Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

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Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 0:20

Bah

Alors

Kevin Smith, je sais pô. J'avais kiffé son Clerks, mais ça remonte. Son Clerks 2, j'aimais encore assez, mais je me souviens de presque plus rien. Mais son Dogma, plutôt navrant.

J'ai ainsi passé quelques années sans trop me soucier de Kevin Smith, jusqu'à avant-hier, où, cliquant ça et là sur les pochettes de strimaingue, je tombe sur son "red state". On me dit que c'est sa première incursion dans le film d'horreur. Je me dis, ouaih, pourquoi pas, mais aussi, pourquoi?

Eh bien, en effet, c'est une horreur. De ce film ultra-concon réalisé avec des rutabagas mous sous les aisselles, il est quasi-impossible de dire quelque chose. Cependant, un phénomène extrêmement curieux a mobilisé mon attention pendant tout le film, qui a fait que je me suis cru dans la cinquième dimension, m'incitant à persister jusqu'au générique salvateur.

Tout d'abord, je commence par me dire que l'acteur qui joue le prêcheur ressemble à Bryan Cranston, le chimiste de Breaking bad. Plus le film avance, plus je me dis: oui oui, c'est bien lui. S'est laissé poussé les cheveux, mais y a pas, c'est bien son regard, avec ce mélange de drôlerie et de méchanceté, la moue pincée, puis les ravines sur les joues. Même si plus creusées, parce qu'il a maigri.
C'est qu'il est presque méconnaissable là-dedans. Mais putain qu'est-ce que notre ami Bryan est venu faire dans cette galère? Il est pote avec Kevin Smith? L'a voulu le dépanner parce que dans la mouise, tout ça? Dans ce cas, c'est un mec sympa, généreux. D'ailleurs, ça m'étonne pas de Bryan. Il est comme ça, Bryan. C'est un gars bien, sur lequel on peut compter. Bon, y s'amuse, aussi, dans un contre-emploi. ça a dû le faire marrer de passer de chauve à chevelu. Il est resté très jouette, Bryan, l'a pas pris la grosse tête, il s'dit: ouaip, je vais me détendre un peu avec des potes indies pis c'est rien si ça casse pas trois pattes à un canard, on s'fend la poire, quoi, rilax, pis ça va, j'ai du blé pour mes vieux jours, je peux me permettre de déconner un petit peu, de malmener mon image, y a pas mort d'homme. Du Bryan tout craché, quoi. Qui se prend pas trop au sérieux. J'adore. La démarche. Le stayle. La modestie du gars.









Pis, un autre truc mobilise mon attention: l'acteur qui joue le flic, je sais pas pourquoi, mais y me fait penser à John Goodman. Mais en très moche. Une sorte de John Goodman au rabais. Un Goodman éteint, sans lueur au fond des yeux, avec une carrure d'ancien catcheur devenu presque difforme, monstrueux. Avec des oreilles de Mickey à la place des joues. Mais c'est horrible: où ont-ils trouvé ce mec? Dans un casting de sosies de John Goodman? Pis l'a des bras bizarres, un peu comme Popeye, et on dirait qu'ils touchent le sol. Pis le cou, l'est pas banal. Bref, c'est une tortue ninja numérisée, c'est pas possible autrement. Non mais la tronche du mec, pas possible. On dirait qu'il est tout le temps dégoûté. Dégoûté de ressembler à ce point à John Goodman, mais sans en avoir le talent. C'est l'envie, ça, le ressentiment, d'être un acteur raté: ça rend pas beau. Et qu'a jamais pu percer, qu'a du se coller sempiternellement à des films de seconde zone, des prods pourries où on pouvait pas allonger le 20è du salaire de Goodman. Ben ouaih, triste... Non, moi j'dis que c'est d'l'exploitation d'la misère humaine. Le syndrome freaks de Browning, là. Qui fait toujours des ravages. C'est honteux, quand-même.










Puis arrive le générique. Et là je suis comme plongé dans Paranormal activity 7, je sais plus où je suis, qui je suis, d'où viens-je, dans quel état j'erre. Un very bizarre trip.

Le sosie de John Goodman, c'était John Goodman. Merde alors.
Et Bryan Cranston, c'était pas Bryan Cranston, c'est un certain Michael Parks, avec un gros CV en télé, puis qui apparaît, paraît-il, dans des Tarantino et des Rodriguez alors que j'avais remarqué aucune de ses apparitions.


Truc de dingue.


PS: vu en VF, forcément.

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Message par DB le Ven 28 Juin 2013 - 7:07

Marrant j'avais litteralement adore ce film.

Mais comme on peut adorer un enorme hamburger fait maison avec une sauce a l'avocat et du cheddar degoulinant, bref un plaisir coupable.

La betise du montage, le je-me-prends-au-serieux de l'ensemble, l'absurdite de son scenario et la facilite avec laquelle on passe d'un genre a l'autre, du regime d'images horrifique a celui d'action avec une petite incursion dans le melo... tout ca m'avait beaucoup plu.

Puis Michael Sparks c'est avant tout Jean REnault (a prononcer avec accent) ! Le grand villain des frères Renault dans Twin Peaks et present dans certains des pires episodes de la serie (l'homme peut donc etre considere comme un gage de qualite).

Red State incarne parfaitement pour moi la quintessence de films fauches, fait avec les copains mais a l'echelle d'un type comme Kevin Smith (c-a-d un petit poisson parmi les gros). Le genre de fabrication improbable mais tres amusante.

Normalement ca aurait du finir sur Youtube mais c'est sorti en salles aux USA.
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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par balthazar claes le Ven 28 Juin 2013 - 7:55

Charge anticléricale primaire ne pouvant éventuellement marquer que des catholiques intégristes, censés être "dénoncés" par le film...

Ce qu'il faut plutôt voir de Kevin Smith, c'est cette vidéo très marrante où il raconte comment il s'est trouvé en rapports avec Prince, lequel avait cru au visionnage que Dogma était un éloge de la spiritualité chrétienne, et souhaitait, dans un malentendu total, lui faire faire des films de propagande pour les témoins de Jéhovah. Où l'on voit que le talent de Smith, à l'inverse de son personnage de Silent Bob, est avant tout et sans doute exclusivement, celui d'un plaisant causeur.




Ce malentendu n'a rien de surprenant, d'ailleurs ; ces anticléricaux les plus furibards, toujours à ricaner sur les blasphèmes les plus piquants, à lancer des boules puantes dans le presbytère, etc. , sont en général beaucoup moins loin qu'ils ne le pensent du bénitier qu'il rejettent avec une telle véhémence. Tu parlais plus ou moins de ça une fois, Jerzy, à propos d'Artaud ou de Bataille, et des révoltes blasphématoires adolescentes.

Dans un registre comparable d'"humour trash jubilatoire" comme on dit, j'ai visionné hier le germano-danois Adam's apples. C'est l'histoire d'un nazi qui rencontre un pasteur dont la bonté intolérable s'explique en fait par un stade terminal de maladie cérébrale. L'absurde pasteur, totalement hermétique à la réalité, parvient à convaincre le nazi de réaliser une tarte aux pommes et de devenir doux et humain. Mon dieu que c'était nul.


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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Borges le Ven 28 Juin 2013 - 8:17

Artaud ou Bataille, c'est tout de même pas n'importe quoi...
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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 10:18

Spoiler:
Baudouin II de Barvaux a écrit:Bah

Alors

Kevin Smith, je sais pô. J'avais kiffé son Clerks, mais ça remonte. Son Clerks 2, j'aimais encore assez, mais je me souviens de presque plus rien. Mais son Dogma, plutôt navrant.

J'ai ainsi passé quelques années sans trop me soucier de Kevin Smith, jusqu'à avant-hier, où, cliquant ça et là sur les pochettes de strimaingue, je tombe sur son "red state". On me dit que c'est sa première incursion dans le film d'horreur. Je me dis, ouaih, pourquoi pas, mais aussi, pourquoi?

Eh bien, en effet, c'est une horreur. De ce film ultra-concon réalisé avec des rutabagas mous sous les aisselles, il est quasi-impossible de dire quelque chose. Cependant, un phénomène extrêmement curieux a mobilisé mon attention pendant tout le film, qui a fait que je me suis cru dans la cinquième dimension, m'incitant à persister jusqu'au générique salvateur.

Tout d'abord, je commence par me dire que l'acteur qui joue le prêcheur ressemble à Bryan Cranston, le chimiste de Breaking bad. Plus le film avance, plus je me dis: oui oui, c'est bien lui. S'est laissé poussé les cheveux, mais y a pas, c'est bien son regard, avec ce mélange de drôlerie et de méchanceté, la moue pincée, puis les ravines sur les joues. Même si plus creusées, parce qu'il a maigri.
C'est qu'il est presque méconnaissable là-dedans. Mais putain qu'est-ce que notre ami Bryan est venu faire dans cette galère? Il est pote avec Kevin Smith? L'a voulu le dépanner parce que dans la mouise, tout ça? Dans ce cas, c'est un mec sympa, généreux. D'ailleurs, ça m'étonne pas de Bryan. Il est comme ça, Bryan. C'est un gars bien, sur lequel on peut compter. Bon, y s'amuse, aussi, dans un contre-emploi. ça a dû le faire marrer de passer de chauve à chevelu. Il est resté très jouette, Bryan, l'a pas pris la grosse tête, il s'dit: ouaip, je vais me détendre un peu avec des potes indies pis c'est rien si ça casse pas trois pattes à un canard, on s'fend la poire, quoi, rilax, pis ça va, j'ai du blé pour mes vieux jours, je peux me permettre de déconner un petit peu, de malmener mon image, y a pas mort d'homme. Du Bryan tout craché, quoi. Qui se prend pas trop au sérieux. J'adore. La démarche. Le stayle. La modestie du gars.









Pis, un autre truc mobilise mon attention: l'acteur qui joue le flic, je sais pas pourquoi, mais y me fait penser à John Goodman. Mais en très moche. Une sorte de John Goodman au rabais. Un Goodman éteint, sans lueur au fond des yeux, avec une carrure d'ancien catcheur devenu presque difforme, monstrueux. Avec des oreilles de Mickey à la place des joues. Mais c'est horrible: où ont-ils trouvé ce mec? Dans un casting de sosies de John Goodman? Pis l'a des bras bizarres, un peu comme Popeye, et on dirait qu'ils touchent le sol. Pis le cou, l'est pas banal. Bref, c'est une tortue ninja numérisée, c'est pas possible autrement. Non mais la tronche du mec, pas possible. On dirait qu'il est tout le temps dégoûté. Dégoûté de ressembler à ce point à John Goodman, mais sans en avoir le talent. C'est l'envie, ça, le ressentiment, d'être un acteur raté: ça rend pas beau. Et qu'a jamais pu percer, qu'a du se coller sempiternellement à des films de seconde zone, des prods pourries où on pouvait pas allonger le 20è du salaire de Goodman. Ben ouaih, triste... Non, moi j'dis que c'est d'l'exploitation d'la misère humaine. Le syndrome freaks de Browning, là. Qui fait toujours des ravages. C'est honteux, quand-même.










Puis arrive le générique. Et là je suis comme plongé dans Paranormal activity 7, je sais plus où je suis, qui je suis, d'où viens-je, dans quel état j'erre. Un very bizarre trip.

Le sosie de John Goodman, c'était John Goodman. Merde alors.
Et Bryan Cranston, c'était pas Bryan Cranston, c'est un certain Michael Parks, avec un gros CV en télé, puis qui apparaît, paraît-il, dans des Tarantino et des Rodriguez alors que j'avais remarqué aucune de ses apparitions.


Truc de dingue.


PS: vu en VF, forcément.

Je saute l'artillerie lourde.
Ton message à tiroirs m'a amusé : d'abord la fiction (le film), puis l'affliction (la daube que c'est), enfin l'affection (les deux acteurs que tu apprécies). Ca a l'air sincère.

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 13:02



Oui, slimfast, c'est sincère. C'est la transcription, la plus fidèle possible, de toutes les idioties qui m'ont traversé le cerveau pendant que je regardais ce film.

Là, j'ai pas le temps, mais je repasserai pour parler davantage du film lui-même, pourquoi j'ai trouvé que c'était la purge. Wink 

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 14:55

balthazar claes a écrit: Tu parlais plus ou moins de ça une fois, Jerzy, à propos d'Artaud ou de Bataille, et des révoltes blasphématoires adolescentes.
cheers 

Arrow Robert Crémaillon : "Agressivité autoritaire et attitude de soumission acritique"

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 17:49

En effet, Balthazar. Pris la main dans le sac, en flag de soumission à mon autorité frauduleuse (et agressive: bouh) Very Happy 

Mais bon, est-il utile de préciser, peut-être oui (pour le plaisir d'enfoncer des portes ouvertes et de répéter quelques "évidences" basiques), que mes critiques - contextualisées - ne concernent pas tant les auteurs eux-mêmes qu'un certain usage possible de ces derniers (mécanique, manichéen, dogmatique, sans distance critique, etc). Mes objections, pour l'essentiel, sont de méthode. Le fond, le contenu, l'objet (de la discussion) sont importants, mais c'est relativement secondaire pour moi. Les questions essentielles sont des questions de méthode.
La méthode, c'est le chemin, le cheminement, le caractère processuel, construire le problème - comment on y va, comment on s'en sert, ce qu'on peut en faire, qu'est-ce que ça donne, produit, permet. Le questionnement est plus important que la réponse. Redire (sans se lasser) ces "évidences" tant elles paraissent peu évidentes à la lecture de certains: la recherche de réponses assurées, de certitudes, de grilles pour interpréter, de modèles clé-en-main, qui vont expliquer que "c'est comme ceci" ou "comme cela", etc... Ce n'est pas ça, la démarche philosophique. C'est même le contraire absolu de ce que "peut" la "philosophie", si la "philosophie" peut quelque chose. Et cette exigence doit inquiéter sans relâche, sans repos. Le contraire absolu d'un souci, d'une inquiétude philosophique, c'est se dire: ça y est, j'ai les outils, je sais, je sais où je dois aller, là où ça doit me mener, quelles réponses je peux donner à tel problème, etc. C'est très classique, élémentaire, ce que je dis là, je ne cherche pas à être "original". Je suis un mec très classique, pour qui en douterait encore, classique, académique, scolaire. Aimant la discipline. Un vrai pion, un ptit prof. De province. Un "pignouf". Un Léon Zitrone de cyber-buvette. Un Zitrone pressé agressif. Y a pas de doute. J'assume. Et si ça plait pas, tant pis. Ou tant mieux. lol
(Sorry, Borges, si je m'adonne ici à un de mes péchés mignons: faire moi-même ma propre apologie, ou éloge funèbre. lol)

Au fond de l'affaire, quels que soient les "débats" et les "controverses", j'estime être, à ma manière (qui est quelque peu agressive, frontale, j'en conviens, mais c'est en partie voulu, l'autre partie relevant de la psychopathologie clinique, bien entendu) toujours assez platement "kantien".
Quel que soit le sujet, mon souci est toujours le même, lancinant, obsessionnel: de l'ordre de la Critique "épistémologique" au sens de la 1ère critique de Kant. Cad une inquiétude quant aux limites où à la délimitation de ce qu'il m'est permis de savoir, connaître. La classique préoccupation d'une "analyse transcendantale" permettant de définir une "connaissance transcendantale" (« J'appelle transcendantale toute connaissance qui ne s'occupe pas tant des objets que de notre mode de connaissance des objets en tant que celui-ci doit [peut] être a priori possible »).

(C'est bien entendu le problème de fond de ce topic absolument passionnant, rejoignant mes études scientifiques opiniâtres - et de haute volée - sur "le spectateur dans tous ses états". Les conditions, mouvantes, situées, projectives, de l'horizon de réception d'un film, son "engrammation", sont déterminantes pour l'appréhension de son contenu: il est déterminant pour moi que l'"on" me dise, par ex, que kevin smith s'essaie à faire un "film d'horreur". Cela va affecter considérablement ma saisie de ce film. Je le trouverai décevant, ridicule, raté de ce point de vue, alors que dans un autre horizon d'attente - celui d'une comédie par exemple, ou d'un hypothétique "mélange des genres" - il est... également décevant, ridicule et raté. Ce que je montrerai plus tard. Tout comme un accident perceptif, une distorsion perceptive, aussi complexes que tortueux dans leur genèse ou "archéologie", faisant que je me persuade de voir tout au long du film un sosie de John Goodman alors que c'est bien John Goodman, et Bryan Cranston au lieu de Michael Parks, engagent et produisent un autre horizon de saisie du film, ou l'horizon de saisie de bien autre chose que cet objet-film "x".)

Et bien sûr, ce genre de souçaï, ça implique tout autant le corps et les affects. Percept-affect-concept. Je suis engagé avec tout mon corps, tous mes sens et tous mes affects dans ce souçaï. Y a guère qu'un Baldanders (ou un slimfast) qui m'imagine "cartésien" au sens, peut-être, où Belmondo se plaignait dans Pierrot le fou d'être des machines séparées ("J’ai une machine pour voir qui s’appelle les yeux, une machine pour pour entendre qui s'appelle les oreilles, une machine pour parler qui s'appelle la bouche. Et j’ai l’impression que c’est des machines séparées. Y’a pas d’unité. Je devrais avoir l’impression d’être unique, j’ai l’impression d’être plusieurs...")





Pour Bataille, je citais Deleuze, dans une réplique une fois encore contextuelle. Perso, j'accorde une grande importance à la pensée de George Bataille, sur le plan philosophique. Mais peu de goût pour sa littérature, c'est autre chose.
Artaud, c'est pas ma tasse de thé, mais il ne me viendrait pas à l'idée de contester que c'est une figure importante.
Idem pour Freud, bien sûr. Quand je critique le "psychanalysme" ou le "freudisme", je critique (en m'appuyant sur l'autorité d'auteurs qui me "parlent", et qui n'ont jamais considéré Freud comme un penseur secondaire, bien au contraire) là encore un certain usage qu'on en fait, d'une part, la validité de la clinique, de l'autre.

Il est bien évident (pour faire écho à Borges à côté) que, en ce qui me concerne, Freud est absolument incontournable. De la rencontre, mixtion, interprétation, créatrices, de Freud (un certain aspect de Freud) et de Heidegger (un certain aspect de Heidegger) nait la lecture anthropologique de Hegel par Kojève, en termes de Désir. Et malgré les réserves et les critiques que je peux prononcer à l'encontre de Kojève (car bien sûr, faut pas croire, j'ai de la distance par rapport à ça: dès le début, je l'ai souvent raconté, Deleuze a constitué pour moi un contre-poids et je n'ai jamais cherché à les "dialectiser", au sens d'en opérer une synthèse. Il faut pouvoir penser dans les chiasmes, entre plusieurs paradigmes, ne pas prendre des modèles d'intelligibilité pour la "réalité" ou la "chose" elles-mêmes), ça continue pour moi à constituer un schème génial, pouvant être exploité, questionné, de manière riche et plastique.

Et bien évidemment, faut-il le redire, Lacan est impliqué là-dedans. On peut s'opposer vivement à des données fondamentales du lacanisme. Qui sont, faut oser le dire, comme pour Kojève, porteuses (et héritières) d'une anthropologie philosophique de l'ordre symbolique assez marquée "à droite" et plutôt "réactionnaire". Mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas en tenir compte, qu'il faut le liquider, le congédier d'un revers de main, faire "table rase". Une fois encore, on n'en finit pas de "dialoguer" avec Hegel, Freud, Heidegger, Kojève, Lacan, Sartre - en gros les pensées de la "négativité" - avec leurs différences, qui ne sont pas négligeables (tout comme avec Spinoza, Nietzsche, leur reprise par Deleuze dans une autre tradition). Dialoguer avec, fût-ce de façon contrariante, il ne s'agit pas d'un western. C'est bien sûr le principe de la déconstruction pour Derrida.

En ce qui me concerne, fort modestement (si si), quand je lis qu'un auteur, quel qu'il soit, en fait, est brandi comme un viatique, une réserve de certitudes et de vérités constituées, cad plus interrogées mais posées comme un paradigme, modèle d'intelligibilité définitivement acquis, permettant une fois pour toutes de "décoder" "adéquatement" le "réel" (social, politique, esthétique, etc), j'aime assez à prendre le contre-pied, pour susciter un électrochoc contrariant. Comme ce fut le cas pour Adorno (son concept "d'industrie culturelle" - dont je vois dans une conférence de Didi-Huberman sur La Rabbia de Pasolini qu'il semble y adhérer comme une "évidence acquise"; sa théorie du champ esthétique), Debord (sa "société du spectacle" et toute la théorie adornienne du fétichisme marchand associée, avec comme implications le "consumérisme", "l'aliénation des masses", etc).

Alors je me moque, je pointe le "devenir-poncif", le "devenir-cliché" de ce qui sans doute avait sa pertinence contextuelle, historique, politique, mais qu'on fossilise, essentialise, en en faisant un dogme, un "moule à gaufre" auquel la "réalité" doit s'intégrer de force. A mon petit niveau, je "déconstruis" des éléments d'Adorno, ou de Debord, en me servant d'un outil, lui-même critiquable, mais qui contextuellement me parle: Rancière. Non pas parce que j’idolâtrerais Rancière (franchement...), comme on s'est imaginé que j'idolâtrerais Sartre. Mais parce qu'ils permettent, contextuellement là encore, de réouvrir, de réanimer, des questions qu'on estime réglées une fois pour toutes et bon compte. Non pas, donc, pour opposer à une Vision du monde une autre vision du monde qu'on prétend être la bonne, la vraie. Mais au contraire pour revivifier le caractère processuel de l'analyse, relancer des perspectives, prolonger le soupçon, l'inquiétude, l'indétermination face à ce qu'on croyait acquis.

Rancière, ici, ça n'a jamais été un "dogme" qu'on oppose à un autre "dogme", genre guerre de préaux "haha, moi je tiens pour chose, et toi tu tiens pour truc, nananèreu". Placer les débats au niveaux d'oppositions entre deux certitudes, c'est débile, franchement. C'est le devenir-concon de la "philosophie". C'est son usage le plus pauvre, le plus inutile, le plus stérile. Si moi je crois "que ceci", et toi tu crois "que cela", et que si t'es pas avec moi alors t'es contre moi, faut choisir ton camp, mon gars, à quelle bande t'appartient?: aucun intérêt, zéro. On peut remballer sa marchandise et aller la vendre à la criée, au marché aux puces.

Et concernant Marx, y a que Stéphane Pichelin, et quelques autres, qui en est venu à se persuader que je représentais une forme de "réaction" anti-marxiste, ou ne je ne sais quelle hype "post-moderne" visant à liquider l'héritage de Marx. Et en l'occurrence, n'accordant aucune place à l'analyse de l'économie. N'importe quoi. Quand on veut pas entendre, quand quand on refuse de voir déplacés des schèmes qu'on utilise de façon mécaniste, simpliste, assertorique, acritique (tout en se plaisant à s'imaginer au contraire "risquer" des voies de traverse peu fréquentées, qui prétendument "doutent" constamment).


Pour en revenir à Freud, j'ai notamment pris vigoureusement sa défense il y a quelques temps sur Enculture, textes à l'appui, pour montrer qu'un Eribon, par exemple, n'avait strictement rien compris aux textes de Freud sur la sexualité, notamment à l'usage du concept de "perversion", et en faisant de lui le grand responsable d'une évaluation de l'homosexualité comme maladie ou déviance. C'est hallucinant de connerie de continuer à dire ça aujourd'hui. Pour Freud, la déviance, la perversion est précisément ce qui spécifie la sexualité en tant "qu'humaine": enlevez la perversion (de l'objet et du but sous l'angle biologique) et il ne reste quasiment plus rien de la sexualité humaine, disait Freud en substance. Ce qui ne veut pas dire, là-encore, que je suis forcément d'accord avec la vision de Freud de la "sexualité". Etc etc.
J'accorde aussi une grande valeur à l'anthropologie psychanalytique freudienne (ce qui bien sûr ne veut nullement dire qu'il ne faut pas la critiquer, l'interpeler constamment, comme le fit un Derrida). Je me plais souvent à souligner la génialité des textes de Nicolas Abraham et Marie Törok (dans L'Ecorce et le noyau) qui transposent le schème freudien de la "horde primitive" dans une anthropologie sémio-poétique fascinante, presque mallarméenne, entre phénoménologie, psychanalyse, structuralisme, digne de 2001 (l'archi-catastrophe ou archi-traumatisme du décramponnement "trop tôt", etc...)



Mais basta. Retour à Kevin Smith.


Dernière édition par Baudouin II de Barvaux le Ven 28 Juin 2013 - 20:50, édité 2 fois

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 20:28

en fait tu es comme Paul Watzlawick, celui de l'école de Palo Alto, autrichien d'origine et philosophe de formation quand il énonçait tout bonnement : "quand le problème c'est la solution".

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 20:37

Certainement. D'ailleurs, on en a déjà causé. Laughing

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 20:40

Baudouin II de Barvaux a écrit:
La méthode, c'est le chemin, le cheminement, le caractère processuel, construire le problème - comment on y va, comment on s'en sert, ce qu'on peut en faire. Le questionnement est plus important que la réponse. Redire (sans se lasser) ces "évidences" tant elles paraissent peu évidentes à la lecture de certains: la recherche de réponses assurées, de certitudes, de grilles pour interpréter, de modèles clé-en-main, qui vont expliquer que "c'est comme ceci" ou "comme cela", etc... Ce n'est pas ça, la démarche philosophique. C'est même le contraire absolu de ce que "peut" la "philosophie", si la "philosophie" peut quelque chose. Et cette exigence doit inquiéter sans relâche, sans repos. Le contraire absolu d'un souci, d'une inquiétude philosophique, c'est se dire: ça y est, j'ai les outils, je sais, je sais où je dois aller, là où ça doit me mener, quelles réponses je peux donner à tel problème, etc. C'est très classique, élémentaire, ce que je dis là, je ne cherche pas à être "original". Je suis un mec très classique, pour qui en douterait encore, classique, académique, scolaire. Aimant la discipline...

putain de foutage de gueule...
comment dire, j'avais bien remarqué que t'aimais la discipline. Et tu l'aimes pas beaucoup le chemin des autres, c'est toi (et pas Sigmund) qui élabores les "grilles pour interpréter" dans le chemin des autres, et c'est quoi cette prosodie de la philosophie, c'est le chapitre de "La philosophie pour les nuls" qui concerne l'introduction à la philosophie de Jaspers? Tu recommences à me faire chier avec tes leçons de morale, et les petits branleurs qui célèbrent tes super-pouvoirs de ta chiasse philosophique anti-autorité me font chier aussi.


Baudouin II de Barvaux a écrit:Rancière, ici, ça n'a jamais été un "dogme" qu'on oppose à un autre "dogme", genre guerre de préaux "haha, moi je tiens pour chose, et toi tu tiens pour truc, nananèreu". Placer les débats au niveaux d'oppositions entre deux certitudes, c'est débile, franchement. C'est le devenir-concon de la "philosophie". C'est son usage le plus pauvre, le plus inutile, le plus stérile. Si moi je crois "que ceci", et toi tu crois "que cela", et que si t'es pas avec moi alors t'es contre moi, faut choisir ton camp, mon gars, à quelle bande t'appartient?: aucun intérêt, zéro. On peut remballer sa marchandise et aller la vendre à la criée, au marché aux puces.
et c'est le chapitre Rancière pour les nuls!
c'est vrai que ça a toujours été  le crash du forum, ou du grand projet spectres sous la voûte céleste si tu préfères. Rancière est un dogme, est devenu une vaste foutaise sur ce forum. Balthazar Claes, dans son chemin de révoltes blasphématoires adolescentes ici, s'était permis de te signifier une mauvaise lecture que tu faisais du Maître ignorant, et ça avait merdé longtemps... J'en avais bavé également sur La nuit des prolétaires,  et feu Stéphane Pichelin était venu me signifier que j'avais perdu, et c'est sans doute vrai, j'avais perdu. Qui gagne ou qui perd, c'est pas certain qu'on arrive à dépasser ce devenir-concon du forum comme tu dis. Le délire récent de Balthazar Claes quant à dire ce que sont les spectres ou ce qu'ils ne sont pas(c'est Woots qui en fait les frais cette fois-ci), c'est aussi un pic de conneries indigestes sur Rancière.


bordel de merde.

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Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 20:54

Je ne parle pas de toi, Breaker, tu n'es pas le centre de mon monde ni le sujet de ce topic. Faut pas t'énerver comme ça, en faire une affaire personnelle, tu vas finir pas devenir agressif, éventualy.
Je parle pas de morale, plus haut, je parle de méthode. Et je parle de moi, le sujet qui bien sûr m'intéresse le plus. Concernant Rancière, Adorno, je ne fais pas du tout allusion plus haut aux disputes sur le forum des spectres, mais à la polémique qui avait eu lieu sur Enculture, en l'occurrence. A laquelle tu n'as pas participé.
Le post ci-haut constitue, avec ses allusions à Léon Zitrone, une sorte de "méditation cartésienne" sur mon profil sur enculture (qui est l'objet d'un "redesign" plaisant, dont je ne suis pas l'auteur, mais que je tente de me réapproprier ici librement, m'efforçant de façon sartrienne de ressaisir mon "en soi" sous la forme d'un "pour soi" Very Happy :

spoiler (optionnel):



Néanmoins, merci pour ton feedback. cheers


Dernière édition par Baudouin II de Barvaux le Ven 28 Juin 2013 - 21:19, édité 2 fois

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Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 20:59

parle moi du chemin, Jerzy, comment t'arrives au zen après tout ce temps à défourailler. lol

bonsoir.

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Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 21:00

Baudouin II de Barvaux a écrit:
Et bien sûr, ce genre de souçaï, ça implique tout autant le corps et les affects. Percept-affect-concept. Je suis engagé avec tout mon corps, tous mes sens et tous mes affects dans ce souçaï. Y a guère qu'un Baldanders (ou un slimfast) qui m'imagine "cartésien" au sens, peut-être, où Belmondo se plaignait dans Pierrot le fou d'être des machines séparées ("J’ai une machine pour voir qui s’appelle les yeux, une machine pour pour entendre qui s'appelle les oreilles, une machine pour parler qui s'appelle la bouche. Et j’ai l’impression que c’est des machines séparées. Y’a pas d’unité. Je devrais avoir l’impression d’être unique, j’ai l’impression d’être plusieurs...")

Cartésien à cause de ton souci constant de la réfutation point par point que tu affectionnes, parfois, souvent longtemps après, "comme si tu tenais des fiches".
Je n'ai jamais en revanche nié la perception de tes affects dans nombre de tes messages, ce serait bête.
Mais je ne comprends pas ce que tu veux dire à la fin du paragraphe, cette remarque sur Belmondo ...

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Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 21:07

Breaker, allons, calme toi. lol. Nous pouvons nous entendre. Tous les chemins mènent à Rome *. Et quelques uns en sortent. **
Bisou.


*




**


Dernière édition par Baudouin II de Barvaux le Ven 28 Juin 2013 - 22:40, édité 3 fois

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Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 21:43

slimfast a écrit:
Mais je ne comprends pas ce que tu veux dire à la fin du paragraphe, cette remarque sur Belmondo ...

C'est juste une illustration de quelqu'un qui se sentirait "scindé" en plusieurs "machines" entre lesquelles ça ne communique pas. C'est l'illustration de quelqu'un qui exprime la douleur de ne pas se saisir comme une "unité".
Problème cartésien, d'une certaine façon, qui en tout cas me fait penser à Descartes.

On sait l'attention que Descartes accordait aux "machines": il décrivait le corps comme une machine, les animaux comme des machines. Il y aurait d'un côté le corps-machine et de l'autre l'âme désincarnée. Tout le problème de Descartes, du moins tel qu'une certaine tradition nous l'enseigne, c'est: comment l'âme et le corps parviennent à communiquer? On sait comment Descartes résout le problème: c'est dieu, pour simplifier, qui rend leur union possible.

C'était donc pour réaffirmer que non, je ne suis pas désincarné, scindé entre une abstraction pensante mais non sentante et un corps-machine. L'âme, c'est la pensée du corps, disait Spinoza. Etc.

Et quand je "pense", je "travaille" (si on veut) à ne pas être scindé, morcellé, entre plusieurs machines qui ne communiquent pas entre-elles.
Ceci répondant comme je peux à Breaker: je ne vise pas la "zénitude", c'est bien trop élevé comme aspiration pour moi: je cherche juste à me sentir relativement "un", et c'est déjà bien assez... Wink

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Message par balthazar claes le Ven 28 Juin 2013 - 23:16

Je ne critiquais nullement. C'était en référence à ce passage, l'athéisme réactif, toussa, très bien

Baudouin II de Barvaux a écrit:Tout qui a été fort marqué par une éducation religieuse commet dans sa chambrette des poésies à trois sous associant dieu à la merde, rien de bien bouleversant. Tout boutonneux de garderie a commis avant 15 ans son petit précis de décomposition cioranesque, noirci les marges de ses cahiers clairefontaine de vers libres brûlés sur l'inconvénient d'être né, d'odes au néant, de sympathy for the devil, etc. Simplement, parce que c'est Artaud qui l'écrit, ça devrait impressionner grandement, avoir la puissance déflagratrice d'une révélation canon. C'est bien, chouette, je dis pas, mais enfin bon, artaud-le-momo, ça n'intéresse plus trop les jeûnes comme disait super-résistant. Ils préfèrent Marylin Manson, Korn, Metallica ou Rob Zombie (oui bon, je sais, c'est déjà down), voire Placebo ou Mylène Farmer pour les plus ringards. Pis avec les messes de goth-satanisme undergrounge, on peut au moins espérer, comme Gregg Araki, baiser des emo-snappi(e)s doomesques aux hanches cintrées et en collant noir affriolant totaly f***ed up.


Tous les cas cités ici, c'est vraiment pas des exemples d'athées, plutôt une révolte permanente contre "dieu". Un athéisme purement réactif donc, bien pauvre philosophiquement, très ado, assez ringard finalement avec le recul, qui ne se soutient que de la négation de l'Etre suprême préexistant, et qui donc en a un besoin massif. Une déclinaison "nihiliste" du théologique. Ce sont un peu des prêtres bouffons d'une mystique convulsive anti-cléricale et anti-bourgeoise des années 30, et rejoignant sans doute le vœu d'un christianisme premier, authentique (plaies béantes et stigmates compris), qui fit tout le suc nourricier des Bernanos, Bloy et consort. On sait aussi à quel point le surréalisme d'un Breton fut un bel exemple de Papisme, une anti-orthodoxie fort orthodoxe, avec ses constantes excommunications... On soupire, comme bien d'autres, après un peu de dadaïsme. Satie et Duchamp, franchement plus marrants et oxygénants que ces mélismes mortifères de momies écorchées-vives trouvant leurs extases dans les mortifications corporelles des martyrs, de saint sébastien à sainte thérèse...


Tout ça me fait penser à ces pages de Deleuze (évoquant Bataille), déjà citées:


 
 "L'écharde dans la chair. Le petit secret se ramène généralement à une triste masturbation narcissique et pieuse: le fantasme! La "transgression", trop bon concept pour les séminaristes sous la loi d'un pape ou d'un curé, les tricheurs. [...]. Un théâtre du ressentiment et de la culpabilité. [...] On invente toujours de nouvelles races de prêtres.



Au moins, ils l'écrivaient eux-mêmes, leurs odes christiques au parfum de soufre et de foutre, plutôt que de tutoyer par procuration des hosties photocopiées pleines d'une noire substance vénéneuse en pdf.


Jacques Rivière, parangon de l'Homme de Lettres, prestigieux et respecté Directeur de la NRF, catholique fervent et tourmenté, à la manière d'un Barrès ou d'un Claudel qui l'ont tant marqué... Oui, bof, ça sent un peu la bourgeoise naphtaline au parfum d'encens.

Bunuel, pur produit de l'école des Jésuites, fut toute sa vie dans un rapport passionnel, amour-haine ambivalent, pour le catholicisme, et ses films jonchés de prêtres libidineux et de bonnes sœurs en bas-résille n'en finissaient pas de décliner le broc d'antiquaires fétichistes qui n'en ont jamais fini de chercher dieu derrière les oripeaux de la cléricature honnie. Dali, son compère des débuts, rejoignit bien vite un catholicisme fervent et kitsch, dont est imbibée sa production de croûtes picturales pleines de crucifix et d'ascensions célestes.

Comme "variante amplifiée du musée Grévin", je dois dire qu'on est bien servis, là.


Bref, si c'est ça, tout ce folklore de prêtres défroqués, qu'on nous oppose à présent au "catholicisme morbide" (sic) d'un Malick, c'est de plus en plus comique, d'un comique gras et lourd (on ne parlera pas "d'assignations séquestrantes", pour ne pas alourdir davantage en théâtre-farce cette quête de la grâce toute en légèreté vivifiante). Attendons donc, avec une curiosité non dissimulée pour l'exhumation d'épouvantails à moineaux des brocantes dominicales, le prochain gag libérateur.  

http://spectresducinema.1fr1.net/t1295p120-typologie-du-ressentiment-et-mauvaise-conscience-dans-le-cinema-de-terrence-malick-le-philosophe-masque-pourquoi-commencer-par-job-scoubidouman-to-the-wonder-a-la-merveille-tree-of-life-variante-amplifiee-du-musee-grevin-arbre-coupe#33266

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Message par Invité le Ven 28 Juin 2013 - 23:33

Et pour ma part, je ne critiquais bien entendu pas davantage ton intervention, Balthazar, je redondais sur le sens de ce très beau passage que je te remercie de citer à nouveau. Qui va sans nul doute raviver de chouettes souvenirs, mais assumons. pirat

Et auquel ceci (magnifique, formidable) constituait un addendum (indispensable): *


*
Ne pas cliquer (j'adore le nouvel éditeur, trop cool):

Zitrone a écrit:Je conçois aisément qu'on ne raffole pas de Howard Hawks... Mais de là à trouver de l'intérêt aux horribles chromos franchouillards de Joël Séria, qui sentent la moustache, le béret, l'érotisme égrillard de voyageur de commerce et le phallocratisme de surveillant-chef du rayon poissonnerie... (Bertrand Blier à côté c'est du Bergman).

Pour moi, ça a tout à voir avec Max Pecas, à ceci près que Pecas c'est à la limite moins condescendant dans la stéréotypie.
Je ne vois aucune "ethnographie précise dans les détails" dans les films de Joël Séria. Au contraire, que du gros cliché sociologique qui tache.

On est loin, très loin, loin à l'infini, de Pialat. En quoi ce serait ethnographique? Parce qu'il y a du papier peint façon Orange mécanique dans toutes les pièces?

Il  n'y a aucun mérite, à la base, à "donner de la profondeur aux beaufs", parce que le "beauf", déjà, ça n'existe pas, c'est une construction de stéréotype, méprisante et infantilisante, inventée on le sait par Charlie Hebdo dans les 70s, Cabu en particulier.

Le cinéma de Joel Séria me semble très bien représenter la mouvance Charlie Hebdo, qui contrairement à l'antienne rebattue ("subversion libertaire"), a toujours eu un vieux fond anar de droite franchouillard.

Dans une célébration soi-disant "rabelaisienne" du bien vivre, il s'agissait toujours de représenter des figures du "petit peuple" dans un schéma spontanéiste très déterminé, porté sur le cul, la bombance, la bonne chaire, la gouaille, la gaudriole, etc. Dans ce petit théâtre de guignol, il s'agissait alors d'opposer à cette "authenticité" du "peuple" tout son envers répressif représenté par les Curés, Les Notables, les Flics, etc. Siné et Wolinski se firent une spécialité de ça. Même Reiser, qui avait du talent, n'a pas échappé à ce folklorisme d'épinal.

Quand je dis que Joel Séria est la quintessence de cet esprit anar de droite -franchouillard, y a qu'à observer sa filmographie.

ça commence avec une charge éléphantesque contre les institutions religieuses teintée de polissonneries (un érotisme égrillard de cureton défroqué). C'est l'époque des discours sur la "libération sexuelle". Une libération très phallocrate, bien entendu, puisqu'ici on sert à la louche le fantasme éculé des petites collégiennes perverses et des petites culottes à froufrou. Dans une reprise fort prisée, à l'époque, de l'anticléricalisme (vaguement empruntée à Bunuel), "l'érotisme transgressif" (trop bon fantasme pour les curés, disait Deleuze) n'est pas tant une façon d'échapper au catholicisme qu'une exacerbation bouffonne de ses composantes névrotiques et fétichistes: soubrettes en chaleur, prêtres lubriques et toute la sainte quincaillerie.

"Mais ne nous délivrez pas du mal" indique la puissance du programme libérateur: ce n'est pas tant qu'on veuille en finir, malgré les apparences, avec le catéchisme opposant le Bien (la chaste pureté) au Mal (le vice concupiscent). Il s'agit bien plutôt de perpétuer cette opposition et de la consacrer, car c'est au contraire cette opposition qui stimule, émoustille, sans laquelle la chair semblerait bien triste et terne. Bref: érotisme de curé. La "transgression" fonctionne bien souvent sur ce mode de renversement dialectique pauvre, ne cessant en vérité d'être habitée par un ordre premier dont elle est censée se débarrasser. Je l'avais déjà évoqué: à propos de tout un versant "surréaliste" ou "proto-surréaliste" morbide dont l'athéisme d'apparence consiste plutôt en une longue et masochiste plainte sur la "mort de dieu".

Ainsi du théâtre de la cruauté d'un Artaud, ses vivifiantes et rebelles odes au "caca", qui ont bien besoin de l'être suprême et du jugement de dieu pour en finir, croit-on, avec ces derniers. Si le programme nietzschéen de "transmutation des valeurs" est anti-platonicien, ça ne consiste pas, rappelait là encore Deleuze, à simplement inverser les valeurs, mettre le bas à la place du haut et le haut à la place du bas; opération qui consiste juste à reproduire le dualisme et l'opposition, simplement en échangeant ou en permutant les places.

Ensuite, ça se poursuit avec une galerie de portraits de "ploucs provinciaux" hauts en couleur et au verbe "truculent", tantôt représentants en parapluie tantôt bouchers, se jetant, pour échapper à leur quotidien sinistre, dans la quête éperdue de bigoudènes dévergondées, de salopes flamboyantes et de gros culs à la Rubens dans lesquels ils aimeraient se tremper la moustache comme dans une choucroute garnie, s'exclamant à tout bout de champ: "ah ce cul, ce cul!". Je ne vois pas tellement de différence, donc, au bout du compte et tout bien considéré, entre "les galettes de Pont-Aven", et "Mon curé chez les nudistes".

Le résultat: un cinéma ringardissime, déjà à son époque, ne pouvant émoustiller que des comptables, des notaires et des pharmaciens, quand les sex-shops fermaient à 22h.

On ne voit pas trop bien ce qui dans ce cinéma poussif pourrait susciter quelque passion, fût-elle "ethnographique", sauf à titre de catalogue des poncifs sociologiques les plus débilitants de la France Pompidolienne et giscardienne.

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Message par Invité le Sam 29 Juin 2013 - 10:01

Baudouin II de Barvaux a écrit:


C'est juste une illustration de quelqu'un qui se sentirait "scindé" en plusieurs "machines" entre lesquelles ça ne communique pas. C'est l'illustration de quelqu'un qui exprime la douleur de ne pas se saisir comme une "unité".
Problème cartésien, d'une certaine façon, qui en tout cas me fait penser à Descartes.


Cette question là ne m'a jamais effleuré l'esprit en revanche la question du "je est un autre", toujours.

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Message par balthazar claes le Sam 29 Juin 2013 - 10:07

breaker a écrit:
Balthazar Claes, dans son chemin de révoltes blasphématoires adolescentes ici, s'était permis de te signifier une mauvaise lecture que tu faisais du Maître ignorant, et ça avait merdé longtemps...

Le délire récent de Balthazar Claes quant à dire ce que sont les spectres ou ce qu'ils ne sont pas(c'est Woots qui en fait les frais cette fois-ci), c'est aussi un pic de conneries indigestes sur Rancière.


J'ai relu ça il y a quelque temps et j'ai fini par comprendre que je me gourais. Ce que je prenais pour une agressivité pathologique dans la réponse de Jerzy suite à ma remarque sur l'"explication" et ses paradoxes, était en fait une réponse claire et nette (et économique) à un paradoxe idiot que je produisais moi-même et qui réduisait à rien la thèse de Rancière. Le doute sur l'explication n'est pas censé renvoyer à une interdiction générale d'expliquer, ce serait idiot, mais plutôt aux problèmes d'un système éducatif massif et quadrillé, qui ne tolère pas qu'un élève choisisse son chemin parmi plusieurs explications, par exemple. Enfin quelque chose dans ce goût là, j'ai pas le temps de refaire la question. C'est marrant comme à l'époque j'étais incapable de lire simplement la réponse de Jerzy, qui était pourtant le seul à se faire suer à causer sérieusement au lieu de lancer des assiettes en l'air ; obnubilé que j'étais par ce que je percevais comme une dévastatrice et insupportable violence des échanges, comme une espèce de guerre à mort pour ne pas perdre la face. Et il y a pourtant bien quelque chose de cet ordre dans les échanges, mais seulement à titre de jeu, en fait ; espèce de mise symbolique dont les décès récurrents d'avatars constituent l'expression ou la simulation paroxystique.

En somme si des points de vue sur le monde, des opinions tirées du for intérieur, s'affrontent, c'est forcément houleux ; personne n'apprécie tellement d'être amené à dévoiler au grand jour ses contradictions internes et ses conceptions erronnées. D'un autre côté, les contradictions internes et irrémédiablement insolubles, c'est notre lot commun, personne n'en est jamais sorti (à part Derrida), alors c'est un peu ridicule d'en faire un drame.

Quant au "délire récent", si c'en était un ce serait déjà pas mal ; déjà mieux que du travail de politburo castrateur. Wink

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Message par Invité le Sam 29 Juin 2013 - 11:49

balthazar claes a écrit:
breaker a écrit:
Balthazar Claes, dans son chemin de révoltes blasphématoires adolescentes ici, s'était permis de te signifier une mauvaise lecture que tu faisais du Maître ignorant, et ça avait merdé longtemps...

Le délire récent de Balthazar Claes quant à dire ce que sont les spectres ou ce qu'ils ne sont pas(c'est Woots qui en fait les frais cette fois-ci), c'est aussi un pic de conneries indigestes sur Rancière.


J'ai relu ça il y a quelque temps et j'ai fini par comprendre que je me gourais. Ce que je prenais pour une agressivité pathologique dans la réponse de Jerzy suite à ma remarque sur l'"explication" et ses paradoxes, était en fait une réponse claire et nette (et économique) à un paradoxe idiot que je produisais moi-même et qui réduisait à rien la thèse de Rancière. Le doute sur l'explication n'est pas censé renvoyer à une interdiction générale d'expliquer, ce serait idiot, mais plutôt aux problèmes d'un système éducatif massif et quadrillé, qui ne tolère pas qu'un élève choisisse son chemin parmi plusieurs explications, par exemple. Enfin quelque chose dans ce goût là, j'ai pas le temps de refaire la question. C'est marrant comme à l'époque j'étais incapable de lire simplement la réponse de Jerzy, qui était pourtant le seul à se faire suer à causer sérieusement au lieu de lancer des assiettes en l'air ; obnubilé que j'étais par ce que je percevais comme une dévastatrice et insupportable violence des échanges, comme une espèce de guerre à mort pour ne pas perdre la face. Et il y a pourtant bien quelque chose de cet ordre dans les échanges, mais seulement à titre de jeu, en fait ; espèce de mise symbolique dont les décès récurrents d'avatars constituent l'expression ou la simulation paroxystique.

En somme si des points de vue sur le monde, des opinions tirées du for intérieur, s'affrontent, c'est forcément houleux ; personne n'apprécie tellement d'être amené à dévoiler au grand jour ses contradictions internes et ses conceptions erronnées. D'un autre côté, les contradictions internes et irrémédiablement insolubles, c'est notre lot commun, personne n'en est jamais sorti (à part Derrida), alors c'est un peu ridicule d'en faire un drame.

Quant au "délire récent", si c'en était un ce serait déjà pas mal ; déjà mieux que du travail de politburo castrateur. Wink

tu as un art absolu, je pèse mes mots, de t'attribuer le beau rôle. On en apprend tous les jours. Trois petits tours et puis s'en vont. C'est quoi ces décès d'avatars : tu veux dire ces flinguages d'avatars. T'es de droite : assume, mon vieux. Wink 

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Invité le Dim 30 Juin 2013 - 9:14

balthazar claes a écrit:
j'ai fini par comprendre que je me gourais...
slimfast a écrit:
tu as un art absolu, je pèse mes mots, de t'attribuer le beau rôle.
oui, d'accord avec Slimfast. Tu n'es pas très malin, BC, et lâche avec ça. Je propose de t'auto-exclure du forum, pendant quinze jours tu ne feras pas une seule offrande à ton dieu jerzien. C'est dur, mais tu dois réparation à Slimfast.

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Re: Red state (Kevin Smith - 2011) - topic pouvant aussi servir pour commenter des daubes rapidos.

Message par Borges le Dim 30 Juin 2013 - 10:46

Dans le monde selon l'égo, rien de plus courageux, au contraire...Ce qui ne veut pas dire que la manière de Jerzy ou de Rancière soit celle du "maître ignorant" (qui n'existe pas).
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