Le Transperceneige (Bong Joon Ho)

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Le Transperceneige (Bong Joon Ho)

Message par Invité le Dim 19 Jan 2014 - 21:15

"spoilers"

Pour Curtis, à l'instar du créateur du train, la machine est tout.
Il faut se pencher sur les relations entre lui et l'enfant qui plus tard sera un esclave de la machine. Il fait un échange avec lui, il passe un contrat, en fait le considère comme une personne adulte en un sens.
Par la suite, quand l'enfant est pris à sa mère, avec un autre, il refuse d'agir, pensant que le moment n'est pas venu.
De fait, à Curtis, la figure du meneur, le réalisateur donne le temps figé, la slow motion, comme s'il était une figure stylistique du passé jouée par le spectacle cinématographique.
La révolution qu'il envisage pour la classe dominée a pour but de saisir les moyens de production dans l'enceinte de cette société, à l'intérieur du train.
Quand les rebelles voient enfin la lumière du jour, le paysage recouvert de neige, il les détourne de cette vision du monde extérieur.
Mais la machine, son entretien, nécessite des esclaves suffisamment petits pour se glisser entre les rouages.
Les révolutions ne seraient que des dépressions systémiques qui mettraient de nouveau en place une coercition sociale, une domination des possédants sur les possédés.
Sans doute Bong Joon Ho a t il connu les révoltes étudiantes en Corée du sud et le monde d'une libéralisme économique sauvage qui a suivi.
Un cinéma plus anarchiste que révolutionnaire en fait?
Les personnages les plus avisés, un couple de coréens, des addicts des paradis terrestres, qui consomment une drogue aux propriétés explosives. La fille est médium, voit au delà des portes closes ; le père est un technicien qui peut les ouvrir. Peut être parce que tous deux ne sont plus à l'intérieur, dans le jeu du pouvoir, de son accession, mais dans un rêve d'ailleurs.
Cet ailleurs, c’est quoi ? C'est quelle idée ?
La dernière image, c'est un ours polaire qui regarde, de loin, les survivants faisant leurs premiers pas hors du train.
A la fois une menace et un espoir. Un nouveau départ pour l'humanité ? avec les règles de la survie, « l'homme » obligé d'assurer sa propre subsistance sans dépendre de rien d'autre que de lui même, sans dépendre d'une société « cannibale »?
Je ne sais pas trop quoi penser du film. C'est un projet qui semble se chercher, hésiter, emprunter beaucoup d'embranchements sans vraiment les suivre jusqu'au bout. Le réalisateur, comme Curtis en fait, est dans une position ambivalente. Il détruit la machine à la fin, Moloch,  tout en assurant le spectacle et en étant très conscient de cette ambiguïté. C'est sans doute une forme d'honnêteté, je sais pas.
Quid du peuple des sans culottes, de ses aspirations ? Il est balayé.
Mais l'enfant noir, à la fin, a recouvré sa liberté.
Pas l'autre par contre.

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Re: Le Transperceneige (Bong Joon Ho)

Message par DB le Mar 21 Jan 2014 - 14:11

La pauvre Octavia Spencer condamnée à ne jouer que des rôles de mère esseulée !

Je pense que tu as tout à fait raison concernant la position de Bong Joon Hoo ; on sent que le film (ou le train) voudrait/pourrait prendre telle ou telle direction mais que finalement... on ne sait pas trop si l'aiguillage suivra... Je suis pas sur que BJH ait une très bonne vision lui même de ce qu'il pense réussir comme analogie.

La scène de confrontation finale est un peu ratée alors que je trouve l'ambiance générale plutôt réussie. La première évasion avec les tuyaux est incroyable, il y a un sens du mouvement, une ivresse du moment absolument géniale. De façon générale, l'action est toujours très réussie.

Ce qui me semble très problématique par contre c'est le rôle et la vision des femmes dans ce film : pas une seule n'a un rôle positif. Si elles ne sont pas putes, elles sont camées. Octavia Spencer dans le rôle de la Mère (grand M, svp) qui se fait dézinguer aussi rapidement et facilement qu'un enfant. Le personnage (très drôle mais quand bien même) de l'institutrice bourreuse de crâne, encore une femme dangereuse et négative. Ou pire, le traitement réservé à la haute société : ramassis de junkies efféminés.
Je me demande s'il n'y a pas d'autres exemples encore que j'aurais oublié mais c'est surtout que ça que j'ai trouvé dérangeant.

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Re: Le Transperceneige (Bong Joon Ho)

Message par Invité le Mar 21 Jan 2014 - 18:25

Salut DB,
Je ne sais pas si l'on peut dire cela sur les femmes (en quoi les désigner comme "pute" ou "camée" les déterminent sous un angle positif ou négatif, dans le film s'entend _ ou dans le réel lol? Je crois au contraire que Bong Joon Hoo s'amuse dans le film avec cette histoire de drogue, met en parallèle l'attrait pour le tabac des passagers alors qu'ils regardaient avec mépris le couple de coréens quand ils chinaient de la drogue; je ne crois pas qu'il juge moralement la prise ou non de drogue,simplement l'hypocrisie des juges); et en particulier Octavia Spencer.
Je trouve que c'est une très belle actrice, ici ou dans fruitvale station. Elle apporte au rôle un peu de sa vie.
Mais il est vrai que j'ai été un peu dubitatif quand Curtis l'éloigne de l'affrontement dans la scène avec les lunettes nvg. Une inégalité de fait entre les hommes et les femmes. Mais j'imagine que c’est lié à la situation, les derniers représentants de l'espèce humaine; le potentiel "procréatif" des femmes devient essentiel lol. Peut être que Bong Joon Ho aurait pu approfondir cette approche; peut être est ce le cas.
Mais il fait une autre relation assez étonnante. L'enfant d'octavia, est saisi par les gardes sous les jupes de sa mère, et par la suite, on le découvre sous le plancher, à l'intérieur de la machine: désignée comme mère mécanique? qui assure la subsistance de ses enfants, des passagers ? Curtis, pour le sauver, doit sacrifier son bras, sa puissance (Auparavant, ils disent d'ailleurs qu'il faut deux bras pour enlacer une femme).
Ce sacrifice est mis en parallèle avec le déraillement du train.
Je ne sais pas si il montre du doigt au fond l'origine des sociétés humaines, le groupe qui maintient l'inégalité foncière entre femme et homme, l'impossibilité (?) dans les développements ultérieurs d'une société égalitaire, basée sur de telles prémisses? lol j'sais pas.

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Re: Le Transperceneige (Bong Joon Ho)

Message par DB le Mer 22 Jan 2014 - 11:23

Hello erwan,

Je parlais juste du rôle positif ou négatif incarnée par des femmes dans ce film sous la forme de stéréotypes grossiers. Tous les "gros vilains" du film sont des grosses vilaines (j'avais oublié Tilda Swinton !) dont les personnages sont des grosses caricatures de ce qu'on pourrait considérer comme des archétypes féminins : la maman institutrice ; la putain bras droit ; la sous-chef laide et hideuse ivre de pouvoir (elle se venge de pas être belle ?) ; la junkie dépendante de son père etc...

Si on compare avec les hommes Curtis est un héros torturé mais un héros quand même, idem pour son mentor, figure honorable ; le jeune premier aussi se sacrifie et je ne vois pas bien ce qu'on pourrait lui reprocher ; l'homme derrière la machine aux commandes. Disons que si BJH faisait une critique ou une satire des stéréotypes, il faudrait que cela englobe tout le film or là c'est pas trop le cas lol.

Oui il y a un parallèle évident avec la locomotive mère qui a besoin d'enfants pour fonctionner, avancer mais je suis pas sur que BJH esquisse une quelconque critique là dessus. Ce n'est pas un discours du film, c'est une constatation tout au plus.

Le poncif du récit post apocalyptique qui voudrait que les femmes reprennent leur rôle naturel de procréatrices, je t'avoue, ça me gave profondèment. On y a droit partout. Bizarrement, le seul récit que je connais qui relève du genre écrit par une femme c'est Children of men et le rapport à la maternité c'est le sujet du roman pas une excuse pour re établir une société patriarcale.
Heureusement ce n'est pas ce que fait Snowpiercer en tout cas pas dans ces derniers instants. Enfin je crois.

Je n'avais lu qu'une partie de la bande dessinée dont le film est tiré mais c'était assez misogyne aussi.

PS : Octavia Spencer est une incroyable actrice ! On ne la voit pas assez.

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Re: Le Transperceneige (Bong Joon Ho)

Message par Borges le Dim 23 Mar 2014 - 11:01

vu; un peu fatigué, j'ai eu peur de m'endormir dans la salle, sans raison; le film tient éveillé, on rit parfois, et à la fin on souhaite à nos deux amis,  une eve asiatique (extrasensorielle) et un adam, enfant, "noir" (agile et technicien), bonne chance pour la refondation de l'humanité. Le film ne  dit rien, n'apprend rien, ne pense rien, ne met rien en scène (mais visuellement y a des choses) ne nous affecte pas plus que ça,  mais on suit nos amis resquilleurs de la queue à la tête du train sans s'ennuyer... La révolution  au sens classique ne mène à rien, sinon à  un renversement (le bas en haut) qui maintient les meilleurs à la tête...il faut sortir du monde, de l'humanité pour avoir une chance de recommencer le monde...(insistance des derniers plans sur les pieds qui s'enfoncent dans la neige, on pense à gravity...blancheur de la page blanche contre la boue des origines...)


on peut penser aussi à GBH, à son train, au refus de gustave de voyager en troisième classe...comme s'il fallait nécessairement passer par les trains pour aborder la question des classes, et de la classe, ceux qui en ont, et les autres : ceux qui sentent mauvais, ne se lavent pas, mangent de la merde...

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