Goupi mains rouges (J. Becker - 1943)

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Goupi mains rouges (J. Becker - 1943)

Message par adeline le Mar 3 Déc 2013 - 21:39

C'est superbe, non ? J'ouvre le topic juste pour ne pas oublier que je veux en parler…

adeline

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Re: Goupi mains rouges (J. Becker - 1943)

Message par adeline le Dim 29 Déc 2013 - 13:28

Deux articles contenant des infos :

http://www.cairn.info/publications-de-Hubscher-Ronald--24642.htm

http://www.dvdclassik.com/critique/goupi-mains-rouges-becker


Tout d'abord essayer de garder la première impression. Celle d'un film enthousiasmant, foisonnant et émouvant, qui tient en haleine et qui laisse un peu éberlué, étonné d'avoir été tellement pris par cette petite histoire qui se passe on ne sait pas très bien où, dans la pièce principale d'une auberge de campagne, entre une forêt et une cave.
Une impression de justesse aussi, une justesse dans la dureté à l'égard des personnages et une certaine manière quand même de les préserver chacun à leur tour. Pour autant, on retient aussi la caricature, tranchante, sans remords, qui fonce dans le tas des clichés sur les paysans. Pourtant, il reste comme l'impression que cette caricature, qui fait qu'on ne peut dire du film qu'il est réaliste ou juste dans sa représentation des paysans (ce qui est différent de la justesse dont je parlais à l'instant, pour laquelle il serait peut-être plus correcte de dire "justice"), est nécessaire et n'est pas désobligeante.
Cette première impression, en fin de compte, est celle d'une grande et intelligente complexité. Les personnages sont complexes et évoluent au cours du film d'une manière surprenante pour la plupart ; le monde paysan qui est décrit est à la fois atemporel, mangé par la société qui l'entoure (les colonies, les mondes imaginaires, Paris, la bourgeoisie, etc.), schématique et pluriel ; les plans eux-mêmes sont d'une richesse incroyable, les cadres plein à ras bord de gens, d'objets, de mouvement ; l'intrigue est pleine de rebondissements, de révélations finales ou non, riche de sous-intrigues.

Je mets des choses pêle-mêle. Voici ce que disent les Cahiers de Jacques Becker en 1957 dans leur numéro "Situation du cinéma français" :

Sans jamais céder à la mode, qu'il sait démodée, du réalisme poétique, il s'attache aux grâces les plus modernes, qu'elles se nomment Auteuil, Quartier Latin ou Pigalle. Quand il lui faut payer son écot à 1900, il évite le piège du pastiche et sait voir en contemporain les apparences les plus subtiles d'un monde disparu. L'art de Jacques Becker tient de la musique de chambre : il est le Francis Poulenc de notre cinéma. Pourquoi se croit-il obligé, comme Edouard, de jouer parfois pour sa concierge ? Portraitiste aigu d'un univers intime et délicat, sa phrase cinématographique, sans être romantique comporte plus d'adjectifs que de verbes. C'est volontairement qu'il délaisse souvent l'action au profit de ses personnages qu'il aime comme un père. À quand l'œuvre mélancolique et libre à quoi tout le destine, à quand un Casque d'or moderne ?

"Ses personnages qu'il aime comme un père", c'est exactement ce qu'on sent dans Goupi mains rouges, sous la caricature.

Les Cahiers à leur époque glorieuse aimaient Jacques Becker. C'est à propos d'Ali Baba et les quarante voleurs que Truffaut mentionne pour la première fois la politique des auteurs. Mais en parcourant les articles des années 50, j'avais l'impression qu'on n'y citait jamais Goupi mains rouges. De fait, pour Rivette et Truffaut (qui font un grand entretien avec Becker en 54 dans le numéro 32) Goupi mains rouges est un "mauvais" Becker. Is s'en débarrassent assez rapidement dans l'entretien, on en retient l'idée que Becker a beaucoup travaillé, beaucoup tourné pour trouver son film : "Le sujet de Goupi était matériellement difficile à réaliser, car il fallait trouver le moyen d'imposer ces personnages-là aux spectateurs. Alors j'ai beaucoup travaillé, je me suis donné un mal de chien et il s'est produit ce qui arrive souvent en pareil cas, quand on se donne vraiment beaucoup de mal, on finit par arriver quand même à un vague résultat."
Sa grande affaire, c'est quand même les personnages, et c'est ce en quoi Goupi m'a vraiment marquée, cette manière de travailler les personnages au-delà de l'intrigue ("Je n'ai jamais voulu (exprès) traiter un sujet. Jamais et dans aucun de mes films. Les sujets ne m'intéressent pas en tant que sujets. L'histoire (l'anecdote, le conte) m'importent un peu plus, mais ne me passionnent nullement. Je m'efforce de raconter mon affaire le mieux que je puis, et c'est tout. Seuls les personnages de mes histoires (et qui deviennent mes personnages) m'obsèdent vraiment au point d'y penser sans cesse. Ils me passionnent comme je suis passionné par les gens que je croise au hasard de mes journées et dont je suis curieux, au point de me surprendre à lorgner des inconnus, hommes ou femmes, avec un attention gênante pour eux et qui tourne parfois à ma confusion…" ou encore "…ce qui m'intéresse d'abord, ce sont les personnages ; beaucoup plus que l'histoire par exemple, ou que le milieu ; on a dit : "Voilà un homme qui s'intéresse au côté social des choses", alors que ça n'est pas cela. […] En résumé, je voudrais que le personnage continue à vivre en dehors de l'écran : entre les scènes, ou avant le film".)

adeline

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