La vie d'Adèle

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Re: La vie d'Adèle

Message par balthazar claes le Ven 31 Mai 2013 - 18:52

?? où tu vas chercher ça, t'as pas vu le film et t'as déjà un avis autorisé pour avoir lu 10 lignes dans un canard et t'être planté devant ta télé. il faut arrêter ce délire.

Là je parle pas du film, je parle du texte de Kaganski.

balthazar claes

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Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Ven 31 Mai 2013 - 19:00

oui c'est vrai mais sa Venus pose la question de l'abjection qui, poussée si loin, ne parvient toujours pas à venir à bout de ce qui reste encore du féminin en elle au bout du compte. Même elle aidant, s'autodétruisant n'y parvient pas. C'est d'une dureté incroyable et d'une tendresse égale.

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Re: La vie d'Adèle

Message par DB le Sam 1 Juin 2013 - 12:23

[quote="Borges"]
[justify]

(Kaganski)





Qui continue et persévère :

http://www.lesinrocks.com/2013/05/29/cinema/stop-au-kechiche-bashing-11399226/

Et une réponse interminable dans les commentaires

Cher Serge,

La rédaction de cet humble texte va sans doute être un peu difficile… J’ose souhaiter que sa lecture le sera moins, l’humilité ne semble pas être votre point fort et au vu de ce que vous êtes capable de soutenir publiquement, le temps que vous prenez pour vous informer entre deux torchons critiques et « journalistiques » semble bien réduit.
Je vais par ailleurs rajouter à votre calvaire car je vais devoir parler un peu de moi, et votre temps de cerveau disponible pour vous intéresser aux autres en dehors de toute posture a l’air lui aussi de s’amenuiser. A votre décharge, le champagne de Cannes a sans doute quelque difficulté à s’évaporer… J’ai bien conscience en tous cas que mon cas (qui est loin d’être unique) ne pourra pas servir de matière (et c’est le cas de le dire) à un magnifique étron comme vous en avez le secret, et qu’il vous indiffère. Je ne suis pas « artiste »… Mais j’ai quand même quelques mots à vous dire, et que voulez-vous, contrairement à vous je préfère parler de ce que je connais, et je me connais bien…

Une dernière précision qui n’achèvera pas de vous décourager j’espère, je n’ai aucune idée au moment où je m’y attelle de la longueur ou de la forme que cette missive va prendre mais je sais avoir quelques difficultés, comme votre ami Abdellatif, à faire court parfois… C’est que j’ai beau être intermittent, technicien qui plus est… Non ne faites pas déjà la moue, cela n’a rien de répugnant je vous jure… Nous sommes des êtres humains comme les autres. Nous avons même une vie et besoin de manger, de dormir, de faire pipi tout ça tout ça… Non ne partez pas ! OK, c’est beaucoup de révélations… Je me recentre… C’est que j’ai beau être technicien disais-je, j’aime être précis et je ne rechigne pas à l’effort. Si si, je vous jure… Ça arrive encore de nos jours.
Tout ça pour vous dire que si j’éprouve le besoin irrépressible de perdre mon temps à palabrer avec votre auguste suffisance, c’est que j’en ai très gros sur la patate… Au point d’avoir la sensation d’étouffer. Au point de ne pas réussir à évacuer ce truc qui me remue le cœur, les tripes et la gorge depuis ce matin, mais qui m’a tellement submergé à la lecture de votre « article » du jour que j’ai cru que j’allais en vomir. A défaut il me fallait autre chose pour évacuer… Me voilà.

Ainsi donc il faut en finir avec le Kechiche bashing… Passons sur l’inanité de l’expression et sur le sous-entendu étrange… Que croyez-vous donc ? Qu’il y a là un bouc-émissaire injustement accusé des pires maux et qu’en parangon de la lutte contre les injustices et en grand connaisseur des méthodes de production, de la technique cinématographique, des tournages, et du fonctionnement de ceux-ci (ce que ne cesse de contredire votre article…) il vous faut voler à sa rescousse ? Que le monde est empli de petits bourgeois et/ou de gogos versatiles comme vous qui mettent au placard leur humanité et leurs convictions (et même pas que politiques…) dès qu’il s’agit d’évoquer le cas d’un « artiste » à leur goût ? Qui poussent l’idolâtrie jusqu’à tolérer l’intolérable, jusqu’à évacuer (volontairement ?) l’incohérence totale et le cynisme abject de ceux qui donnent à longueur de films ou de colonnes (suivez mon regard il vous méprise…) des leçons de bonne conduite morale, de lutte contre les inégalités, d’humanisme, de politique, de gestion, de bonne conscience, de bon goût, que sais-je encore (certains comme vous ont un avis sur tout…) et qui au quotidien font leurs les pires pratiques, l’amateurisme le plus crasse, les méthodes de propagande les plus immondes, les raccourcis les plus imbéciles ?

Je me réjouis pour ma part que non, et pour ne pas me lancer dans un grand débat bien inutile avec le cuistre auto-satisfait que vous incarnez avec tant de panache aujourd’hui, je me contenterai de vous dire que les plus passionnés et les plus investis ne sont pas où l’on croit (enfin où vous les voyez, quand toutefois vous arrivez à regarder autre chose que votre nombril et les films de vos copains…) et de m’appuyer sur vos bafouillages… Pardon… Ecrits…

Dès l’intro c’est carabiné de connerie… « Alors que les réjouissances du festival de Cannes se terminent et que la critique mondiale célèbre quasi-unanimement la Palme d’or décernée à La Vie d’Adèle, Chapitre 1 & 2, une partie des Français suit, sans avoir eu la chance de voir autre chose qu’une bande annonce, une série de polémiques mêlant politique, syndicalisme et autres commentaires n’ayant rien à voir avec une quelconque démarche artistique.»

Ok… Quelques secondes de répit, je me mets à niveau ce n’est pas simple…

Ainsi donc une poignée d’imbéciles à qui il reste un peu de conscience sociale (ou de professionnalisme, on y reviendra même si cette notion vous est étrangère…) et qu’il vous faut à tout prix éduquer, viennent gâcher la fête (enfin les « réjouissances »…) et ce magnifique consensus critique qui ne souffre aucun bémol, fût-il sur un tout autre sujet… Et c’est une honte… D’autant plus que ce consensus est adoubé par Votre Sainteté… Pauvre biquet… Pas trop dur ? En gros et pour reprendre votre raisonnement, son intelligence et sa magnifique structure : « Alors même que tout le monde aime les biscuits et que les derniers de La Mère Poulard (de l’artisanal quoi…) font l’unanimité, une bande de zozos, qui les a en partie fait cuire (quand même) mais qui ne les a même pas goûtés (horreur !!!) vient se plaindre qu’ils ont pour la première fois été concoctés dans les mêmes conditions qu‘en Chine, et c’est vraiment n’importe quoi. Décidément ils ne comprennent rien aux biscuits, et moi Serge Kaganski qui les ai goûtés et les ai trouvés très bons, je vais leur expliquer en quoi leur point de vue est illégitime et pourquoi il serait normal de délocaliser, c’est vrai quoi… Je les ai vraiment trouvés très bon, et je bande sur la Mère Poulard d’abord».

J’ai envie de dire faut arrêter les « réjouissances », vieux… Le champagne a pris racine…

Ainsi alors, il est nécessaire d’avoir vu le film pour comprendre que le fait qu’il soit le fruit d’un tournage au cours duquel, sur le plateau comme en marge de celui-ci, des gens ont été méprisés, exploités, harcelés, des vies ont été mises en danger, est en fait tout à fait normal… Je tombe de ma chaise… Car oui c’est de cela aussi qu’il s’agit pauvre bougre… De vies mises en danger pour une œuvre qui est peut-être magnifique, mais qui est conçue et reçue en dépit du bon sens… Je ne parlerai que de ce que je connais. Et très bien contrairement à vous. Lâchez votre coupe de champagne, vos papiers bâclés, votre ego lamentable ou votre frustration de ne pas en être qui me paraissent être les seules explications possibles à votre si grande proximité avec ces artistes à qui vous donnez tous les droits parce qu’ils sont artistes, outre le conflit d’intérêt… Et faites donc 13 jours de régie d’affilée avec des journées comme celles d’un tournage en général, d’un tournage de Kechiche en particulier, et de celui de « La vie d’Adèle » spécifiquement… On parle de droits piétinés, d’argent jeté par les fenêtres pendant que des gens n’étaient pas rémunérés pour leur travail, d’humiliations, de caprices indécents, de harcèlement moral, j’en passe et des meilleures (mais bon prince, pour ne pas divulguer mes sources, pour ne pas trop me mettre dans la merde en vidant publiquement mon sac, et pour votre salut, je vous laisse le soin de faire un travail de journaliste). Vous répondez « le film me plait alors on s’en fout »… Scoop : comme technicien, il parait que journaliste c’est un métier… Vous devriez l’apprendre… Au pire, faites faire vos recherches par un stagiaire que vous sous-paierez ou ne paierez pas, c’est une méthode acceptable parait-il, c’est le nerf de la guerre tout ça, et ça doit être tellement flatteur d’avoir posé sa pierre à l’édifice (mortifère) de l’œuvre de Serge Kaganski…

Au passage je note que ces pauvres Français qui n’ont rien compris et osent avoir un avis sur les conditions de sa mise en œuvre sans avoir vu le chef (d’œuvre), donnent dans la polémique politicienne ou sont à la solde des syndicats… Ça va les raccourcis Serge ?! Une petite faiblesse ? Besoin d’une prise de rendez-vous avec Jean-François Copé ou Laurence Parisot pour revoir vos classiques ? Ou vous êtes trop occupé à pondre un nouvel article tout plein de votre si prompte bonne conscience de gauche, que vous aimez tant mettre en scène ? Je me rappelle avec un émoi coupable votre article sur la Manif pour tous où vous fustigiez la droite et ses raccourcis faciles et hypocrites… Malgré quelques réserves, je l’avais relayé… Mes doigts me brûlent en y repensant… Je pense à mon pote H., qui fait de la direction de production en télé et qui me dit souvent, pour rigoler et se moquer gentiment de ma souplesse, de mon hermétisme au fric pour le fric et de mes engagements humanistes : « T’es une exception Ben… Le plus souvent avec les mecs de gauche, on a des problèmes de droite… »

Là tout de suite, ça me fait rire jaune…

Mais continuons, par ailleurs la politique n’a presque rien à voir là-dedans quand on y pense (j’y viens…), et qu’on essaye de voir plus loin que le bout de son nez (pardon, je vous réclame un effort…). Figurez-vous que bien des gens de gauche me critiqueraient aussi, aisément… Et oui, pathétique scribouillard… Comme beaucoup d’intermittents (même si pas tous je vous l’accorde, ceux dont vous prenez si facilement le parti par exemple, n’en font pas toujours autant…), vous n’imaginez pas le nombre de droits que je n’ai pas fait valoir. De mon plein gré, par amour de l’art et/ou de mon métier (oui oui j’insiste, METIER !!), parce qu’un projet me plaisait, pour une raison ou une autre, parce qu’il fallait bien percer à une époque où je n’étais qu’un taré de cinoche qui voulait faire son trou sans connaitre personne, sans un rond, et qui faisait (entre autres) le tour de Paris à 5h le matin pour trouver des tournages et proposer mon aide bénévole au cul des camions… Ou simplement parce que, dans un milieu aussi difficile, fermé, cloisonné par le piston et le copinage (auquel vous prenez votre part…), figurez-vous que comme d’autres je n’avais parfois pas le choix, et qu’aujourd’hui encore, scoop de nouveau, il m’arrive d’avoir besoin de bouffer… Mais cette réalité semble vous échapper comme à tous ceux qui ont le culot de dire « ils savaient bien que travailler avec Kechiche est difficile… Fallait pas y aller… » ou encore « ils sont bien contents de démarrer et de bosser sur un Kechiche, tous ces stagiaires »). Je me pose une vraie question en lisant vos âneries… Vous échappe-t-elle sciemment ? Non, je ne peux pas croire qu’une telle chose puisse arriver à un type, si arrogant et donneur de leçons soit-il, qui se prétend journaliste.

Argument 1 : « Le procès porte sur des heures de travail non-déclarées, des tarifs au rabais, un tournage rallongé de deux mois et emploi du temps extrêmement changeant. » :

Non !!! Le procès porte sur bien d’autres choses également… Faites votre boulot nom de nom (que c’est dur de canaliser ma colère et mon vocabulaire…) !!!!

« Rien de bien nouveau dans ce monde qui, balançant entre création, budgets hyper-serrés et/ou coûts de fonctionnement astronomiques, est régi par de petits arrangements en marge du code du travail sans lesquels certains films seraient tout simplement impossibles à faire. Mais la CGT tient là une fenêtre de tir incomparable et s’attache à ériger le réalisateur en mauvais élève exemplaire. »

Vous marquez un point (mais retrouvez aussitôt le giron de votre détestable incompétence juste après, rassurez-vous vous ne vous êtes pas trahi…). Rien de bien totalement nouveau en effet. Car oui, essayez d’être observateur au moins à défaut d’être un vrai journaliste qui s’informe d’abord, et informe ensuite… Ces arrangements en marge du code du travail nous les faisons. Constamment. Et bien souvent sans rien dire et avec le sourire malgré les aberrations incroyables que nous constatons au quotidien, que je ne détaillerai pas ici parce que je veux continuer à travailler, et que vous omettez (sciemment encore ?) de mentionner quand vous affirmez de manière péremptoire que certains films seraient « tout simplement impossibles à faire ». Je fais de la régie pour ma part. Les premiers arrivés, les derniers partis. Les salaires parmi les plus bas d’un plateau… Les amplitudes horaires parmi les plus folles… Et j’aime ça. Et je suis fier et ravi de faire ce métier même si par moments des cuistres comme vous me découragent….

Je me suis battu comme un dingue pour le faire. Je dois encore me battre aujourd’hui parfois, tant justement il y a d’aberrations à tous les étages et tant souvent porter le bon nom, avoir les bonnes connaissances, tout accepter au prix de son équipe ou faire de la politique comme vous le faites offre plus d’opportunités que de vouloir être professionnel au service de professionnels ou être un authentique passionné. Je suis désormais chef de poste. Pour tenir autant que par passion, justement, j’ai dû cesser de compter depuis belle lurette les fois où j’étais traité comme de la merde par certains « créateurs » que vous chérissez. Par certains autres techniciens même… Mais je ne suis pas aussi clientéliste et méprisant que vous, je suis solidaire avec eux surtout quand on ne leur dit même pas merci après les avoir usé jusqu’à l’os, ce qui m’est arrivé trop souvent pour que je le tolère pour un autre…

Peut-être que c’est là que le bât blesse d’ailleurs. Bien assis sur votre cul à donner votre avis sur tout, ignorant des coulisses tout autre son de cloche que celui ce que vos interlocuteurs privilégiés de journaleux branché vous font tinter à l’oreille, non seulement vous ne prenez même plus la peine de regarder de près, mais vous vous permettez l’indigence avec un aplomb qui ferait passer Christine Boutin pour une progressiste. Je ne compte plus toutes les journées de 15, 18, 20h parfois, payées 8, que j’ai faites. Toutes les fois où j’ai terminé ces journées de fous en chargeant des camions puis en ramenant chez elle ou chez lui, luttant pour ne pas m’endormir au volant, un comédien ou un « créateur » payé jusqu’à 250 fois mon salaire quotidien (le chiffre est véridique), mais qui refusait de travailler le matin ou qui avait je ne sais quelle exigence que la production bétonnait quel qu’en soit le coût avant de m’annoncer qu’elle n’avait pas le moyens de me payer mes heures sup… Je compte d’ailleurs sur les doigts d’une seule main après plus de 12 ans de métier les tournages sur lesquels je n’ai pas fait cadeau le sourire au bec d’heures de travail à la production. J’ai des milliards d’exemples que je ne citerai pas, pour vous contredire et vous jeter à la (grande) gueule à quel point vos propos sont non seulement inappropriés, mais insultants.

Que croyez-vous ?! Qu’il n’y a que des techniciens incultes et pleurnichards qui doivent tout encaisser pour les joies de la création et l’égo des créateurs parce que c’est comme ça et que « c’est pas nouveau »?! Dans quel monde vivez-vous ?! Oui nous faisons ces arrangements quand ils sont nécessaires, oui nous supportons parfois l’insupportable… Peu de gens savent, parmi tous ceux qui ont un avis sur nos métiers qui n’est souvent que le fruit de ce qu’ils entendent en interview télévisée ou lisent dans vos pages (des « créateurs » qui parlent « création », des comédiens qui se sont « éclatés », « bien marrés », des intellectualisations ou des pantalonnades à mille lieues de nos labeurs) quelle est la réalité de bien des tournages. Peu de gens savant comme il faut en chier ou tout accepter quand on n’a pas de piston ou quand on n’est pas du sérail. Comme nos boulots sont prenants. Comme de toute façon on renonce à toute vie personnelle quand un tournage démarre. Mais on le fait. Parce qu’on aime ça, encore une fois, et figurez-vous que parfois aussi ça se passe très bien. Pas parce qu’il n’a pas fallu faire des efforts, on aime ça et on les fait je vous dis. Mais parce qu’au moins on a été respecté, ou remercié. Parce qu’on a eu l’impression d’être tous ou presque dans le même bateau, parce que le film, au bout du compte, est beau. Et qu’il ne pouvait effectivement pas être fait autrement (ok ça c’est bien plus rare… Mais il vous faudrait bosser pour le savoir…)

« il est injuste de faire porter ce chapeau collectif au seul Kechiche sous prétexte de Cannes et de palme d’or. »

Il ne s’agit pas de faire de Kechiche un bouc-émissaire comme vous le sous-entendez honteusement. Scoop encore (décidément… ça va vous tenez le coup ?): je n’ai rien de personnel contre Kechiche, comme je n’ai rien contre vous à la base… Et je ne sais pas ce que va donner ce film même si j’en ai une vague idée et que certains aspects de sa fabrication me hérissent le poil. Et oui Mr Kagansky… Tout le monde, et heureusement, n’est pas comme vous. Plutôt mourir que de suivre votre exemple et de juger des gens que je ne connais pas et des films que je n’ai pas vus sur la foi d’une réalité dont j’ignore tout… Je n’ai rien de personnel contre Kechiche disais-je… Ses agissements en revanche, en tant que co-producteur et réalisateur (scoop : des METIERS !!!! Artiste ou pas…) mais aussi en tant qu’être humain face à d’autres êtres humains, au même titre que les vôtres quand vous les légitimez avec des arguments aussi fallacieux, me font gerber. Ils sont la honte de nos métiers au même titre que votre article est la honte du journalisme. Il ne s’agit pas de faire de l’opportunisme, il ne s’agit pas de dénigrer un homme ou une œuvre, il s’agit de s’appuyer sur des faits et de dire que sur les tournages de Kechiche et sur ce film particulièrement, toutes les bornes sont dépassées.

Tout ce qui peut se voir ailleurs mais qu’on tolère déjà trop souvent prend des proportions ahurissantes. Qu’il y a un système qui cloche, et que si beaucoup comme moi sont prêts à accepter beaucoup encore, que vous le vouliez ou non et même si « rien de nouveau », aucun artiste ni aucun chef d’œuvre, palme ou pas, ne justifie les choses que vous apprendrez quand vous lèverez le cul de votre chaise pour faire votre travail, comme les collaborateurs de Kechiche que vous insultez ont essayé de faire le leur… Ou alors par pitié, contentez-vous d’être un critique pédant et incohérent, vous êtes parfait dans ce registre… Rien de nouveau donc laissons faire et fermons-la ? Quel cynique de premier ordre vous faites, ça me fait frissonner que des gens qui tiennent ce genre de discours aient votre audience. Pire ! Comme si ce n’était pas assez con, vous ne vous arrêtez pas là !!! Continuons…

Argument 2 : « Depuis peu, lorsque l’on parle de Kechiche, les commentaires, insidieux comme une rumeur, brossent un portrait tyrannique du nouveau-palmé, tout entier à son intention et très peu regardant sur le bien-être de ses congénères. »

Insidieux comme une « rumeur » donc… Le mot est lâché. Qui parle de « rumeur » ? Vous assumez votre statut de « journaliste » et refusez de citer vos sources ? Ou allez-vous faire preuve d’honnêteté et cesser de sous-entendre que c’est totalement infondé et créé de toute pièce par je ne sais qui voudrait nuire sans raison valable ? A quoi vous sert de sous-entendre que le calvaire de gens méprisés est instrumentalisé à des fins politiques, ce que par ailleurs vous semblez faire de votre côté ? Quid des témoignages nombreux de ceux qui contrairement à vous ont côtoyé Kéchiche sur un plateau, se sont fait insulter ou exploiter (ils ne « comprenaient rien à l’art », notez la similitude du discours… Vous partagez visiblement beaucoup de choses), ont travaillé sur ses films, en sont partis parfois… Et même souvent pour « La vie d’Adèle »… Ils fabulent ? Sont à la solde de la CGT ? … Vous mettez un lien vers l’article du Monde qui les met en lumière pour mieux nier la validité de leur témoignage tout de suite après sans même ciller ?! Mais qui êtes-vous pour vous permettre ça ? Et ce « depuis peu », monsieur je-sais-tout, vous le sortez d’où ? Depuis son premier film c’est le cas… Et même des collaborateurs habituels sont partis de celui-là justement… Sans raison ? Vous faites quoi de ces infos ? A moins que l’information ne vous dérange… Parce que vous semblez avoir beaucoup de mal et que je suis d’humeur solidaire, une première pierre datée du jour à l’édifice de votre apprentissage du sens des réalités (je vous mets un lien tout frais pour que vous ayez le temps de relire les vôtres et de rattraper ce que vous avez loupé ou balayé d’un revers de la papatte…)

http://www.afcinema.com/La-Vie-d-Adele-au-chapitre-temoignage.html

« En cause, la “brouille” d’Abdellatif Kechiche avec ses deux actrices principales. »

Que faire sinon de la redite, faites donc votre travail… En cause bien d’autres choses…

« Ce dernier, intransigeant, aurait fait tourner près de 750 heures de rushes parmi lesquelles de nombreuses scènes d’intimité non simulées, écartées au montage. »

Classe en effet… Et tous ces gens qui veulent nuire à quelqu’un de si formidable et en faire un bouc-émissaire… Si c’est pas malheureux… Heureusement Kaganski est arrivé… Sans se presser… Avec sa plume et son gros bonnet… Au fait, on vous a dit que 750 heures de rushes ça ne se faisait pas comme ça ? Que ça avait un coût financier ? Un coût humain ? Que ce coût est démultiplié quand on réfléchit 8h avant de tourner ou qu’on bouffe des huîtres et boit du champagne avec toute l’équipe qui poireaute ? Que ce coût se prévoit ? Que ça s’appelle de la production ? Que la production c’est un METIER ? Que réalisateur c’est aussi un METIER ? Que ces 2 METIERS sont indispensables à la bonne tenue d’un tournage, qui implique des vrais gens qui travaillent, ont une vie, un loyer, des impôts, des assurances et tout le toutim ? Je m’arrête là, ce serait comique si ce n’était pas pathétique d’être journaliste et d’ignorer (volontairement ou pas) tant de choses…

« Deuxième pique relevée, lors de la remise de la Palme attribuée conjointement au réalisateur, à Léa Seydoux et à Adèle Exarchopoulos, un seul nom manquait au milieu des pleurs : celui de Julie Maroh, l’auteure de la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude dont s’est inspiré le Franco-tunisien. Cette dernière a publié un texte sur son blog, où elle raconte ne pas avoir été tenue au courant de l’état d’avancement du film et ne pas avoir été invitée à monter les marches. »

A ce stade en toute franchise, je me demande si vous voulez entamer une reconversion et vous lancer dans le stand-up… Rappelons que le film a été montré sans générique et que Kechiche n’a remercié aucun technicien malgré cet état de fait et malgré les conditions de tournage que tout le monde connait désormais (sauf vous qui refusez de leur accorder du crédit pour des raisons artistiques qui n’ont rien à faire là…) « Un seul nom » manquait donc… Fâcheux mais extrêmement révélateur de votre mépris total pour une certaine catégorie de gens. Je vous invite à l’occasion à mettre un artiste visionnaire tout seul, des comédiennes (à poil si vous voulez, vous les aimez comme ça vous aussi…) et plusieurs camions pleins jusqu’à la gueule de matériel technique au milieu d’une équipe de gens constitués de carreleurs, de soudeurs, et de peintres en bâtiment et vous verrez le résultat… Un film c’est un travail d’équipe, vieux… Quand on a compris ça et qu’on a une production responsable derrière soi, aucun film n’est obligé de se faire dans la douleur… Quant à ce que vous dites de Julie Maroh, vous donnez vous-même le lien vers son blog pour juste après réduire son propos… Encore une preuve supplémentaire de votre suffisance… Que pensez-vous de vos lecteurs ? Trop cons pour aller lire à vos yeux ? Trop obnubilés par votre sainte parole ? Ou décidément vous vous foutez de tout ?

« il arrive que dans l’émotion d’un prix et le minutage du temps imparti au discours, on en oublie de remercier Untel ou Unetelle. »

Un autre truc encore un peu plus nul ? Une porte ouverte à enfoncer à défaut d’un clou ?

« Il est notoire que le film est adapté de la BD de Julie Maroh, tous les articles l’ont mentionné, et il n’est pas très classe de la part de l’auteure de vouloir ramener à elle la cérémonie cannoise. Le film est signé Kechiche, pas Maroh et il n’est écrit nulle part que l’auteur d’une œuvre transposée au cinéma doit être obligatoirement intégré au processus de fabrication du film. »

Et bien…

« Plus généralement, il est possible que Kechiche ait un ego immense, mais ni plus ni moins que des centaines de cinéastes et d’artistes avant lui. L’ego surdimensionné est chose acceptable quand les œuvres sont grandes, et c’est bien le cas ici. »

J’hésite entre essayer de trouver les mots pour argumenter entre 2 renvois ou inviter vos lecteurs à tout simplement se référer à l’article de Julie Maroh que vous avez la décence (vous en êtes donc capable…) d’indiquer vous-même, pour se rendre compte que tout ce que vous écrivez est d’une mauvaise foi et d’une malhonnêteté qui laissent pantois… Devant la classe dont elle fait preuve, la qualité de sa plume opposée à la calamiteuse objectivité de votre article de caniveau, je préfère renvoyer à ses écrits. Pour ce qui est de l’adaptation, elle y dit la même chose que vous… Elle y indique par ailleurs qu’elle ne tient pas rigueur à Kechiche d’un comportement pourtant assez odieux pour quiconque a conservé un peu de ce qui vous manque, calme les ardeurs des gens qui l’ont conspué parce qu’il l’avait « oubliée », précise qu’il l’a remerciée en privé, la voilà en petite capricieuse qui essaye de tirer la couverture à elle sous votre plume (enfin… Balai brosse…). Suit un argument de cour de récré (« le film est signé Kechiche, pas Maroh »), puis une formidable variante du « rien de nouveau » devenu cette fois « oui mais c’est pas le seul », et enfin le retour du tristement obsessionnel « un comportement inadmissible ne l’est plus quand il s’agit d’un artiste que j’aime » (bonjour les chevilles)… En gros, donc, non seulement vous débitez des conneries au mètre, n’avez aucun respect pour plein de monde, êtes complètement perdu dans votre fantasme du génie solitaire, faites preuve d’une condescendance ahurissante, mais en plus vous trouvez le moyen de vous répéter. J’étais déjà tombé de ma chaise, je ne sais plus jusqu’où je vais pouvoir descendre… Une chose est sure, votre papier est bel et bien signé de votre nom et constitue la preuve flagrante que lorsque l’on a un égo surdimensionné, on aime à voir son patronyme sur les choses qu’on a pondues, si petites et lamentables soient-elles…

Quant au reste, juste un petit rappel, un cinéaste ne fait pas un film tout seul avec un pinceau ou un stylo, encore moins quand c’est une adaptation. Il peut trahir certes, reste qu’il a pris des choses à quelqu’un qui est en droit d’attendre au moins qu’il réponde à ses messages… Si un argument professionnel ne vous convainc pas, un argument humain vous siérait ? C’est quand même sympa et correct de répondre aux messages de l’auteure qu’on adapte non ? (ce qu’il faut vous apprendre, c’est épuisant…)

Argument 3 : Vidéo de votre copine de neurone Christine Boutin (sur ce coup là vous êtes vraiment au taquet)

Que vient faire ici la vidéo de cette folle ? Son propos s’inscrit-il dans une « argumentation » autour de « la vie d’Adèle » ? Outre replacer l’article dans un contexte à son niveau, je ne vois là-dedans qu’une énième et piteuse manière de décrédibiliser tous les témoignages, légitimes, eux, des gens que vous vous acharnez à piétiner de votre bêtise… Heureusement vous ne faites pas de commentaire ce qui est bien votre seule bonne décision éditoriale du jour.

Argument 4 : « Un film d’amour entre femmes tourné par un homme, celui pourrait être perçu comme un acte progressiste. »

Outre la coquille, qu’on mettra sur le compte du bâclage évident pour ne pas se contenter d’accabler le vide intellectuel, j’objecterais volontiers que ça peut tout aussi bien être perçu comme le summum d’une forme de machisme malsain, surtout au vu des conditions de tournage des scènes de sexe, de la « brouille » évoquée plus haut par vous-même, de l’âge des comédiennes au moment du tournage, du goût prononcé qu’ont les critiques dans votre genre pour le cul épate-bourgeois et la crudité « transgressive » dans les films des artistes labélisés qui trouvent grâce à leurs yeux et dans la quasi-totalité de ce qu’ils appellent des « chefs d’œuvres » depuis 20 ans (au point de se demander si le questionnement existentiel et surtout sexuel avec scène de cul à l’appui n’est pas une condition préalable à cette caractérisation, il faut bien avoir des choses sur lesquelles théoriser dans le vide et ça fait plus classe que d’avouer simplement qu’on avait envie de se rincer l’œil…), mais puisqu’il est possible que les scènes soient très belles je ne le ferai pas en détail.

Tout juste vous rappellerai-je que l’histoire du cinéma est truffée d’idées magnifiques de mise en scène pour figurer des actes sexuels absolument torrides, des moments d’intimité prodigieux, des passions dévorantes, des orgasmes extraordinaires, sans avoir besoin de mettre tout le monde à poil et de faire en sorte que des comédiennes à peine majeures « se lâchent » devant la caméra derrière laquelle il y a (comble du hasard…) un homme (pardon un artiste… Un mec asexué quoi… Sic), et donnent dans le porno soft fût-il extrêmement signifiant quant à leur itinéraire. Mais vous n’avez peut-être plus le temps de vous intéresser à l’histoire du cinéma, entre vos papiers politiques, culturels, critiques, vos émissions de télé, vos pastilles radio, vos diners mondains, ça doit être prenant d’avoir une parole indispensable… Rassurez-vous, je suis bientôt au bout.

« On pourrait juger La Vie d’Adèle par la justesse de sa mise en scène, son incroyable aplomb lui permettant d’envoyer des scènes inédites de sensualité, de durée et de précision. »

Oui. On pourrait. Si on était aussi mauvaise langue avec les créateurs que vous ne l’êtes avec les techniciens et les auteures de BD, on pourrait aussi gloser sur la « justesse de la mise en scène » et la « précision » de quelqu’un qui a besoin de pousser tout le monde à bout sur son plateau, de montrer tout frontalement, de tourner 5 mois, d’atteindre les 750 heures de rushes dans les conditions qu’on sait tellement il ne sait pas où il va (vous me ferez la version fan club ensuite, le pointillisme tout ça), et de faire bosser 6 monteurs, pour accoucher de 3h d’un film à priori plutôt intimiste et sans effet spécial ni grosse machinerie… On ne le fera pas.

Comme je ne désespère pas que vous travailliez un jour au lieu de vous contenter de décréter que votre avis prévaut sur la réalité parce que c’est le vôtre et que vous êtes le roi du biscuit, je vous suggère d’interroger en privé ses monteurs par exemple… Vous découvrirez des histoires magnifiques, y compris sur ses films précédents. Rappelons juste pour mémoire et pour l’anecdote que pour pondre « Apocalypse now », Coppola s’était arrêté à 250h de rushes… Ça n’a rien à voir me direz-vous, vous aurez raison… J’ai envie de dire justement. Mais bref…

On pourrait vous demander ce qu’il y a de vraiment « inédit » dans cet « envoi »… La nature de la « claque » suscitée par ces scènes de sexe plus ou moins explicites qui brouillent la frontière entre fiction et réalité, et qui sont « hyper crues tu vois, chouchou, mais en fait totalement sensuelles/signifiantes/précises/mon-cul-sur-la-commode » ? … On ne va pas le faire non plus. A titre personnel j’ai l’impression que « Les Inrocks » et d’autres me font le coup tous les mois et surtout en période de festival, et qu’il n’y a que l’auteur des images et les propriétaires des culs qui changent… Et puis on va finir par replonger dans l’histoire du cinéma, y compris toute récente, et je vous bouffe déjà pas mal de votre temps. Je lisais en tous cas il y a peu le post d’un critique digne de ce nom, un de ceux qui argumentent, lui, même si on n’est souvent pas d’accord, et qui pointait combien le cinéma dit non-formaté l’était en fait totalement… Que ça résonne avec justesse à mes oreilles quand je vous lis…

Mais gageons que « La vie d’Aldèle » est totalement différent… J’ai l’impression de l’avoir déjà vu 1000 fois, mais je me trompe sans doute (vous avez vu cette ouverture d’esprit ? Vous devriez en prendre de la graine…) et je prends note pour quand je le verrai, que niveau sexe on n’a jamais fait plus « sensuel » (j’ai tendance à me faire une autre idée de la sensualité et de l’érotisme pour le coup, mais on verra bien, avec le peu d’imagination que vous avez si vous y voyez de la sensualité c’est qu’il y en a…), plus long (c’est marrant je me souviens avoir vu plus long déjà…), et plus « précis » donc… Ok… Ouah… Ça fait un malheur dans les soirées ou chez Beigbeder ça, « c’est une scène inédite de précision » non ? Et sinon ça veut dire quoi ? On voit bien les poils ? Pour ce qui est de l’aplomb au moins, je ne vous contredirai pas… Incontestablement il en faut. Au moins autant pour demander à 2 comédiennes de faire ce qu’elles ont fait, que pour vendre avec la subtilité qui est la vôtre qu’on peut être critique de cinéma et considérer qu’il est indispensable de voir 2 filles baiser pendant 10 mn pour avoir une « compréhension profonde des personnages et de ce qui leur arrive dans la suite du film »… Sic. On ne saura jamais si elles l’ont vraiment fait ou pas (la grande question « cinéphilique » que se posent plein de « journalistes » en ce moment…), nous voilà rassurés il y en a au moins un qui se branle, au sens propre comme au sens figuré… Comme je ne veux de mal à personne, même pas aux cyniques condescendants, et qu’au moins au sens premier c’est plutôt agréable, je suis content pour vous… On enquille ? Pas encore sourd (oui il parait que ça rend sourd)?

« Ou alors on peut confondre ce film de fiction avec un documentaire sur la sexualité lesbienne et dénoncer une vision trop masculine et fantasmée des ébats de Léa et Adèle. »

Bon sang, mais c’est bien sûr Serge ! Heureusement que vous êtes là ! Au milieu de la bien-pensance et de la liberté d’avoir une opinion, il est bon de se rappeler qu’il suffit de vous demander, et que quiconque y verrait une vision masculine et fantasmée des ébats de Léa et Adèle, se serait tout simplement planté de film et aurait fait une confusion… Et sinon vous aimez les pâtes ? J’espère que oui parce que moi j’aime bien… Je trouve ça bon… J’ai droit ? Eh dites Serge, le festival c’est fini hein ? Parce que vous nous le faites avec un brio, là…. C’est quand même du haut niveau… Allez on termine, c’est qu’il faut que j’aille me coucher.

« c’est le ressenti de Julie Maroh et il est respectable. »

Sans blague… Z’avez pas fait une faute de frappe là ?? Pour un peu vous le trouviez « légitime »… Ça vous a fatigué ce papier non ? Je vous sens moins en forme sur la fin…

« Il n’est cependant pas du tout partagé par l’immense majorité de ceux qui ont vu le film (hommes et femmes, et on le suppose, hétéros, gays ou lesbiennes mêlés) et qui ont jugé ces scènes de sexe comme une des plus belles choses vues au cinéma depuis longtemps et comme nécessaires à une profonde compréhension des personnages et de ce qui leur arrive dans la suite du film. »

Je me disais bien que vous alliez vous rattraper… Suis déjà revenu sur la « nécessité », je me moquerais bien encore un peu mais je n’aime pas tirer sur les ambulances… Je ne résiste pas à pointer tout de même ce culte soudain de la majorité. L’immense majorité de ceux qui ont vu le film (rappel, Cannes… Avec tout ce que ce petit nom implique… Et qui d’autre ? Bah… Juste Cannes en fait…) ont pensé comme vous ? Ah d’accord alors… Dont acte. Pour info Julie Maroh dans son article raconte tout autre chose. Une salle de cinéma où « tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Et parmi les seuls qu’on n’entend pas rire il y a les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes. » Mais alors, comme les techniciens qui font du Kechiche bashing, cette frustrée de Julie Maroh ment à dessein vous croyez ?

Ah non… Elle s’est trompée… Quelque chose m’avait échappé l’espace de quelques secondes et à cause de la contrariété sans doute. La vie est simple finalement… On se prend la tête pour des bêtises, je vais même finir par me demander pourquoi j’ai été si long… La majorité pense comme vous ? Elle a raison. La majorité ne pense pas comme vous ? Elle a tort. Et pour la minorité ? Pourquoi en serait-il autrement…

Je ne sais pas si j’aurai la force et le temps (c’est que quand je bosse je le fais vraiment, moi…) de revenir parler du film quand je l’aurai vu pour vous dire si vous aviez raison ou si j’avais tort… Ce sont les 2 seules solutions n’est-ce pas ? Si c’est le chef d’œuvre annoncé, à mes yeux en tous cas, je vous le ferai savoir. Mais ne vous en déplaise, ça ne changera rien au caractère inadmissible de ce qui s’est passé sur son tournage. Un truc me rassure par ailleurs, je suis certain que nous n’aurons pas les mêmes arguments, et permettez-moi de vous dire que les vôtres me font de la peine…

Je vous embrasse pas Serge… Pour finir en toute franchise, une page tarte à la crème comme celle qu’on vient d’explorer ensemble, de la part d’un titulaire de carte de presse, ça me donne plutôt des envies de tarte dans la gueule… Mais à part avec des mots quand je me retrouve face à tant de bêtise, je suis non-violent… Et sinon, vous connaissez « La vie de Brian » ?
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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Sam 1 Juin 2013 - 15:28

Parcouru ce texte. Il devrait changer de boulot, ce mec; faire de la critique de cinéma, par exemple, de la politique, de la polémique...pour un technicien, il écrit très bien...Sinon, que le monde soit injuste, et les hommes qui ont du pouvoir, on le savait; AK ne dit pas autre chose; de quoi parle la "vénus noire", sinon de metteurs en scène, de producteurs de spectacle qui exploitent les corps, la vie, le temps, le travail... des vaincus. Chaque oeuvre d'art, comme disait l'autre, est aussi un témoignage de barbarie...AK ne l'ignore pas : c'est son sujet; on vous exploite, on tire de vous une certaine jouissance et puis on vous jette. Un bouc émissaire c'est pas un type innocent que l'on charge d'une faute qu'il n'a pas commise, mais un type ou un groupe qui est chargé des fautes de tous. Personne n'est innocent, pas même les techniciens, ou le type qui a si bien écrit ce texte. Un artiste n'est pas un saint; tout artiste, ou presque, a presque toujours exploité le monde (et parfois lui-même) en vue de la seule chose qui compte à ses yeux : l'oeuvre (comme dit Arendt, l'art en soi se fait dans les catégories de la fin et des moyens, donc nécessairement dans la violence)...

C'est ainsi, c'est pourquoi il faut changer le monde, et pas seulement les conditions de travail des techniciens du cinéma, alors prolétaires du monde...



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Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Sam 1 Juin 2013 - 16:12

En passant vite. Lu ce texte et il me paraît douteux, fort douteux, sur le plan de son "authenticité" et de sa crédibilité.
L'auteur ne cesse d'insister sur le fait qu'il parle de "ce qu'il connaît bien", de première main, du fait de son métier. On est même prêt à postuler, à le lire, qu'il a travaillé sur ce film. On s'attend à ce qu'il énumère une série de contraintes concrètes, circonstanciées, illustrant les conditions scandaleuses du tournage de ce film.

Or que lit-on? 85%, au minimum, de ce texte, est obsessionnellement centré sur SK des Inrockuptibles (qui n'est pas forcément un aigle, mais ici ce n'est pas la question). Une fois ôtés ces 85%, que reste-t-il? Des considérations très vagues et très générales, exactement du même ordre que tout ce qu'on peut lire ailleurs, sur les blogs, les commentaires habituels d'éditoriaux, évoquant les mêmes chiffres que ceux qui ont été rapportés, évoquant les heures de rushes (Coppola pour AN n'en a semble-t-il fait que le tiers, nous suggère-t-il), etc.

Les seuls moments où l'auteur du texte évoque son expérience personnelle, et où on s'attend éventuellement à ce qu'il témoigne, de première main, des conditions de CE tournage, c'est pour évoquer, de façon générale et toujours évasive, "toutes les fois" où il a dû faire ceci, consentir à cela, sacrifier à cela, dans le cadre de son métier: rien qui concerne CE film en l'occurrence. ça manque singulièrement de précision, et celles qu'ils donne, n'importe qui n'étant pas technicien pourrait les évoquer avec la même absence de détail, le même degré de généralité floue.

Pour le reste, deux occurrences seulement, censées aborder concrètement le tournage en question, mais qui ne le concernent là encore que latéralement, périphériquement:

la première revient sur la polémique de la non-citation de l'auteure de la BD lors des remerciements, l'absence de générique (combien de films, pour ne pas manquer le train des projections cannoises, ont été envoyés à la hâte, sans générique, parfois dans un montage non-finalisé, etc; et ne réalisent leur générique qu'après la compétition).
C'est de toute façon hors-sujet par rapport au motif annoncé de la "mise au point".

la seconde concerne les scène dites de sexe, et l'auteur se contente ici de relayer les ragots habituels, de suggérer quelque chose de pas net, frisant et peut-être accomplissant ce qui ressemblerait à un "détournement de mineures", dans le cadre ce qui pourrait ressembler à une occasion pour le réalisateur (certainement pas asexué, suggère l'auteur) de prendre son pied à l'occasion de procédures pornographiques. Là encore, rien que des généralités vagues, faites d'insinuations sollicitant l'imaginaire du lecteur, essentiellement évoquées pour stigmatiser l'hédonisme jouisseur "bobo" désitué d'un SK, de sa classe bourgeoise-bobo-intello, parallèlement à la "perversité" plus que suggérée du cinéaste, et invoquer, en contrepoint, d'autres façons cinématographiques de transmettre un érotisme torride - ne réclamant pas autant d'investissement que celui auquel les 2 actrices auraient été soumises.

En dehors de ça, le texte est vide. Un règlement de compte lancinant vis à vis de la classe des critiques de cinéma, des petits milieux intello-branchés parisiens, de Beigbeder et autres. Mais là encore, quel rapport précis avec le motif annoncé de sa "diatribe" répétitive?
Sous couvert de dresser le portrait du mépris de classe des "artistes" pour les "techniciens" et dénoncer l'exploitation des travailleurs, l'auteur ne parle de rien de précis, jamais, se focalise essentiellement sur SK, le mépris que lui inspire un SK, son discours, ses amalgames, etc. Ensuite, dans une procédure de discrédit par généralités, alimenter la machine à fantasmes, l'eau du moulin bruissant, tournant autour de "l'abjection" que serait censé représenter exemplairement, au delà de l'artiste, l'homme Kechiche.
Mais aucun élément concret pour opposer à ces deux motifs, depuis la situation de quelqu'un disant: "je parle ici de ce que je connais", la réalité concrète que les "artistes" et "critiques" sont censés refouler, escamoter ou justifier par leur mépris de classe, leur situation d'esthètes ne devant leur jouissance qu'à l'exploitation de travailleurs sous-payés, humiliés, etc.

Ceci ressemble fort à une instrumentalisation opportuniste, inscrite dans la stratégie d'une campagne de dénigrement, et consistant à s'inviter, dans l'imaginaire du lecteur, à titre de représentant des techniciens, alors que, peut-être, l'auteur en question est à 1000 lieues de ce domaine. Le véritable motif de ce texte étant, derrière cet agencement (témoignant d'une stylistique chevronnée, ainsi que d'un art roué du "retournement dialectique"), le sempiternel couplet ressorti en toute occasion: "la bonne conscience angélique de la gauche-bobo bienpensante".

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Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Sam 1 Juin 2013 - 20:18

les cahiers de mai se sont fendus d'un dossier de 25 pages (que je n'ai encore pas lu) sur l'application de la nouvelle convention collective de la profession qui fait toutes ces vagues.

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Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Dim 2 Juin 2013 - 4:56

wootsuibrick a écrit:
Après que l'arrière pensée en question ici soit "Abdel est d'origine tunisienne, on va mettre en valeur son travail comme ses films mettent en valeur les gens de sa communauté qui travaillent", c'est tellement flou, tellement impalpable dans le cadre que tu donnes, qu'on pourrait dire que le seul moment où cette idée a été fixé, c'est lorsqu'elle a été énoncé. Donc en ce qui me concerne, ici, c'est par toi qu'elle a été énoncée. C'est même la première fois que je tombe sur cette idée aussi clairement énoncée. Tu as donc pensé qu'il était possible que Abdel ait été récompensé parce qu'il était d'origine tunisienne. Tu l'a pensé en prenant pour base la possibilité qu'un arrière fond de pensée sociale, q'un inconscient social, qui se serait par je ne sais quelles circonstances matérialisé dans le corps de ce jury, aurait mené à ce prix.

Ceux qui bashent Kechiche devraient aussi se souvenir que ce réalisateur d »origine tunisienne et populaire n’est pas arrivé aux sommets du cinéma par un claquement de doigts ou un chemin pavé de fleurs et de pistons. Il a galéré, bataillé, souffert pendant trente ans pour parvenir à construire cette filmographie déjà importante et arriver à la Palme. Lui aussi est passé par les petits boulots, les panouilles d’acteur, le parcours du combattant ordinaire de l’aspirant artiste. S’il est arrivé où il est aujourd’hui, ce n’est pas en tyrannisant le monde du cinéma mais parce qu’il avait un talent et une force intérieure qui sortaient de l’ordinaire. Certes, le cinéma est un art collectif et on réussit grâce aux assistants et techniciens, mais les grands cinéastes doivent leur réussite avant tout à eux-mêmes. Pas de films sans les petites mains ? C’est vrai. Mais l’inverse est encore plus vrai : pas de films et pas de techniciens sans les cinéastes qui inventent et portent les projets.

http://blogs.lesinrocks.com/kaganski/2013/05/31/kechiche-bashing-slight-return/

Tiens, comme ça on sait maintenant qui est le nègre de Kaganski.

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Re: La vie d'Adèle

Message par wootsuibrick le Dim 2 Juin 2013 - 5:07

tu me lis totalement de travers JM, (et je te préviens, si tu continu à me calomnier avec des raccourcis aussi stupides que de mauvaise foi, je me retiendrai pas de te rendre la pareille, en te traitant de nazi notamment, juste pour le plaisir de le faire, comme tu sais si bien le faire. Mais au fond t'as peut-être juste une mentalité de con, ce qui est assez courant, et j'y échappe peut-être pas plus que toi... notamment en te répondant comme je le fais à cet instant en tentant de me mettre à ton niveau... mais tu pousses ma patience à bout)

Le seul rapprochement que je vois entre ce texte de Kaganski et le mien, c'est qu'il est possible qu'ils aillent dans des sens contraires. J'en ait rien à barrer que Kechiche ait bossé ou pas pour en arriver là, et comme je le démontre très clairement dans le début de texte que tu as coupé, pour moi la palme ne représente absolument rien en dehors d'elle-même (et l'économie qui l'entoure), et certainement pas quelque chose qui prouve la valeur, et la substance d'un travail.  
tout ça là, que balance Kaganski, c'est l'exact opposé de ce que j'ai dit.
kaganski :
Ceux qui bashent Kechiche devraient aussi se souvenir que ce réalisateur d »origine tunisienne et populaire n’est pas arrivé aux sommets du cinéma par un claquement de doigts ou un chemin pavé de fleurs et de pistons. Il a galéré, bataillé, souffert pendant trente ans pour parvenir à construire cette filmographie déjà importante et arriver à la Palme. Lui aussi est passé par les petits boulots, les panouilles d’acteur, le parcours du combattant ordinaire de l’aspirant artiste.

moi :
Il n y a pas de signification bien particulière à l'attribution d'une palme d'or, ou d'autres prix... du moins pas au niveau où tu poses le problème... rien avoir avec le discours esthétique du film. Plus avoir avec ce qui peut paraître de bon goût ou plutôt ce qui peut distinguer le jury lui-même... l'attribution d'un prix dit bien plus sur l'acte du jury, sur le contexte, que sur le film. Le prix c'est l'acte de le donner, sa substance ne dit rien de fondamental sur la nature de l'objet qu'il récompense. Du moins en dehors des raisons économiques et thématiques des lieux de diffusion.

Kaganski se préoccupe de mérite, et semble croire que la palme se mérite, alors que moi c'est même pas une question qui me traverse la tête.
Et le reste de la citation du texte de Kaganski ça n'a absolument rien avoir avec ce que j'aborde dans ma réponse à ton texte. Je comprend pas ce que tu veux prouver contre moi.

-Parcontre j'y vois que j'ai été assez injuste avec toi... (et peut-être aussi de mauvaise foi, par envie de régler je ne sais quel compte...)
et excuse moi, car pour le coup tu n'a pas été le seul à énoncer cette idée "Mais non, Abdel, tu vois bien qu'on t'aime tous, toi et les comme toi. T'es un bosseur, tu mérites.", via l'emploi de la pensée d'un personnage bête (en plus d'être de droite), qui n'existerait que par toi :  
Kaganski le crée aussi, et il le crée sans l'intermédiaire d'un personnage dont il dénonce la bétise, vu qu'il est lui même ce personnage. Donc tu n'es pas toi non plus un négre de Kaganski. Kaganski aurait en effet pu être ton personnage (que je n'avais pas rencontré avant ton texte). Mais de là à dire que ce que pense Kaganski illustre ce qui a mené au geste de donner la palme... ça me parait être un saut trop grand.


Dernière édition par wootsuibrick le Ven 21 Juin 2013 - 8:14, édité 1 fois
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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Mar 4 Juin 2013 - 12:59


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Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Sam 8 Juin 2013 - 17:16

ça balance ... faudrait peut être voir comment les allemands lol

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Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Dim 13 Oct 2013 - 13:38


(oui Kechiche filme des baisers en contre-jour de soleil couchant: il est fleur bleue)

C’est quand même pas mal: c’est même bien, voire très bien, peut-être pas si bien, mais quand même c'est bien.
Je sortais toujours de ses films précédents avec le désir d’en parler, parce que c’étaient des films qui divisaient, qui forçaient à prendre parti sur un certain nombre de points. Là, le film a l’air de mettre tout le monde d’accord, et de fait, je ne trouve pas grand-chose à en dire pour l’instant, sinon que c’était souvent émouvant, mais pas renversant (en tout cas, pas sur le moment, davantage après la projection, dans le souvenir, la forte impression qu'il laisse).

Ce qui me touche le plus, pour le moment, c’est la durée du film, le sentiment d’avoir suivi cette histoire de A à Z, dans ses moments forts et dans ses moments faibles (en quoi le film produit un effet très différent de celui de "Vénus Noire", qui était une succession de climax). Ce qui m’avait semblé un peu redondant et répétitif pendant la projection, c’est finalement ce qui fait tenir le film, lui donne, sur la longueur, une sorte de force souterraine, qui laisse une profonde impression. Qu'est-ce que c'est que cette force, qui emporte le film sans appartenir à aucune de ses scènes en particulier? Je dirais que c'est "la vie", la vie dont parle le titre du film: la vie d'Adèle.

"La vie d'Adèle", c'est évidemment une allusion à "La vie de Marianne", cité en ouverture. Titre qui nous prévient aussi que ce sera un film d'apprentissage, comme le roman de Marivaux, une éducation, sentimentale et sociale, inséparablement.
Marivaux a écrit:"Je suis femme et je conte mon histoire. [...] Enfin on sortit de l'église, et je me souviens que j'en sortis lentement, que je retardais mes pas; que je regrettais la place que je quittais; et que je m'en allais avec un coeur à qui il manquait quelque chose, et qui ne savait pas ce que c'était. Je dis qu'il ne le savait pas; c'est peut-être trop dire, car, en m'en allant, je retournais souvent la tête pour revoir encore le jeune homme que je laissais derrière moi; mais je ne croyais pas me retourner sur lui."
Le professeur demande alors de commenter la phrase: qu'est-ce que c'est, ce sentiment de vide au coeur?
Dans le titre, "La vie d'Adèle", on l'entend aussi, le mot "vide".

On peut aussi l'entendre comme "L'avide Adèle" - ("vide" et "avide", ça va ensemble, dirait Jerzy Wink)
AVIDE: du latin "avere" : "désirer vivement". Qui a un désir ardent, immodéré de nourriture.
Kechiche dit qu'il a choisi sa comédienne à cause du plaisir qu'il avait à la regarder manger. C'est vrai que c'est un film qui explore toutes les dimensions de l'action de "manger": manger au sens courant, manger des yeux, manger de baisers et de caresses,...

Dans le film, tout est question de savoir ce qu'on mange, ce qu'on met à la bouche. La sexualité évidemment (les copines d'Adèle traduisent "être lesbienne" par "brouter/lécher des chattes"). Mais ce qu'on mange, comment on le mange, est aussi ce qui situe socialement ou fait bouger la place des uns et des autres: manger des spaghetti bolognaise ou des huîtres, manger la bouche ouverte, lécher son couteau, s'essuyer ou non la bouche (là-dessus, le film ne fixe pas de frontières définitives: les spaghetti bolognaise, par exemple, c'est un égalisateur social: tout le monde les mange pareil, en s'en mettant partout, lol. Idem pour les huîtres: c'est un marqueur social, le plat des bourgeois, mais Adèle doit passer par-dessus son dégoût pour les apprécier. La question de savoir ce qui est bon ou "dégueu", et comment cela recoupe ce qui est socialement valorisant ou dévalorisant de goûter et d'apprécier, c'est un des premiers sujets de conversation entre Adèle et Emma: Adèle boit une bière, tandis qu'Emma boit un "lait fraise", plus chic, mais qu'Adèle trouve "un peu dégueu")


La passion de Kechiche pour le gros plan, c'est aussi, je pense, par insatisfaction de s'en tenir à la distance de ce qui peut seulement se voir mais pas se toucher: le gros plan est aussi affaire de contact, répond à un besoin de toucher, de manger, de dévorer.
Pourtant, l'éloignement, la distance, c'est la condition de l'oeuvre d'art: on le voit dans la scène où Emma peint Adèle allongée comme une Vénus, une Olympia, ou une "Maja desnuda" de Goya.
(Les scènes où Kechiche s'éloigne le plus de ses actrices, c'est pendant les scènes de sexe, où il paraît justement beaucoup plus soucieux de "composition", de picturalité en un sens. Même l'éclairage change dans ces scènes, la lumière est plus vive, détache les corps du fond, et les actrices semblent d'un coup, sur le lit, comme des statues vivantes sur leur piédestal, des statues qui se sculpteraient elles-mêmes à coups de claques et de caresses. Il faut mettre ces scènes de sexe en rapport avec la visite d'Emma et Adèle au musée, où elles contemplent des statues, des déesses nues et fessues, que des vitres empêchent de toucher.)
(Sur ce thème du Nu en art, il faudrait que je relise le texte de Daniel Arasse, sur la Vénus d'Urbin du Titien, qui tourne entièrement sur cette idée du "voir sans toucher". Nous l'avions déjà cité, je crois, à propos de "Vénus noire".)

La question de savoir s'il faut toucher ou juste regarder, c'est une "question d'éducation" et c'est ce qui sépare Adèle et Emma dans le film: Adèle mange tout, a toujours besoin de manger, tandis qu'Emma met à distance, peut se satisfaire de simplement regarder: elle peint, elle s'entoure de beaux-parleurs, etc.

Ce qui les sépare, c'est un rapport différent au savoir, aux livres. Adèle dévore les livres, dit qu'elle n'a pas besoin de tout comprendre, bien qu'elle adore aussi en parler, suivre ses cours de français, mais seulement jusqu'à un certain point.
C'est ce point qui fait la différence avec Emma. Emma aime lire Sartre, parce qu'elle apprend par les livres quelque chose qu'Adèle a l'air de déjà savoir, sans avoir à le lire: elle a un rapport moins "immédiat" aux choses (significativement, elle aime Klimt, peintre "décoratif", qu'elle préfère à Egon Schiele, sans doute parce qu'il est plus "viscéral", comme on dit).

Une scène significative, à ce titre, c'est la scène où les deux jeunes filles, au lit, s'amusent de laisser croire aux parents qu'Emma est seulement là pour aider Adèle à progresser en philo. Elles s'embrassent et se caressent, tout en disant des choses comme "Tu me fais vraiment progresser en philo", ou "J'approfondis mes connaissances", tout un registre de plaisanteries à double sens sexuel. C'est une plaisanterie un peu lourde et en même temps, c'est une idée qui hante le film: que vaut un savoir qui resterait seulement dans les livres, un apprentissage qui ferait l'économie d'un contact, du toucher, qui ne passerait pas par les mains, par la bouche? Qu'est-ce que la philo si elle n'est pas d'abord un amour, et qu'est-ce qu'un amour si ce n'est pas quelque chose qui nous touche et qu'on touche?
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Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Dim 13 Oct 2013 - 16:35

je l'ai vu aussi. J'ai été séduit par le côté elliptique du film comme si chaque instant n'était que le fin du précédent et le début du suivant.

La scène d'amour - très bien filmée - en temps réel, pour une fois marque la transition entre les deux chapitres.

Le premier, Kechiche nous y a habitué, dépeint les milieu d'appartenance d'Adèle : sa famille, son lycée, ses copains et la décantation de sa vie sentimentale pour tout horizon.

Une fois en terre d'élection, elle a choisi Emma - plus que l'inverse, Emma (Emma!) endosse le rôle d'une initiatrice, pour moi une victime, la passion d'Adèle est trop grande pour elle : elle n'aura d'autre choix que s'y dérober (c'est romanesque à souhait) - Kechiche va mener un réflexion qui m'a beaucoup touché - quoi que l'on dise sur lui - sur sa propre condition d'artiste et d'homme à travers les destins divergents de ses deux créatures dans leurs milieux de référence : Emma l'artiste froide et arriviste versus Adèle, l'instit au grand coeur, qui finalement ne se prête à aucune compromission.

On sait bien sûr qui a la préférence de Kechiche et on voit comme le personnage de Léa Seydoux est laissé pour compte. La scène de la rupture, une scène d'une force rarement égalée, est comme sa mise au tombeau d'Emma.

Kechiche sort grandi de la polémique, de son propre tiraillement qui passe à l'écran et je classerai le film en compagnie de ceux des autres grands moralistes - ce qui n'est pas pour me déplaire.

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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Dim 13 Oct 2013 - 17:36

Hi;

Eyquem a écrit:

Marivaux a écrit:"Je suis femme et je conte mon histoire. [...] Enfin on sortit de l'église, et je me souviens que j'en sortis lentement, que je retardais mes pas; que je regrettais la place que je quittais; et que je m'en allais avec un coeur à qui il manquait quelque chose, et qui ne savait pas ce que c'était. Je dis qu'il ne le savait pas; c'est peut-être trop dire, car, en m'en allant, je retournais souvent la tête pour revoir encore le jeune homme que je laissais derrière moi; mais je ne croyais pas me retourner sur lui."
La dernière scène du film retravaille ce passage...à la place de l’église, l'expo


Eyquem a écrit:
La passion de Kechiche pour le gros plan, c'est aussi, je pense, par insatisfaction de s'en tenir à la distance de ce qui peut seulement se voir mais pas se toucher: le gros plan est aussi affaire de contact, répond à un besoin de toucher, de manger, de dévorer.
Pourtant, l'éloignement, la distance, c'est la condition de l'oeuvre d'art: on le voit dans la scène où Emma peint Adèle allongée comme une Vénus, une Olympia, ou une "Maja desnuda" de Goya.
-cette conception du gros plan, si c'est la sienne, "contredirait" les analyses de Deleuze, et ferait de AK un cinéaste vulgaire, ou animal, selon les discours humanistes traditionnels...


-On en avait pas mal discuté dans le topic consacré à "la vénus noire"; "regardez ne touchez pas", demandait sans cesse le personnage...C'est un peu le même sujet, ici, mais dans "la vénus noire", y avait un partage, d'un coté ceux qui touchent, baisent, exploitent, et de l'autre celui qui dessine, dans la distance...ces deux actions sont ici mêlés dans le personnage de Emma, si bien que s'introduit dans l'art, qui semble à première vue désintéressé, la question de l'utilisation, de l'exploitation du corps, de la vie, des passions...de l'autre... On voit à quel point est bête la critique faite à AK, c'est le sujet de tous ses films, pratiquement...



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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Dim 13 Oct 2013 - 17:39

slimfast a écrit:

On sait bien sûr qui a la préférence de Kechiche et on voit comme le personnage de Léa Seydoux est laissé pour compte.
rarement autant détesté un personnage; elle dégage un éthos bourgeois assez terrifiant
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Re: La vie d'Adèle

Message par Invité le Dim 13 Oct 2013 - 18:11

Borges a écrit:
slimfast a écrit:

On sait bien sûr qui a la préférence de Kechiche et on voit comme le personnage de Léa Seydoux est laissé pour compte.
rarement autant détesté un personnage; elle dégage  un éthos bourgeois assez terrifiant
et morbide !

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Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Dim 13 Oct 2013 - 18:12

En lisant l'entretien de Kechiche dans les Cahiers, j'ai repensé à la discussion qu'on avait eue sur Bela Tarr et sa table qui n'est rien que table.

La discussion:
http://spectresducinema.1fr1.net/t1061-au-hasard-bela-tarr?highlight=tarr


Chez Bela Tarr, filmer les choses, c'est les anéantir, les filmer suffisamment longtemps pour qu'elles n'aient plus aucun sens, qu'elles ne soient plus que néant.

Dans l'entretien, Kechiche dit qu'il aime filmer longtemps, plusieurs fois, quelqu'un qui mange, parce qu'à la fin, apparaît autre chose :
A.KECHICHE: Filmer la gourmandise, l'appétit, le désir, il y a tout ça dans ces très gros plans. Il y a quelque chose qui va au-delà de l'acte physiologique de mastiquer, avaler, digérer, qui va au-delà de la mécanique du corps. Il y a le plaisir, l'appétit. [...] Il y a quelque chose au-delà de toute cette mécanicité. Et cette chose, on pourrait l'appeler l'âme. Je crois que le gros plan, cette façon de filmer, m'aide, nous aide, à transmettre, à ressentir ce sentiment d'une âme qui existe. Grâce au palpable, quelque chose d'impalpable s'exprime. On y a accès.
Et je repense alors aux scènes des patates indéfiniment mangées dans "Le cheval de Turin".
Durée qui fait disparaître (ce qu'il y a) / durée qui fait apparaître (ce qu'il n'y a pas) : c'est donc pas simplement contradictoire ou opposé; dans les deux cas, c'est ce qu'il n'y a pas qui est recherché.


Hasard ou pas, Borges, tu parlais de Ponge à propos de Tarr, et "La vie d'Adèle" évoque justement "Le parti pris des choses" pendant un des cours de français. Je crois que c'est le poème "De l'eau", qui n'est pas cité, juste commenté par le prof et les élèves:
Francis Ponge a écrit:On pourrait presque dire que l'eau est folle, à cause de cet hystérique besoin de n'obéir qu'à sa pesanteur, qui la possède comme une idée fixe.

Certes, tout au monde connaît ce besoin, qui toujours et en tous lieux doit être satisfait. Cette armoire, par exemple, se montre fort têtue dans son désir d’adhérer au sol, et si elle se trouve un jour en équilibre instable, elle préférera s’abîmer plutôt que d’y contrevenir. Mais enfin, dans une certaine mesure, elle joue avec la pesanteur, elle la défie : elle ne s’effondre pas dans toutes ses parties, sa corniche, ses moulures ne s’y conforment pas. Il existe en elle une résistance au profit de sa personnalité et de sa forme.

Liquide est par définition ce qui préfère obéir à la pesanteur, plutôt que maintenir sa forme, ce qui refuse toute forme pour obéir à sa pesanteur. Et qui perd toute tenue à cause de cette idée fixe, de ce scrupule maladif. De ce vice, qui le rend rapide, précipité ou stagnant; amorphe ou féroce, amorphe et féroce, féroce térébrant, par exemple; rusé, filtrant, contournant; si bien que l’on peut faire de lui ce que l’on veut, et conduire l’eau dans des tuyaux pour la faire ensuite jaillir verticalement afin de jouir enfin de sa façon de s’abîmer en pluie : une véritable esclave.
Malheureusement je ne me souviens plus assez précisément de la discussion qui suit dans le film, sinon qu'il est question de définir ce que c'est que cette "pesanteur" de l'eau dans le poème, et dans quelle mesure cette caractéristique physique y est aussi une caractéristique morale...
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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Lun 14 Oct 2013 - 16:03

Hi, la discussion, m'en souviens plus très bien non plus,  c'était assez hésitant,  mais dans l'esprit d' adèle c'est le terme vice qui semble important, en résonance sans doute avec sa sexualité... la question de la nature (la pesanteur des choses) rejoint la discussion (les lieux communs d' emma sur l'existence qui précède les sens) sur sartre, bien entendu...sartre avait écrit un texte sur ponge, que derrida trouvait pas terrible... get up stand up and fight for your right


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Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Mar 15 Oct 2013 - 11:47

Pour les fans, uniquement: Burdeau s'est fendu d'un autre texte que j'ai piqué sur FdC (merci à eux):

Spoiler:
« La Vie d'Adèle » : la vérité en pâture
Emmanuel Burdeau

Paris - L'affiche de La Vie d'Adèle visible depuis quelques semaines semble vouloir réparer la blessure qui s'est ouverte depuis la présentation du film à Cannes, sa réception dithyrambique - à quelques exceptions près, dont Mediapart, lire ici notre chronique - et l'obtention de la Palme d'Or au soir du 26 mai. Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux y apparaissent dents dehors et tout sourire : l'image n'est pas dans le film, mais sa liesse est évocatrice de la manifestation étudiante à laquelle se rendent ensemble Adèle et Emma. Personnages et interprètes, ici indissociables, ne se regardent pas l'une l'autre, ainsi qu'il arrive à maintes reprises sous l'oeil de la caméra d'Abdellatif Kechiche. Elles regardent devant elles, comme si elles recevaient les vivats de la foule cannoise avant ceux de la France entière. Cette image en synthétise ainsi plusieurs, elle sert à dire qu'il n'y a aucun divorce, de la fabrication à l'histoire d'amour qu'il conte, jusqu'à la réception de La Vie d'Adèle. Pas de blessure mais une continuité, une commune allégresse.


Image réconciliatrice, tentative de ressouder en un sourire ce qu'ont pourtant déchiré les mois écoulés entre mai et octobre. Des techniciens ont d'abord décrit des conditions de travail inacceptables : journées de travail anormalement longues, salaires en-dessous du minimum, retards, comportement tyrannique de Kechiche... Dans de nombreuses interviews, Seydoux et Exarchopoulos ont ensuite dit combien le tournage fut épuisant, infernal, et affirmé la conviction de ne jamais plus retravailler avec le cinéaste. Celui-ci, enfin, a exprimé sa tristesse de voir son film dénigré de la sorte, accablé Léa Seydoux, épargné Adèle Exarchopoulos et confié qu'ainsi sali, La Vie d'Adèle devrait peut-être ne pas sortir du tout.
Plusieurs positions se sont dans le même temps dessinées chez les commentateurs. Certains, croyant bon de poser aux affranchis, ont fait valoir qu'il n'y a là rien de nouveau sous le soleil noir du cinéma. On sait que les tournages se passent toujours mal, ce n'est pas propre à Kechiche. Voyez Maurice Pialat, voyez Fritz Lang... Retenons nos larmes, le grand art ne s'enfante que dans la douleur. D'autres ont carrément invité à passer sous silence la méthode pour revenir au film, et au film seul. Cet air-là aussi est connu : qu'importe la manière si le résultat est beau et le résultat, en l'occurrence, est magnifique. Oublions donc les coulisses et tournons nos regards exclusivement vers la scène.
L'empressement à dire que tout roule et qu'il n'y a pas de problème est toujours chose curieuse, qui prête à sourire : mais d'un sourire jaune, dénué de l'éclat qu'il a sur l'affiche de La Vie d'Adèle. D'une part, en effet, il est crétin d'inciter à ne retenir que le résultat et non la manière d'un film. Aucun film - aucune oeuvre d'art - n'est cela, un certain résultat, sans porter également trace du processus qui y a mené. Non pas tellement que la méthode soit visible à l'écran en tant que telle, ou que tout film en soit moralement comptable - encore que -, mais chacun est aussi une mise en scène, la défense d'une certaine façon de faire. Un chantier, si l'on veut. Un projet. Une courbe au lieu d'un point. Un travail. Les images ne sont pas des écumes sans renvoyer - non pas accidentellement, mais essentiellement - aux remous dont elles procèdent. Et qu'elles ne cessent d'être.
D'autre part nos affranchis, nos avocats de l'art-qui-a-tous-les-droits n'auraient pu tomber plus mal dans la mesure où, de tous les films réalisés ces derniers temps, La Vie d'Adèle est l'un de ceux dans lesquels cette dimension, celle du travail de l'art, est le plus explicitement et le plus abondamment discutée. Les droits et les devoirs de celui-ci, les conditions auxquelles il est praticable, ou pas. L'exhibition et l'inspiration, le peintre et son modèle, l'artiste et sa muse, le livre et le musée, les beaux-arts et les arts moches (sic)... Rappelons, évidence que beaucoup semblent juger négligeable, que le film met en scène deux Lilloises, Emma et Adèle, dont l'une se destine à la peinture et l'autre à l'enseignement, dont l'une est d'ascendance bourgeoise et l'autre d'extraction plus populaire, dont l'une recherche la célébrité et l'autre simplement le bonheur, dont l'une ne redoute pas l'exposition - à tous les sens du mot -, tandis que l'autre ne s'y risque qu'avec réticence. Kechiche raconte leur coup de foudre, leurs étreintes, l'histoire d'amour étalée sur plusieurs années. Il raconte aussi, il raconte surtout leur opposition, leur confrontation, leur conciliation finalement impossible.
Il ne faut donc pas craindre de le dire nettement : ici moins qu'ailleurs il n'y aurait de sens à prétendre « sauver » le film de la rumeur bruissant dans ses parages. Il serait absurde de vouloir, à la veille de sa présentation aux spectateurs, décaper La Vie d'Adèle de la polémique qu'il a suscitée. Non qu'il s'agisse d'en tenir son réalisateur responsable. C'est plus simple que cela : le film lui-même - si tant est que ce « lui-même » veuille dire quelque chose - n'est à bien des titres que la mise en scène, la mise en forme d'une telle polémique portant sur les moyens et les finalités de l'art. Il ne parle, d'une certaine façon, que de cela. Ce dont il faudrait être fou pour en faire le reproche à Kechiche. A priori en tout cas.

Le cul certes, mais aussi...

L'immense majorité des articles publiés à Cannes et depuis parle pourtant d'autre chose, du choc ressenti à la découverte des scènes de sexe, du talent de Kechiche à filmer les corps et les émotions de la jeunesse, de la « collision cosmique » orchestrée par lui entre Adèle et Emma. Alors même que tout cela n'occupe, au mieux, qu'une moitié de film, l'autre passant en discussions, en leçons et en débats où se succèdent les noms de Marivaux, Sartre, Klimt, Schiele, Kubrick, Scorsese, Laclos, Picasso, Tiresias, Antigone..., tandis qu'on aperçoit le carré de Louise Brooks dans Loulou et que lecture est donnée d'un poème où Francis Ponge parle de « vice naturel » , quelques instants après qu'Adèle a été violemment accusée par ses copines de « lécher des chattes » , au seul motif qu'elles l'ont vue quitter le lycée en compagnie d'une jeune femme aux cheveux bleus au look de garçonne.
Tant de paroles et de dialogues explicatifs, tant de signaux et de mises en abyme pour qu'au bout du compte ne soient évoqués que la bouche entrouverte et le cul rebondi d'Adèle Exarchopoulos, les baisers mêlés de morve, les étreintes et les miaulements sous la lumière crue ? On serait tenté de parler d'aveuglement critique. On en parlerait, soyez-en sûrs, si une telle chose existait en effet. Or de même qu'un film est rarement séparable des discours qui l'entourent, de même il ne s'est pour ainsi dire jamais vu que la critique y fantasme ce qui en est absolument absent.
Les corps sont bien là, dans La Vie d'Adèle, et la bouche de la jeune actrice, et les baisers en très gros plan, et les claques sur les fesses, et les râles. Mais le reste aussi, les leçons à l'école et hors de l'école, les discussions d'étudiantes sur l'existentialisme, les paroles des dandies sur l'art et la dimension mystique de la jouissance féminine, et jusqu'au témoignage d'un jeune homme d'origine arabe sur son expérience hollywoodienne dans de petits rôles de « rebeu » , voire de terroriste barbu et éructant. Il y a donc autant de philo que de cul, dans La Vie d'Adèle. L'essentiel de son effort, Kechiche le consacre à passer de l'une à l'autre, et parfois à les confondre ironiquement, ainsi qu'il apparaît dans un dialogue où les deux jeunes femmes occupées à leurs caresses les comparent aux cours de philo que l'aînée, afin de donner le change aux parents de la cadette, est censée lui administrer. Pourquoi alors la critique - pas toute la critique, presque toute - ne retient-elle que le cul, que les corps, et rien de la philo et de ses leçons ?
Deux explications. La première est que l'idée selon laquelle l'office du cinéma serait la pleine révélation, le don de corps sans médiation ni réserve continue à être irrésistible, pour beaucoup : idée synonyme du cinéma lui-même, de son réalisme fondamental. La seconde explication est un peu plus complexe. Un film qui serait tel qu'est décrit La Vie d'Adèle, pure parution des corps, climax de trois heures - moins une minute - sans rien pour l'amener, l'aérer ou le dialectiser, un tel film serait en vérité insupportable. Chacun en a conscience, et Kechiche autant que quiconque, qui ne cesse de replacer son spectacle dans une certaine perspective, philosophique, picturale, pédagogique. Mais voilà : la critique ne pourrait consentir à prendre en compte cette dimension discursive pourtant omniprésente qu'à la condition de consentir dans le même temps à se présenter elle-même comme discours. Ce qui supposerait, immanquablement, qu'elle s'interroge sur le type de discours qu'elle est. Or cette interrogation est précisément ce qu'elle refuse, depuis toujours et spécialement aujourd'hui. Ne lui reste alors qu'à délirer un film qui, au mieux, n'est qu'à moitié là.
(Où l'on voit que la première et la seconde explication n'en font qu'une : pas d'exaltation de la présence sans déni de critique.)

Non pas une héroïne, mais deux.

Prenons un exemple. Un exemple qui est plus que cela : les scènes de sexe. Les uns les trouvent renversantes, émoustillantes, sublimes. Les autres les jugent déplacées, intolérables. Elles rompraient avec le type de mise en scène auquel Kechiche a recours ailleurs. Elles montreraient l'ingénue Adèle magiquement transformée en initiée, en prêtresse du saphisme. Elles seraient une représentation biaisée de l'homosexualité féminine, non pas juste mais telle que la voit - l'imagine, la fantasme - un homme. La belle affaire. Tout cela est sans doute vrai, tout cela se tient, plus ou moins. Comment trancher, alors ?
On ne comprendra rien à ces scènes, à leur éclairage, à leur théâtralisation, à leur emphase, à leur mélange de douceur et de brutalité si, les jugeant à l'aune de canons préétablis, on refuse de les replacer dans le système du film et, au-delà du film, dans la perspective générale du travail de Kechiche. Il se trouve que cette perspective n'est pas n'importe laquelle. Ce n'est pas celle d'un sensualiste échevelé, ni même celle d'un bourreau des jeunes coeurs. Loin d'une vision naïve ou extatique des corps au cinéma, la perspective kechichienne a trait à ce qu'il faut bien appeler la politique de la représentation, et plus spécifiquement la politique de la représentation féminine.
L'Esquive (2003), La Graine et le mulet (2007), Vénus noire (2010) avaient, on s'en souvient, une héroïne et non pas deux. Mais à chaque film cette héroïne apparaissait toujours plus coupée en deux, puisque c'était dans le même mouvement que le cinéaste choisissait d'en présenter la beauté, la vitalité, la vie et de faire valoir combien le regard porté sur cette beauté, cette vitalité, cette vie, étant admiration et désir, ne pouvait qu'être aussi violence, voyeurisme, viol peut-être. Vénus noire a atteint à cet égard un point de non-retour : chaque scène s'y voulait en effet à la fois célébration et outrage. Amour de son héroïne, la Vénus Hottentote interprétée par Yahima Torres, mais aussi condamnation sans appel des regards manipulateurs, concupiscents, esclavagistes s'emparant d'elle.
Kechiche est ressorti découragé de ce film extrême et mal accueilli. Dépositaire, aussi, d'une question qu'il ne pouvait plus esquiver. Comment une même image, surtout si c'est un gros plan, pourrait-elle prétendre séparer le bon et le mauvais regard ? Est-il possible de distribuer de part et d'autre d'une limite franche le bon regard du cinéaste épris des actrices débutantes, prompt entre tous à les révéler aux yeux du monde, et le mauvais regard de ce même monde, toujours prompt à transformer ces corps en objets de possession, voire d'asservissement ?
C'est pour sortir de cette impasse que Kechiche s'est résolu à filmer ici deux jeunes femmes, et non plus une seule. Pour en sortir et non pas d'abord pour s'affronter au problème de la représentation de l'homosexualité féminine. Les scènes d'étreinte entre Adèle et Emma doivent être vues dans ce cadre. Comme un retour, pour Kechiche, à un stade antérieur de son cinéma, comme le moment de fusion fragile, ô combien précaire, entre l'effroi et le désir. Il est donc logique qu'elles dégoûtent les uns et excitent les autres : en elles se rencontrent et se séparent, s'unissent et se désunissent la bonne et la mauvaise obscénité, la bonne et la mauvaise image.
Car il est inutile de le dissimuler plus longtemps, et le lecteur l'aura compris, même s'il n'a pas encore vu le film : il y a bien ici, pour la première fois nettement distinctes dans un film de Kechiche, une bonne et une mauvaise image. Un bon et un mauvais corps. Une bonne et une mauvaise manière de regarder ces corps. Division dans la politique de la représentation. Celle-ci est claire, pour qui sait entendre. Elle est énoncée dès les premières lignes de dialogues, par un professeur de français invitant une élève à ne pas seulement lire les mots de Marivaux dans La Vie de Marianne, « Je suis femme » , mais à se les dire intérieurement. A se les dire comme une vérité et non comme une phrase. Comme une conviction profondément ancrée et non comme une parole d'auteur. Comme ce que l'on se murmure à soi et non comme ce que l'on lance à destination d'un public.
La Vie d'Adèle ne changera pas ce cap. Il y a l'histoire d'amour, mais celle-ci pèse peu au regard du combat mené par Kechiche dans son champ : celui, redisons-le, des politiques de la représentation. La bonne image, c'est l'image intérieure, celle qui, tout en ne se refusant pas au regard, murmure aussi qu'elle pourrait absolument s'en passer. C'est Adèle. C'est Adèle en train de manger, de lécher son couteau, de mettre ses doigts dans sa bouche, de faire toutes ces choses que la bienséance interdit mais dont Kechiche a besoin parce que la bonne image, pour lui, est oublieuse d'elle-même : la bienséance l'indiffére puisqu'elle a sa suffisance, elle s'appartient. Elle n'est pas consommée, elle n'est pas dévorée : elle se consomme, elle se régale.
C'est encore cet instant où la caméra, brisant le réalisme, saisit en plongée Adèle se renversant sur sa chaise et s'étirant au milieu d'un repas de famille. Ce sont toutes les fois - nombreuses - où le cinéaste filme la jeune fille endormie, la bouche comme toujours entrouverte et le cul cambré : image où le sujet est si absorbé en lui-même que le problème de la place du spectateur ne se pose plus. La bonne image, c'est le théâtre sans théâtre. Manger, dormir, embrasser peut-être. Enseigner sûrement : quand elle fait classe, la jeune fille est sur scène sans y être, puisque ses spectateurs sont partie prenante de la performance et qu'ils ont l'innocence de tout jeunes enfants.
La mauvaise image, c'est l'inverse. C'est Emma. Emma connaît l'art, elle initie Adèle au plaisir, elle sait ce qu'elle veut. Bien qu'éclairée, cette position est en vérité un obscurantisme : Kechiche ne fait guère de différence entre celle qui ne craint pas le regard des autres et celle qui le recherche au point d'être prête à tout lui sacrifier, entre le progressisme et le carriérisme, entre le goût de la scène et la mauvaise obscénité. La mauvaise image, c'est Emma se préoccupant de sa gloire et de son image, lisant Beaux ArtsMagazine au lieu d'accorder à Adèle les caresses qu'elle réclame. Ce n'est donc pas la peinture en elle-même, mais la peinture exposée, la peinture pour la galerie : c'est cela qui intéresse Kechiche, et non la nature de tableaux à peine entraperçus et manifestement médiocres.

Le sacrifice des muses

Comme la bonne image va avec une bonne parole, Adèle disant sa passion de la lecture à condition qu'on l'y guide mais pas trop, ou confiant tenir un journal qu'elle ne songe pas à destiner à la publication, la mauvaise image va également avec une mauvaise parole. Ce n'est pas celle qui vante Schiele en dépit de sa morbidité, opposée à celle qui moque Klimt malgré le fleuri de ses dessins. La mauvaise parole, celle des soirées mondaines et des vernissages, c'est la parole qui croit qu'il y a quelque intérêt à faire parade de sembables positions alors que l'art est fondamentalement ce qui ne saurait se payer de mots.
La mauvaise parole est alors toute la parole - ou presque -, comme la mauvaise peinture est alors toute la peinture - ou presque. C'est pourquoi sont si importantes les deux scènes de repas, chez les parents d'Emma puis chez ceux d'Adèle. Kechiche y accorde une bienveillance infiniment plus grande aux prolos ignorants des choses de l'art et amateurs de spaghetti bolognaise qu'aux bourgeois épris de peinture, de bon vin et d'huîtres : la bêtise sympathique trouve aisément grâce aux yeux du cinéaste, pas la culture verbeuse et autosatisfaite.
La bonne image n'est pas divisée. Elle bave, elle pleure, elle dort. Elle adhère : c'est Adèle Exarchopoulos donnant son prénom à un personnage qui, dans la bande-dessinée de Julie Maroh, s'appelait Clémentine. La mauvaise image est divisée. C'est la division, c'est le re qui vient fendre la re-présentation. Elle fragmente les corps : une Adèle ici, au milieu des invités du vernissage ; une autre là, peinte, plaquée au mur, autant dire morte. La mauvaise image ne collera jamais : Léa Seydoux a précédé et précédera toujours de sa célébrité et de son nom le personnage qu'elle incarne. Kechiche ne l'accepte pas, et le lui fait payer. Une première fois dans le film, où Emma apparaît de plus en plus sombre, cruelle, égoïste. Une seconde fois hors du film, où il raille une actrice « de gala » incapable d'assurer le travail jusqu'au bout.
A mille lieux du chant d'amour physique qu'on croit pouvoir en faire, La Vie d'Adèle est donc un film idéologique. Un film qui dit, sans cesse, comment il faut regarder et comment il ne faut pas regarder. Comment il faut peindre et comment il ne faut pas peindre. Etrange film, en vérité : il fait ici de très gros plans pour nous inviter, là, à ne pas regarder, pas comme cela, ou nous culpabiliser de le faire. Il parle d'art pour mieux nous dire qu'il est insensé d'en parler. Il bavarde contre le bavardage, il mobilise mille discours pour mettre la honte au discours.
Bien qu'intégralement idéologique La Vie d'Adèle voudrait donc - comme tout film idéologique peut-être - désespérément passer pour le contraire de cela. L'immense majorité de la critique a exhaucé ce voeu en chantant la louange d'une oeuvre pleine d'elle-même. Kechiche peut la remercier, cela ne change rien : La Vie d'Adèle, comme tous ses films, ne conte pas un triomphe mais le sacrifice d'une muse, perpétré par le pygmalion en personne. Film de douceur, mais film aussi de rage, celle d'un homme au tempérament colérique bien connu, ennemi d'un cinéma français par lequel il se sent rejeté tout en aspirant, à l'évidence, à en occuper le centre.
Chaque cinéaste, sans doute, cherche quelque chose. Quelque chose qu'il désire et qu'il redoute. La quête de Kechiche pourrait être celle d'un art qui arriverait à briller sans devoir être pour autant jeté en pâture. La quête d'une image dont l'éclat demeurerait une réserve, un sommeil. D'une obscénité non seulement hors scène, mais hors regard. Faute de pouvoir réaliser cet irréalisable - ou de pouvoir renoncer à sortir ses films -, Kechiche est condamné à continuer à vivre la même blessure, condamné à s'attirer le succès et les honneurs en mettant en scène ce qu'il honnit : le sacrifice des muses, les crimes du regard, la façon dont toute révélation - tout succès, tout honneur - implique une mise à mort.
J'ai l'impression qu'il nous fait le coup de "la clôture de la représentation" (le texte de Derrida sur le "théâtre sans théâtre" d'Artaud; le titre même de l'article, "La vérité en pâture", c'est un clin d'oeil à "La vérité en peinture" j'imagine), mais il retourne son texte modèle en leçon de morale. En gros, Kechiche voudrait faire un "cinéma sans cinéma"; c'est la vie elle-même qu'il veut capter. Hélas pour lui, il n'y a pas de cinéma sans images, rappelle Burdeau au cinéaste: il n'y a pas de présent qui se donne hors de sa représentation (ce qui est vrai, mais dans son texte, Derrida, lui, ne croyait pas faire la leçon à Artaud et lui apprendre que "le théâtre sans théâtre", c'est pas possible). Kechiche cherche quelque chose d'impossible, ce qui ne se fait pas sans cruauté: mais Burdeau n'aime pas la cruauté ("pauvre Léa Seydoux": j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'autre argument que celui-là dans le texte).
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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Mar 15 Oct 2013 - 18:16

Hi,
parcouru le texte de burdeau (toujours aussi simplet); c'est vrai qu'il fait une parodie de derrida... :  
Burdeau a écrit:La mauvaise image est divisée. C'est la division, c'est le re qui vient fendre la re-présentation
Le "re" qui vient fendre la présence, pas la représentation; la représentation est déjà division, fente, retard, après-coup, secondarité...

AK, le cinéaste du désir impossible de la présence ; le lien du cinéma et de la présence, c'est aussi vieux que les textes fondateurs de l'école Cahiers ; le mec ne fait que critiquer la conception "ontologique" de l'image, du cinéma, à la Bazin ; il cause pas vraiment du film de K ; c'est clair, très tôt dans son texte :



Burdeau a écrit:Celle-ci est claire, pour qui sait entendre. Elle est énoncée dès les premières lignes de dialogues, par un professeur de français invitant une élève à ne pas seulement lire les mots de Marivaux dans La Vie de Marianne, « Je suis femme » , mais à se les dire intérieurement. A se les dire comme une vérité et non comme une phrase. Comme une conviction profondément ancrée et non comme une parole d'auteur. Comme ce que l'on se murmure à soi et non comme ce que l'on lance à destination d'un public.
Complètement débile, comme lecture ; il ne s'agit ni de vérité ni de rien de ce genre ; tous les profs quand on leur lit un texte demandent qu'on le lise autrement que comme une simple phrase, ils ne sont pas tous Bresson, ou je sais pas. Ils veulent que l'on s'implique, que l'on comprenne, que l'on saisisse le sens ; il s'agit de jouer, ici ; le prof est un directeur d'acteur, il demande à ses élèves de jouer le rôle, d’être Marianne, donc précisément de ne plus être eux-mêmes, d’être un autre que soi, d’être différent de soi ; et quoi de plus différent de ces gosses qu'un personnage de Marivaux, dans l'éthos, la langue, les sentiments ; on se souvient de la prof dans l'Esquive qui bouscule assez rudement un des personnages pour qu'il sorte de lui-même et devienne un personnage de fiction... Pour qu'on saisisse bien le paradoxe de cette identité de fiction, on voit plusieurs élèves lire ce texte, au moins deux, un garçon et une fille... Comment un garçon peut-il dire, lire, sans que cela soit juste une phrase "je suis femme", dans un horizon sexuel ordinaire ? Tout cela bien entendu se situe dans l'horizon de la question du genre (Adèle peut-elle dire comme le dit le personnage du bouquin, "je suis femme" ?) ;  la vraie question, c'est celle du personnage que l'on est, devient, quand on lit, devant un film, un tableau... Il s'agit d'une invention de soi, d'un soi qui n'est pas le moi social, empirique, une sortie hors de soi, une transcendance, pas une identification ; rien à avoir avec la vérité, tout avec la fiction, et la représentation...

- C'est pas mon genre, dit Emma
- T'as un genre toi? (Adèle)


(Le film est beaucoup trop intelligent, pour des critiques aussi limités que Burdeau)


- les limites du film de AK, c'est les limites de la sociologie d'un Bourdieu, mais c'est des limites que son cinéma permet de dépasser... Adèle n'est pas une image pleine, positive, présence à soi sans médiation, c'est aussi un être enfermé dans des déterminations sociales...

Le rapport entre les deux filles, les deux mondes, n'est pas un rapport de bonnes et de mauvaises images, c'est un rapport de domination ; domination de classe, d’âge, de personnalités, des rôles... La domination de Sartre (même réduit à des clichés) sur Marley, par exemple...



Burdeau faisant du Derrida, hélas, ça reste des phrases, jamais intériorisées, lues, comprises, activement interprétées, et encore moins jouées...

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Re: La vie d'Adèle

Message par Eyquem le Mar 15 Oct 2013 - 18:47

salut Borges,

Dans les Cahiers, un des reproches faits aux scènes de sexe, c'est qu'elles durent si longtemps qu'à la fin, ce ne sont plus les personnages qu'on voit, mais "deux actrices" soumises à la direction d'un cinéaste. "Une scène ignoble".
Ca fait bizarre, un tel argument, dans une revue qui a construit son histoire sur l'idée du cinéma comme enregistrement.
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Re: La vie d'Adèle

Message par adeline le Mar 15 Oct 2013 - 18:48

Ah ah, Borges, j'ai lu ton message et je me suis bien fait rire.

J'ai fait l'expérience de dire une fois à voix haute puis une fois à voix basse en moi-même la phrase "je suis un escargot".

Et bien, la deuxième fois ne m'a pas rendue plus escargot que la première ; la phrase n'a pas acquis plus de vérité de n'être pas exprimée à voix haute. Par contre, le questionnement induit par la phrase était soudain plus fort ("mais si je me dis ça, cela fait-il de moi un escargot ?" venait tout de suite après dans ma tête, bien plus fort que lorsque je l'ai dit tout haut devant mon ordi, où la phrase n'était que ce qu'elle était, un truc). On a donc l'inverse de ce que dit Burdeau : intérieurement dites, les phrases prononcées par des personnages de fiction acquièrent non en vérité mais en puissance de décentrement, de mise en question…

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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Mer 16 Oct 2013 - 10:39

Eyquem a écrit:salut Borges,

Dans les Cahiers, un des reproches faits aux scènes de sexe, c'est qu'elles durent si longtemps qu'à la fin, ce ne sont plus les personnages qu'on voit, mais "deux actrices" soumises à la direction d'un cinéaste. "Une scène ignoble".
Ca fait bizarre, un tel argument, dans une revue qui a construit son histoire sur l'idée du cinéma comme enregistrement.
Hi ;

oui, c'est assez dingue, toute cette tonalité "dégoûtée", "humaniste…, on veut du lyrique, on veut de l’âme, du mystère, on veut le cinéma des années 30, du Grémillon… Beurk, c'est pas beau les corps qui baisent, la nourriture, la bouche, le nez qui coule..."

(une vraie régression ; salons des refusés...)





Symptomatiques, le texte et la discussion chez Balloonatic, à la remorque des idioties des Cahiers, de Delorme, et de Burdeau...

Texte intéressant (par moments) par contre, de Gabriel Bortzmeyer (chez Débordements)

Une lecture ranciérienne : http://www.debordements.fr/spip.php?article218



Sinon cette idée du cinéma-enregistrement, même chez un mec, Bazin, qui plaçait le documentaire au sommet, n'est pas simple ; dans son texte "En marge de "l'érotisme au cinéma"", il écrit : "le cinéma peut tout dire, mais non tout montrer. Il n'est pas de situations sexuelles, morales ou non, scandaleuses ou banales, normales ou pathologiques, dont l'expression soit interdite a priori à l'écran, mais à condition de recourir aux possibilités d'abstraction du langage cinématographique de telle sorte que l'image ne puisse jamais prendre valeur documentaire".

(Qu'est-ce que le cinéma, p. 255)

Il faudrait relire tout ce texte, très riche...
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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Mer 16 Oct 2013 - 11:07

Emma, c'est pas une Bovary, aussi ? J'y pense à cause de l'insistance sur les cheveux, la coiffure, dans le film, et que ne cessait de changer dans le roman l’héroïne de Flaubert :
Flaubert a écrit: Souvent, elle variait sa coiffure ; elle se mettait à la chinoise, en boucles molles, en nattes tressées ; elle se fit une raie sur le côté de la tête et roula ses cheveux en dessous, comme un homme.
Description de la bêtise, des clichés, de la vie artistes, mais pas seulement ; la bêtise est la chose la mieux partagée dans le film...

Deux mecs dénoncent ce règne de l'image (au sens que Barthes donnait à ce mot parfois), le bref petit ami d'Adèle ("ah parce que tu crois que tous les gars qui font du hard ont les cheveux longs") et le jeune acteur réduit à ne jouer que des clichés (les Américains adorent filmer les Arabes en terroristes criant "allah akbar")

mais qu'est-ce que la bêtise?


On peut aussi penser à "L'Éducation sentimentale", avec son fameux peintre raté, Pellerin, qui finit photographe, comme Emma finira peut-être graphiste...
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Re: La vie d'Adèle

Message par Borges le Jeu 17 Oct 2013 - 7:24

chez balourdnatic a écrit:    

Oui, enfin je n’ai lu que la fin, le long commentaire d’Eyquem, excellent, à vrai dire c’est le seul dont j'aime bien lire les textes aux Spectres (celui sur After earth est vachement bien)... bon après, une fois que Borges débarque avec ses gros sabots, fait la "correction", annote dans la marge, bref joue au maître, ça devient chiant, par ses jugements à l’emporte-pièce, son discours pontifiant, les éternelles références (DDR), encore que des fois c’est vraiment ras des pâquerettes, du style: "Emma, c'est pas une Bovary, aussi ? J'y pense à cause de l'insistance sur les cheveux, la coiffure, dans le film, et que ne cessait de changer dans le roman l’héroïne de Flaubert)", pfff… on dirait un élève de seconde... bah non, elle ne change que deux fois de coiffure, ce qui correspond aux deux périodes du film (et sa position sociale), les cheveux dans le film on s’en fout, c’est complètement périphérique, Borges ouvre une piste, puis passe à une autre, normal puisque ça ne débouche sur rien... mais l’essentiel c’est de faire croire qu’on produit de la pensée, d’éplucher les couches de sens, comme maman avec son oignon dans la cuisine, ça pourrait faire pleurer (de rire), même pas…

   16 octobre 2013 22:21
Anonyme Anonyme a dit...

   Borges, c'est comme les cheveux dans le film, on s'en fout.

   Mais c'est bizarre que vous appréciez le texte de Eyquem, lui il aime le film.

   17 octobre 2013 00:00
Blogger Buster a dit...

   C’est vrai que je n’aime pas le film (qui n’est qu’une succession de scènes, dont beaucoup sont franchement pénibles, où l’on sent le travail, comme disait plus haut Alexis, le côté laborieux de la mise en scène), mais je me rends compte que ce que j’ai écrit est par moments très proche du texte d’Eyquem… disons qu’on n’arrive pas aux mêmes conclusions.

   L’impression peut évoluer dans les jours qui suivent la vision d’un film, mais là non, j’ai vu le film dimanche, 3 jours après c’est pareil, je crois même que je le supporte de moins en moins… l’unanimité critique, à quelques exceptions près, me laisse rêveur. Et quand je dis que le film m’intéresse c’est qu’il y a matière à discuter, rien de plus.
-Les cheveux, c'est périphérique, dit le mec... mais non, mon gars, c'est essentiel, les cheveux ; d'abord parce que c'est filmé, avec insistance, ensuite on en cause, plusieurs fois, par exemple au repas chez les parents de Adèle, qui a du mal à se coiffer, à savoir quoi faire de ses cheveux... (dans ce rapport aux cheveux se disent, se jouent, s'expriment des rapports à soi, et au monde...)

et puis, moins important, les cheveux fonctionnent, lors de la rencontre, première, comme l'objet a (petit a) ; je dis ça parce que tu fais parfois semblant de lire Lacan (et de psychanalyser les oignons), qui, je te le rappelle, a eu un mot fameux : "L'amour, c'est miam-miam", ou quelque chose dans ce goût ; l'amour, c'est le ventre...

(N'oublie pas que ces filles sont rasées de partout...)

oui, j'adore ouvrir des pistes, des chemins, des voies, juste comme ça, qu'elles ne mènent à rien, c'est merveilleux ; tout ce qui trouve une fin m'ennuie, me semble mort ; tout ce qui se veut bien écrit, bien dit... Il s'agit pas d'arriver à quelque chose, mais d'avoir des idées, de les oublier, ou pas, pour passer à d'autres ; l'essentiel, c'est de multiplier les angles, des esquisses, d'ébaucher des choses...

-Les références, c'est important dans la vie, et dans la pensée, qu'elles soient éternelles ou occasionnelles, plus tu en auras, plus tu pourra penser, faire du cinéma, du montage (c'est Deleuze qui disait : "on s'en tape de ce que vous pensez de telle ou telle chose, ce qui compte c'est avec quoi vous l'agencez...")  


alors question référence, et copie sur le voisin, je te conseille d'oublier les Delorme, les Burdeau, les JPT, et d'aller aux choses mêmes, à Derrida (qui a beaucoup écrit sur la bouffe, le vomi comme limite du bon goût dans la représentation...) et aux autres...

par exemple, Levinas...

La vie d'Adèle... la vie c'est pas seulement ce que l'on vit, des événements, ce que l'on fait, pense, dit, de la représentation, de la pensée, c'est aussi ce de quoi l'on vit ; la vie, c'est de la jouissance... manger, c'est jouir de la vie, comme on jouit d'un livre...

"Nous vivons dans la conscience de la conscience, mais cette conscience de la conscience n'est pas réflexion. Elle n'est pas savoir, mais jouissance, et, comme nous allons le dire, l'égoïsme même de la vie. Dire que nous vivons de contenus, ce n'est donc pas affirmer que nous y recourons comme aux conditions d'assurer notre vie, comptant comme nu fait d'exister. Le fait nu de la vie n'est jamais nu. La vie n'est pas volonté nue d'être, Sorge ontologique de cette vie. Le rapport de la vie avec les conditions mêmes de sa vie, devient nourriture et contenu de cette vie. La vie est amour de la vie, rapport avec des contenus qui ne sont pas mon être, mais plus chers que mon être : penser, manger, dormir, lire, travailler, se chauffer au soleil. Distincts de ma substance, mais la constituant, ces contenus font le prix de ma vie. Réduite à la pure et nue existence, comme l'existence des ombres qu'aux enfers visite Ulysse la vie se dissout en ombre. La vie est une existence qui ne précède pas son essence. Celle-ci en fait le prix ; et la valeur, ici, constitue l'être. La réalité de la vie est déjà au niveau du bonheur et, dans ce sens, au-delà de l'ontologie. Le bonheur n'est pas un accident de l'être, puisque l'être se risque pour le bonheur. Si « vivre de…», n'est pas simplement représentation de quelque chose, « vivre de…» ne rentre pas dans les catégories d'activité et de puissance..."



-ce passage te permettras d'aller au-delà des âneries sur la voracité, les affamés,  la bouche, les ogres... bref tous ces lieux communs que l'on trouve un peu partout, par exemple chez JPTessé...

(la suite dans totalité et infini)

"J'aime aussi beaucoup cette question : "Des expressions comme « jouir d'un spectacle » ou « manger des yeux » sont-elles purement métaphoriques" ?"

(Autrement qu’être...)


Qu'est-ce que manger ? C'est la question, et on ne répond pas avec des "beurk, oh, t'as vu comment ils s'empiffrent  de pâtes bolognaise", mais en posant  la question  : qu'est-ce que vivre, sa vie?


(élève Buster, leçon terminée ; on disait que j'étais en seconde et toi en maternelle...)


P.S. : question simple, de quelle couleur sont les cheveux d'Emma et la robe à la fin d'Adèle?



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