Wittgenstein)


@ Jerzy : Entendu ce matin à la radio Delruelle, mais quel con, alors Wink
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Ven 9 Jan 2015 - 17:49

Ce qui s'est passé à Paris et à Saint-Mandé excède largement l'appréciation des Spectres ou de la Shout d'Enculture  sur l'humour et le positionnement politique de Charlie Hebdo et le débat sur le bien-fondé de la publication des caricatures. Je ne me reconnais pas dans le message "Je suis Charlie", et je pense toujours qu'ils défendaient de façon implicite, et d'une façon en partie inconsciente, une appartenance sociale (l'intégration de la tradition anar et libertaire de la vieille gauche à la bourgeoisie) qui finissait par se confondre avec l'institution républicaine, plutôt que les valeurs de la laïcité. Je me souviens que Catherine Kintzler, qui essaye de la penser un peu moins idéologiquement, et qui m'agace souvent aussi, mais est consciente du problème d'amalgame et de récupération par l'extrême droite, la définissait plus justement comme du "neutre" et du "vide" qui générait des valeurs, et se faisait accuser d'être une philsophe 68arde sur le forum du Figaro...un comble. Mais ces réserves  n'expliquent pas ce qui s'est passé, ils ont été tués pour ce qu'ils symbolisaient pour les tueurs, pas pour ce qu'ils pensaient, de la même manière que les clients de la dernière épicerie juive de Paris située sur la route de Vincennes ont été tués pour ce qu'ils représentaient.
Je suis choqué de la représentation des tueurs: on ne tue pas les civils seulement ceux qui le méritent, comme si des journalistes ou des juifs n'étaient pas des civils, comme si eux-même n'auraient pas pu l'être.  On ne surmontera ni l'un ni l'autre, en choisissant à notre tour entre les victimes et en comparant leurs vertus, ou en faisant comme si Michel Foucault avait déjà pensé à notre place ce qui s'est passé, ou en présentant comme un paradoxe historique la mort du policier. Il n'est pas mort en disant "je m'appelle Ahmed", mais: "non, c'est bon chef" pour dire qu'il ne voulait pas les tuer. Justement c'est à nous de le penser. Paradoxalement, plaquer Foucault comme une grille sur ce qui s'est passé risque de renforcer les regards déterministes sur les hommes impliqués dans ces évènements, au lieu d'introduire des nuances.

Mais Baldanders avait raison de souligner que l'on ne doit pas abandonner l'effort de comprendre sociologiquement s'est passé. Le 11ème c'est aussi l'arrondissement du métro Charonne et de la rafle du gymnase Japy, ce savoir les assassins n'y accédaient pas, ils n'ont pas pu le comprendre, alors qu'il aurait pu les concerner. C'est frappant quand on vient de l'extérieur de voir à quel point Paris est organisée en reproduisant (ou plutôt en produisant) spatialement les tensions post-coloniales. Justement les falaises des buttes Chaumont c'est un des rates points de rencontre entre un univers bourgois du centre et l'univers très cloisonné et dévalorisé de la banlieue nord en dehors du Périphérique qui agît comme une muraille médiévale, qui gomme aussi l'histoire de la zone et des bidonvilles. Du haut des Buttes on surplombe les deux. Les gens en haut ne se regardent pas, mais regardent tous la vue, avec tristesse. Il est significatif que les terroristes soient issus de Paris, en ayant transité par le Yemen, qu'ils aient attaqué des endroits situé immédiatement en dehors des périmètres exacts du lieu où ils ont grandi, que cette proximité était sans doute masquée à leurs propres yeux.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Ven 9 Jan 2015 - 19:07

Tony, je parle juste de la vie, et de sa tristesse; et puis,  je suis complètement effondré; c'en est trop, je viens seulement d'apprendre les morts dans la prise d’otages de l' "épicerie juive".

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par adeline le Ven 9 Jan 2015 - 19:28

Je pense que l'auteur de ce texte ne m'en voudra pas de le citer ici :

Halim Mahmoudi a écrit:Je suis dessinateur de presse, arabe... mais seulement ami avec Charlie!

Merci pour les messages et les demandes de participations dessinées, mais:

J'allais chez Charlie Hebdo depuis le lycée, ca date! Et puis la dernière fois, c'était en Septembre dernier, j'ai partagé une assiette d'huitres avec Tignous, 3 jours de poilade et d'amitié franche... Alors depuis hier, je n'ai rien pu dessiner.

Depuis hier, je reçois des messages d'amitiés, des pensées, et aussi des demandes de dessins, et de participation. Mais je reste comme un con devant ma feuille blanche.
J'ai compris que c'était l'horreur tout ca, moi qui enfant ai "naturellement" vu circuler des armes, appris à mentir pour que 4 types armés de fusils à pompe ne rentre pas à la maison pour se venger, ou pour ne pas balancer des amis ( dont je comprenais la situation) au RG qui essayaient de nous extorquer des renseignements... jusqu'à l'année dernière encore, où cette fatalité, cette "loi du milieu" à tué 2 de mes potes d'enfance. L'un après l'autre, ils sont mort atrocement et ont fait les faits divers. C'est aussi ca mon âme d'enfant d'immigré. Des choses du passé refont surface....

La laïcité de façade qui m'a fait subir des contrôles d'identité humiliants qui m'ont souillé le coeur et où j'ai dû ravalé ma rage, des soirées niquées parce qu'on ne rentrait pas en boite, une petite amie qui m'a dit sur le seuil de sa porte que c'était terminé parce que ces parents ne veulent pas "que je sorte avec un arabe" ou encore des emplois qu'on me refusait parce que les clients ne comprendraient pas. Des centaines de lettres et aucun entretien d'embauche à passer! Peu de ressources financières, et l'ennui chevillé aux pompes bon marché chez Tati. Les vacances au quartier, ou en colo. Des braqueurs au grand cœur, on achetait des trucs tombés du camions à des prix que la chine ne suivrait pas.. On allait pas chipoter sur la légalité.

Des blancs à la télé, des blancs dans les centre ville, dans les bureau. Même les assistantes sociales qui paradaient chez nous étaient blanche. La rédaction de Charlie, invariablement blanche. Hier encore, quand je suis allé au rassemblement pour Charlie Hebdo, la place du Capitole n'était pas "noire de monde". Elle était blanche! Il y avait quelques personnes comme moi, un peu, dont une femme en Hijab qui portait un panneau ou il n'y avait pas écrit "Je suis Charlie", rien de pro-liberté d'expression. Non! Il y avait juste écrit: "Touche pas à ma France! ". Ca m'a rappelé ma tante qui m'a dit l'autre jour que "les arabes d'Algérie, ils faut s'en méfier, ils veulent profiter, c'est tout!". Et alors ca m'a rappelé que la religion me séparait des miens un peu plus chaque jour. Ca m'a rappelé qu'avant ce repli, il suffisait juste d'être arabe pour se sentir proches, peu importe si tu faisais la prière, si tu respectais ou pas scrupuleusement les piliers de l'islam. Même si je ne cautionne pas cet aveuglement, je le comprends à un point, vous n'imaginez même pas... Bref, on ne mangeait pas de porcs, mais on s'arrachait pas les cheveux sur des étiquettes "Hallal". Et la petite mosquée dans mon quartier d'enfance était encore une salle des fêtes à l'époque. Ils auraient pu en construire une, mais ils ont décidé que la salle des fêtes deviendrait la mosquée. Depuis, on a plus de salle des fêtes hors des pièces sans fenêtre dans une cave où ils ont mis des animateurs de quartier. Et on ne se faisait pas insulter à longueur de journaux, de médias radios, télés, de couverture. Personne pour nous représenter à part des clowns triés sur le volet pour chanter les valeurs républicaines. Ces valeurs qui ont saccagé mon enfance!
On ne représentait pas encore un danger. Mais on était en danger. On l'a toujours été. La pauvreté et la misère, les ghettos sociaux, l'économie parallèle ou la prison, les voies de garages à l'école, l'échec scolaire, le chômage sans perspective d'avenir, et surtout, surtout l'ethnicité: tout ca c'est dangereux. Réellement dangereux.
Et puis, un peu partout, je lis que les bien pensants demandent de ne pas faire d'amalgame.... j'y ai cru, j'ai essayé de les éviter ces amalgames. Toute ma vie, je n'ai fait que ca! Eviter ces putains d'amalgames! Sauf que voilà, ce pays, la France, est bâtie sur l'amalgame: La séparation économique et sociale est ethnicisée. Les visages floutés sur TF1 restent basanés, les dirigeants de ce pays sont tous un peu vieux, pas mal blancs, très masculins. Et ce pays aussi. Quand je suis allé à Clichy-sous-bois l'an dernier, là-bas la population était massivement arabe et noire. A des kilomètres de Paris. Et il y a une sorte de frontière invisible à un moment où tous les passagers du bus deviennent blancs. Et ceux là, ils vont travailler. On passe des sacs de courses aux mallettes de travail. L'amalgame a bâtie la France. Je me suis fait insulté par la police, giflé quelque fois à cause de cet amalgame national. J'ai parfois répondu et j'avais la trouille d'aller trop loin.. de rajouter mon nom sur la liste des centaines de mes frères abattus pas des policiers. Tous ces crimes se sont soldés par des non-lieux, ou de la prison avec sursis. Et en général des promotions pour les assassins.
Alors nous, on est un peu las de ce manège, ca nous fatigue ces valeurs à la gomme, ces vertus inexistantes, cette liberté d'expression à sens unique. On ne dit rien parce qu'être musulman ce n'est pas être Charlie. Enfin plus depuis l'arrivée de Philippe Val en tout cas. Même ce cher Cavanna, ex-pauvre et fils d'immigré italien, le fondateur de Charlie, pleurait d'impuissance parce que Val a pris et changé l'âme de ce qu'était Charlie Hebdo à la base.

Et les médias qui font mine de pleurer, ou de s'insurger devant la barbarie ont armé les criminels qui ont abattu mes amis. Alors si eux sont Charlie, si Val est Charlie, je ne peux pas être Charlie. J'ai trop de respect et d'amour pour hurler avec les loups. Trop de douleur et encore toutes mes facultés mentales en état de marche.

Sinon expliquez moi en quoi mettre une bombe sur la tête d'un prophète est marrant? Ou écrire "traitre" sur le front d'un juif sur une caricature d'avant guerre par exemple? En quoi c'est marrant, expliquez-moi? En quoi Dieudonné ne représente t'il pas le courage du vaillant soldat qui se bat pour exprimer ses idées et convictions? Lui aussi s'est moqué en parlant de Mahomet ou d'Allah, mais il riait de tout, et AVEC tout le monde! Alors elle est où la différence? Je ne comprends pas! En quoi l'acharnement médiatique à vouloir sans cesse dénicher ce qui cloche avec l'islam est-il une liberté d'expression? Bordel, c'est quoi au juste la liberté d'expression?

Ne serait-ce pas la France qui a des gros problèmes d'intégration dans ce siècle? Avec son système vicié, lent, et tout poussiéreux? Ne serait-ce pas pour une fois, l'oppresseur qui aurait tort? Au lieu de nous chanter à longueur de temps qu'on a de la chance dans ce pays parce que dans nos pays d'origine c'est pire. Ou qu'on se plaint, qu'on joue les victimes, comme si tous nous étions paranos!!!?
Que les études du CNRS sur la discrimination à l'embauche au logement sont erronées? Qu' à Amnesty International ils se plantent, quand ils disent qu'il y a une véritable violence répressive à l'œuvre en France à l'égard des populations issues de l'immigration? Que la Halde ne fait jamais suivre les plaintes pour discrimination?
Mais quel Charlie voudriez vous que moi dessinateur de presse et de culture musulmane, je sois? Le Charlie de la bande à Choron, Coluche et Reiser qui rigolait AVEC nous? Ou celui de Philippe Val et d'un Charb qu'humainement j'aimais beaucoup mais qui grillé un fusible et qui rigolait DE nous? Je le lui ait dit à Charb, on était en désaccord mais ca n'empêchait pas que j'ai proposé une autre grille de lecture après l'affaire des caricatures en 2005. D'autres dessins, avec une autre vision. Et rien n'est passé. Ce n'est pas grave, il ne se voyait pas publier ca dans Charlie, c'est son droit. Mais aucun journal n'a suivit. Si Le Monde. Sauf qu'ils m'avaient demandé d'édulcorer et d'enlever certains passages afin que ca puisse être publiable. Alors j'ai refusé. Parce que je n'ai pas une tête à m'appeler Charlie!

Je me sens mal quand il y a un acte terroriste au nom de l'islam. Je me sens mal quand des dessinateurs prennent une caricature pour un dessin d'humour. Comme s'ils n'avaient jamais eu de cours sur l'image. Et je me sens coupable de faire partie de chacun de ces groupes, de les comprendre, de voir qu'ils se trompent sur l'autre, et sur eux-mêmes, parce qu'incapable de parler. L'empire ottoman, celui des Abbassides, et tout le monde arabe en général était malgré la dictature et les violences inhérentes à l'exercice de pouvoirs impérialistes ( c'est vrai tu as raison kris krumova, merci ) était humain. Je parle des peuples. Les juifs, alors persécutés dans toute l'Europe trouvaient principalement refuge chez nous. Et nombre de nos illustres ancêtres, des savants ou des poètes; pensaient que le domaine de tous les domaines, la quintessence divine n'était pas la science, ni l'art, ni la géométrie, mais bel et bien l'amour et la sexualité. Le moyen par lequel on donne généralement la vie donc! Nous n'incarnions pas la terreur et la mort. Nous célébrions ce que dieu a mit de plus cher à notre disposition: La vie ! Je parle du savoir et des valeurs que ces peuples se transmettaient. Et aujourd'hui, un nombre important des miens, acculés au mur, se sont repliés pour s'opposer, résister pour ne pas être rien pour personne. Ne surtout pas être rien à nos propres yeux. Immigré ici ou là-bas, c'est la même impression d'être partout apatride, mais on ne se l'avoue pas. Et de toute façon à qui, puisque personne n'écoutera ...

Les gens qui savent ce que c'est que de vivre nos vies savent que j'ai édulcoré mes BD pour m'adapter, me mettre au niveau intellectuel et psychologique de ce pays. C'est à dire en dessous de toute volonté de dialogue, d'ouverture, d'objectivité et de réciprocité. Je ne peux pas ouvrir mon cœur à un pays qui me sort des mots à la con comme "diversité" ou "vivre ensemble" et qui diffuse à gogo vidéos et bandes sons du drame sans égard ni pour les familles de mes potes qui sont morts, ni pour la majorité des musulmans que le système médiatique fait souffrir à longueur de temps!
Sinon dites moi où sont passées les vidéos de caméras de surveillance du commissariat de Joué-Les-Tours?
Au fait, à propos des intégristes, je me rappelle qu'ils étaient venu au quartier, j'étais enfant. Des mecs sortis d'une camionnette qui ressemblait à celle de "Retour vers le Futur" quand Doc se fait abattre. Bref, je n'ai pas pensé à ca, mais je me souviens que ma mère ( qui nous élevait toute seule ) les avait vu ( et flairé) et qu'elle m'avait foutu la trouille en me disant que j'aurai affaire à elle si jamais je leur adressais la moindre parole. Voilà je viens d'y penser parce qu'aujourd'hui, c'est ton anniversaire youma...

J'ai reçu quelques messages qui disent que rien ne justifie l'acte terroriste... alors je donc REPETER: Je NE cautionne PAS cet acte effroyable, ce meurtre. Cessez de me relier à cela, je vous remercie! D'autant que j'ai perdu personnellement de bons potes dans l'histoire.
Et je vais donc PRECISER: Dans l'état actuelle des choses où les populations immigrés, noirs, arabes, musulmanes etc. subissaient la ghettoïsation économique, sociale que l'on sait depuis un bail, il ne leur reste que 5% de dignité, une religion, cet espace intime qu'est la foi et qui fait tenir debout dans les situations les plus critiques. Et malgré cette maigre "bandelette de Gaza" intime et psychologue que les musulmans tentent de préserver pour ne pas craquer sous le poids de la mise à l'écart et des insultes répétées, il se trouve malgré tout en France, des gens qui se permettent de s'offusquer qu'on tienne à ce petit bout de territoire privé qu'est leur religion. Au risque de choquer, ca ne m'étonne plus qu'il ce soit trouvé des gens avant la seconde guerre mondiale pour faire circuler de sales blagues antimites en France, à une époque où les juifs étaient à peu près dans la même situation que celle des musulmans aujourd'hui. Finalement, il y a une vraie cohérence dans ce pays les gars, ca c'est une constante bien nationale!

Personnellement, je n'ai jamais compris pourquoi à Charlie ils ne s'acharnaient pas avec autant d'assiduité à la criminalité politico-financière de religion monétaire, et qui finira par tous nous enterrer vivant dans nos petites batailles identitaires. Si nous en sommes là, c'est parce que le système tourne à vide. Sauf qu'en 2014 y'en a qui veulent encore vérifier si les musulmans ont vraiment de l'humour. Sans même se douter qu'il y a des cons vraiment vraiment vraiment partout: Même s'il n'y a pas que cela ( heureusement), il y en a chez les musulmans comme il y en a chez Charlie! Sinon ce bon vieux Siné ne se serait jamais fait viré !

Les miens, les issus de l'immigration, les jeunes, les vieux, les clandos, les blédards, ceux qui virent muslim, modérés ou radicaux, les rappeurs, les intégrés, les rageux, les "viva l'algérie", ceux qui disent "Cheh !" depuis mercredi, ceux pleurent, tous ceux qui se taisent, ceux qui ont peur, ceux qui applaudissent, ceux qui ont la rage, ceux qui ont mal, ceux qui comprennent sans cautionner, ceux qui cautionnent sans comprendre, tous: On critique parce qu'on aime ce putain de territoire Français et ses habitants! Malgré tout le mal qui a été fait, malgré les incompréhensions, la surdité, la peur, l'ignorance que ce pays à envers nous, on l'aime quand-même surtout si ca l'emmerde! Si on l'aimais pas, on serait simplement indifférents. On ne critiquerait rien, on ne provoquerait pas, on ne sifflerait pas la marseillaise, il n'y aurait pas de drapeaux algériens dans les stades, il n'y aurait pas eu le rap, pas de tensions, pas d'émeutes, pas de liens, pas de relation, aucun crime ni passion, pas de blessures, aucune souffrance, pas de tentation Djihadiste, pas d'attentats, pas de drames, ni de moments de joies ( heureusement plus nombreux!). Je sais que Charlie Hebdo s'acharnait sur l'islam avec le même amour. Et la même incompréhension.
Mais tant que les médias n'ouvriront pas leurs ondes et leurs journaux aux uns et autres avec la même attention. Tant que les inégalités sociales et économiques persisteront à s'acharner encore et toujours sur le seul critère racial, alors la vie continuera. On va rire, mais on va pleurer ensemble.
Quoiqu'il arrive ce pays on l'aimera de tout notre cœur, jusqu'à ce que mort s'en suive!

Bon aller, merci pour ces messages de soutien, ces demandes de dessins, des chaines de solidarité sont nécessaire je pense, mais là j'atteins l'overdose. Cette journée de deuil national est un cache misère... Le terme "national" ne me parle absolument pas. Et par certains côtés oui, je suis comme Charlie, mais je ne suis pas Charlie!

J'ai un pied dans le monde arabe, un pied en occident
Un pied dans les quartiers et l'autre en France
Un pied dans le dessin de presse et l'autre dans la vie de tous les jours
Un pied chez Charlie Hebdo, un pied au cul de Charlie Hebdo
Un pied dans les médias alternatifs et l'autre dans les journaux
Un pied dans l'anonymat et l'autre dans la l'auto-censure
Un pied dans la douleur, et l'autre dans la colère.

RIP Charlie...

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par adeline le Ven 9 Jan 2015 - 20:09

Pour respirer, un peu, un tout petit peu :


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par glj le Ven 9 Jan 2015 - 22:31

" j'y suis déjà, moi, dans un monde merdique!"
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par wootsuibrick le Sam 10 Jan 2015 - 7:01

Faut lire les perspectives qui viennent de loin, aussi... Un ami facebook japonais, Toshi Fujiwara : 

"Actually I think it's totally misleading to call the attack on the editorial office of Charlie Hebdo 'terrorist attack.' So far it's only a mass-murder committed by a few members of discriminated minorities, immigrant from a former colony that France oppressed violently, two of them growing up as orphans. It is in no way a powerful devilish conspiracy group menacing the 'freedom' of journalists 'seeking the truth,' but a sad result of French democracy and French society quickly falling apart.

To speak of 'war' is a grotesque masquerade designed to conceal the truth: that France has always been a racist society in spite of its revolutionary democratic ideology. Even the democratic ideals that it used to stand for has became tools of colonialist discriminations against minorities, for whom 'equality' is distorted just to mean 'assimilation.'
The only 'freedom of expression' that the French people seems to care for is the freedom limited to the majority and some minority members that succeeded to be assimilated.
I mean come on, Muslim young girls are not allowed to wear scarves in French high school. This is as oppressive as Iranian women being forced to wear scarves." 
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Sam 10 Jan 2015 - 12:18

wootsuibrick a écrit:Faut lire les perspectives qui viennent de loin, aussi... Un ami facebook japonais, Toshi Fujiwara : 

"To speak of 'war' is a grotesque masquerade designed to conceal the truth: that France has always been a racist society in spite of its revolutionary democratic ideology."

Ton ami japonais se trompe en opposant une France "raciste" et ses minorités. Il n'y a pas plusieurs France, il n'y en a qu'une, traversée de contradictions sociales, économiques et culturelles violentes. Il faut réussir à penser la France à la fois comme un tout et comme le lieu de ces contradictions. Les musulmanes voilées, tout comme les frères Kouachi et Coulibaly, ne sont pas moins français que les bourgeois laïcards qui promeuvent et votent des lois anti-voile. Il faut le dire et le redire, encore et encore : ce n'est pas Al-Qaïda au Yémen, ni des Irakiens ou des Syriens qui ont attaqué Charlie Hebdo et l'épicerie juive de Vincennes, mais de jeunes Français, enfants d'une situation socio-historique spécifiquement française.

Olivier Roy a écrit:Les jeunes radicalisés, s’ils s’appuient bien sur un imaginaire politique musulman (la oummah des premiers temps), sont en rupture délibérée tant avec l’islam de leurs parents qu’avec les cultures des sociétés musulmanes. Ils inventent l’islam qu’ils opposent à l’Occident. Ils viennent de la périphérie du monde musulman (à savoir l’Occident : la Belgique fournit cent fois plus de djihadistes pour Daech que l’Egypte, proportionnellement à la population musulmane présente sur le territoire), ils se meuvent dans une culture occidentale de la communication, de la mise en scène et de la violence, ils incarnent une rupture générationnelle (les parents désormais appellent la police quand leurs enfants partent en Syrie), ils ne sont pas insérés dans les communautés religieuses locales (mosquées de quartier), ils pratiquent l’autoradicalisation sur Internet, recherchent un djihad global, et ne s’intéressent pas aux luttes concrètes du monde musulman (Palestine). Bref, ils n’œuvrent pas à l’islamisation des sociétés, mais à la réalisation de leur fantasme d’héroïsme malsain (« J’ai vengé le Prophète », clamait un des tueurs de Charlie Hebdo).

La peur d'une communauté qui n'existe pas

Ce sont, chaque fois, des gamins mal-aimés, abandonnés, dont le sentiment d'étrangeté au monde est rendu dévorant par l'absence de corps professionnel intégrateur (comme pouvait l'être le monde ouvrier) et par l'existence en France (et partout ailleurs) de tous ces discours médiatiques répétés et confus sur "l'identité" en lieu et place de l'analyse concrète des rapports sociaux.
Comme le fascisme, l'intégrisme musulman est "une forme d'« anti-capitalisme » qui tente de dépasser l'ordre social existant à partir d'un point de vue qui, en fait, lui reste immanent" (Moishe Postone).
Tant qu'on s'en tiendra à accuser "la France" d'être raciste, on n'en sortira pas.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par adeline le Sam 10 Jan 2015 - 12:30

Hello tous,
merci du texte Baldanders.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Sam 10 Jan 2015 - 14:01

Baldanders a écrit:
wootsuibrick a écrit:Faut lire les perspectives qui viennent de loin, aussi... Un ami facebook japonais, Toshi Fujiwara : 

"To speak of 'war' is a grotesque masquerade designed to conceal the truth: that France has always been a racist society in spite of its revolutionary democratic ideology."

Ton ami japonais se trompe en opposant une France "raciste" et ses minorités. Il n'y a pas plusieurs France, il n'y en a qu'une, traversée de contradictions sociales, économiques et culturelles violentes. Il faut réussir à penser la France à la fois comme un tout et comme le lieu de ces contradictions. Les musulmanes voilées, tout comme les frères Kouachi et Coulibaly, ne sont pas moins français que les bourgeois laïcards qui promeuvent et votent des lois anti-voile. Il faut le dire et le redire, encore et encore : ce n'est pas Al-Qaïda au Yémen, ni des Irakiens ou des Syriens qui ont attaqué Charlie Hebdo et l'épicerie juive de Vincennes, mais de jeunes Français, enfants d'une situation socio-historique spécifiquement française.

Olivier Roy a écrit:Les jeunes radicalisés, s’ils s’appuient bien sur un imaginaire politique musulman (la oummah des premiers temps), sont en rupture délibérée tant avec l’islam de leurs parents qu’avec les cultures des sociétés musulmanes. Ils inventent l’islam qu’ils opposent à l’Occident. Ils viennent de la périphérie du monde musulman (à savoir l’Occident : la Belgique fournit cent fois plus de djihadistes pour Daech que l’Egypte, proportionnellement à la population musulmane présente sur le territoire), ils se meuvent dans une culture occidentale de la communication, de la mise en scène et de la violence, ils incarnent une rupture générationnelle (les parents désormais appellent la police quand leurs enfants partent en Syrie), ils ne sont pas insérés dans les communautés religieuses locales (mosquées de quartier), ils pratiquent l’autoradicalisation sur Internet, recherchent un djihad global, et ne s’intéressent pas aux luttes concrètes du monde musulman (Palestine). Bref, ils n’œuvrent pas à l’islamisation des sociétés, mais à la réalisation de leur fantasme d’héroïsme malsain (« J’ai vengé le Prophète », clamait un des tueurs de Charlie Hebdo).

La peur d'une communauté qui n'existe pas

Ce sont, chaque fois, des gamins mal-aimés, abandonnés, dont le sentiment d'étrangeté au monde est rendu dévorant par l'absence de corps professionnel intégrateur (comme pouvait l'être le monde ouvrier) et par l'existence en France (et partout ailleurs) de tous ces discours médiatiques répétés et confus sur "l'identité" en lieu et place de l'analyse concrète des rapports sociaux.
Comme le fascisme, l'intégrisme musulman est "une forme d'« anti-capitalisme » qui tente de dépasser l'ordre social existant à partir d'un point de vue qui, en fait, lui reste immanent" (Moishe Postone).
Tant qu'on s'en tiendra à accuser "la France" d'être raciste, on n'en sortira pas.


"fantasme d’héroïsme malsain"

Pas d'accord avec tout, mais j'ai souvent éprouvé le sentiment devant certaines séries, les plus populaires et esthétiquement légitimées, qu'elles avaient quelque choses en commun avec la psyché dérangée des tueurs, des deux bords, s'il y a bien deux bords : des deux côtés, on donne le sentiment de tuer des morts-vivants, des orques...Le nombre de têtes coupées ou de gens égorgés, au cinéma, dans les séries, s'est terriblement multiplié ces dernières années; avant c'était l'acte des pires salauds, maintenant c'est un truc banal, commun, que pratiquement tous nos héros, et même les Elfes, dans des spectacles destinés au grand public...

Mais bon, faut pas non plus tomber dans les causalités simplistes : on devient tueur sataniste, parce qu'on écoute Black Sabbath.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Sam 10 Jan 2015 - 14:19

Borges a écrit:
Pas d'accord avec tout, mais j'ai souvent éprouvé le sentiment devant certaines séries, les plus populaires et esthétiquement légitimées, qu'elles avaient quelque choses en commun avec la psyché dérangée des tueurs, des deux bords, s'il y a bien deux bords : des deux côtés, on donne le sentiment de tuer des morts-vivants, des orques...Le nombre de têtes coupées ou de gens égorgés, au cinéma, dans les séries, s'est terriblement multiplié ces dernières années; avant c'était l'acte des pires salauds, maintenant c'est un truc banal, commun, que pratiquement tous nos héros, et même les Elfes, dans des spectacles destinés au grand public...

Mais bon, faut pas non plus tomber dans les causalités simplistes : on devient tueur sataniste, parce qu'on écoute Black Sabbath.

Il faudrait essayer de dater le moment, dans le cinéma, où on s'est mis à filmer des meurtres débarrassés de toute trace de gêne ou de culpabilité.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Sam 10 Jan 2015 - 15:15

Halim Mahmoudi a écrit:Je suis dessinateur de presse, arabe... mais seulement ami avec Charlie!

Merci pour les messages et les demandes de participations dessinées, mais:

...

Pas d'accord avec ce texte, franchement dominé par le ressentiment. Mahmoudi demande qu'on ne différencie pas les musulmans des autres Français, pourtant il ne peut pas s'empêcher de dire et de redire "nous" pour évoquer... qui exactement ? "Les Arabes", "les musulmans" ? C'est tout sauf des ensembles cohérents, ça. Son "nous" ne concerne donc que lui et son besoin de le dire.

Bien sûr qu'il y a du racisme en France, mais il n'est pas institutionnalisé. Zemmour ou Le Pen ne dirigent pas ce pays, heureusement pour tout le monde. On ne t'interdit rien parce que tu es musulman. Les histoires persos d'humiliation xénophobe, je sais ce que c'est, mais les faire passer pour un système ne fait que renforcer ce que Mahmoudi appelle "les batailles identitaires" au lieu d'aider à comprendre ce qui se passe.

La France c'est un lieu de contradictions, pas une entité, "blanche", qui relègue ses Noirs et ses Arabes à la marge. Si Noirs et Arabes sont à la marge, c'est parce qu'il y a une histoire, il y a le colonialisme et l'immigration, qui ont fait que les Arabes et les Noirs ont été intégrés au marché du travail plus tard que les autres, qu'ils ont donc souvent pris la place des ouvriers français qui, eux, montaient en grade. Sauf que rapidement, avec la crise, il n'y a plus eu d'ouvriers, alors les enfants de ces immigrés sont tombés du prolétariat dans le sous-prolétariat, c'est-à-dire la délinquance et la folie.

L'incapacité des politiciens de tous bords et des éditocrates à clarifier cette question provient du fait qu'ils sont, eux, des bourgeois, et que reconnaître cet état de fait les obligerait à reconnaître en même temps qu'ils reconduisent éternellement la division de la société en élus et exclus. Alors ils préfèrent parler de racisme, tout comme le fait Mahmoudi.

Le résultat est désastreux : Mahmoudi tombe dans le piège grossier vers quoi son manque de réflexion le précipitait. Il nous dit donc que Dieudonné n'a rien fait de mal, et oublie que Siné, viré de Charlie, avait écrit des phrases qui laissaient entendre que "juif" et "obsédé par l'argent" sont synonymes.

Tous les textes "sincères" écrits sur les horreurs qui viennent de se produire ne se valent pas, et la première chose à faire, c'est de relever très haut notre niveau d'exigence pour construire une pensée critique digne des événements.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par adeline le Sam 10 Jan 2015 - 20:30

C'est bien ce que tu en écris, Baldanders, tu as raison. Ta dernière phrase est nécessaire.

J'ai partagé ce texte quand même parce qu'il retranscrit ce que ressentent, à mon avis, beaucoup de gens. Il ne fait pas d'analyse critique de la situation, le gars parle, simplement, de ce qu'il ressent, et  il ressent du ressentiment, sans doute.
Mais quand même, le racisme n'est plus tout à fait "pas institutionnalisé", il est quand même très courant dans les administrations et il est un mode de fonctionnement dans une grande partie de la société, qui n'en a d'ailleurs absolument pas conscience. Ça fait beaucoup…

Pas d'accord sur l'affaire Siné, pour ce que j'en sais, qui a plutôt dit que "Jean Sarkozy" et "obsédé par l'argent" étaient synonymes.

Comme tu le dis, la lecture uniquement "raciste" de la société, qui serait divisée en communautés antagonistes est mauvaise et dangereuse. Il y a uniquement des élus et des exclus, des dominants et des dominés, des riches et des pauvres.

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Sam 10 Jan 2015 - 21:19

Merci, Adeline.

adeline a écrit:Mais quand même, le racisme n'est plus tout à fait "pas institutionnalisé", il est quand même très courant dans les administrations et il est un mode de fonctionnement dans une grande partie de la société, qui n'en a d'ailleurs absolument pas conscience. Ça fait beaucoup…

C'est certain, mais tant que le racisme reste lié à des individus, même hauts placés, et tant que des lois garantissent l'égalité d'accès des individus aux droits, et ce quelles que soient leur origine ou leur religion, on ne peut pas en parler comme d'une donnée systémique. Un gros bémol quand même : les clandestins. Mais, là encore, même si leur obsession et leur répression alimentent à l'évidence le racisme ambiant, on ne peut pas parler de racisme d'État, car la raison invoquée pour leur dénier le droit d'être là, c'est qu'ils n'ont pas de papiers, pas qu'ils sont des étrangers. Des étrangers munis de visas peuvent finir par obtenir la nationalité française.

adeline a écrit:Pas d'accord sur l'affaire Siné, pour ce que j'en sais, qui a plutôt dit que "Jean Sarkozy" et "obsédé par l'argent" étaient synonymes.


Son propos était beaucoup plus ambigu, malheureusement.

Siné a écrit:Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Dim 11 Jan 2015 - 3:28

Borges a écrit:

@ Jerzy : Entendu ce matin à la radio Delruelle, mais quel con, alors Wink

Aargh. Very Happy

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par lucane le Dim 11 Jan 2015 - 10:51

Baldanders a écrit:tant que des lois garantissent l'égalité d'accès des individus aux droits, et ce quelles que soient leur origine ou leur religion, on ne peut pas en parler comme d'une donnée systémique.
Ce qui compose système, en tant que champ de forces socio-politique complexe, ce n'est jamais seulement la loi, ses textes (d'autant plus sans doute, mais il faudrait préciser, lorsque pris dans un mouvement, singulier historiquement, de dérégulation néo-libérale). Des clandestins, que tu évoques, aux pratiques de la BAC, de la gentrification-évacuation des quartiers populaires à l'usage entériné d'une main-d’œuvre immigrée illégale dans divers secteurs de la production, nombre de pratiques, pas nécessairement inscrites dans la loi, s'y articulant de diverses manières, doivent être considérées, je crois, comme des "données systémiques".

Baldanders a écrit:ce n'est pas Al-Qaïda au Yémen, ni des Irakiens ou des Syriens qui ont attaqué Charlie Hebdo et l'épicerie juive de Vincennes, mais de jeunes Français, enfants d'une situation socio-historique spécifiquement française.
Baldanders a écrit:Sauf que rapidement, avec la crise, il n'y a plus eu d'ouvriers, alors les enfants de ces immigrés sont tombés du prolétariat dans le sous-prolétariat, c'est-à-dire la délinquance et la folie.
La pensée critique que tu appelles de tes vœux pourra difficilement se satisfaire, au point où nous en sommes, d'un resserrement, d'une restriction de la question à une situation nationale. Ce devenir létal, dont tu essayes de retracer la généalogie, est traversé de maintes autres choses qu'une situation socio-historique spécifiquement française (et qu'est-ce que signifie "spécifiquement français" aujourd'hui ?). Ici comme plus haut, je ne suis pas convaincu par une volonté de catégorisation qui me paraît trop roide face aux événements, à ce qu'ils nous demandent aussi bien comme efforts de pensée que comme précautions.

Sinon je regrette la disparition du court texte de Jerzy sur la shoutbox d'Enculture, où il analysait le moment via le concept de superstructure.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Dim 11 Jan 2015 - 11:22

Manifestation de la laïcité, de la démocratie, blablabla. Rien de plus religieux que cette manif; derrière le "je suis Charlie", pas difficile de  lire un "Jésus Charlie".  Logique sacrificielle. Les gars de Charlie, le bouc-émissaire, tués, avec les islamistes dans le rôle des méchants tueurs (qui accomplissent en fait le désir inconscient de tous, des islamistes et des islamophobes avant tout ) : tout le monde se met à les adorer, même ceux qui les détestaient. Ils avaient tout pour remplir le rôle du bouc-émissaire, le caractère double du pharmakon, remède et poison, héros et vilains; cette double nature va être purifiée par la mort, et les gars, qui faisaient  profession d'être  détestables, sales, méchants, cons, sans foi, sans loi, sans religion,   se retrouvent transformés en héros, en martyrs, en dieux de la république, de l'occident, de l'humanité, rien que ça.  Le méchant bouc-émissaire est purifié par la mort, et à partir de cette mort se forme  une communauté illusoire, et momentanée, faudra toujours des sacrifices à chaque crise,  qui dépasse les divisions, toutes les divisions : plus de gauche, de droite, d'extrême droite, d'extrême gauche, de musulmans, d'islamophobes,  de juifs, d'antisémites, d'athées, de croyants, de dictateurs, de démocrates, d'Occident, d'Orient… de Nord, de Sud... L'unité absolue,  l'unité de l'absolu, où toutes les vaches et les vaches sont gris. Nous sommes tous charlistes.


Retour à l'archaïque :

René Girard a écrit:"Dans les sociétés sacrificielles, il n'est pas de situation critique à laquelle on ne réponde par le sacrifice, mais il est certaines crises qui paraissent relever tout particulièrement de celui-ci. Ces crises mettent toujours en cause l'unité de la communauté, elles se traduisent toujours par les dissensions et la discorde. Plus la crise est aiguë, plus la victime doit être «précieuse».


Il y a un dénominateur commun de l'efficacité sacrificielle :  Ce dénominateur c'est la violence intestine; ce sont les dissensions, les rivalités, les jalousies, les querelles entre proches que le sacrifice prétend d'abord éliminer, c'est l'harmonie de la communauté qu'il restaure, c'est l'unité sociale qu'il renforce."

Lecture massive, à affiner; bien entendu. Mais que l'on soit dans la logique du sacrifice, dans la pire forme de religiosité, cela me semble assez évident.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Dim 11 Jan 2015 - 11:31

lucane a écrit:

Sinon je regrette la disparition du court texte de Jerzy sur la shoutbox d'Enculture, où il analysait le moment via le concept de superstructure.

Je l'avais copié-collé, en me disant que, si j'avais le temps, j'en discuterais certains points :


jerzy_Plouf: a écrit:
ta posture n'est pas celle de l'athée antireligieux. C'est la posture, au millimètre près, d'un Philippe Val & consort, qui est "athée" comme croient l'être les pseudo-laïques qui agitent l'épouvantail de la guerre des civilisations, et dont l'athéisme est aussi doctrinaire, fanatique, non pensé, que les extrêmistes religieux avec lesquels il forme un couple anti-thétique indissociable dans le mimétisme (se définissant les uns par les autres).

Je suis athée ET laïque.  Manifestement, on a pas le même athéisme ni la même conception de la laïcité. Ceci me fait penser, à cette heure tardive et m'étant réveillé pour aller aux waters, qu'on a pas commenté les propos ineptes de Houellebecq sur l'inévitable "retour du religieux", "l'athéisme (= pour lui "absence de sens") ne fonctionne pas parce que les gens ont besoin de sens et de valeur à quoi se raccrocher. On se croirait à l'école maternelle. Aussi, un petit comm. La connerie "philosophique" de Houellebecq a toujours été hallucinante, et je m'étonne que personne dans les "média pensifs" n'a relevé son ânerie sur ce sujet.

Houellebecq nous ramène à une définition de l'athée par le religieux, qui faisait fureur lors de la diffusion de l'athéisme sartrien (par la conf "l'existentialisme est un humanisme". C'était la fronde des penseurs chrétiens contre cet athéisme. Cet argument idiot, je l'ai entendu toute mon enfance sur les bancs de l'école. C'est l'inénarrable "si dieu n'existe pas, tout est permis, la vie n'a plus de sens". C'est aussi l'athéisme d'albert camus: le plus pauvre philosophiquement. Philosophe pour classes terminales, selon la formule de Janson, et c'est tellement vrai, n'en déplaise à Onfray, qui se réclame de Deleuze. Deleuze qui rappelons-le, dans Logique du sens, évoquait la bêtise de cette "philosophie de l'absurde": ce n'est l'absence ou le manque de sens qui définit un athéisme (de l'immanence) mais le contraire: l'excès, la surabondance, la multiplicité de sens. Partout où on s'imagine que manque le sens, c'est parce qu'il est plein d'une richesse qu'on n'arrive pas à penser. Et aussi, dans son article sur Sartre (reproduit dans L'Ile déserte): " "Camus, hélas ! tantôt c'était le vertuisme gonflé, tantôt l'absurdité de seconde main ; Camus se réclamait des penseurs maudits, mais toute sa philosophie nous ramenait à Lalande et Meyerson, auteurs déjà bien connus des bacheliers." L'athéisme de simplet, osons-le dire, celui d'un Camus, celui d'un Houellebecq (encore plus simplet, bien sûr), défini par une "absence de sens" (qui doit amener à se révolter pour l'un, à déprimer pour l'autre) révèle par un curieux paradoxe une nostalgie de la transcendance religieuse qui est, elle, véritablement la manifestation de ce que Nietzsche appelerait le nihilisme. En effet: C'est un mélange classique de platonisme et de catéchisme. Qui consiste à reproduire, sous l'apparence d'un "athéisme", la division métaphysique entre le Bas et le Haut, le monde sensible (qui n'a pas de sens) et le monde intelligible (qui le lui donne), etc. Cet athéisme est de pied en cap religieux lui-même et la publicité la plus efficace pour n'importe quelle forme de théisme.

Il faut en effet véritablement n'accorder aucune valeur à ce monde, desespérer de la vie, pour concevoir que l'existence, le monde (aussi bien sur le plan épistémologique que moral ou politique) n'ont pas de "sens" sans la référence à un transcendant. L'athée de ce type est bien le nihiliste-type: sa "raison" l'amènerait à ne pas croire en dieu mais bizarrement à concevoir sa non-croyance comme un état malheureux, l'état de quelqu'un qui "assume" l'absurdité de l'existence, à qui il manque quelque chose, qui ne peut se raccrocher à rien, etc. C'est le croyant déçu que décrivent les chrétiens prosélytes qui expliquent, de tous temps, que le concept même d'athéisme est privatif. De fait, ce terme accorde une préséance définitionnelle à la notion de "dieu", puisqu'il se définit originairement comme la privation DE dieu: alpha privatif de dieu. Alors qu'on peut considérer que le théisme est second par rapport à un matérialisme premier (notion qui doit aussi être déconstruite, car logée dans le couple binaire religieux matière/esprit) ou un immanentisme, la définition la plus courante de l'athéisme le condamne à n'être qu'une dérivée seconde, par négation, d'un théisme premier. Ainsi l'athée "nihiliste", qui n'est qu'une variante à peine déplacée de la théologie négative chrétienne, conçoit l'existence sans dieu comme un chemin de croix inversé (une assomption vers l'absurde et la déréliction) qui ne peut mener qu'à l'angoisse: cet athée est nécessairement "angoissé" parce qu'il ne peut pas se "rassurer" (comme le croyant) en se raccrochant à une idée de la finalité première ou dernière de l'existence, du monde, du cosmos... Alors qu'en fait, son "matérialisme" ne fait qu'intérioriser la catégorie théologique tout à fait cartésienne (comme reprise de la preuve de l'existence de dieu par un saint anselme) de la causalité créatrice transcendante: le "principe du meilleur", du "parfait", du "complet" qui expliquent l'incomplétude, l'imperfection. Bref: l'explication du fini comme dérivée seconde d'un infini premier (comment, moi qui suis fini, puis-je avoir l'idée de l'infini, etc).

Dans le sillage du heidegger de SZ, mais en refusant l'ontologie de heidegger, un Kojève machine son anthropologie athée, qui consiste aussi à renverser, dans une logique kantienne, la dépendance d'une finitude seconde à une infinité première. Bernard Hesbois, un commentateur de kojève, le résume dans une formulation que j'aime assez:" L’histoire de la philosophie (selon la conception kojévienne) n’est que la sagesse millénaire par laquelle les hommes se sont éveillés à la sagesse, qui leur apprend qu’ils sont seuls à discourir et qu’il n’est aucun verbe transcendant à qui ils doivent s’adresser. Car à l’inverse de la théologie chrétienne pour laquelle le Cosmos suppose avant lui un Logos infini qui ne le présuppose pas, la sagesse affirme la finitude du Logos qui suppose avant lui et présuppose après lui un Cosmos éternellement silencieux. " Ce qui définit en outre parfaitement l'athéisme d'un Sartre. Il y a très peu de philosophes athées, au demeurant. Sartre l'était (d'où sa détestation par la phénoménologie française, qui est en grande partie chrétienne: michel henry, jean-luc marion). Deleuze l'était. Avec les différence énormes de leurs conceptions de l'athéisme, ils avaient en commun de ne pas penser l'athéisme comme une insuffisance du sens et de la raison. Je m'arrête ici. I faudrait complexifier, développer, bien entendu: je ne fais qu'énoncer des truismes - mais ces truismes apparemment ne passent pas le seuil de perception de cette métaphysique de bistrot d'écrivains médiatiques qu'on nous présente comme les grands penseurs d'aujourd'hui. C'est dire à quel point nous sommes dans une période pauvre, comme disait deleuze, un désert terrifiant. Voilà pourquoi personne n'a émis le moindre pet quand un Houellebecq vient expliquer que l'athéisme n'est pas viable... Inutile d'ajouter (mais je le fais quand-même) que l'athéisme que j'évoque en simplifiant au max est à des années-lumières de 'l'athéisme" pseudo-laïque de Charlie Hebdo, qui n'a jamais été que purement "réactif" (vraiment au sens de Nietzsche) et jamais actif, créatif: qui ne s'est jamais défini que par la haine du curé. Nous sommes laïques parce que nous sommes anti-religieux... C'est un peu court. Surtout si constate, en y regardant d'un peu plus près (comme je le fais plus haut) et en faisant fonctionner son intellect à un degré 1 sur l'échelle de richter de l'entendement qui en compte au moins 10, que leur "athéisme" militant n'est qu'une forme avariée de christianisme passé dans sa phase nihiliste... Ce qui n'excuse en rien la connerie en symétrie des intégristes de tous poils, quelle que soit leurs références. Bien entendu.

Mais pour moi, ils se conditionnent les uns les autres comme enfermés dans une même représentation théologique du monde, fondée sur le même dualisme, exactement, qui enferme dans l'alternative délirante entre les "ténèbres" et la "lumière", le "diable" et le "bon dieu", etc etc. Simplement, pour les uns, la lumière de l'autre est ténèbre, son dieu est un diable, et réciproquement. Ils se conditionnent donc et s'encouragent mutuellement dans la même vision, d'une ultra-connerie saisissante, du monde comme une guerre de civilisation. Pour reprendre une autre formule de deleuze (expliquant le renversement du platonisme): la question n'est pas de mettre l'homme à la place de dieu ou dieu à la place de l'homme, mais d'en finir avec la place. Au fond du fond, on voudrait nous faire croire que nous sommes dans un conflit de Valeurs entre un monde libre et un monde de soumission, entre ceux qui sont éclairés et ceux qui sont obscurantistes, ceux qui sont démocrates et ceux qui sont intégristes: tout ce fatras qui n'est bien sûr qu'une superstructure idéologique, au sens d'un Marx, destiné à masquer et justifier la réalité à l'origine de ces drames: la misère économique, l'écrasement des nations pauvres par les nations riches, et la promesse d'un avenir, pour ces nations pauvres, d'être toujours plus pauvres pour nourrir la concentration du capital entre les nations riches. C'est sur le fumier nauséabond que fleurit l'opium des "intégrismes". On est bien dans un moment historique: celui du plus grand recouvrement, par les superstructures idéologiques et conceptuelles dont disposent les nantis, de cette inégalité du monde. Elle a bon dos, la république. Elles ont bon dos, la démocratie, la laïcité, l'union nationale."
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par lucane le Dim 11 Jan 2015 - 11:57

Borges a écrit: Je l'avais copié-collé, en me disant que, si j'avais le temps, j'en discuterais certains points
OK. Merci, ça me paraît intéressant qu'il soit là, oui.
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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Baldanders le Dim 11 Jan 2015 - 14:40

lucane a écrit:Ce qui compose système, en tant que champ de forces socio-politique complexe, ce n'est jamais seulement la loi, ses textes (d'autant plus sans doute, mais il faudrait préciser, lorsque pris dans un mouvement, singulier historiquement, de dérégulation néo-libérale). Des clandestins, que tu évoques, aux pratiques de la BAC, de la gentrification-évacuation des quartiers populaires à l'usage entériné d'une main-d’œuvre immigrée illégale dans divers secteurs de la production, nombre de pratiques, pas nécessairement inscrites dans la loi, s'y articulant de diverses manières, doivent être considérées, je crois, comme des "données systémiques".

Les clandestins ? Pas exclus par "racisme" mais au nom de l'existence de nations et de frontières (mais il n'y a pas de "droit du sang" en France, et comme je le disais, un étranger peut devenir français). La BAC fait-elle le tri entre délinquants blancs et délinquants d'origine immigrée ? Je ne crois pas. La gentrification, l'usage d'une main-d'oeuvre immigrée illégale, sont liés à des logiques économiques plus qu'à des politiques racistes : dégager de certains quartiers ses populations pauvres blanches, engager des Français sous-payés, tout ça existe tout autant.

Il faut aller beaucoup plus loin que ces histoires de racisme qui sont trompeuses parce qu'aveuglantes. Si les rapports de classes recoupent les rapports entre "étrangers" (ou enfants d'immigrés) et Français "de souche", c'est-à-dire généralement blancs, ce recoupement est lié à l'histoire entre la France et l'Afrique. Mais le "système" est loin de se résumer à cette dimension, d'autant que la xénophobie est contredite et même rejetée par les discours d'état et les textes de lois.

Si on veut parler de "système", c'est plutôt vers le système-monde capitaliste qu'il faut concentrer notre attention et notre réflexion. Ce système-monde a induit l'intégration forcée des pays non-occidentaux dans la logique capitaliste mondiale, sans évidemment leur donner les moyens de concurrencer réellement l'Occident. La question n'est donc plus le colonialisme ou le racisme, mais les relations internationales dans le cadre de la compétition capitaliste généralisée.

(Cf. Plongée dans la guerre civile mondiale)

lucane a écrit:La pensée critique que tu appelles de tes vœux pourra difficilement se satisfaire, au point où nous en sommes, d'un resserrement, d'une restriction de la question à une situation nationale. Ce devenir létal, dont tu essayes de retracer la généalogie, est traversé de maintes autres choses qu'une situation socio-historique spécifiquement française (et qu'est-ce que signifie "spécifiquement français" aujourd'hui ?). Ici comme plus haut, je ne suis pas convaincu par une volonté de catégorisation qui me paraît trop roide face aux événements, à ce qu'ils nous demandent aussi bien comme efforts de pensée que comme précautions.

Par "spécifiquement français", je veux dire que les frères Kouachi ne sont pas moins français que Charb et Cabu ou que les juifs assassinés dans l'épicerie de Vincennes, c'est tout. Si leur imaginaire, à ces tueurs, leur prêtait une identité "islamique", ce délire est une conséquence de rapports sociaux français, puisque c'est ici qu'ils ont grandi, qu'ils se sont construit, qu'ils ont cherché à se définir. Rêver de l'Arabie saoudite au temps du Prophète ne fera pas de toi un Arabe.

C'est une formule un peu polémique pour s'opposer à tous ceux qui pensent l'islam, ou les immigrés, ou les terroristes, comme des corps étrangers à la France. L'islam qui se pratique en France est français, au sens où il se définit dans une relation à un environnement français (langue française, lois françaises, etc.) On pourrait aussi bien dire qu'il n'est ni français ni étranger, mais c'est un peu tôt pour se lancer si loin.

Non : à l'heure actuelle, il faut affirmer que c'est un peuple et son histoire commune qui ont donné Charb, Amédy Coulibaly, Bernard-Henri Lévy, Dieudonné et Alain Badiou. Il n'y a pas de raison de dire que les uns ou les autres sont moins français, ou plus étrangers. Sans y arriver, Charb et Chérif Kouachi communiquaient bel et bien, dans tous les sens du terme. Et au final, par la violence, forcément, puisque aucun des deux n'a jamais vraiment cherché à rencontrer l'autre. Pourtant c'était possible : ils étaient voisins, soumis aux mêmes règles communes, à la même logique économique universelle, aux mêmes lois nationales, ayant l'un et l'autre le même droit de contester ces lois, etc. Il a fallu ce cadre, revendiqué haut et fort par Charb ("laïcité", "liberté d'expression") pour que Chérif Kouachi puisse se construire, en rupture, le sien propre, qui justifiait la violence qui le dominait.

C'est par cet effort de dialectisation, et en se servant de catégories (classes sociales, valeurs proclamées), qu'on arrivera à penser cet événement et ses (non-)conséquences.


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Dim 11 Jan 2015 - 14:47

J'ai l'impression que ce qui est en jeu, ce n'est pas une opposition entre religion et athéisme, mais une crise de la notion de contrat social, peut-être telle que Rousseau la pensait; chez lui la question de la foi n'intervient assez peu dans le contrat social (sinon comme à la fois source et limite d'une autorité placée par nature au-delà de l'arbitraire). Le problème qui va se poser, ce n'est pas celui de la laïcité, mais celui du système légal qui doit être établi vis-à-vis du retour de jihadistes de Syrie ou de Yémen, qui ne sont ni en guerre ni en paix, ni citoyen ni guerrier, dont la dangerosité en Europe ne peut être que présumée, et cela dans un ordre où la loi procède d'une reconnaissance préalable.
Il y a des passages intéressants dans le Contrat Social, où Rousseau essaye d'articuler le concept d'aliénation et d'esclavage à celui de non-reconnaissance de la légtimité de l'état de guerre. L'idée de Rousseau est que le Contrat Social ne peut pas être reconnu légtimement par des citoyen aliénés (selon lui Hobbes le permet en identifiant l'intégrité et la sécurité du peuple à la paix), la laïcité politique est une conséquence de cette idée apparue plus tard, au XIX ème (ou avec Condorcet). Mais le problème de la reconnaissance de la communauté (ou plutôt du peuple comme association) est peut-être antérieur et plus profond que celui du fondement philosophique de l'athéisme.
J'ai l'impression que les terroristes ont voulu faire (à la fois subir et imposer) une séparation entre ce qu'ils reconnaissaient et ce qu'ils reconnaissaient pas dans la société française, en insistant sur le choix des victimes, c'est plutôt cela que la difficulté conceptuelle de l'athéisme qui est en jeu. D'un côté une partie des laïcs ne comprennent pas que l'on ne peut pas prétendre désaliéner ce que l'on ne veut pas reconnaître, de l'autre les terroristes ne comprennent pas que l'on ne choisit pas forcément ce que l'on reconnaît dans la société.
La discussion de l'athéisme voile le problème de l'aliénation, que peu de monde ne veut ou n'ose poser, ni à droite ni à gauche. La difficulté du problème est que l'absence d'aliénation n'est peut-être pas ce que produit ou garantit le contrat social, mais au contraire sa condition (il est vrai que le recours à la notion de laïcité comme à la fois principe social positif et éclairement moral du citoyen dissimule cette difficulté). La discontinuïté entre l'homme et le citoyen est une vraie coupure pour Rousseau, peut-être plus forte que celle existant entre le thème de l'aliénation du premier Marx et l'idée de critique scientifique oitale du capital posée par Althussser, et celle existent entre foi et athéïsme..

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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Dim 11 Jan 2015 - 19:40

Borges a écrit:

Je l'avais copié-collé, en me disant que, si j'avais le temps, j'en discuterais certains points :


Bien entendu, j'ai écrit ça très vite et volontairement simplifié plusieurs points (sur Heidegger, Kojève - son athéisme étant lui-même susceptible d'une "désonstruction" plus fine) avec lesquels je ne suis pas moi-même forcément d'accord. lol. Mon but était surtout de mettre en lumière l'incroyable bêtise des déclarations de Houellebecq sur l'athéisme, qui n'ont pas suscité la moindre critique dans le monde médiatique de la "pensée" à laquelle elles appartiennent... Et bien sûr, l'opposition athéisme/religion n'est pas aussi claire et nette, j'ai pas raffiné. Wink


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Dim 11 Jan 2015 - 19:41

Nous vivons un moment historial, le commencement d'une nouvelle humanité; après la Révolution française, la France ouvre à nouveau l'Histoire, qu'on croyait finie. La Révolution avait échoué à imposer son calendrier. Cette fois, ce sera différent. On ne datera plus le commencement de l'histoire occidentale à partir de la naissance de Jésus, mais à partir de "Je suis Charlie". Naissance d'une nouvelle humanité. Naissance d'une humanité athée.  

Humanité, année 0.  

Qui nous fera le film de cette naissance? Après" i'm spartacus", le "soy cuba", "je suis charlie"





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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Borges le Dim 11 Jan 2015 - 19:44

syndic des dockers a écrit:
Borges a écrit:

Je l'avais copié-collé, en me disant que, si j'avais le temps, j'en discuterais certains points :


Bien entendu, j'ai écrit ça très vite et volontairement simplifié plusieurs points (sur Heidegger, Kojève - son athéisme étant lui-même susceptible d'une "désonstruction" plus fine) avec lesquels je ne suis pas moi-même forcément d'accord. lol. Mon but était surtout de mettre en lumière l'incroyable bêtise des déclarations de Houellebecq sur l'athéisme, qui n'ont pas suscité la moindre critique dans le monde médiatique de la "pensée" à laquelle elles appartiennent... Et bien sûr, l'opposition athéisme/religion n'est pas aussi claire et nette, j'ai pas raffiné. Wink

Of course, si on devait n'écrire que l'idée adéquate de la chose même, on n'écrirait jamais, et surtout pas sur la shout d'enculture

Houellebecq, c'est rien; un symptôme; depuis son premier livre, le domaine de la connerie s'est bien étendu. Je me demande ce qu'en pense maintenant, notre "amie" d'alors, de ce mec.

Wink


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

Message par Invité le Dim 11 Jan 2015 - 19:46

Exactly. lol



( Elle en pense plus rien de bon, je crois )


Je mets en italiques un petit passage manquant dans le copié-collé supra (c'est pas important, juste pour la continuité du texte) :


Spoiler:
(02:50:58) jerzy_Plouf: " la citation c'était pas moi; mais t'as raison sur un point mon pote, la posture de l'athée antireligieux, c'est une posture de beauf, mais j'assume. " --> Dis donc, mon pote, ta posture n'est pas celle de l'athée antireligieux. C'est la posture, au millimètre près, d'un Philippe Val & consort, qui est "athée" comme croient l'être les pseudo-laïques qui agitent l'épouvantail de la guerre des civilisations, et dont l'athéisme est aussi doctrinaire, fanatique, non pensé, que les extrêmistes religieux avec lesquels il forme un couple anti-thétique indissociable dans le mimétisme (se définissant les uns par les autres).
(02:54:41) jerzy_Plouf: Je suis athée ET laïque. Manifestement, on a pas le même athéisme ni la même conception de la laïcité.
(02:58:42) jerzy_Plouf: Ceci me fait penser, à cette heure tardive et m'étant réveillé pour aller aux waters, qu'on a pas commenté les propos ineptes de Houellebecq sur l'inévitable "retour du religieux", "l'athéisme (= pour lui "absence de sens") ne fonctionne pas parce que les gens ont besoin de sens et de valeur à quoi se raccrocher. On se croirait à l'école maternelle. Aussi, un petit comm.
(03:03:21) jerzy_Plouf: La connerie "philosophique" de Houellebecq a toujours été hallucinante, et je m'étonne que personne dans les "média pensifs" n'a relevé son ânerie sur ce sujet. Houellebecq nous ramène à une définition de l'athée par le religieux, qui faisait fureur lors de la diffusion de l'athéisme sartrien (par la conf "l'existentialisme est un humanisme". C'était la fronde des penseurs chrétiens contre cet athéisme. Cet argument idiot, je l'ai entendu toute mon enfance sur les bancs de l'école. C'est l'inénarrable "si dieu n'existe pas, tout est permis, la vie n'a plus de sens".
(03:10:28) jerzy_Plouf: C'est aussi l'athéisme d'albert camus: le plus pauvre philosophiquement. Philosophe pour classes terminales, selon la formule de Janson, et c'est tellement vrai, n'en déplaise à Onfray, qui se réclame de Deleuze. Deleuze qui rappelons-le, dans Logique du sens, évoquait la bêtise de cette "philosophie de l'absurde": ce n'est l'absence ou le manque de sens qui définit un athéisme (de l'immanence) mais le contraire: l'excès, la surabondance, la multiplicité de sens. Partout où on s'imagine que manque le sens, c'est parce qu'il est plein d'une richesse qu'on n'arrive pas à penser. Et aussi, dans son article sur Sartre (reproduit dans L'Ile déserte): " "Camus, hélas ! tantôt c'était le vertuisme gonflé, tantôt l'absurdité de seconde main ; Camus se réclamait des penseurs maudits, mais toute sa philosophie nous ramenait à Lalande et Meyerson, auteurs déjà bien connus des bacheliers."
(03:13:28) jerzy_Plouf: L'athéisme de simplet, osons-le dire, celui d'un Camus, celui d'un Houellebecq (encore plus simplet, bien sûr), défini par une "absence de sens" (qui doit amener à se révolter pour l'un, à déprimer pour l'autre) révèle par un curieux paradoxe une nostalgie de la transcendance religieuse qui est, elle, véritablement la manifestation de ce que Nietzsche appelerait le nihilisme. En effet:
(03:19:51) jerzy_Plouf: C'est un mélange classique de platonisme et de catéchisme. Qui consiste à reproduire, sous l'apparence d'un "athéisme", la division métaphysique entre le Bas et le Haut, le monde sensible (qui n'a pas de sens) et le monde intelligible (qui le lui donne), etc. Cet athéisme est de pied en cap religieux lui-même et la publicité la plus efficace pour n'importe quelle forme de théisme. Il faut en effet véritablement n'accorder aucune valeur à ce monde, desespérer de la vie, pour concevoir que l'existence, le monde (aussi bien sur le plan épistémologique que moral ou politique) n'ont pas de "sens" sans la référence à un transcendant.
(03:27:49) jerzy_Plouf: L'athée de ce type est bien le nihiliste-type: sa "raison" l'amènerait à ne pas croire en dieu mais bizarrement à concevoir sa non-croyance comme un état malheureux, l'état de quelqu'un qui "assume" l'absurdité de l'existence, à qui il manque quelque chose, qui ne peut se raccrocher à rien, etc. C'est le croyant déçu que décrivent les chrétiens prosélytes qui expliquent, de tous temps, que le concept même d'athéisme est privatif. De fait, ce terme accorde une préséance définitionnelle à la notion de "dieu", puisqu'il se définit originairement comme la privation DE dieu: alpha privatif de dieu. Alors qu'on peut considérer que le théisme est second par rapport à un matérialisme premier (notion qui doit aussi être déconstruite, car logée dans le couple binaire religieux matière/esprit) ou un immanentisme, la définition la plus courante de l'athéisme le condamne à n'être qu'une dérivée seconde, par négation, d'un théisme premier.
(03:33:26) jerzy_Plouf: Ainsi l'athée "nihiliste", qui n'est qu'une variante à peine déplacée de la théologie négative chrétienne, conçoit l'existence sans dieu comme un chemin de croix inversé (une assomption vers l'absurde et la déréliction) qui ne peut mener qu'à l'angoisse: cet athée est nécessairement "angoissé" parce qu'il ne peut pas se "rassurer" (comme le croyant) en se raccrochant à une idée de la finalité première ou dernière de l'existence, du monde, du cosmos...
(03:38:43) jerzy_Plouf: Alors qu'en fait, son "matérialisme" ne fait qu'intérioriser la catégorie théologique tout à fait cartésienne (comme reprise de la preuve de l'existence de dieu par un saint anselme) de la causalité créatrice transcendante: le "principe du meilleur", du "parfait", du "complet" qui expliquent l'incomplétude, l'imperfection. Bref: l'explication du fini comme dérivée seconde d'un infini premier (comment, moi qui suis fini, puis-je avoir l'idée de l'infini, etc).
(03:51:23) jerzy_Plouf: Ce que montre Heidegger, dans Sein und Zeit, dans son analyse de la finitude temporelle de l'existence, qui est aussi une enquête sur l'onto-théologie de la substance, c'est qu'en réalité, c'est le temps (de l'expérience humaine, mais pas que, pourrait-on ajouter), nécessairement fini (au sens kantien: réceptif d'un monde qu'il ne crée pas), qui permet que soit pensé, théorisé, le temps infini. C'est parce que le temps est originairement fini qu'il peut se temporaliser, secondairement, comme in-fini. Heidegger analyse aussi, plus tard, ce qu'il appelle "le principe de raison" (autour de leibniz), cet âge de la pensée onto-théologique qui considère tout phénomène comme l'effet d'une Cause (il n'y a pas d'effet sans cause) indissociable d'un créationnisme: tout ce qui existe est créature, au sens de créé, et donc s'explique nécessairement par un Créateur. Le grand architecte, etc. Sinon, comment expliquer que tous les éléments de la "création" soient aussi bien harmonisés:
(03:56:44) jerzy_Plouf: une orange s'épluche et est constituée de pétales: comment expliquer cette harmonie autrement que par le dessein d'un Créateur de toutes choses qui les a conçues pour mon usage? Dans le sillage du heidegger de SZ, mais en refusant l'ontologie de heidegger, un Kojève machine son anthropologie athée, qui consiste aussi à renverser, dans une logique kantienne, la dépendance d'une finitude seconde à une infinité première. Bernard Hesbois, un commentateur de kojève, le résume dans une formulation que j'aime assez:
(03:57:37) jerzy_Plouf: " L’histoire de la philosophie (selon la conception kojévienne) n’est que la sagesse millénaire par laquelle les hommes se sont éveillés à la sagesse, qui leur apprend qu’ils sont seuls à discourir et qu’il n’est aucun verbe transcendant à qui ils doivent s’adresser. Car à l’inverse de la théologie chrétienne pour laquelle le Cosmos suppose avant lui un Logos infini qui ne le présuppose pas, la sagesse affirme la finitude du Logos qui suppose avant lui et présuppose après lui un Cosmos éternellement silencieux. "
(04:01:12) jerzy_Plouf: Ce qui définit en outre parfaitement l'athéisme d'un Sartre. Il y a très peu de philosophes athées, au demeurant. Sartre l'était (d'où sa détestation par la phénoménologie française, qui est en grande partie chrétienne: michel henry, jean-luc marion). Deleuze l'était. Avec les différence énormes de leurs conceptions de l'athéisme, ils avaient en commun de ne pas penser l'athéisme comme une insuffisance du sens et de la raison.
(04:05:54) jerzy_Plouf: Je m'arrête ici. I faudrait complexifier, développer, bien entendu: je ne fais qu'énoncer des truismes - mais ces truismes apparemment ne passent pas le seuil de perception de cette métaphysique de bistrot d'écrivains médiatiques qu'on nous présente comme les grands penseurs d'aujourd'hui. C'est dire à quel point nous sommes dans une période pauvre, comme disait deleuze, un désert terrifiant. Voilà pourquoi personne n'a émis le moindre pet quand un Houellebecq vient expliquer que l'athéisme n'est pas viable...
(04:42:23) (474668): Inutile d'ajouter (mais je le fais quand-même) que l'athéisme que j'évoque en simplifiant au max est à des années-lumières de 'l'athéisme" pseudo-laïque de Charlie Hebdo, qui n'a jamais été que purement "réactif" (vraiment au sens de Nietzsche) et jamais actif, créatif: qui ne s'est jamais défini que par la haine du curé. Nous sommes laïques parce que nous sommes anti-religieux... C'est un peu court. Surtout si constate, en y regardant d'un peu plus près (comme je le fais plus haut) et en faisant fonctionner son intellect à un degré 1 sur l'échelle de richter de l'entendement qui en compte au moins 10, que leur "athéisme" militant n'est qu'une forme avariée de christianisme passé dans sa phase nihiliste...
(04:44:54) (474668): Ce qui n'excuse en rien la connerie en symétrie des intégristes de tous poils, quelle que soit leurs références. Bien entendu.
(04:53:07) (474668): Mais pour moi, ils se conditionnent les uns les autres comme enfermés dans une même représentation théologique du monde, fondée sur le même dualisme, exactement, qui enferme dans l'alternative délirante entre les "ténèbres" et la "lumière", le "diable" et le "bon dieu", etc etc. Simplement, pour les uns, la lumière de l'autre est ténèbre, son dieu est un diable, et réciproquement. Ils se conditionnent donc et s'encouragent mutuellement dans la même vision, d'une ultra-connerie saisissante, du monde comme une guerre de civilisation. Pour reprendre une autre formule de deleuze (expliquant le renversement du platonisme): la question n'est pas de mettre l'homme à la place de dieu ou dieu à la place de l'homme, mais d'en finir avec la place.
(05:09:12) (474668): Au fond du fond, on voudrait nous faire croire que nous sommes dans un conflit de Valeurs entre un monde libre et un monde de soumission, entre ceux qui sont éclairés et ceux qui sont obscurantistes, ceux qui sont démocrates et ceux qui sont intégristes: tout ce fatras qui n'est bien sûr qu'une superstructure idéologique, au sens d'un Marx, destiné à masquer et justifier la réalité à l'origine de ces drames: la misère économique, l'écrasement des nations pauvres par les nations riches, et la promesse d'un avenir, pour ces nations pauvres, d'être toujours plus pauvres pour nourrir la concentration du capital entre les nations riches. C'est sur le fumier nauséabond que fleurit l'opium des "intégrismes". On est bien dans un moment historique: celui du plus grand recouvrement, par les superstructures idéologiques et conceptuelles dont disposent les nantis, de cette inégalité du monde. Elle a bon dos, la république. Elles ont bon dos, la démocratie, la laïcité, l'union nationale.


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Re: La vie des hommes infâmes : l'horreur et la pitié.

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