A Big Hand for the Little Lady (Fielder Cook, 1966)

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A Big Hand for the Little Lady (Fielder Cook, 1966)

Message par Dr. Apfelgluck le Lun 26 Aoû 2013 - 7:55

A Laredo, Texas, c'est l’effervescence. C'est le grand jour de la célèbre partie de poker "privée" entre les cinq plus grandes fortunes du comté : le croque-mort Tropp, le gros éleveur Drummond, l'avocat Habershaw ainsi que Wilcox et Buford.
L'heure de la partie étant arrivé, ils ont tous laissé en plan : Tropp ses morts, Drummond sa fille en plein mariage et Habershaw son client qui risque la pendaison. C'est d'ailleurs le croque-mort qui va chercher tout ce beau monde avec son corbillard. La Mort rôde déjà.
Tous ces "gros bonnets" de Western classique s'affrontent dans l'arrière-salle du Saloon, échangeant d'imposant coffres de dollars contre des jetons bleus-blancs-rouges. Une métaphore des institutions américaines corrompues. Les autres clients du Saloon et habitants de la ville n'ont pas le droit de participer à la partie. Ils n'ont d'ailleurs même pas le droit d'y assister. Cela ne se passe qu'entre gentlemen bien nantis.
Les règles sont simples et sans pitiés : on s'affronte à coups de milliers de dollars et celui qui n'arrive plus à couvrir la mise doit quitter la table sans avoir la chance de pouvoir bluffer ou montrer ses cartes. C'est "la dure loi de l'Ouest", comme le précise un des participants.
Arrive finalement, dans les rues désertes de Laredo, le chariot d'un couple de pionniers (Fonda et Woodward) et leur enfant. C'est le modèle des "bons" et valeureux pionniers : soudés, économes, ne pensant qu'à cultiver la terre afin d'en récolter les bienfaits.
Ils doivent s'arrêter en ville car une des roues du chariot doit être réparée. Condamné à l'immobilité, ils prennent une chambre à l'hôtel. On apprend alors que Fonda est un ancien joueur invétéré de poker, ayant perdu par le passé une grande partie de ses économies dans le jeu. Quand il apprend l'existence de la partie, ses vieux démons le reprennent. Il a des spasmes, il tremble, il est littéralement possédé. Sa femme voit le coup arriver et fait tout pour le calmer. C'est sans compter l'arrivé de l'avocat Habershaw, venu se désaltérer lors d'une pause pendant la grande partie (c'est drôle car on peut voir une photo du juge Roy Bean, lui aussi un texan du sud de l'Etat, en arrière plan à ce moment là). Tout le monde s'agglutine autour de lui, lui demandant "où cela en est, comment cela se passe ?". Comme s'il s'agissait d'un accouchement. Ce qui va être révélateur pour la suite, car il va croiser le regard de Madame Fonda qui lui tapera dans l'oeil. Le regard de l'avocat sera alors éternellement lié à celui du fils du couple. Ils regarderont toujours la même la chose, dans la même direction. Un plan des yeux de l'avocat est presque toujours systématiquement suivit d'un autre plan sur le regard de l'enfant. Cette arrivée de complexe d'Oedipe va lier une très étrange relation entre l'avocat et Fonda. Au grand étonnement de la salle, il va l'inviter à venir le suivre dans l'arrière salle où il pourra assister au match. Malgré les remontrances de l'épouse craignant le pire, Fonda y va avec son fils. Cette intrusion du "bas peuple" n'est pas du tout du goût des joueurs, en particulier Drummond.
Finalement, ce qui devait arriver arriva : Fonda va demander s'il peut jouer. D'accord, mais c'est 1'000 dollars l'entrée.
Fonda va donc fouiller dans les affaires de sa femme, faisant voler corsets et robes, afin d'en extirper les économies de la famille. On lui donne les jetons "américains" et c'est partit. Lui aussi va tenter sa chance du "grand rêve".
La réalisation ne devient alors plus que succession de gros plans, cadrant les visages en sueur des joueurs. Drummond n'a qu'un but : couler le "péquenot" sous le regard amusé de l'avocat qui ne pense qu'à se taper la gentille pionnière après la déchéance du mari. Mais Fonda veut absolument continuer à jouer, car il a une des plus belles mains de sa vie. La main du mort ? On ne saura jamais car le premier gros twist du film arrive quand Fonda fait une crise cardiaque en plein milieu de partie. Soigné par le docteur local, il en réchappera mais c'est sa femme, ayant découvert l'horreur de cette arrière-salle, qui continue la partie à sa place.
Évidemment, après bien des déboires et des visites à la banque pour avoir un prêt, elle finit par gagner plus de 20'000 dollars. De quoi s'acheter plein d'acres supplémentaires pour la future ferme. Le gentil pionnier à triomphé des vils éleveurs et de l'administration corrompue. L'Ouest fertile est enfin à eux.
Mais, encore une fois, second twist. On apprend alors que Fonda et sa prétendue femme sont des escrocs ayant préparés ce coup bien des années à l'avance. Tout fut simuler, les crises de manques de Fonda ainsi que son malaise. C'était un grand bluff afin de "détrousser" les bons bourgeois locaux. Ils filent alors vers d'autres horizons, à la recherche d'autres gogos à plumer.

Ce qui est frappant, c'est l'influence du western spaghetti sur cette production 100% américaine. Beaucoup de détails s'y ramènent, que ce soit dans la mise ou scène, son humour grinçant ou la thématique générale. Était-ce une tentative de faire revivre le western américain moribond (le corbillard si souvent présent à l'image) contre des productions italiennes trop "envahissantes" ? Il est d'ailleurs annoncé, fièrement, au générique que c'est un film en "Technicolor", comme "au bon vieux temps de l'âge d'or du western bien américain".
Le choix de Fonda n'est d'ailleurs pas anodin. Son malaise est-il révélateur de l'état de santé du western us d'alors ? Il y a également l'opposition entre le jeu de Fonda, très "pyshique" et remplit de mimiques, et celui de Robards où tout est dans la gouaille et la parole. Deux ans plus tard, ils seront reprit par par Leone dans "Once Upon A Time...", la réponse ?
Cependant pas de duels, ni d'armes. Elles sont présentes mais accrochées aux clous, dans l'ombre. Le seul combat est celui du jeu et du hasard.
Le film ne cesse de tanguer entre mise en scène austère et effets télévisuels, dont l'utilisation intempestive du gros plan dans un but sensationnel. Fielder Cook, le réal, vient d'ailleurs sans grande surprise de la télévision.
Les pionniers, héros de la mythologie américaine, sont alors aussi vils et sournois que les nantis locaux. Tous pourris dans une Amérique qui, à sa réalisation, s'enfonce dans le Vietnam.
Plus en détail, il s'agirait de l'adaptation cinématographique d'une série tv de 1961 nommée "Big Deal in Laredo" avec Walter Matthau.

La Mort rode sur les terres fertiles.


Les pionniers arrivent, systématiquement associés à l'enfance et... la mort. Naissance et mort d'une Nation.


L'arrêt forcé des nomades. Fonda est associé à la bouteille de whisky, la chute est proche.


Après la chute de Fonda, l'enfant devient l'homme de la famille.


La couleur "rouge" n'est pas au goût du fils, qui compte l'argent sous le regard attendri des "parents". Il le froissera le avant de le rejeter violemment.


La fin justifie les moyens. Habershaw et Drummond apprennent la vie à la "pure" miss Fonda.


La sainte propriété expliqué par le sosie de Frederick Wiseman.


Une femme à une partie de poker ? C'est la crise de rire générale. Pour ces messieurs, sa place est plutôt à la cuisine en arrière plan. Il n'y a que l'avocat qui singe la posture triste de l'enfant.

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