Killer of Sheep (Charles Burnett, 1977)

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Killer of Sheep (Charles Burnett, 1977)

Message par Invité le Ven 30 Aoû 2013 - 17:03

Vu sur Arte il y a deux jours ce film de Charles Burnett (clôture d'une soirée de programmation liée à l'anniversaire de la manifestation de 1964 sur les droits civiques et la mort de Martin Luther King, évidemment vraiment pas terrible, conforme à tout ce que la télé peut dire: tout est abordé à travers une approche  historiciste où les grands hommes résolvent les problèmes, et qui croit en même temps en un déterminisme sociologique intégral et invincible: pendant 150 ans il y a eu un racisme qui donnait sa base à un système légal et géographique, puis soudainement les gens en ont eu marre, les militants noirs ont habilement utilisé deux chansons de Bob Dylan et Joan Baez sur convaincre des blancs de l’absurdité et gagner la partie  et à partir de ce moment tout était résolu et l'élection d'Obama est la synthèse de toute les contradictions et la preuve de leur résolution...).
Par contre le film vraiment bien, stimulant et profond, il réussi à "inventer un monde" (pour reprendre une expression utilisée à propos de the Wire, qui doit beaucoup à ce film), crédible, avec un regard respectueux (l'intérêt pour l'absurde l'inachèvement et l'inexpliqué permet plus de respect que le regard à la Ken Loach/Dardenne).
Il y a un noir et blanc à la Wiseman, il rappelle aussi Peter Watkins en plus populiste (un univers moins violent et  conflictuel, apparemment plus atmosphérique, mais ayant un sens politique en fait plus ramassé, déjà construit dès le début, centré sur l'idée de juste représentation à trouver).
Le film représente une famille à Watts. La mère est au foyer, ils ont un garçon d'une dizaine d'année, une petite fille de 5/6 ans, le père est un ouvrier dans un abattoir d'ovins. C'est un métier fatiguant, pas directement gratifiant et ne permettant pas la richesse, mais il permet au père d'être autonome par rapport aux combines humiliantes et foireuses qu'on lui propose, il est à la fois anesthésié par la fatigue (qui le vide sexuellement, l'affaiblit dans son foyer vis à vis de sa femme et ses enfants), et suffisamment fort pour être une sorte de conscience exemplaire à l'échelle de sa communauté, rassurante et intègre. Les enfants sont à la fois en dessous et au dessus de toutes ces questions, dans leur propre mode, où les liens humains se nouent sous une autre forme, moins politique, mais plus franche et radicale.  
Les scènes filmées dans l'abattoir, où l'usine qui tue les moutons à la chaîne est filmée comme un refuge paradoxal pour le père, et leur articulation avec le récit sur la famille et la communauté sont très intéressantes, c'est une représentation d'un univers avec plusieurs plans ontologiques et politiques, recréés et retravaillés, et sur la difficulté se situer le travail sur un seul d'entre eux, j'aimerais approfondir mais pas l'énergie en ce moment.
Il y a quand-même une ambiguïté et une insuffisance: le film est très écrit et comme dans the Wire, la génération des grands-parents n'est pas filmée, ce qui donne l’impression que le style documentaire et apparemment réaliste du regard sur la communauté cache en fait la représentation d'un univers mythologique de surhommes qui se sont engendrés tout seul (mais James Gray à présent c'est l'excès inverse: les grands-parents comme source d'une aura mythologique les fils n'auraient pas sans eux et dont la répétition  est le sens caché des affects familiaux).

Voilà c'était la séquence du spectateur.

Détail: Larry Clark était apparemment assistant réalisateur

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