The Selfish Giant (Clio Barnard)

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The Selfish Giant (Clio Barnard)

Message par Eyquem le Sam 21 Déc 2013 - 7:34




Très chouette film.
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Re: The Selfish Giant (Clio Barnard)

Message par Borges le Sam 21 Déc 2013 - 7:56

Eyquem a écrit:


Très chouette film.

hi
trois mots,

 Wink 
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Re: The Selfish Giant (Clio Barnard)

Message par Eyquem le Sam 21 Déc 2013 - 9:56

Peux pas plus,  Wink 
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Re: The Selfish Giant (Clio Barnard)

Message par Borges le Sam 21 Déc 2013 - 10:25

Eyquem a écrit:Peux pas plus,  Wink 
 
ah, si; j'avais oublié l'image : trois mots et une image; et cette image, il en faudrait des mots pour la dire; la dire toute, d'ailleurs, ce serait impossible; comme pour la vérité, selon lacan : les mots manqueraient;

Wink
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Re: The Selfish Giant (Clio Barnard)

Message par Eyquem le Sam 21 Déc 2013 - 16:19


(Première et dernière scènes du film)

Le film est apparemment adapté d’un conte d’Oscar Wilde, mais d’une manière si lointaine qu’on se demande un bon moment qui est le géant égoïste du titre. Ca pourrait être le blondinet, mais par antiphrase, puisqu’il est tout petit par rapport à son copain. Ca pourrait être son copain, Swifty, très grand, comme un géant de Swift, mais pas du tout égoïste: au contraire, généreux, et même "too soft", trop tendre, comme dit le blondinet. Ca pourrait être les immenses pylônes électriques dont la silhouette silencieuse, indifférente, ponctue tout le film. Finalement, le géant égoïste du titre, c’est Kitten, un ferrailleur pour lequel les deux gamins volent des câbles en cuivre; c’est lui qui reprend le rôle du géant imaginé par Wilde, mais son personnage reste quand même secondaire et on doute que ce soit lui qui donne son nom au film.
Clio Barnard a pensé rebaptiser son film quand elle a vu à quel point elle s’éloignait du récit d’origine. Mais finalement, c’est bien d’en avoir gardé le titre. Le géant égoïste, on peut décider que ce n’est aucun personnage du film: c’est la figure invisible qui maltraite tous les personnages de cette histoire, et qui les oblige tous à recourir au vol, au mensonge, à la traîtrise, toutes sortes d’expédients dont la question de savoir s’ils sont légaux ou pas, moraux ou pas, ne se pose plus, tant la nécessité fait loi.


Les trois quarts du film sont donc occupés à filmer les trafics en tous genres des deux gamins: récup de ferraille, de bobines de cuivre, vol de câbles, et vol de câbles volés, etc. Si ça n’avait été que ça, le film m’aurait certainement plu (toute cette partie est très prenante), mais c’est le dernier quart qui m’a ému et qui fait le film, selon moi. On pensait que son centre, c’était le cuivre, volé, vendu, échangé entre tous, sous toutes ses formes, en câbles ou en plaques grossièrement compressées, comme une sorte d’or du pauvre. On s’aperçoit à la fin que ce n’est pas ça du tout: ce n’est pas le cuivre passant de main en main qui est important, ce sont les mains elles-mêmes – si bien qu’on pourrait résumer tout le film ainsi : c’est l’histoire d’un garçon, Arbor Fenton, qui a des mains pour prendre et donner, pour échanger, mais qui n'a de main qui donne et prend la main qu'à la fin.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le film, et même la toute première scène. Arbor le blondinet s’est glissé sous son lit et tape le sommier comme un forcené, en insultant la terre entière (c’est un hyperactif, comme on dit aujourd’hui: toujours à gesticuler, ultra nerveux, il ne tient pas en place). Il n’y a que la présence de son ami pour le calmer, et celui-ci lui donne la main pour le tirer de sous le lit, mais aussi, peut-être, uniquement pour se donner, pour lui donner sa présence, son amitié. Mais c’est comme si, chaque fois, Arbor oubliait le sens d’un tel geste: lui a deux mains, mais ses deux mains lui servent à taper, prendre, voler, échanger. Il est toujours dans l’échange intéressé, ceci contre cela, ce câble contre tant d’argent. Certes il a un ami, mais il s’éloigne de lui quand il le voit préférer s’occuper de chevaux, les étriller, les caresser, plutôt que voler des câbles et faire du fric. Le climax de toute cette partie consacrée aux trafics, aux échanges de la main à la main, c’est une scène où Kitten le ferrailleur, pour effrayer Arbor, menace de lui broyer la main dans une machine.

La dernière partie, c’est une main vide. C’est quand Arbor n’a plus rien à échanger, à voler, à frapper, c’est quand sa main est vide qu’il découvre qu’il a une main, lui aussi, pour donner la main, une main qui ne donne rien qu'elle-même. Je dois dire que les dernières scènes, la mère dans les bras de laquelle le gamin se jette, le cheval qu’il brosse comme pour apprivoiser ce nouveau pouvoir de donner et de toucher qu’il se découvre, toute cette fin, aussi mélodramatique soit-elle, m’a cueilli sans résistance.
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Re: The Selfish Giant (Clio Barnard)

Message par Borges le Sam 21 Déc 2013 - 19:28

cool Wink
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Re: The Selfish Giant (Clio Barnard)

Message par adeline le Dim 26 Jan 2014 - 19:22

Hello Eyquem,
j'ai vu le film.
Je dois dire que je comprends ton "peux pas plus" après tes trois mots premiers mots. J'ai été scotchée hier soir durant toute la soirée. Mais je reste plus réservée. Pas de doute, hein, c'est un magnifique film, très fort. Mais c'est trop dur, c'est trop horrible. (Attention, révélation là d'un aspect du scénario imprévisible, à ne pas lire si vous comptez un jour ou l'autre regarder le film). Swifty n'avait pas à être tué. C'est dans l'idée de la narration, pour moi, presque aussi crapuleux que le travelling de Kapo dans l'idée de la mise en scène pour Rivette (même si on a déjà vu que finalement ce petit travelling a fait couler plus d'encre qu'il n'aurait dû). Mais je ne peux pas m'empêcher de me demander pourquoi elle le fait mourir. C'est ignoble, injuste, inique. Mais ça n'est pas comme dans Fruitvale Station, la tragédie d'un destin tout tracé, mise en scène et pensée par le film. Ici, ça survient en un choc terrible et sans raison aucune… C'est dégueulasse, sans qu'on puisse réussir à dire "qui est dégueulasse". On dirait que le film ne construit aucune possibilité de réflexion politique et sociale vraie. Même si je me rends compte que ça n'est pas non plus tout à fait vrai de dire ça. Mais ça n'a rien à voir avec Ken Loach, finalement (on pense, dès les premières images du film, à Kess, évidemment). Dans un film de Ken Loach, jamais Swifty ne mourrait. Jamais Arbor ne se retrouverait seul, non ?
Et le Géant égoïste, tu te demandes dans ton texte qui il pourrait être. Il semblerait qu'il soit Kitten, en effet, mais quel lien avec le géant du conte d'Oscar Wilde ? Tout le film est à l'opposé de l'idée du conte, d'ailleurs, qui raconte l'amendement du géant, qui était égoïste et qui s'est racheté en élevant sur l'arbre le plus petits des enfants, le Christ. Dans le film, il faut une mort pour que Kitten cesse d'être l'horrible exploiteur des enfants, il faut une mort pour qu'Arbor se calme et voit enfin que les chevaux pourraient être son salut, ce qu'il ne voulait pas voir du vivant de Swifty. Non, c'est trop atroce, c'est un scénario qui n'aurait pas dû être écrit ainsi. Il y a certaines choses qu'on ne devrait pas faire, en fiction.
Quand je relis ton texte sur les mains, très beau texte, et juste, je n'arrive pas à oublier que la main d'Arbor tient un long moment la main carbonisée de Swifty. Et c'est comme si la réalisatrice tuait en même temps toute leur amitié, toute la beauté de ces deux mains empoignées…

Mais ce que tu dis, sur les deux dernières scènes, est vraiment juste. Elles sont magnifiques. C'est pas un film facile, vraiment pas…

adeline

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