47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

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47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Invité le Dim 6 Avr 2014 - 13:30

Hollywood tourne ses velléités progressistes vers cette terre meurtrie qu'est le Japon avec toute la mansuétude de son art saturé, depuis quelques mois déjà (pacific rim, Wolverine, bientôt le reboot de Godzilla).
Le Japon, terre exotique qu'il convient de situer, par rapport au territoire us, sur le globe d'Universal avant toute chose, afin que le spectateur de Middle west ne soit pas trop perdu au pays du soleil levant.
47 ronin est un thème extrêmement populaire je crois, dans la culture japonaise. Dans le domaine du cinéma, il y a eu les versions de Mizoguchi (41, au moment de Pearl Harbor) et de Fukasaku (78).
Mais il s'agit d'un vision remastérisée à l'aune de l'imagerie fantastique, pour les besoins de la légende américaine; aussi Keanu Reeves, un "sang mêlé", rejoint-il les fiers ronin, après avoir été l'apprenti des démons tengu lol, afin de leur enseigner puisque besoin est, les règles de bienséance et de bien vivre, et de bien mourir, essentiel, allant jusqu'à témoigner d'une plus grande finesse que les autochtones pour les choses de l'outre monde japonais, mais également meilleur chasseur, regard qui transperce et les apparences et les apparats, meilleur dans le maniement du sabre etc ...
questions de corps à nouveau et profonde détestation de ce qui n'appartient pas à un idéal normatif: les yeux vairons, par exemple (nombreux plans de paire d'yeux qui regardent), sont l’apanage des créatures diaboliques; un des ronins est stigmatisé comme obèse, et est tourné en ridicule, jusque dans la mort.
Le corps du peuple ne doit pas exister. Il n'y a presque que de belles personnes.
La peinture des mœurs et du désir est profondément puritaine, ainsi le couple de femmes, l'une personnifiant l'amour chaste et immaculé et l'autre la sorcière/geisha au corps insondable et fantasmé. De même Ôishi, le chef des ronin, est plongé dans un cul de basse fosse pendant un an; le motif est assez abscons ... à moins que ce ne soit pour éviter de mettre en scène ce qu'il fit selon la tradition, c'est à dire qu'il vécut une vie de débauche dans les bordels pour endormir la vigilance de ses ennemis lol; ça ne devait pas trop cadrer avec l'image d'un fier samourai allant au devant de la mort pour la justice dans l'esprit des scénaristes Smile.
Une scène absolument étonnante qui ressemble à l'attaque d'un village indien, des huttes de forme conique, incendié, alors que les ronin croit tenir leur adversaire principal, venu en cet endroit honorer ses ancêtres. Ils tombent dans un piège et se font arroser de flèches. Très étrange ... greffe ...
Autre scène, dans le repère forestier des tengu, en forme de montage alterné (figure très prisée, donnant à voir le modèle, Reeves, et celui qui tente de parvenir à cet idéal, le modeste japonais lol), où Reeves demande au chef des ronin ne pas tirer son sabre du fourreau, quoiqu'il puisse voir: et ainsi il voit ses compagnons se faire décimer, ainsi que son fils, mais se soumet malgré tout à l'ordre de son compagnon: la morale de cette courte séquence laisse perplexe lol. A mettre en parallèle avec l'interdiction des comportements offensifs dans la constitution japonaise faîte à l'issue de la seconde guerre mondiale?

Que diable va faire Hollywood là bas? lol


Dernière édition par erwan le Mar 8 Avr 2014 - 15:09, édité 1 fois

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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Borges le Lun 7 Avr 2014 - 7:25


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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Borges le Lun 7 Avr 2014 - 8:20

Hi erwan;

Une vraie nullité ce truc, à peine regardable;  comme tu dis, c'est encore l'histoire du fameux blanc  à la plasticité absolue, qui assimile l'autre au point de l'accomplir dans sa perfection... on pense à tarzan,  plus singe que les singes, plus sauvage que les sauvages, roi de la jungle,  aux nombreux blancs élevés par les indiens, à Lawrence le super arabe... le renversement de l'histoire occidentale dans sa relation à l'autre, on ne nie pas l'altérité, pas d'impérialisme du même comme dirait levinas, on s'identifie à lui en gardant pourtant l'essentiel, au point de vue de l'imaginaire, et   l'image :  le corps blanc...

pourquoi ce film? quel intérêt?  

Dans le dernier wolverine, on se souvient, notre héros sauvait un soldat japonais avant de le tuer :  devenu grand, puissant, et riche, le mec tentait de ressusciter  le japon des samouraïs, ou plus exactement de relever ce japon en liant la puissance de la technologie (occidentale)  à l'éthique du guerrier...

Imaginez ce que serait une guerre entre les usa, et la doctrine "zéro mort"  et ce japon, où la mort n'est pas crainte...

C'est le problème de quelques films us récents, qui tentent de réconcilier la guerre (la lutte) et la mort (la mort propre, bien entendu, pas la mort de l'autre)... Le personnage joué par KR n'apprend pas seulement l'art du sabre, et des tas de choses, il apprend surtout  à savoir mourir, à accepter la mort  (j'avais parlé de la chanson dans le dernier hobbit, on peut citer le sacrifice de GC dans "Gravity"... on a quelque chose d'assez proche  dans "GBH", monsieur gustave que son panache conduit à la mort )...

ces films marquent-ils un changement d'époque? un retour à l'idéal de la mort héroïque et chrétienne...

Badiou disait je sais plus où que la doctrine américaine, occidentale, donc, "zéro mort "signifiait la fin d'un certain hégélianisme... Mourir pour une idée,  sa patrie, même pour la démocratie était débile... aucune idée ne mérite que l'on donne sa vie pour elle; la vie est la valeur absolue, je parle bien entendu de la vie de l'occidental, de l'américain... seuls les fanatiques, les sauvages, islamistes par exemple, peuvent mourir pour une idée, pour une croyance, montrant par là le peu de cas qu'ils font de la vie, le peu de valeur qu'ils lui accordent,  en eux, et dans l'autre... La vie ne vaut rien pour eux, si bien qu'on peut les massacrer sans problème...zéro mort d'une part,  parce qu'on tient sa vie, la vie pour la valeur infinie,  destruction de zéros qui accordent zéro valeurs à la vie de l'autre...

On ne peut tout de même pas accorder à la vie de l'autre plus de valeur qu'il ne lui accorde lui-même...

Hegel se moquait  des africains qui se faisaient massacrer par milliers par les fusils des blancs; il ne voyait pas là un signe de courage, mais de connerie animale; les westerns ont souvent mis en scène cette idée, avec les Indiens...

il faut être con pour mourir pour une idée, surtout si on n'est pas blanc, démocrate...  le problème est que l'acceptation de la mort est aussi la valeur fondatrice de l'humanité. Donner sa vie, la sacrifier pour une idée, au nom de l'idée, c'est faire la preuve de son humanité...Qui préfère la vie à la liberté, à la dignité... à l'idée est  un esclave, un animal, indigne de l'humanité...


dans "Lettres d'Iwo Jima"   clint eastwood nous montrait la connerie de japonais se tuant après la défaite, ici, un anglo-américain apprend à mourir noblement auprès de nobles samouraïs...

(après  les "lettres d'iwo jima" clint avait donné sa vie dans gran torino pour sauver quelques asiatiques )
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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Invité le Lun 7 Avr 2014 - 10:13

J'avais pas du tout la même interprétation "culturelle" voire raciale d'Iwo Jima Shocked 
C'est situation classique dans un film de guerre classique sur un officier intermédiaire "pacifiste"  qui doute qui s'aperçoit que les gradés sont à côté de leur pompe, et ou loin du front, mais qui se tait et combat puis raconte. Il y a cela dans "Platoon", "les Hommes Contres". Les films de Fuller sont un peu contre ce type de récit.
Il s'agît de résistance à outrance dans un réduit plus que de suicide. Je crois que c'est plutôt à Okinawa (île importante  cinéma) qu'il y a eu des suicides qui étaient en fait des meurtres de masse de civils déguisés, appartenant à une culture différente des grandes îles japonaises de surcroît.

Et pour critiquer ainsi la doctrine "zéro mort"  (si Badiou a vraiment dit cela), il faut faire semblant de lui accorder plus de poids et de valeurs que ceux qui l'énoncent n'en mettent eux-même. C'est une propagande de temps de paix pour conserver des budgets militaires, je me souviens d'un article assez effrayant du Monde en 1999 à ce sujet, qui la présentait de manière positiviste comme une quasi thèse scientifique. Elle était d'ailleurs avancée en France en même temps que la fin de la conscription. C'est plus lié à une hypocrisie sociologique et politique (les soldats professionnels viennent souvent de milieux qui font l'objet d'un racisme particulièrement fort et sont sommés de prouver leur appartenance à la nation, par un nationalisme qui valorise et annule leur engagement militaire en lui donnant ensuite paradoxalement une dimension individuelle) qu'à la mort de l'idée de mort de Hegel

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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Invité le Lun 7 Avr 2014 - 12:19

salut Borges, salut Tony,
Avec le doc, on parlait de ce phagocytage de la culture japonaise par les américains, en ce moment; il avait des idées à ce sujet Smile il pourra peut être les partager quand la suisse aura retrouvé le plein accès à internet lol.
Borges a écrit:C'est le problème de quelques films us récents, qui tentent de réconcilier la guerre (la lutte) et la mort (la mort propre, bien entendu, pas la mort de l'autre)
oui, il y avait le truc futuriste avec Tom Cruise qui parlait de cela également, en le liant à l'éthique de la Rome impériale.
La résistance n'était pas hors des frontières, des moudjahidines, comme on pouvait le penser dans un premier temps, mais l'Amérique réelle, le dernier bastion. Renversement qui n'est pas sans rappeler ce que tu dis de la plasticité de l'occidental. Il y a de nouveau là une négation de l'autre.

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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Borges le Lun 7 Avr 2014 - 14:07

hi, erwan, tony;

nous avions beaucoup parlé des deux films de guerre de eastwood, pas très envie de revenir dessus




je ne vois pas où est le racialisme, ou le culturalisme dans ce que je dis...


l'idée zéro mort, on en avait aussi beaucoup parlé, avec IQI notamment,  sur l'ancien forum des Cahiers...

c'est une idée-idéologie qui avait été hyper médiatisée lors de ce qu'on a appelé ''première du golfe''; après les morts us  de la guerre du vietnam,  à la télé et tout ça, nous disait-on avec un cynisme absolu,  l'opinion américaine ne peut plus supporter une guerre qui ferait des morts américains : donc, il faut une guerre sans mort us, et sans image de la  mort des autres,  qu'on ne compte pas et qui ne comptent pas...


le fameux Luc ferry résume cette idéologie : pour nous les occidentaux y a rien de mieux que la vie...


Si l’on veut dire par là que les motifs traditionnels du sacrifice collectif, violent et massif,  ont été liquidés, j’en conviens volontiers. Qui voudrait encore aujourd’hui, du moins dans les jeunes générations de l’Europe,  mourir pour Dieu, pour la patrie ou pour la révolution ? Personne ou presque. Mais à l’encontre de la morosité ambiante, je prétends  que c’est la meilleure nouvelle, non pas du siècle, mais bien  du millénaire. Champagne ! Car cela ne signifie en rien que nous vivions pour autant la fin des grandes causes. C’est même là l’illusion archétypique de cette conscience malheureuse qui aime tant ne pas aimer. J’y insiste : ce que nous vivons n’est nullement la liquidation du sacré, l’éclipse des valeurs, mais tout au contraire leur incarnation dans un nouveau visage, celui de l’humanité. L’évidence crève les yeux : c’est l’amour qui donne du sens à  nos vies


Badiou

Mourir pour l'idée est un attribut naturel pour l'idée. Idée : ce pour quoi il peut y avoir la mort. C'est La vie qui ne recule pas devant la mort qui est la vie de l'esprit (pour Hegel qui interprète le christianisme). Qu'on mourrait beaucoup pour une idée n'est pas une objection  à l'idée, c'est vrai avant les années 60 , maintenant on pense autrement. Nous en sommes venus au thème de la guerre avec zéro mort. La guerre avec zéro mort est un retournement. Le siècle a été hégélien . Le siècle a tenté de transformer la vie en valeur et de faire de la survie une valeur négative. Quelque chose de la vraie vie est un affrontement  de la mort, l'essence de la vie comme le risque.


-La vie sans idée, pensons à tous les survivals...
-la guerre zéro mort, pensons à la série du ''seigneur des anneaux'', ''hobbit''... les méchants meurent par dizaine de milliers... les bons,  trois ou quatre,  on me dira que c'était déjà comme ça dans les westerns, ou dans les films ''colonialistes''...

faudrait comparer aux séries, qui fonctionnent énormément par élimination de personnages plus ou moins principaux; le cinéma comparé à la télé, c'est un peu les cartoons, le risque qui ne risque rien...



Dans Gravity, film chrétien, qui renoue avec une certaine idée de la mort et de la vie comme vie et mort du sens et de l'esprit,  on a la mort-sacrifice de celui qui ressuscite, la sur-vie, au sens de la vie qui enfin trouve son sens, sa valeur, au-delà de la seule survie biologique, et la mort qui ne compte pas, la mort sale, non appropriée,  de celui qui ne revient pas : la mort sans relève du film,  celle de Shariff...


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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par wootsuibrick le Jeu 10 Avr 2014 - 4:14

Je n'ai pas encore vu le film avec keanu reeves,
mais au sujet des 47 ronins en général, j'avais écrit ceci récemment :

Le terme étranger « vagabond », utilisé par Inoue Takehiko pour intituler son manga, est un substitut de celui de « rônin ». Musashi et Ryôma sont deux rônins qui s’opposent à, ou dépassent la condition de samouraï. Ils s’éloignent des célèbres 47 rônins, eux aussi objets de multiples fictions théâtrales, littéraires et cinématographiques.
En effet, ce qui anime les 47 rônins, c’est la vengeance, une vengeance liée à la fidélité à leur défunt clan. La ligne de leur destinée est claire, tendue vers un seul but dicté par leur existence de samouraï. Les non valeureux ayant appartenu à ce destin mais s’en écartant, sont condamnés à l’errance et à la décadence, à l’image de Iemon, l’anti héros de Yotsuya Kaidan (Les Spectres de Yotsuya) . Les 47 rônins même en perdant leur statut social restent fidèles à leur titre de samouraï. Suite à leur vengeance, ils suivront leur chef clanique —indirectement assassiné suite à des manigances de cour— jusqu’à la mort, en se faisant eux aussi seppuku (hara-kiri). On pourrait dire que les 47 rônins sont des personnages héroïques classiques, là où Ryôma et Musashi figurent une certaine modernité.

En ce qui concerne la relation entre les motifs et thèmes de Chushingura (les 47 ronins) et ceux de Yotsuya Kaidan, le film de Fukasaku Kinji, Yotsuya Kaidan gaiden Chûshingura (1994), est très éclairant. En se contentant de voir ce film à l'échelle du peu que l'on sait des adaptations de Yotsuya Kaidan et de Chûshingura au cinéma, on pourrait le réduire à un cross-over assez artificiel entre deux histoires majeures de l'imaginaire japonais. Mais en se penchant un peu sur leur origine, —dans le domaine de la fiction, pas dans les faits divers de l'ère Edo— le kabuki, on apprend que Chûshingura est un monde et que de nombreux récits de kabuki sont reliés à cette histoire. Ainsi, Yotsuya Kaidan et Kamikakete Sango Taisetsu (adapté au cinéma par Matsumoto Toshio sous le titre Shura) en plus d'être deux pièces du même auteur, Tsuruya Nanboku IV, sont deux récits qui se réfèrent à la trame de Chûshingura. Ce qui parait être de l'ordre du cross-over, quand on se contente d’une histoire du cinéma, se trouve alors être totalement intégré à l'histoire du kabuki. Je cite un extrait de la préface de Jeanne Sigée à l’édition française de la pièce Yotsuya Kaidan (Les spectres de Yotsuya) : "Si Kanadehon Chûshingura exalte l'éthique féodale de fidélité au maître, Tôkaido Yotsuya Kaidan en présente l'envers. L'auteur, avec le sens théâtral qui le caractérise, avait pour les premières représentations au septième mois, selon l'ancien calendrier, 1825, fondu les deux pièces, alternant partie de Kanadehon Chûshingura et partie de Tôkaidô Yotsuya Kaidan, l'ensemble durant deux jours. Comme le rappelle un personnage de Tôkaidô Yotsuya Kaidan, seuls devaient prendre part à la vengeance, les vassaux loyaux, à l'existence sans tache. Il s'en trouva quarante-sept, il en restait donc deux cent cinquante trois qui ne pouvaient pas y prendre part en raison de leur conduite, de leur réputation ou simplement de leur mauvaise volonté. C'est ceux là que met en scène Tôkaidô Yotsuya Kaidan".

Erwan a écrit:Mais il s'agit d'un vision remastérisée à l'aune de l'imagerie fantastique, pour les besoins de la légende américaine; aussi Keanu Reeves, un "sang mêlé", rejoint-il les fiers ronin, après avoir été l'apprenti des démons tengu lol, afin de leur enseigner puisque besoin est, les règles de bienséance et de bien vivre, et de bien mourir, essentiel, allant jusqu'à témoigner d'une plus grande finesse que les autochtones pour les choses de l'outre monde japonais, mais également meilleur chasseur, regard qui transperce et les apparences et les apparats, meilleur dans le maniement du sabre etc ...
Du coup ce que tu donne à voir du film américain, Erwan, est en effet assez rigolo, vu que normalement la valeur des 47 ronins n'est pas un apprentissage, mais est juste la réelle valeure de leur condition de samouraï. Ce n'est pas quelque chose qui vient de l'extérieur du clan, le film américain avec son personnage de sang mêlé qui permet une plus value est contraire à la morale de l'histoire des 47 ronins. La vengeance se construit avec ceux qui sont restés purement attaché au clan et ne se sont pas dévergondés dans des aventures individuelles... Grosso modo Il n y a rien à prendre en dehors du clan, rien à y comprendre.
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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Invité le Jeu 10 Avr 2014 - 13:04

salut woot,
lu sur un blog un texte intéressant décrivant le renversement que produit le film, le blanc qui est exclu par, de fait, une minorité, la fantasmagorie xénophobe de l'impensé actif hollywoodien https://angloamerica101.wordpress.com/2013/02/08/47-ronin-and-the-hollywood-outcast/
What boggles my mind about Hollywood, and about 47 Ronin, though, is not the fictional inclusion of a hapa (hafu?) character, but more the context in which this is framed. I guess I am thinking of another production from a few years ago that wanted to whitewash a Chinese American character. When I spoke with the producer, I noted that the character had a Chinese last name and his entire character arc was about accepting he was Asian and handling feeling different. “How will you explain his last name?” I asked. “How will you keep the story arc of Tommy feeling like an outcast and learning to accept his identity?”

The producer said, “Well, perhaps he can be a white person adopted by a Chinese family. He could be bullied all his life for being white and having a weird Chinese name and feel left out and not truly a part of things.”

What struck me was how horrendously, cluelessly backwards this all was. Here was a production that was deliberately excluding Asian American actors due to their race, their “weird Chinese names” seen as not marketable, etc. While there are countless narratives of transracial adoptees facing discrimination, those children are usually children of color bullied in white communities, not the other way around. Yet, in order to cover for it, one of this production’s ideas was to tell a story of a white man being excluded by Asians. An industry that routinely, systemically casts out Asian Americans in favor of casting white actors wanted to tell a story about mean Asians excluding a white guy.

This was also a part of the character development for the whitewashed Kyo Kusanagi character in the King of Fighters (2010) film adaptation. The character was Japanese in the video games but played by a white actor in the movie. His father was depicted by an Asian actor to suggest he was hapa. The sneering villain, Iori, played by an Asian actor, pejoratively called the hero a “half breed.”
(...)
Hollywood doesn’t just whitewash Asian characters. It makes Asian characters white and then depicts how the white characters face discrimination from Asians. It’s bitter irony. It’s a complete lack of self-awareness. What they do to Asian American actors in real life they depict happening to white(washed) characters on screen. In the story, being part white is depicted as a liability. The people of color in the film are exclusionary. Yet, these films inadvertently demonstrate that in Hollywood, it’s the opposite–characters of color are whitewashed. People of color in the film industry are excluded, even when the main characters were originally people of color.
(...)

je ne me souviens plus suffisamment de la version des 47 ronin de Mizoguchi (grâce à borges j'aurai la possibilité de la revoir  Idea ) mais je viens de regarder celle de Fukasaku; il n'oublie pas de peindre la vie de ceux qui n'iront pas jusqu'au dénouement, jusqu'au bout de la vengeance.
Dans le film un couple. Un des ronin d'Oishi est blessé lors d'une tentative infructueuse d'embuscade contre Kira;
Oishi n'était pas au courant de ce complot. La blessure du ronin l'handicape et il ne peut plus s'estimer digne du projet de vengeance qui en vient à le détruire à petit feu lui et sa femme: il la prostitue et elle accepte cette situation comme un sacrifice, un don offert au clan disparu.
Au final, ils s'entretuent.
Je ne sais pas si ce récit secondaire fait parti de la tradition?
La morale du Chushingura n'est bien sûr pas du côté de la vie. Ce dont parle Borges. Mais Fukasaku interroge les représentations, les codes, auxquels se soumettent les samurai;
mais pas eux uniquement, leurs proches en assument également les conséquences.
Ce qu'ils partagent au fond, une croyance en une société de privilèges? Chez Fukasaku, il y a au début une courte présentation historique annonçant le déclin d'une organisation féodale soutenue par les seigneurs, au profit de l'autorité centrale du shogun (si j'ai bien compris); et le déclin, par corollaire, de la société des samourai; on peut penser au film, que je trouve assez malhonnête, de Kobayashi, Rebellion.
Dans les deux versions japonaises, je crois que le pouvoir du shogun est décrit comme dictatorial, injustice, autoritaire; alors que dans la version étasunienne, sa figure est moins celle du versatile prince de cour, que de la puissance monolithique, le roi de la montagne, dont les diktats sont entachés, à son insu, par le mensonge et la sorcellerie.

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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Borges le Jeu 10 Avr 2014 - 18:26

ce film, on est tous d'accord, je crois, ne vaut pas grand-chose, sinon rien; on dirait que ça devient difficile, même pour les Asiatiques, de faire de bons films historiques d'action; tous ceux que j'ai vus assez récemment (j'en vois pas des dizaines par jour, je précise) étaient assez décevants, sauf un, qui est pour moi l'un des plus beaux depuis pas mal de temps : War of the Arrows

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Message par Borges le Jeu 10 Avr 2014 - 18:35

erwan a écrit:
Dans les deux versions japonaises, je crois que le pouvoir du shogun est décrit comme dictatorial, injustice, autoritaire; alors que dans la version étasunienne, sa figure est moins celle du versatile prince de cour, que de la puissance monolithique, le roi de la montagne, dont les diktats sont entachés, à son insu, par le mensonge et la sorcellerie.

je crois qu'il y a là aussi une espèce de fascination pour le pouvoir fort, l'autorité; on veut des chefs, comme en France, où Hollande en plus de sa médiocrité, de sa politique indécise, se voit souvent reprocher son manque d'autorité, son incapacité à tenir ses hommes; on entend le même type de critique contre le cool obama dans ses relations avec le tzar de toutes les Russies; c'est un très vieux problème; y a quelques années, j'avais lu un texte sur la trop grande coolitude des parents américains dans l'éducation de leurs gosses. On donnait comme modèle les américains asiatiques, plus sévères, autoritaires...Ce qui fait des gosses hyper performants dans les études, dans la vie... Les américains ne savent plus souffrir, obéir, se sacrifier, pour y arriver, contrairement aux asiatiques : la "race" supérieure...
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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par wootsuibrick le Ven 11 Avr 2014 - 10:50

erwan a écrit:
je ne me souviens plus suffisamment de la version des 47 ronin de Mizoguchi (grâce à borges j'aurai la possibilité de la revoir  Idea ) mais je viens de regarder celle de Fukasaku; il n'oublie pas de peindre la vie de ceux qui n'iront pas jusqu'au dénouement, jusqu'au bout de la vengeance.
Dans le film un couple. Un des ronin d'Oishi est blessé lors d'une tentative infructueuse d'embuscade contre Kira;
Oishi n'était pas au courant de ce complot. La blessure du ronin l'handicape et il ne peut plus s'estimer digne du projet de vengeance qui en vient à le détruire à petit feu lui et sa femme: il la prostitue et elle accepte cette situation comme un sacrifice, un don offert au clan disparu.
Au final, ils s'entretuent.
Je ne sais pas si ce récit secondaire fait parti de la tradition?

J'ai un souvenir assez flou du film de Fukasaku, mais c'est un mix entre deux histoires du répertoire classique : Chushingura et Yotsuya Kaidan (les spectres de Yotsuya)...
Yotsuya Kaidan c'est l'histoire d'un vil ronin, Iemon, qui n'agit que par pur égoïsme : conquérir une femme en tuant ceux qui l'en empêche (dont le père de la femme), puis dés qu'il s'est lassé de la femme et qu'il pense trouver une meilleure situation sociale avec une autre femme... il la tue à son tour... elle le hantera par la suite.
Iemon faisait partie du clan dont sont issus les 47 ronins, mais s'est totalement éloigné de leur voie. Comme le dit la citation que j'ai donné plus haut, à l'origine la pièce Yostuya Kaidan était parfois mêlée à celle des 47 ronins, les deux intrigues s'imbriquaient comme dans le film de Fukasaku. Le film de Fukasaku rejoint donc une pratique qui était normale au début de l'exploitation de la pièce... Mais généralement et jusqu'à présent ces deux histoires sont exploitées sous la forme de deux pièces différentes... Il existe une autre pièce de Nanboku Tsuraya (l'auteur de Yotsuya Kaidan) qui a pour personnage principal un autre ronin infidèle aux valeurs du clan dont font partis les 47 ronins, cette pièce a été adaptée au cinéma par Toshio Matsumoto sous le titre "Shura". Elle reprend un peu les mêmes ingredients que Yotsuya Kaidan en les rapprochants du monde des histoires de double suicide de Chikamatsu Monzaemon... Je ne sais pas si cette histoire a déjà été mixé à la manière de Yotsuya Kaidan avec une intrigue 47 ronins...


Dernière édition par wootsuibrick le Dim 13 Avr 2014 - 14:14, édité 1 fois
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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

Message par Invité le Sam 12 Avr 2014 - 14:01

merci woot Wink

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Re: 47 ronin n'aiment ne boivent ni ne chantent

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