La grande aventure du cerveau moyen de la critique occidentale : Camille Brunel et les légos.

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La grande aventure du cerveau moyen de la critique occidentale : Camille Brunel et les légos.

Message par Borges le Ven 28 Fév 2014 - 15:19

Camille Brunel a écrit:"La grande aventure Lego tient plus de l’expérimentation formelle que du merchandising glorifié"

Voilà la nouvelle qu'il nous fallait, et qui va faire délirer de joie les amateurs de cinéma expérimental, et faire sauter Nicole Brenez au plafond.

Camille Brunel, comme si de rien n'était, nous annonce la naissance de deux nouveaux cinéastes du cerveau, qui n'en font qu'un en fait, puisqu'ils bossent ensemble : Phil Lord, Chris Miller.  Il va pas jusqu'à prétendre qu'ils sont aussi fortiches que les héros de la short liste de Deleuze, mais ils ont l'avantage incontestable d'être plus contemporains. Le cerveau, c'est comme le reste, ça évolue, alors, si vous voulez savoir ce qu'il en est de "l’état du cerveau de l’occidental moyen à l’ère Google", c'est pas dans les films de Kubrick, ou de Resnais que vous allez l'apprendre, mais en étudiant soigneusement "Tempête de boulettes géantes", "21, Jump Street", et "La grande aventure Lego".

Trois films, trois expériences formelles, c'est pas mal, mais le truc passionnant, la nouveauté : c'est que ces films sont aussi super lucratifs. "Tempête de boulettes géantes" et "21, Jump Street", ont déjà leur suite, nous annonce CB, que je soupçonne d'avoir des parts dans ces films, sans cela on ne comprendrait pas son enthousiasme devant leur succès.  

Nos deux génies du cerveau-occidental-google-moyen-contemporain ont réalisé une chose jusqu'ici absolument impensable. Kubrick a eu un certain succès dans les salles, Resnais, aussi (toujours vivant, il pourrait même après avoir vu ces trois expérimentations se mettre à l'heure du cerveau google) mais jusqu'à présent aucun expérimentateur des formes cinématographiques, des puissances du cinéma, comme dirait Nicole Brenez, n'avait ramassé le pactole. On avait même le sentiment que ça ne les intéressait pas trop le succès, le pognon, d'avoir des suites, des franchises, et tout ça. Expérimenter, dans leur coin, ça semblait leur suffire. Avec la génération du cinéma expérimental du cerveau-moyen-google, les choses changent; il était temps.

Expérimentation, succès, et, j'allais presque oublier, une troisième donnée importante, engagement : ces films ne mettent pas seulement avec succès en scène, en image, le cerveau de l'occidental moyen à l'ère google, ils le critiquent aussi, en tant que ce cerveau est un super consommateur.  

La cible de nos deux réalisateurs, leur unique cible : la surconsommation, pas la consommation, sa critique a déjà été faite, ça date, c'était avant google : la surconsommation.

Trois films, trois raisons d’être heureux, en tant que spectateur moyen, en tant que gars qui se félicite de la réussite de ses semblable, et en tant que citoyen moyennement soucieux de l'avenir de la planète.


Définition du cerveau google, selon CM : "Un grand bazar regroupant tout, possédant tout, et accessible à tout moment, dans une frénésie de surconsommation à laquelle correspond le rythme très soutenu des images et des gags, qui donne à la fois l’impression, devant Lego Movie, d’être en train de reproduire un geste archaïque (s’allonger sur la moquette, prendre son train dans une main, son sous-marin dans l’autre, et jouer) et un autre, découvert très récemment, le multitasking, qui consiste à ouvrir Gmail dans une fenêtre, Facebook dans une autre, banquepopulaire.com et Independencia.fr dans deux autres."

On a déjà lu ça partout, bien entendu, CM n'invente rien, sinon son style, et cette magnifique opposition entre le cerveau archaïque (fumant la moquette) et le cerveau multitasking, le cerveau qui en demande toujours plus, qui veut toujours plus savoir, ce qui confirme les analyses de Heidegger sur les liens de l'essence de l'homme à la question. Nouveau, le cerveau Google reste toujours le même, son essence est la question.

(piste à explorer par Nicole Brenez : la pensée expérimentale en question d'Anaximandre à Phil Lord et Chris Miller, du logos au légos)


On est épaté, mais on se demande pourquoi CB réserve à l'occidental moyen ce cerveau-multiasking; au Japon, en Chine, en Inde, en Afrique... enfin partout, ils ont aussi des cerveaux moyens, google, des légos... Sans doute, sans doute, nous répondrait Camille B., mais vous les imaginez ouvrant "Gmail dans une fenêtre, Facebook dans une autre, banquepopulaire.com et Independencia.fr dans deux autres"?

Non.

Sinon, la critique de la surconsommation en  temps de crise... Il faudrait plutôt faire la critique de la non consommation. Tout le monde n'est pas un loup de wall street.

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Re: La grande aventure du cerveau moyen de la critique occidentale : Camille Brunel et les légos.

Message par Invité le Mar 4 Mar 2014 - 8:30

hello Borges,
je sais pas si tu l'as vu mais le film en lui même ressemble à la promotion d'un certain "esprit" d'entreprise tel qu'on peut le trouver dans les boîtes de jeux vidéos ou dans d'autres domaines de la création contemporaine, peut être les start ups aussi, je sais pas. Et bien sûr les films d'animation; ou la répartition des "compétences" sur les plateaux tv (certains se sont extasiés en psalmodiant le déroulé du kit de vente du film).
Ce que le film nomme les créateurs, des icônes de la culture populaire anglo-saxonne: des figures des comics, de la fantasy. Moins des éléments créatifs que des points de référence massivement partagés.
Et de l'autre côté un type dénié, dénué, de toute imagination, le héros, nous, ce qu'il charrie de nos désirs conservateurs, qui se contente de suivre les plans de construction, qui établie les objectifs à atteindre et peut proposer une marche à suivre, comme un manager ou un planificateur, aux "créatifs" trop égotistes pour travailler en bande organisée.
C'est du moins la vision présentée par le film. Un partage du sensible dans l'air du mauvais temps.
La figure du mal, du moins au début, avant que tout le monde s'embrasse, c'est celle qui promeut le plan divin, l'éternité, le refus du temps et de la nouveauté, qui est aussi le passage à l'âge adulte, à la vieillesse, au gouffre qui éloigne de l'enfance.
Pourtant, in the end, tout revient au happy end ("Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie"). Le monde des légos ne s'ouvrira ni à l'altérité, ni à d'autres règles, à d'autres formes nucléaires, ni à d'autres espaces sinon le sien, combinaisons faussement infinies d'un donné très circonscrit (la part de destruction présente n'échappe jamais à l'ordre d'assemblage/désassemblage).
D'ailleurs le film est très pauvre, racho, en terme d'"imaginaire".
La seule crainte fondamentale semble être la femme (fantasmée, masculinisée, afin de produire un partenaire de jeu viable lol), ou la petite sœur du gamin qui joue, alter égo du tandem de réalisateurs.
Là encore le film est très conservateur par les oppositions qu'il établit à propos de la question du genre.
Enfin il me semble.

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Re: La grande aventure du cerveau moyen de la critique occidentale : Camille Brunel et les légos.

Message par Borges le Mar 4 Mar 2014 - 11:08

Hi Erwan; non, pas vu; je sais pas si je le verrai, je suis pas trop tenté...

merci d'écrire, de nous donner à (te) lire

Wink

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Re: La grande aventure du cerveau moyen de la critique occidentale : Camille Brunel et les légos.

Message par wootsuibrick le Jeu 25 Déc 2014 - 16:48

Assez proche de Matrix et de Fight Club, je trouve...
(Le carré qui fait semblant de sortir de sa forme tout en y restant complètement)
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