Miss Bala (Gerardo Naranjo, 2011)

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Miss Bala (Gerardo Naranjo, 2011)

Message par balthazar claes le Lun 6 Oct 2014 - 16:35

Une jeune fille pauvre de Tijuana s'inscrit à un concours de beauté dans l'espoir de rapporter un peu d'argent à sa famille. Elle est témoin d'une fusillade dans une boîte de nuit ; repérée par les assassins, qui la font chanter, elle découvre effarée l'envers du décor de la société mexicaine, la puissance démesurée des réseaux de pouvoir liés au trafic de drogue.

Un premier écueil, celui du film à thèse est évité ; le film dénonce avec force certaines réalités de la société mexicaine, mais ce n'est pas nécessairement son seul but. Les détails de ces réalités sont seulement esquissés, entraperçus. Le film adhère au point de vue de l'héroïne, et celle-ci n'a pas d'avance les cartes en main pour décoder ce qui lui arrive ; le spectateur est perdu avec elle.

Ce n'est pas non plus simplement un thriller. Il y a dans ce récit une dimension éthique : on constate en somme les ravages qu'une violence systémique peut exercer sur une victime quelconque : ce sont des dommages collatéraux, dépourvus d'intention, gratuits. L'héroïne est moins qu'un pion dans la partie de guerre que jouent les barons de la drogue et les gouvernements . Elle est un mannequin, un porte-manteau perdu au milieu des porte-flingues ; chair à canon silencieuse et anonyme, elle n'intéresse pas ses bourreaux. Ceux-ci la traitent de manière froide, fonctionnelle, utilitaire. Elle est confrontée à une inhumanité méthodique.

Le film est d'abord son portrait, celui d'une victime quelconque, avant d'être celui d'un système économique et politique. Et une autre "thèse" se dégage, ou plutôt un "problème", féministe : car c'est en tant que femme qu'elle est utilisée, instrumentalisée. Le concours de beauté annoncé dans le titre est bien le coeur du film : un spectacle destiné à donner le change aux gogos assis devant leur télé, mais aussi à cadrer la place des femmes dans l'espace social, à définir un régime général d'instrumentalisation, d'objectivisation des femmes.

Sans faire dans le voyeurisme, le film met en scène la situation d'esclavage dans laquelle se retrouve l'héroïne, qui ne peut plus faire aucun choix. Elle est comme embarquée dans une zone de silence et d'invisibilité, mais qui s'étend sur tout le pays. Un pas de côté, et elle a perdu ses droits, son identité, ses liens ; une désorientation complète. Dans son errance téléguidée, elle arpente des lieux incompréhensibles, décors de décors, quatrième dimension dépeuplée. Le film est un film d'horreur, mais seulement au sens où se perdre dans un labyrinthe relève d'un tel genre.

balthazar claes

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