L'Ete de Giacomo (Alessandro Comodin - 2011)

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L'Ete de Giacomo (Alessandro Comodin - 2011)

Message par adeline le Mer 7 Aoû 2013 - 13:14

La caméra suit élégamment Giacomo durant quelques journées d'un été lumineux. C'est la campagne et Giacomo se promène avec Stefie, à la recherche d'une rivière qu'ils finissent par trouver au milieu d'une forêt dense et verte. Giacomo est sourd. On le comprend dans la séquence d'introduction, impressionnante, où il fait de la batterie comme s'il cherchait à se perdre dans le son. Un mouvement de caméra découvre à un moment son oreille gauche équipée d'un appareil. Son élocution aussi est celle des sourds, heurtée, assourdie, dynamique, marquante et désarticulée. On ne sait pas ce qui le lie à Stefie, amie, future amante, accompagnatrice ou autre. C'est à la fois gênant et mystérieux. On ne sait pas s'ils sont en vacances et chez eux ou bien dans un lieu inconnu. On ne sait rien. La caméra les suit, à courte distance, collée à eux, sans trop d'espace pour respirer. On est dans leurs pas, dans leurs jeux, dans leurs gestes, dans leurs corps qui se rencontrent parfois dans des échanges qui ne sont ni amicaux ni amoureux, gamins surtout, pénibles souvent. Giacomo exulte dans l'eau, injurie la forêt quand ils se perdent, adore les jeux de boue, semble passer du rire aux larmes en un éclat de sa voix indéfinissable. Stefie parle peu. Le temps passe sur leur corps lavés d'eau et de boue, le soleil les caresse, ils s'étalent de leurs longs membres adolescents sur la berge en pente douce après s'être recouverts de sable, éclaboussés de boue, jetés d'un tronc d'arbre échoué là. C'est d'une longueur et d'une langueur infinie, magnifiquement filmé, sans aucune raison, on se demande ce qu'on fait là, avec eux, pourquoi ils semblent ne pas prêter attention à la caméra qui les scrute de si près alors qu'ils ne font que jouer pour elle. Tout semble faux et tout pourrait être vrai, pourtant l'ennui arrive, celui qu'on ressent non pas d'un manque d'action, mais celui qui survient lorsqu'on prend conscience qu'on n'est pas à sa place, qu'on ne devrait pas être là à regarder ce qu'on voit. Je n'aimais pas ce sentiment d'assister à des ébats adolescents au niveau peu relevé sans rien savoir des raisons de ma présence à leurs côtés.
Et soudainement, après plus de la moitié du film, survient la fête foraine. Sur les chaises volantes, séparés enfin, Giacomo et Stefie s'envolent et la caméra les accompagne dans un tourbillon magique. On se dit que les séquences précédentes étaient nécessaires à ménager cette envolée magnifique et reposante. Toute la séquence de la fête foraine se déroule sur un petit nuage de danse et de mouvements gracieux et déliés. Un feu d'artifice légèrement flouté, un bal populaire, la nuit et les lumières en néon, un instant magique.
Puis reviennent d'autres séquences dans la rivière où les corps se cherchent péniblement, où quelques mots échangés dessinent soudain une ouverture poétique et douce, où les batailles de boue cèdent la place au far niente délassé sur la rive.
La musique est importante, la batterie dont ni l'un ni l'autre ne savent jouer réellement mais qui résonne fort dans le cœur, les Chemical Brothers qui laissent la place à l'Egyptien Reggae de Jonathan Richman and the Modern Lovers. Surtout, il y a la séquence à vélo. Stefie est debout, en robe orange, sur le porte bagage de Giacomo qui roule à bonne allure sur une route de campagne en fin de journée. La scène est baignée d'un jaune pale et légèrement poussiéreux, une chanson composée spécialement pour le film accompagne le plan séquence qui se termine de manière magnifique en laissant les deux enfants à leur échappée dans un travelling arrière sans fin.
Puis, sans qu'on sache pourquoi, Stefie est remplacée par une autre jeune fille. On comprend que c'est l'amoureuse de Giacomo, sourde elle aussi. En maillot sur la rive, dans les bras l'un de l'autre, ils sont bien ensemble, mais la voix off de la jeune fille écrit une lettre angoissée qui parle de la fin de leur amour. Pourquoi Giacomo passait-il tant de temps avec Stefie, pourquoi le film se termine-t-il sur une séquence qui semble commencer une autre histoire qui pourtant se termine, on n'en sait rien et tout s'achève comme ça avait commencé, sans qu'on sache pourquoi. Mais était-ce nécessaire d'en savoir plus ? Peut-être que non…

Je suis vraiment partagée sur le film. D'un côté, j'ai envie de dire que c'est nul, qu'on n'a rien à faire aux côtés de Giacomo cet été-là, que ces moments ne doivent appartenir qu'à lui, qu'on n'a aucune raison de le voir se recouvrir de boue, en mettre dans la culotte de Stefie, parler de sa bitte à qui mieux mieux. Et puis reviennent les séquences magnifiques de la fête foraine et de la balade à vélo, la lumière incroyable. L'idée des corps adolescents dans la nature reste marquée de manière bien plus prégnante que ce que le film en montre réellement, il perdure une impression de délassement lumineux et mystérieux.


adeline

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Re: L'Ete de Giacomo (Alessandro Comodin - 2011)

Message par DB le Mer 7 Aoû 2013 - 14:50

Salut adeline,

J'ai vu le film hier et je partage ton avis partagé. J'ai hésité avant d'ouvrir un sujet sur le film pour cette même raison : je n'arrive pas à savoir ce que je pense du film.

En le voyant, j'ai beaucoup pensé à Arnaud, 15 ans l'été, de Blaise Harrison dans la même façon de s'intéresser à un temps court (ou plutôt éphémère) d'adolescents un peu différents (la surdité remplace le poids ou la sexualité) mais surtout dans son traitement. Il y a dans les deux films un pur refus du récit.

Souvent, pendant le film je me posais cette question, qu'est ce qu'on me raconte sur les corps de ces jeunes là ? Sur leur relation ? sur ce qu'ils vivent ? Je n'ai jamais eu le sentiment de pouvoir comprendre ou appréhender Giacomo ou Stefie alors que j'en avais sans cesse envie.

Pourtant en même temps, je n'en avais rien à foutre, j'ai été très ému par la scène des chaises et de la danse où tout le monde quitte la piste de dance pour ne laisser que les deux ados jouer avec la rose. Mais cette façon d’asséner les références et les citations au lieu de construire un véritable film. Du coup la grâce et la beauté de certains moments rivalisent avec la trivialité de certaines autres scènes.

Je ne comprends pas cette fin, ce que vient faire là cette autre fille dont on nous assène qu'elle est sourde par le truchement du voice-over. C'est lourd. J'en avais franchement assez des jeux dans l'eau même si je dois reconnaitre que c'est très beau, très bien filmé.
À chaque fois je ne manquais de penser aux critiques qui allaient pleuvoir sur le film "temps suspendu", "mystère de l'adolescence", "beauté des premiers émois amoureux" etc.. etc... au lieu de regarder un film, je n'arrivais à voir qu'une construction. Je me disais "oh ça, ça va plaire" sans que cela me plaise.

Après j'ai lu ça : http://www.critikat.com/Table-ronde-Critikat-au-Cinema-du,5545.html bon je me disais Letourneur et Simon.... ça ne va pas me plaire... et effectivement, je crois que le réalisateur embarqué dans un truc très Périphéries/aide au film court 93 s'est laissé porté par une posture anti-récit au lieu de faire un film d'un bout à l'autre. Je filme en 16mm, je détruis mon scénario au tournage etc etc, c'est de la pose beaucoup mais l'été de giacomo montre que le gars a du talent, je ne sais pas, c'est peut être un écueil de premier film.
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