"L'Expérience Blocher" de J.S Bron

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"L'Expérience Blocher" de J.S Bron

Message par Invité le Sam 21 Juin 2014 - 11:18

Le film est intéressant par son contenu informatif, surtout si l'on ne connaît pas très bien l'histoire suisse, mais malheureusement il est filmé depuis le pire des point de vue qui soit:

-1) Bron transforme Blöcher en Citizen Kane vivant (il est vrai qu'il existe des ressemblances : industriel, banquier, patron de presse  puis politicien, enfance ratée et relativement pauvre dans un milieu riche, conscience et torturante de son mauvais goût culturel, impuissance à jouir d'une revanche sociale pourtant totale) puis met en scène de telle sorte que ce que l'on bpoit à l'image corresponde à ce qui nous est montré depuis l'intérieur du complexe d'infériorité de Blöcher. Le film est "objectif" par rapport à l'attriat exercé par Blöcher sur bron, muis glisse progressivement vers une caméra subjective placée du point de vue de Blöcher. On tombe assez vite dans la psychanalyse de comptoir: "vous avez l'air triste, parlez nous de votre papa" (en plus il a apparemment grandit dans la même maison que Jüng), Bron s'engouffre dans cette brêche sans en voir l'insuffisance.


-2) le réalisateur annonce d'emblée en voix off qu'il est contre le populisme, et qu'il a bien conscience d'avoir été fasciné par Blöcher, et d'être devenu une sorte de journamiste "embedded". Il accepte la place de confident (confesseur?) de Blôcher en vis à vis dans son Audi à chauffeur. Celui-ci est roublard, et lui promet des scoops ("vendredi vous comprendrez que j'ai balancé ce matin un délit d'initié du gouverneur de la banque centrale qui utlise sa femme pour spéculer sur le dollar, il me faisait chier") . Bron promet alors des scoops rétrospectifs aux spectateurs ("Dans quelques minutes vous allez voir que Blöcher m'a dit lundi ce qui allait éclater vendredi, mais on ne le sait pas encore"). C'est là le niveau de déconstruction permis par le dispositif du film.
De plus comme le film suit Blöcher sur trois ans, on remarque qu'il devient de plus en plus sénile et erratique, et de plus en plus tordu politiquement, au point qu' il finisse par devoir affroner le parti qu'il a créé (sur le mode "voyez vous, non seulement ils sont racistes et hypocrites, mais en plus ils sont ingrats" - ceci dit c'est intérressant d'observer qu'un Philippot est un clône verbal d'Oskar Freysinger, exactement le même profil et le même rôle), ce qui suscite immanquablement une forme de compassion, Blöcher devient un bon méchant hitchcockien et en même temps un petit vieux dépassé. La voix-off devient l'expression du sur-moi du réalisateur, montrée comme le seul dernier existant contre les manipulations de Blöcher. Du coup quanf le film commence et termine par des cartons avetissant que  "le temps de loups revient sur l'Europe", on a l'impression d'acheter un paquet de cigarette nous indiquant "dangereux pour la santé"



3) Il y a un troisème régime d'images dans le film: les archives  provenant d'autres films retraçant la vie politique de Blöcher. On comprend qu'il se situe à l'intersection exacte de le Pen pour l'usage du racisme comme tremplin médiatique et connexion vers les mobilisation des foules, Berlusconi-Tapie pour la vie de capitaine d'industrie , et de Wever pour l'idéologie régionaliste, le rapport à la fois cynique et quasi filial à la prosperité économique d'une région riche, mais en même temps ultra-dépendantes des pays  plus grands et forcément relativement moins prospères qui l'entourent.
Mais le réalisateur se met complètement en porte-à-faux avec le réel qu'il représente, en supputant dans un de ses interminables monologues en voix-off que la fascination qu'exerce Blöcher sur lui (et donc, automatiquement sur les autres) provient d'une nostalgie collective diffuse (qui se transforme en complexe caché)  à l'égard de la vie paysanne détruite (paf le film monre alors une image noire et blanc d'un vieux film montrantt charette qui franchit un passage à niveau - il s 'agît de retrouver l'image primitive que Blöcher pourrait avoir en tête), alors que le film explique par ailleurs assez bien que si la base historique de son parti est les paysans, lui-même n'a rien d'un paysan, qu'il est exactement à l'intersection entre les dirigeants d'industries à la Mittal et les hauts cadres banquaire, que son seul programme économique est la défense tout azimut du secret bancaire (il rassure quand il dit "je ne promets pas la transparence, le mensonge est nécessaire")- quite à le détruire lui-même pour faire chanter le patron de la banque centrale - et qu'il a justement plutôt un sentiment de revanche individuelle sur les paysans lié à son enfance. Le film s'annule entre "les idées que l'on partage pas" et la fascination pour l'individu Blöcher, la volonté de confondre ce qui est dissimulation et ce qui est fêlure.
C'est dommage, le réalisateur sait filmer et cadrer, le parti-pris d'esthétiser la solitude de Blöcher (les plans assez frappant sur l'Audi de Blöcher vue d'hélicoptère, poitn fixe du paysage qui défile, ou sur son enfermement dans a villa quand son parti essaye de le virer) fonctionnait assez bien, et montrait déjà que c'est les complexes psychologiques de Blöcher qui sont  réels, de manière complètement externes à sa politique, qui elle joue le rôle d'un masque, d'autant plus efficace qu'elle a un impact sur les masses.
Sans la voix-off (et en laissant plus de champs à l'intelligence du specateur) le film eût peut-être été bon et pertinent mais au lieu de cela Bron a voulu filmer en un seul coup  "Mabuse"  (à l'image) et "le vieil homme et la Mer" (pour le son). Le générique de fin avec le morceau de pop suisse à la Muse ou dEUS  enfonce un clou de plus et contribue à vendre Blôcher vieillissant  comme une icone sociétale et générationnelle.

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