La vie d'Adèle

Page 3 sur 5 Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Jeu 17 Oct 2013 - 16:53

Buster balourdnatique a écrit: Lol.

   Les cheveux, on en fait quand même vite le tour, pour Kechiche c’est surtout sociologique (ça s’inscrit dans le portrait de la jeune fille d’aujourd’hui, et le sexe rasé c’est pareil), ça ne va pas très loin. Sinon j’adore la position d’élève, à condition que le maître soit à la hauteur. Il faudra ainsi m’expliquer pourquoi, lors de la première rencontre entre Adèle et Emma, les cheveux fonctionnent comme l’objet petit a...
   Exit les cheveux, c’est bien la question du regard, de la bouche, de la voracité, bref de la jouissance, le plus important dans le film, et le fait que tout le monde en parle (Eyquem compris) ne veut pas dire qu’on se copie les uns les autres mais simplement que c’est évident, que ça crève les yeux… alors oui on peut convoquer Derrida et Levinas au lieu de s’en tenir aux clichés habituels, sauf qu’on est dans un film de Kechiche et pas dans un film de Pasolini, et ouvrir des pistes, multiplier les angles, de façon très théorique, sans rabattre son discours sur ce que le film montre effectivement (et non plus sur ce qu’il donne à penser), à ce niveau c'est quand même très pauvre, c’est pour moi passer à côté du film...
-Les cheveux, oui, c'est de la sociologie, mais cela ne s'inscrit pas dans le portrait de la jeune fille d'aujourd'hui ; d'abord parce que pour la sociologie, la jeune fille d'aujourd'hui cela n'existe pas, pas plus que la femme pour Lacan, il y a des jeunes filles,  selon les groupes, les classes, les tribus, les genres, avec ou sans genre...

Emma a les cheveux courts et bleus, parce qu'elle a un rapport artiste à sa vie ; elle se peint, comme elle peint ; elle pense sa vie, son corps, comme une œuvre d'art.

Comme il m'arrive de dire, faut penser en relation, faut ne penser que les relations, pas les substances ; penser, c'est lier ; faire des montages, cela les présocratiques le savaient déjà...

Les cheveux d'Emma ne vont pas sans les cheveux d'Adèle, ils expriment deux mondes différents, par exemple, le monde où s'affiche l'homosexualité et celui où elle doit encore se cacher, se dissimuler ; pour Emma le monde est avant tout un espace d'exposition, elle affiche, s'affiche... Adèle, comme d'autres personnages de AK (la limite extrême étant bien entendu "La Vénus Noir", qui ne veut qu'une chose : exister comme artiste, à la bonne distance des corps, des mains, des regards, mais les gens, ils veulent pas, chantait Brel; ils disent qu'elle est pas assez bien pour ça…) est privée de scène : elle ne s'exprime pas, elle ne sort pas d’elle-même...

Quand elle dit à Emma, qui l'invite à écrire, j'écris juste pour moi ; c'est pas du tout comme le croit le simple d'esprit de Burdeau un plein, l'affirmation d'une écriture qui ne se sépare pas du sujet, ce qui n'a pas de sens (dirait Derrida), dès que j'écris, y a séparation...  C'est un manque, que l'on peut expliquer, sociologiquement, psychologiquement, et de bien d'autres manières... Adèle est sans ambition, au sens positif du mot : elle vit dans le cadre que le monde lui a construit, bien obligée en un sens... en ce sens, elle est vraiment l'antithèse de la position, du désir de la "Vénus Noire"

-le sexe rasé, idem ; réduire ça à la seule sociologie, ça ne va pas loin ; faut toujours saisir les rapports... Tu rapportes l'une des scènes du film à l'Olympia de Manet, "sauf qu'Adèle a les cuisses ouvertes, ce qui renvoie à l'Origine du monde de Courbet (il n'y manque que les poils)..." Je me souviens pas des cuisses ouvertes, mais bien des poils du tableau de Courbet, et que les statues de Vénus, par exemple, n'ont pas de poils, ni les femmes dans la majorité des tableaux... Cela doit vouloir dire quelque chose, dans le film, et pour nous...

-À partir de là, comme tu causes de Courbet, tu peux aller jeter un œil (et le bon) sur les travaux de Michael Fried, et examiner ce qu'il raconte de cette  distance (à l'objet, au spectateur), dont tu crois savoir quand elle est bonne ou mauvaise...


Objet a, donc ; je développe juste une intuition, qui peut ne mener à rien (et alors?) pour certains, mais qui pour moi permet de rassembler certains éléments du film :

La relation Emma/Adèle n'est pas une relation d'amour, c'est une relation imaginaire, une relation de captation par une image ; Emma est pour Adèle le terme idéal où elle dépasse ses indécisions, sa non complétude, ses manques, le vide qu'elle éprouve, qu'elle est. Emma a tout pour elle ; elle est la bonne image, l'image pleine, l'image de la supériorité, assurance, âge, classe sociale, classe personnelle ; elle décide de tout, tout le temps ; elle est célébrée, à l'anniversaire, à l'expo ; dans le bar où elle aborde Adèle, elle semble la super star ; une seule fois, on la voit désemparée, quand au téléphone on lui dit qu'elle doit retoucher je ne sais quoi dans l'une de ses croûte, mais c'est le monde qui est nul, sans goût. Elle est le maître, dans tous les domaines (sauf des pratiques dominées, par exemple, la cuisine, du moins dans le monde prolo...), dans tous ses rapports avec Adèle, l'enfant (on se souviendra du cours sur Antigone, si je me souviens bien, le prof n'insiste pas sur la révolte, mais sur le fait qu' Antigone est une enfant, petite) ; quand Adèle dit vouloir bosser avec des enfants pour leur transmettre ce qu'elle n'a pas reçu de son milieu, mais de l'école, elle dit sans doute vrai, mais c'est aussi le seul espace où elle peut (se) donner le sentiment d'une certaine maîtrise, d'être grande, adulte ; sans trop de succès ; elle change de  coiffure, pour faire plus vieille, et porte des lunettes, pour faire sérieux...


Incomplétude que décrit Lacan dans le stade du miroir ; quand elle voit passer Emma, elle est comme happée, prise... Je vais pas ici me compliquer la vie, parler de l'objet partiel, de pulsion, de la différence entre image spéculaire, absence d'image de l'objet a, de tas de choses de ce genre, comme un élève de seconde, je vais me contenter de dire que pour moi les cheveux bleus d'Emma sont le lieu (la partie pour le tout) où vient se matérialiser tout ce qui fait défaut à Adèle, et qu'elle croit qu'Emma possède...

"L'objet a, c'est cette chose insaisissable qui pousse en avant le sujet dans sa quête, ce rien qui cause le désir (...) cet aimant qui le fait courir, ce rien insaisissable dont le vide central est le foyer du mouvement de son désir."


Un peu de philo, pour du vrai, pas comme dans le film, même si la philo chez les Grecs était aussi une affaire de séduction de beaux jeunes gens : dans ses séminaires, Lacan parle à propos de cet objet de fantasme fondamental (je développe pas) et le rapproche de l'agalma qu'Alcibiade (l'"élève" amoureux) projette en Socrate (le maître absolu, dont on retrouve dans le film une variation contemporaine, Sartre-Emma)


À l'expo, Adèle comprend une chose, qui la libère : Emma n'est pas l'agalma, n'est pas objet a, ou quelque chose dans ce genre...


Tout bon film propose une image qui le met en abyme, et qui offre sa poétique ; comme dans le poème de Ponge, l'huître, qui fut longtemps l'un de mes favoris, y a tout un monde dans le film de AK, à boire et à manger, du sensible et de l'intelligible, et bien d'autres choses, qu'on n'a pas besoin de comprendre, comme disait Alain Bosquet...

(pourquoi personne ne cause des images "impressionnistes" du film,  dans le parc...?)



La vie d'Adèle : l'avide Adèle, parce que la vide Adèle...


avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Jeu 17 Oct 2013 - 17:09

La trompe de l’éléphant...

La trompe de l’éléphant,
c’est pour ramasser les pistaches ;
pas besoin de se baisser.

Le cou de la girafe,
c’est pour brouter les astres ;
pas besoin de voler.

La peau du caméléon,
verte, bleue, mauve, blanche,
selon sa volonté,
c’est pour se cacher des animaux voraces :
pas besoin de fuir.


La carapace de la tortue,
c’est pour dormir à l’intérieur :
même l’hiver
pas besoin de maison.

Le poème du poète,
c’est pour dire tout cela
et mille et mille et mille autres choses :
pas besoin de comprendre.

(Alain Bosquet)

c'est beaucoup plus intéressant à retenir, pour le film, que la phrase sur les oignons, qui énonce juste un partage policier du monde, "maman à la cuisine..."; ce fut la place de Adèle dans sa relation avec Emma...


avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Jeu 17 Oct 2013 - 17:13

http://www.debordements.fr/spip.php?article218

c'est vrai ce texte est pas mal en tout cas j'arrive à cette même conclusion même si je ne suis pas vraiment d'accord avec l'invention de soi d'Adèle, ce pour quoi je me rapproche de Borges au dessus ni sur les rituels sociaux liés à la nourriture. Se nourrir - au sens large du reste - ramène aussi et peu être surtout vers des expériences plus archaïques : se nourrir c'est se positionner à l'autre dans le désir de recevoir ou au contraire refuser ce qui doit être maintenu à l'extérieur de soi, pour se protéger parfois d'un sentiment d'envahissement. Manger c'est ingérer, transformer, rejeter.
Je trouve Kechiche bien gentil de ne pas nous avoir montré qu'Adèle les a dégueulées les huîtres....

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Jeu 17 Oct 2013 - 17:16

il y a de toute façon un fond de masochisme chez Adèle, on ne peut pas le nier, que lui a conféré Kechiche.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Jeu 17 Oct 2013 - 17:51

Borges a écrit:c'est essentiel, les cheveux
Je pense aussi, vu qu'Emma, au début, c'est juste une fille aux cheveux bleus, et qu'Adèle passe une grande partie du film à ajuster sa coiffure (pour lui donner pourtant un aspect décoiffé; ça résume assez bien ce qui peut séparer les deux personnages: d'un côté, celle qui affiche sa volonté d'art, de l'autre, celle qui la dissimule).

Sinon, je cherche par hasard si, dans La Vie de Marianne, les cheveux joueraient un rôle quelconque. Et il semble que oui; c'est même un des atouts les plus importants de Marianne: ses cheveux. Les historiens de la littérature, qui s'intéressent à tout, notent qu'à partir de 1630, les femmes renoncent à la perruque et sortent "en cheveux", comme on dit, en y ajoutant des rubans ou des extensions.
C'est mentionné tel quel dans le roman de Marivaux, et c'est en la complimentant sur ses cheveux que M de Climal (qui a des vues sur Marianne) trahit son amour.
Marivaux, dans La vie de Marianne, a écrit: Dans ce temps, on se coiffait en cheveux, et jamais créature ne les a eus plus beaux que moi; cinquante ans que je n'en ai fait que diminuer la quantité, sans en avoir changé la couleur, qui est encore du plus clair châtain.

M. de Climal les regardait, les touchait avec passion; mais cette passion, je la regardais comme un pur badinage. Marianne, me disait-il quelquefois, vous n'êtes point si à plaindre: de si beaux cheveux et ce visage-là ne vous laisseront manquer de rien. Ils ne me rendront ni mon père ni ma mère, lui répondis-je. Ils vous feront aimer de tout le monde, me dit-il; et pour moi, je ne leur refuserai jamais rien. Oh! pour cela, monsieur, lui dis-je, je compte sur vous et sur votre bon coeur. Sur mon bon coeur? reprit-il en riant; eh! vous parlez donc de coeur, chère enfant, et le vôtre, si je vous le demandais, me le donneriez-vous? Hélas! vous le méritez bien, lui dis-je naïvement.

A peine lui eus-je répondu cela, que je vis dans ses yeux quelque chose de si ardent, que ce fut un coup de lumière pour moi; sur-le-champ je me dis en moi-même: Il se pourrait bien faire que cet homme-là m'aimât comme un amant aime une maîtresse;
Sinon, les cheveux, dans l'histoire de l'art (de la peinture), c'est aussi hyper important. Cf Daniel Arasse, "La toison de Madeleine" ("On n'y voit rien"): sur les cheveux comme attributs de la féminité, qui cachent et qui montrent, qui jouent sur la frontière de l'obscénité et en même temps figurent des "poils convertis", des poils spirituels si vous voulez; et à partir de quand les peintres peignent les cheveux comme des poils? demande Arasse (c'est Courbet le premier, selon lui), etc; y a mille questions de fond sur le sujet: un article très drôle et instructif, comme Arasse sait les faire.

EDIT; je cherchais des trucs pendant que vous postiez... je suis en retard sur la convers'...
avatar
Eyquem

Messages : 3126

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Jeu 17 Oct 2013 - 18:16

Pour le plaisir, le tableau de Courbet: il est très beau.
Spoiler:

"La femme dans la vague", 1868

Il y a un plan du film qui peut y faire penser, très lointainement quand même. Celui où Adèle fait la planche: des cheveux et du bleu.

avatar
Eyquem

Messages : 3126

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Jeu 17 Oct 2013 - 18:27

quand j'ai vu Adèle (Adèle H) j'ai de suite pensé à Brisseau un cinéaste que j'adore autant par sa personnalité que par la singularité de ses films.
Et je me suis dit qu'avec les maladresses qu'on lui connait il parvient à rendre à l'écran la fête de la jouissance féminine et le mystérieux et énigmatique jeu social auquel elle peut conduire.
Kechiche avec de gros moyens et un savoir faire certain en fait une espèce de drame enrobé de pelures d'oignons qui n'arrive pas à s'extraire d'un certain cliché de la sexualité qui vole bas, un cliché sado-maso, ayant le mérite de porter au regard de chacun qu'il n'aime pas celles qu'il filme.

Je me demande jusqu'à quel point on peut aimer un film qui foule ainsi aux pieds sa matière ?

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Jeu 17 Oct 2013 - 18:40

Eyquem a écrit:Pour le plaisir, le tableau de Courbet: il est très beau.
Spoiler:

"La femme dans la vague", 1868

Il y a un plan du film qui peut y faire penser, très lointainement quand même. Celui où Adèle fait la planche: des cheveux et du bleu.

l'image est très belle : aucun mal à reconnaître Adèle, sa bouche ouverte, ses "pelles à tarte".
Mais elle est arrêtée et ne rend pas compte du plan dans son mouvement.
Je ne sache pas non plus qu'Arasse ait jamais commenté des images animées.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par adeline le Jeu 17 Oct 2013 - 19:11

Eyquem a écrit:
Il y a un plan du film qui peut y faire penser, très lointainement quand même. Celui où Adèle fait la planche: des cheveux et du bleu.

Ou des cheveux bleus, car les reflets de l'eau teintent momentanément ses cheveux en bleu… Je voulais dire aussi, mais tu l'as fait avant moi, que Kechiche nous montre l'importance que ses cheveux ont pour Adèle. Elle y touche sans cesse, resserre son chignon fou pour se rassurer, se coiffe sans se coiffer en permanence. C'est une attitude forte de certaines jeunes filles, leur manière de se recoiffer en se décoiffant comme pour s'assurer que cet attribut là, si important, est toujours bien en place…

slimfast, d'où vas-tu chercher que Kechiche n'aime pas celle qu'il filme ? Comment peut-on imaginer que Kechiche n'aime pas Adèle, ou l'a rabaisse ou la détruit ou la foule aux pieds ?
Tout ceux qui pensent le film en terme de naturalisme ou alors de grossièreté (gros sabots, gros gros plans, morve et autres dégoûts) n'ont-ils pas vu à quel point le film est lumineux ? Ce sont quand même des marques du cinéma de Kechiche, cette luminosité et cette manière de ne jamais rabaisser ses personnages, de ne jamais les assommer, de ne jamais les dégrader, sauf dans la Vénus noire où ce processus de dégradation est justement mis en scène dans tous les sens du terme. Et à l'inverse des romans de Zola, où la dégradation vient de pulsions liées aux personnages, ici jamais elle ne vient de la Vénus, elle est le fait du monde qui l'entoure et la détruit et c'est bien ce que montre Kechiche.

adeline

Messages : 3000

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Jeu 17 Oct 2013 - 19:27

adeline a écrit:
Tout ceux qui pensent le film en terme de naturalisme ou alors de grossièreté (gros sabots, gros gros plans, morve et autres dégoûts) ...
Y a cet assaut de haine crapoteuse de l'imbécile décérébré et délirant Alain Soral *. Qui, entre autres, vomit sur l'immonde vulgarité du film à coups de "petites putes", "connasses", "demi-grosses", "grosse merde", K "collabeur droit de lhommiste", défend la "pauvre" Christine Boutin, et j'en passe. Ce fin "sociologue" et provocateur talentueux nous explique enfin que le film, propagande d'Etat oblige, sera au programme scolaire dans tous les lycées, pour apprendre à la "jeunesse" que la révolution, c'est "s'enculer" et se "lécher la foune". J'ai appris l'existence de la vidéo grâce à fdc.

Il se trouve même un forumeur pour dire que, en comparaison avec la critique de la revue Zinzolin: "Au moins Soral, lui, est drôle".

Aka "celui qui fait des blagues" (marrantes à donf) dont il déplore qu'il faut les "expliciter". Il expliquera sans doute à tout nigaud qui comprendrait au premier degré "Au moins Soral, lui, est drôle", que c'est du "second degré", ou qu'il est drôle "au second degré"... C'est l'éternel problème des vannes subtiles: on est toujours obligé de les "expliciter", après. A ceux qui sont bêtes et n'ont pas le sens de la drôlerie.

*
spoiler:


Dernière édition par Bidibule le Jeu 17 Oct 2013 - 20:44, édité 6 fois

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Jeu 17 Oct 2013 - 20:00

hello Adeline,
Adeline a écrit:Ou des cheveux bleus, car les reflets de l'eau teintent momentanément ses cheveux en bleu…
C'est un moment de grand vide pour elle dans le film, cette scène où elle se baigne, seule, où elle repense sans doute à celle qui l'a quittée.
Le bain dans la mer, on pourrait l'associer à une idée de complétude, de "fusion", mais ce n'est pas le cas ici, c'est tout le contraire: c'est le vide, la séparation, le manque. Et c'est intéressant que le bleu réapparaisse dans l'image, comme une couleur un peu surnaturelle, le fantôme de ce qui manque à Adèle, si on suit ce qu'écrit Borges:
Borges a écrit:pour moi les cheveux bleus d'Emma sont le lieu (la partie pour le tout) où vient se matérialiser tout ce qui fait défaut à Adèle, et qu'elle croit qu'Emma possède
avatar
Eyquem

Messages : 3126

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Jeu 17 Oct 2013 - 20:06

Eyquem a écrit:hello Adeline,
Adeline a écrit:Ou des cheveux bleus, car les reflets de l'eau teintent momentanément ses cheveux en bleu…
C'est un moment de grand vide pour elle dans le film, cette scène où elle se baigne, seule, où elle repense sans doute à celle qui l'a quittée.
Le bain dans la mer, on pourrait l'associer à une idée de complétude, de "fusion", mais ce n'est pas le cas ici, c'est tout le contraire: c'est le vide, la séparation, le manque. Et c'est intéressant que le bleu réapparaisse dans l'image, comme une couleur un peu surnaturelle, le fantôme de ce qui manque à Adèle, si on suit ce qu'écrit Borges:
Borges a écrit:pour moi les cheveux bleus d'Emma sont le lieu (la partie pour le tout) où vient se matérialiser tout ce qui fait défaut à Adèle, et qu'elle croit qu'Emma possède
elle pense peut-être au suicide à ce moment-là.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Jeu 17 Oct 2013 - 20:10

adeline a écrit:

slimfast, d'où vas-tu chercher que Kechiche n'aime pas celle qu'il filme ?
dit autrement ne pas avoir les moyens de son ambition est criminel. Kechiche triche. Son film ringard est du toc.

qui peut encore filmer une boîte de nuit comme il le fait ? ou une classe comme il le fait ? ou une bande de lycéens/lycéennes comme il le fait ? and so on ....

même les plus ringards comme Assayas ne s'y laisseraient pas prendre : pour dire.

et je dois m'extasier sur la pitoyable vie d'Adèle en 35 mmm ?

Borges a pointé les scènes qui valent le coup : celles des manifs. Basta (je retrouve plus où il en a parlé).

J'avoue avoir été bluffé un peu par le film mais cet assaut de commentaires dithyrambiques m'a heureusement ramené à la raison. J'aime pas ce cinéma. Il ne me concerne pas au final, il ne me touche pas.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Ven 18 Oct 2013 - 7:52

slimfast a écrit:
Je ne sache pas non plus qu'Arasse ait jamais commenté des images animées.
Hi; je ne crois pas, je sais pas non plus, mais il s'était beaucoup intéressé au cinéma, je crois même qu'il avait crée un festival...

avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Ven 18 Oct 2013 - 7:54

slimfast a écrit: cet assaut de commentaires dithyrambiques
je vois pas pas trop la tonalité dithyrambique ici...
avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Ven 18 Oct 2013 - 8:20

c'est vrai mais tous ces commentaires sur les cheveux qui ont l'air de s'afficher pour masquer que le film n'est pas terrible sont un peu exagérés, non.
et puis qu'Adèle soit lumineuse ne suffit pas non plus.
j'ai l'impression qu'on prend le fragment pour le tout.


je viens de croiser dans mon bahut une fille aux cheveux bleus lol grave problème :
http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Comment_mettre_la_nana_aux_cheveux_bleus_dans_ton_litséance de rattrapage

http://levinedadele.tumblr.com/ je sais c'est beaucoup plus drôle que l'original mais bon faut pas trop en demander.

http://www.juliemaroh.com/2013/05/27/le-bleu-dadele/

Abdel Adèle c'est tout près !

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Ven 18 Oct 2013 - 14:02

slimfast a écrit:Abdel Adèle c'est tout près !
oui; dans la séquence du bar où elles se causent pour la première fois, je crois me souvenir que Emma dit à Adèle : "Adèle, en arabe, ça veut dire...?

(me souviens plus de la suite; mais je trouve ça curieux; le prénom n'a rien d'arabe.)




Dernière édition par Borges le Ven 18 Oct 2013 - 15:21, édité 1 fois
avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Ven 18 Oct 2013 - 15:01

hello,
Borges a écrit:dans la séquence du bar où elles se causent pour la première fois, je crois me souvenir que Emma dit à Adèle : "Adèle, en arabe, ça veut dire...?

(me souviens plus de la suite; me je trouve ça curieux; le prénom n'a rien d'arabe.)
Elle dit qu'Adèle, ça veut dire "justice".
(le prénom vient en fait d'un mot allemand qui signifie "noble")

Dans le dossier de presse, Kechiche dit aussi qu'il a choisi Léa Seydoux à cause de son "mektoub", sa mélancolie.
avatar
Eyquem

Messages : 3126

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Ven 18 Oct 2013 - 15:16

BusterBalourdnatique a écrit:é hé, c’est le grand délire autour des cheveux chez les Spectres... ils voient des cheveux partout... Bah oui, mais chez Kechiche, désolé, ça ne décolle pas au-delà d’une symbolique convenue: Emma cheveux courts, à la garçonne, bleus (la singularité) puis blonds (le retour à la norme); Adèle cheveux longs, à la sauvageonne, désordonnés (l'adolescence, le lycée) puis coiffés (l'âge adulte, l'institution). Pas la peine de convoquer Arasse et la toison de Madeleine, ça n’a rien à voir, c’est même tout le contraire (ici le sexe est épilé et montré)... Les cheveux jouent un rôle mais ça se limite à des jeux d’oppositions simplistes dans le rapport Adèle/Emma. Le reste c’est de l’extrapolation, c’est tiré par les cheveux, accorder autant d’importance aux cheveux c’est les couper en quatre, comme dirait Arasse. Dans la BD qui m’a l’air assez niaise, le bleu est la seule couleur, le reste est en noir et blanc, ça fait manga, le bleu n’est pas une couleur chaude, blabla... la métaphore est cucul, Kechiche change le titre, déplace les enjeux (et à ce niveau il a raison), la chevelure bleue passe au second plan, c’est juste le signe d’une différence assumée, ça caractérise le personnage à un moment de sa vie, pas de quoi en faire un fromage.

Les cheveux bleus comme objet petit a?... Non. Dans la scène de la première rencontre, ce ne sont pas les cheveux qui "arrêtent" Adèle, mais bien le regard que lui jette Emma, au bras d’une autre fille, en se retournant. Sans cet échange de regards, il ne se passe rien... Ce que filme Kechiche est censé être un "coup de foudre amoureux", on est dans l’image pure, l’imaginaire, l’image narcissique de soi-même qu’on découvre chez l’autre, pas dans le manque à être, qui suscite le désir, ça c’est dans un second temps... La scène aurait pu être belle mais Kechiche se contente simplement d’en montrer le côté fulgurant, pressé d’y mettre des mots, de pédagogiser tout ça (les scènes en classe), d’y introduire le pulsionnel, le fantasme (qui fait se masturber Adèle, des fois qu’on n’ait pas compris, pas d’échappée chez Kechiche, le naturalisme est toujours bien gras). L’agalma c’est trop subtil, ça suppose quelque chose d’énigmatique et de précieux, l’objet cause du désir, caché, à l’intérieur d’un truc grossier (le sileno, la figure de Socrate). Chez Kechiche il n’y a que l’emballage, que le sileno...
-si tu piges pas l'importance des cheveux, et de leur couleur, bleu; bleu (de la robe) avec quoi finit le film, c'est pas de ma/notre faute... on aura essayé, et puis au fond, comme disait l'autre : "à chacun des oignons"...

-objet a (petit a) : moi, je pensais que tu allais élever le niveau, distinguer l'image spéculaire,  l'objet a (sans image), tu te contentes de montrer que tu sais pas ce qu'est l'imaginaire chez Lacan, et de paraphraser ce que j'ai dit... pour bien piger, ces histoires d'imaginaires (captation par une image de complétude; enfant, celle dans le miroir, et puis par toutes les images où semble s'accomplir une maîtrise...), de narcissisme, faut distinguer moi idéal, et idéal du moi...

-Pour le miroir, avant d'aller à l'expo, avec sa robe bleue, pour la seule fois du film , mais j'ai peut-être rêvé cette scène, Adèle se regarde dans une glace...

-le manque à être ne suscite pas le désir, le  désir est manque à être; l'homme est désir, donc manque, vide...je te renvois à ce que dit lacan de la naissance, de l'infans...et pour des développements plus philosophiques, à Jerzy...

-par pitié, ne crois pas comprendre ce que sont la pulsion, et la naturalisme chez Deleuze avec deux lignes idiotes de Delorme...lis deleuze, mon vieux : IM, bien entendu, et dans "Logique du sens", le texte sur Zola, et avant cela tout ce qui est dit du fond, de la bouche, de la langue, des surfaces, des pulsions, cela peut t'aider... y a pas de pulsion, au sens que donne Deleuze dans ses analyses du naturalisme, chez AK; aucune pulsion, pas de monde originaire...

-Deleuze décrit, analyse, pense le naturalisme, qu'il aime; tes héros de la pensée (je me marre) et toi, vous utilisez le terme "naturalisme", comme une insulte..."beurk, c'est du naturalisme..."; il est de bon ton, de bonne éducation de cracher sur "le naturalisme"...ça rappelle la réception de Manet, et les insultes adressées  au sale italien pornographe défenseur de Dreyfus (bref vous occupez la place que vous assigne le film, sans le voir; inconscient idéologique esthétique ); au fond vous sentez un peu trop le désir de propreté...Symptomatique, le montage idéologique des Cahiers d'une part l'horrible dégoûtant, aK,  de l'autre,  "l'idéal de l'esprit français, délicatesse et scrupule"...J Grémillon, qui a tout pour lui, le veinard, l'humanisme, la délicatesse, la religion, la compassion...toutes les valeurs très chrétiennes, et même l'audace (deux mecs qui se serrent dans les bras...); lamentable de voir Grémillon (purifié de tout lien avec le communisme) servir des montages aussi répugnant...(j' y reviendrai)


-je n'ai introduit le terme agalma qu'à cause de la philo dans le film, et de sartre, philosophe séducteur de la jeunesse, et laid, comme l'était socrate; sinon, je te conseille le séminaire "le transfert", pour en savoir plus sur le terme, ses relations avec la pulsion, l'objet partiel, petit a, et tout ça...Lacan passe pas mal de temps à essayer d'en donner une traduction,  ornement, parure... bijoux, quelque chose de précieux qui est à l'intérieur..., il montre ses liens avec les dieux (l'agalma ce qui piège le regard des dieux), le brillant, le galant...

(mais là, je vais dépasser mon statut d'élève de seconde)


avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Ven 18 Oct 2013 - 15:20

Eyquem a écrit:hello,
Borges a écrit:dans la séquence du bar où elles se causent pour la première fois, je crois me souvenir que Emma dit à Adèle : "Adèle, en arabe, ça veut dire...?

(me souviens plus de la suite; mais je trouve ça curieux; le prénom n'a rien d'arabe.)
Elle dit qu'Adèle, ça veut dire "justice".
(le prénom vient en fait d'un mot allemand qui signifie "noble")

Dans le dossier de presse, Kechiche dit aussi qu'il a choisi Léa Seydoux à cause de son "mektoub", sa mélancolie.
hi
merci
je pensais qu'il l'avait choisie pour ses origines très très haute bourgeoisie

la mélancolie, ça nous ramène du côté de chez Flaubert... Wink
avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Ven 18 Oct 2013 - 16:32

Putain j'ai l’impression d'être soit en 1937 (pour les arguments les plus prévisibles) soit en 1943 (Soral oui enfin bon bref, les récupérateurs prescripteurs ont de l'avenir en ce moment)  soit en 1956 (pour les plus "avancés" hihihihihi) quand je lis ces discussions (sans parler de Flaubert). Courage, encore 40 pages pour atteindre 1973 (il va falloir traverser la bretelle du structuralisme, puis le viaduc Deleuze sur lequel un camion avec un chargement de moutons s'est renversé) et 200 pour 1981. Remarque 2013 sucks tellement.


Les polémiques de cinéma deviennent un mauvais rêve sur Internet: quelque chose comme l'hybridation insupportable de deux entre-soi (en fait sociologiquement proches, mais historiquement distants) qui sont déjà insupportables pris isolément: "Fight Club" d'un côté, le "Masque à la Plume" de l'autre

Si voir le film est la seule façon de l'oublier (le but du buzz monté de toute pièce), je vais finir par le faire, alors que les films sur l'adolescence, l'âge adulte, l'amour le sexe et l'intégrité morale ne m'intéressent pas beaucoup depuis déjà quelques années.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Ven 18 Oct 2013 - 19:01

Moi, j'aime pas les films qui racontent des histoires d'amour. Sans déc. Au cas où vous en douteriez.

Généralement, ça m'ennuie.

Sauf quand c'est Cassavetes. Y a d'autres rares exceptions.

Signé: schtroumpf grincheux. Very Happy

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Ven 18 Oct 2013 - 20:12

je fiche mon billet que Morse ne t'a pas déplu : une histoire d'amour à sa façon ... plus rouge que bleue, c'est vrai.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Ven 18 Oct 2013 - 20:37

Rouge ou bleue, là n'est pas la question.

J'ai pas été particulièrement séduit par "l'histoire d'amour à sa façon" dans Morse, qui m'a paru assez pontifiante.

Evidemment, j'ai rien contre les "histoires d'amour". C'est quand on en fait un genre "en soi", que je baille.

Pour moi, un film qui a vraiment "l'amour" au cœur de sa matière déborde la question du "couple" vers quelque chose de plus "impersonnel" (au sens de: n'en fait pas une histoire de personnes privées, avec tout le psychologisme que ça suppose et toutes ces petites affaires de libido qui m'ennuient considérablement - Brisseau and c°, doux jésus, pitié quoi), et donc traite l'amour comme un "flux" global, dirait Cassavetes, qui embrasse l'existence elle-même. Pour le dire brièvement, avec une formule usée, j'en conviens.

Sinon, La vie d'Adèle, j'attends le strimaingue. J'avais bcp aimé La graine et le mulet, et La vénus noire. Je ne pense pas, à lire les analyses proposées ici, que La vie d'Adèle appartient au genre "histoire d'amour". On est plutôt, comme l'écrit Borges, dans une problématique de la captation imaginaire. Dans la relation duelle de "couple" (identification, fantasme, etc). ça, par contre, ça m'intéresse - comme donnée "anthropologique". Parce que pour moi, "l'amour", c'est peut-être ce qui précisément dépasse la relation duelle. Et rien ne m'émeut plus qu'un film qui ose le dépassement de cette dernière, ce qui passe aussi par une certaine forme de critique de l'imaginaire...

Par contigüité, le "sexe", au cinéma, comme en littérature (Miller, ou Bataille, quelles que soient leurs différences, ça me tombe des mains), ça m'intéresse pas du tout. Comme enjeu "narratif" ou "dramaturgique", je veux dire. C'est pas que je sois puritain. Regarder des gens baiser dans un film (qui "raconte" quelque chose), y a rien qui m'ennuie plus: me sens pas concerné dans "mon" désir, et ça me parait toujours hors-sujet, même si c'est le "sujet".

Sauf dans un bon porno, bien réalisé, dédié à ça, avec de belles et beaux acteurs érotiquement magnifiés. Parce que là, je me fais mon cinéma, ma propre "narration". J'appelle un bon porno un film érotique qui laisse au spectateur la place suffisante pour joindre jouissance et imaginaire.
Je leur invente des "histoires" (d'amour, et follement romantiques). Pas spécialement besoin qu'on enrobe ça dans un prétexte et un contexte: je m'en occupe aisément (j'ai pas envie, dans ce type d'expérience scopique, de suivre un script qu'on m'impose "du dehors", et qui détourne mon attention de "mon" désir, de son élaboration), et m'identifie à l'un ou l'autre des protagonistes. Là, par contre, il faut absolument pour moi qu'on ne dépasse pas le 2. Chuis très classiquement sentimental de ce point de vue là: pas plus que 2, sinon ça m'embrouille, je veux surtout pas de la présence réelle - dans le champ - d'un tiers importun; je suis pas partageur. Deux, c'est suffisamment riche, dense et complexe comme ça. Vu que dans le 2, on est imaginairement une multiplicité de personnes, originairement. (Alors, les partouzes, à ce degré de platitude impersonnelle, par contre, d'indifférenciation, où plus aucune identification, historisation, imaginaire, ne sont possibles, c'est la quintessence de l'ennui, l'ennui dans sa pureté ontologique si je puis dire. J'en saisis pas l'intérêt. Autant regarder des vaches brouter dans un pré, gris sur gris comme dirait Hegel).

Et mon dieu, quand c'est bien fait, j'appelle ça du bon cinéma, d'un autre genre, auquel je ne retranche aucune valeur artistique. Ouaip, chuis un pervers. Comme tout le monde (ou presque). lol


Dernière édition par Bidibule le Ven 18 Oct 2013 - 23:23, édité 13 fois

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Sam 19 Oct 2013 - 11:49

Le simplet, Delorme, a noté la référence à Kubrick dans le film...

Delorme a écrit:Ne le cachons pas, le film de Kechiche nous a divisés, peut-être d’abord parce que le film lui-même est divisé. Deux chapitres s’offrent moins comme deux épisodes que comme deux moments d’une démonstration, à la manière de Kubrick, maître des films cassés en deux (Adèle le cite dans le film comme son cinéaste préféré)
-Elle ne dit pas que le gars est son cinéaste favori, elle dit aimer le cinéma américain... Sa copine demande de préciser ; elle répond "tout... Scorsese, Kubrick..." Ce "tout" est symptomatique, c'est un cliché ; dans la jeunesse, comme dirait Badiou, quand vous demandez à quelqu'un ce qu'il aime, il vous dira toujours qu'il aime tout ; on aime tout, sans distinction, en musique, en cinéma... Signe d'ouverture, et pour ne pas donner le sentiment que l'on est comme tout le monde, on indique une limite ; dans le bus, Adèle dit écouter tout, tant que c'est bon, et tant que c'est pas du hard, du metal... Idem, pour la bouffe, elle mange de tout, tout, sauf, quand c'est mou... Deux limites inverses... pas de hard en musique, pas de mou dans la bouffe...

Scorsese et Kubrick :

-deux types qui aiment filmer des scènes de bouffe, de cuisine (parfois cyclopéenne) surtout le second, chez qui la nourriture est essentielle...





Comment bien manger, et bien ou mal filmer quelqu'un qui mange, ou bouffe...

-La division que produit le film n'a rien à voir avec Kubrick, et le cliché de la construction en deux de ses films, c'est une division idéologique qui ne va pas plus loin que le partage du corps (prolo, qui sait pas résister, sublimer ses pulsions) et de l’âme (bourgeoise qui sait sublimer) ; aux Cahiers, il est de bon ton, de bonne éducation, humaniste, religieuse, de préférer les âmes au corps, ou du moins à certains corps, non spiritualisés, idéalisés, les corps d'avant Manet...   Dans la scène de baise, ce que fait AK, c'est effacer le texte (comme dirait Bataille),  si bien que le pauvre JPT a cru voir des corps d'actrices, donc du porno, là où il appelait de ses vœux avec Delorme des sentiments, du lyrisme, à la française... 

-Toute la réaction de rejet tient dans la distinction nude/naked... On en avait parlé de ça déjà... quand Bazin indique comme limite  à l'idéal documentaire du cinéma, la mort et le sexe (petite mort, rappelle-t-il), il exprime simplement sa préférence, classique : du nu (sens, poésie, fiction...) pas des femmes/hommes à poil...

-Deleuze note que le cinéma us, classique, n'a jamais pu accepter l'image-pulsion, et que les ennuis de Losey  avec Hollywood venaient autant de ses positions politiques, que de son cinéma... Quand on ajoute au spiritualisme des Cahiers leur amour bête de l'image-action (JJ abrams, putain quel auteur ; ils aiment tellement qu'ils font de la pub ; en couverture, K en question, et en 4e, JJ abrams sans question ; joli montage), de l'image du rêve américain, à quoi ils viennent d'ajouter "l'esprit français", on comprend leur résistance (au sens psy, esthétique, éthique et politique) à ce qu'ils nomment "naturalisme", sans rien y connaître, c'est le plus pitoyable, dans l'affaire...


Comme disait Derrida, dans son fameux texte sur l'esprit chez Heidegger (en pleine passion nazie), faut toujours se méfier de ceux qui viennent vous causer esprit, glorifier l'esprit d'une identité...

Si vous comparez ce qui est dit de Grémillon et de AK, une seule conclusion s'impose : le pauvre AK, il a pas l'esprit français... (la gravité et la délicatesse). Delorme ne lui refuse pas la nationalité française, mais bon, suffit pas d’être Français pour avoir l'esprit français, l'esprit de prière,  métaphysique, qui vous permet de voir la vérité sans voile, comme il écrit...


Mais qui filme avec ou sans voile, Grémillon ou AK ?

Badiou a écrit des choses sur le rapport de la vérité à la nudité ; quand un nu est-il pornographie?







avatar
Borges

Messages : 6047

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La vie d'Adèle

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 3 sur 5 Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum