To the Wonder

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To the Wonder

Message par balthazar claes le Ven 3 Mai 2013 - 9:51

Sibelius a écrit:Plutôt enthousiaste devant To The Wonder, mais le film gagnera à être revu plusieurs fois. Malick fait une répétition générale de ses thèmes, comme pour confirmer à son public qu'il ne s'était pas trompé depuis toutes ces années.

Erwann a écrit:
mon seul désir

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Dame_%C3%A0_la_licorne_%28tapisserie%29
Une mère et sa fille? Marina et Tatiana?


Pendant l'ancien régime On utilisait cette abbaye de Basse-Normandie pour enfermer les prisonniers. Commencez la visite par la Merveille et L'église abbatiale. La merveille est aussi splendide que son nom. C'est le nom du cloitre de l'abbaye.Les pèlerins qui n'avaient pas assez d'argent pouvaient manger gratuitement dans le réfectoire. Les moines devaient jadis manger dans cette salle sans parler.

Michel (de l'hébreu : מיכאל, Mîkhâ'êl en arabe ميخائيل, Mîḫâ'îl, ميكائيل, Mîkâ'îl ou ميكال, Mîkâl), est un archange et un saint chrétien, saint patron du catholicisme. Il est principalement représenté en chevalier ailé qui terrasse le Diable (allégorie de la victoire de la foi chrétienne sur le mal). Il est également représenté avec la balance du jugement dernier, juge (psychostasie) et guide (psychopompe) du salut des âmes pour l'Enfer ou le Paradis.
A lier au personnage joué par Javier Bardem peut être?

Il y a à de nombreuses reprises une attention aux tatouages, l'homme avec qui Marina est infidèle (la marque de la bête? l'antéchrist?), ou aux marques sur le corps;

Vous n'imprimerez point de figures sur vous. Je suis l'Éternel. (Lévitique 19:28)
Vous êtes des fils pour l'Eternel, votre Dieu. Vous ne vous ferez pas d'incisions (scarifications) (Deutéronome 14:1)
Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. (1 Corinthiens 6:19-20)

SP a écrit:viens d'entendre l'émission La dispute, sur france Q, ils parlaient de To the Wonder. "Ils" : Arnaud Laporte, J-B Thoret et leurs copains. n'ai pas vu le film, ne sais pas si j'aurai le temps, mais stupéfait par la bêtise de ces types. le film est-il bon ou raté ? ne sais pas et n'ai surtout aucun moyen de le savoir après cette émission. "ils", Thoret and c°, n'ont pas aimé mais qu'en a-t-on à foutre ? parce que leur détestation ne s'appuie finalement sur rien, rien d'autre que leurs attentes qui prennent soin de ne pas annoncer et leur anti-christianisme viscéral et bien-pensant, "chrétien" étant juste une pièce à charge. du projet du film, de ce que Malick leur semble avoir voulu faire, de ce qui peut avoir été tenté ici, réussi ou loupé, rien n'est dit. à la place, "ils" se demandent ce qu'il advient des personnages, comme ils sont mal faits ces personnages, comme ils n'ont pas de contenu, pas d'épaisseur, pas de psychologie, le pauvre Bardem qui ne sait pas quoi faire avec son curé en pleine crise de foi qui ressemble plus à un tueur. bref, "ils" te jugent le film de Malick comme si c'était un Chabrol, avec les critères pertinents pour un Chabrol, mais sans jamais se demander quels sont les critères pertinents pour un film de Malick. quant au curé à gueule de tueur, pas un pour se souvenir que le cinéma US en est pas à son premier, qu'il y a eu Mitchum avant Bardem, Laughton avant Malick, déjà avec une réflexion sur GOOD et EVIL - la toujours même question malickienne.
bof... c'est vrai que ces types donnent envie d'avoir des ennemis.

DB a écrit:Salut Erwan, que tu commences ton post avec la tapisserie me frappe je vais te dire, c'est un truc qui m'est resté pendant toute la projection. Comme le plan était somme toute (ou il y en avait deux je ne sais plus) je n'ai pas réussi à tout de suite identifié laquelle des six était filmée. J'ai passé le week end à m'interroger sur son sens dans le film.

http://www.musee-moyenage.fr/homes/home_id20393_u1l2.htm

A mon avis tu as tout à fait raison c'est lié à Marina et à son amour de la liberté ou peut-être à une vision de l'amour, une référence à l'amour courtois, autre idéal amoureux.

Le prêtre joué par Bardem, je crois qu'il était question (mais Malick a du couper) dans le film d'une relation plus élaborée entre lui et Marina, une sorte d'amour qui l'aurait amené à remettre en question sa foi, son engagement. Avec ce qu'il reste du personnage dans le film, on ne sait pas trop, on ne le saisit vraiment que très peu, il doute, il souffre, il est malheureux, mais il ne fait véritablement que planer.

Contrairement aux autres personnages, il n'est jamais vraiment dans l'interaction, on le sent très seul, très avec lui-même y compris quand il est avec les autres, absent.


Il y a une attention aux tatouages, aux marques sur les corps mais aussi un grand soin à montrer des visages et plus particulièrement des gueules. Le janitor qui nettoie les vitraux, la femme malade, les enfants, le type qui ne peux pas vendre sa maison, etc...

borges a écrit:
Vu, TTW, pas trop convaincu; me semble être son film le plus faible; l'ai vu, de manière assez distraite; faudrait revoir, peut-être; deux questions :

Rembrandt occupe une grande place dans "TTW", c'est bien ce tableau que découpe Marina d'un bouquin?



-Le poème récité, dit, par la petite fille, c'est "Ma Bohème" de rimbaud?


"Ma Bohême. (Fantaisie)

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal :
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
− Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
− Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !"

c'est aussi, une des plus "belles chansons" de ferré


borges a écrit:Hi Erwan;

- assez intrigué aussi par les tatouages dans le film; déjà, si je me souviens bien, dans "the thin red line", on en trouvait, sur "train", le jeune soldat très croyant; john smith était aussi tatoué, et les indiens, dans "TNW"...

-
Pendant l'ancien régime On utilisait cette abbaye de Basse-Normandie pour enfermer les prisonniers.


Le prêtre rend visite à des prisonniers; comme dans tous les films de malick, on retrouve dans TTW, des criminels, des prisonniers, des gens enchaînés (kit, john smith, witt, les prisonniers de TTOL...); jeu de montage entre "le liage des mains" du mariage, et les menottes (image qu'on retrouve souvent chez Hitch)... si bien que le mariage, qui semble être glorifié par le film, est aussi en même temps pensé comme un enchaînement...

-le mont saint michel doit être rapproché de la virginie du nouveau monde, c'est à la fois un lieu utopique, ou le lieu d'une utopie manquée, un lieu idéal, et l'espace d'une déchirure, d'une lutte historique, entre les français et les anglais, entre deux langues; le texas a une histoire assez proche, partage entre le mexique et les usa...

-c'est la première fois qu'il y a dans malick des voix off non anglaises...: française, espagnole

-C'est aussi la première fois que le triangle amoureux est composé d'un homme et deux femmes; jusque ici, c'était toujours deux hommes, une femme; la femme passant de l'un à l'autre, sauf dans "TTOL" (où le triangle est oedipien)[/justify]

borges a écrit:Hi Sibelius :

- il faudrait plutôt parler des "eaux", de l'eau dans ses différentes formes, avec ses variations de force, d'intensité, de valeur...

-"Woman Bathing in a Stream", en anglais, c'est le nom du tableau; cela pourrait être le titre du film; stream des émotions, des images, de la voix off, "stream of consciousness ", dit on; c'est la première fois, je crois, faudrait vérifier, qu'intervient dans le cinéma de Malick, le grand art, de manière aussi évidente...(d'ordinaire, ce sont des oeuvres plutôt kitsch; mais c'est aussi la première fois que son personnage féminin est "mauvais" (moralement); on est loin de la grâce de la mère dans TTOL, de pocahontas, même si l'histoire et bien des choses rapprochement Marina et poca...);

-ce tableau donne peut-être une indication sur la poétique du film, une esquisse, quelque chose de l'ordre de l'inachèvement (le tableau est inachevé)...le sujet aussi est très important...

borges a écrit:Personne n'est en avance, personne n'est en retard; on n'est jamais que là où l'on est; mais où sommes-nous quand nous disons je suis là, demande je crois me souvenir Marina (dont le prénom bien entendu fait signer vers la mer, mais aussi vers la peinture (marine), sans oublier la sainteté...)

Sibelius a écrit:Hello

J'avais confondu dans un premier temps avec cet autre Rembrandt qu'est "Bethsabée au bain".

Il s'agit donc ici d'une femme anonyme. L'eau du tableau suggère le lien avec l'eau de la baie du mont St Michel dans laquelle les protagonistes font trempette

Et oui, la consultation de livres d'art avec des chefs d'oeuvre de la peinture fait penser à Tarkovski, ce n'est évidemment pas la première fois, ou plus récemment à Zviaguintsev (Le Bannissement).

borges a écrit:Il ne s'agirait pas d'une anonyme, mais de Hendrickje Stoffels, la bonne, ou servante de Rembrandt, et sa dernière compagne, hors mariage (ce qui n'est pas indifférent au sujet du film; ils seront traduits devant une cour religieuse; Hendrickje, qui comparaît seule, est excommuniée); ils ont eu une fille; ça c'est le côté bio; le modèle mythologique, biblique de ce tableau ce serait susanne, ou Bethsabée (autre histoire de relation hors mariage)

borges a écrit:
chez nos amis très enculturés, l'avis d'un homme de grande culture, kunilangouste :

Il n'est personne, aujourd'hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d'un coucher de soleil". (Oscar Wilde). pardon je n'ai cessé d'y penser pendant le film.

on se marre en se demandant s'il ne faudrait pas plutôt rigoler.

L'avis de wilde est sans doute important, mais il faudrait plutôt se demander ce qui pousse un homme d'une culture qu'on imaginer infiniment supérieure à celle de tous nos amis enculturés réunis (exposant 1000) à filmer des coucher de soleil...


-Malick n'aurait-il pas peur de passer pour un provincial aux yeux de kuni langouste et de O. Wilde :


"Qu'est-ce donc que la Nature? Elle n'est pas la Mère qui nous enfanta. Elle est notre création. C'est dans notre cerveau qu'elle s'éveille à la vie. Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés. Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l'on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l'existence. A présent, les gens voient des brouillards, non parce qu'il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J'ose même dire qu'il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d'eux. Ils n'existèrent qu'au jour où l'art les inventa. Maintenant, il faut l'avouer, nous en avons à l'excès. Ils sont devenus le pur maniérisme d'une clique, et le réalisme exagéré de leur méthode donne la bronchite aux gens stupides. Là où l'homme cultivé saisit un effet, l'homme d'esprit inculte attrape un rhume.

Soyons donc humains et prions l'Art de tourner ailleurs ses admirables yeux. Il l'a déjà fait, du reste. Cette blanche et frissonnante lumière que l'on voit maintenant en France, avec ses étranges granulations mauves et ses mouvantes ombres violettes, est sa dernière fantaisie et la Nature, en somme, la produit d'admirable façon. Là où elle nous donnait des Corot ou des Daubigny, elle nous donne maintenant des Monet exquis et des Pissarro enchanteurs. En vérité, il y a des moments, rares il est vrai, qu'on peut cependant observer de temps à autre, où la Nature devient absolument moderne. Il ne faut pas évidemment s'y fier toujours. Le fait est qu'elle se trouve dans une malheureuse position. L'Art crée un effet incomparable et unique et puis il passe à autre chose. La Nature, elle, oubliant que l'imitation peut devenir la forme la plus sincère de l'inculte, se met à répéter cet effet jusqu'à ce que nous en devenions absolument las. Il n'est personne, aujourd'hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d'un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de l'art. Les admirer est un signe marquant de provincialisme".


-comme si Malick pouvait ignorer ce genre de choses; il est le traducteur d'un texte de Heidegger, où il est dit très simplement que nous n'avons accès à la nature qu'à travers un monde (et nos tonalités affectives); la nature elle-même n'existe pas, un des modes par lesquels advient le monde, c'est l'art...

-Dans leurs critiques de "badlands", Pauline Kael et d'autres avaient reproché à Malick (dont on rappelait sans cesse le statut universitaire prestigieux, Harvard, la Bourse Rhodes, Oxford...) de se foutre de la gueule des pauvres gens sans éducation, ces provinciaux débiles qui lisent des magazines de cinéma, écoutent des chansonnettes, lisent le "National Geographic" (Kit sur son arbre), rêvent de pyramides, se trimballent avec des tableaux d'une horreur kitsch qu'ils prennent pour de la beauté. A en croire P.K., pour Malick, le crime de holly et kit, ce n'est pas leurs tueries, mais leur mauvais goût; A partir de "days of heaven", étrangement, le super intellectuel élitiste devient lui-même le cinéaste du mauvais goût, du kitsch, de la publicité...

-Et si Malick, étant très au-delà, s'en tapait du jugement des gens cultivés...


sibelius a écrit:
Borges a écrit: la nature elle-même n'existe pas

Je suis mille fois d'accord avec ça; d'où la bizarrerie de voir encore et toujours Malick comparé à un écolo faiseur de carte postale vénérant une nature posée comme référent suprême alors qu'on a affaire à un réalisateur qui passe sont temps à filmer ce qui n'existe pas.

Le souci de cette critique tient à utiliser comme un fait acquis des définitions de la nature très paresseuses et de les ramener au cinéma de Malick.

Dr. Apfelgluck a écrit:Je l'ai enfin vu. Je vais dire, forcemment, pleins de conneries qui vont surement faire sursauter Borges.

Je trouve que c'est un film très intéressant dans sa perspective américaine. De ce côté là, je le trouve plus proche de "Badlands" que de "Tree Of Life". Un territoire avec que des "déterritorialisés" (une franco-russe, un prêtre mexicain etc...)
D'ailleurs toutes ces voix, ces langues, pourraient être vu également comme une sorte de chant, de chorale de l'Amérique (comme le gospel du concierge noir de l'église de Bardem).
La française, prit sous cette perspective, pourrait symboliser les immigrants qui rêvent et attendent les "merveilles" de la nouvelle Terre Promise (le plan avec la statue de la liberté, les plans de rivages lors du déménagement) qui finalement tombent de haut (dans les premières choses qu'elle voit de l'Amérique ce sont des lavomatiques, des supermarchés, la société de conso etc...). Désillusion complète partagée avec l'italienne.
Rachel McAdams, elle, est déjà nettement plus proche de l'idéal de l'Amérique primitive ou des pionners (elle c'est les bisons, la terre, la campagne). Malgré la sensualité de Olga, c'est avec McAdams que Affleck semble s'épanouir sexuellement plutôt dans la première partie du film. Peut être, en partie, car elle se rapproche plus de son idéal américain des grandes plaines (et autre "Badlands") contre les usines et les bulldozers. L'Amérique serait une sorte de "Dieu" avec lequel les personnages aimeraient "communier".

Il y a une séquence assez intrigante, quand Affleck se trouve dans un quartier résidentiel. Une famille et des voisins (blancs et noirs) discutent avec en arrière plan un drapeau confédéré qui flotte dans le vent. Plan qui est suivit par des de bulldozers et d'usines. Un montage qui donne une sensation de violence assez particulière.
Ayant vécu une bonne partie de son enfance dans le Sud, je ne sais pas ce que cela représente pour Malick.

Je le trouve d'ailleurs assez "dur" envers le personnage de la fille de Kurylenko.

balthazar claes

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Re: To the Wonder

Message par balthazar claes le Ven 3 Mai 2013 - 9:53

Il y a un autre film en ce moment dont l'héroïne s'appelle Wonder : Les Ames Vagabondes (The Host), nouvelle adaptation d'un bouquin de l'auteure de Twilight. Pas que ce soit un film formidable, mais Borges saurait sûrement faire toutes sortes de parallèles et de mises en relation. C'est encore l'histoire d'une jeune fille divisée entre deux bellâtres, l'un incarnant le côté du corps et l'autre celui de l'esprit. Dans Twilight il y avait d'un côté le très charnel loup-garou, de l'autre le vampire froid et sophistiqué. Le puritanisme de cette Stephenie Meyer, authentique mormone, n'est pas très difficile à décoder.

Ici ce qui est intéressant c'est que l'histoire parle d'une invasion d'amibes extraterrestres ; on les implante dans le corps des humains et ils prennent le contrôle du corps ; mais certains humains résistent à l'envahissement. L'héroïne, Melanie, est une résistante à l'invasion ; au moment où on lui implante son hôte, son esprit subsiste et ne cesse de jacasser et de persifler dans la tête de celle qui a pris le contrôle de son corps, Wonderer bientôt raccourci en Wonder. Tout le film repose donc sur la voix off, et le dialogue que Melanie et Wonder ne cessent d'entretenir à l'intérieur de leur tête commune. Wonder aime un gars, Melanie un autre, et elles se disputent sur la question de savoir qui a le droit d'usage de leur corps commun. Finalement tout s'arrange, en fait ces extraterrestres sont inhumainement bons et délicats, et ne peuvent pas ne pas finir par remarquer que l'âme humaine mérite sa liberté et son indépendance, à la différence d'innombrables autres espèces déjà colonisées.

La voix off dans la tête parle au nom du corps, dont elle était la première occupante. Celle qui parle en "voix on", en bougeant les lèvres, l'ET donc, parle plutôt du point de vue de l'esprit. Les humains sont spontanés, affectifs, souvent violents, facilement entrainés sur la pente de la guerre ; les ET sont cérébraux et froids, d'un calme olympien ; entre eux ils ne connaissent ni le mensonge ni la méfiance.

Bref c'est comme dit à peu près Nietzsche, le divorce de la pensée et de la vie : d'un côté la pensée qui juge la vie, de l'autre la vie qui limite la pensée. Le miracle advenant par le personnage de Wonder, c'est la réconciliation des deux dimensions, réconciliation des ET cérébraux et des humains trop humains.

La voix off qui témoigne pour "la vie", ça parait pas si différent de Malick. Par ailleurs le dilemme d'une femme entre deux hommes, puis d'un homme entre deux femmes dans TTW est aussi son sujet de prédilection. Serait-ce une problématique puritaine ? Dans LNM, la première relation, spontanée, innocente, non-pensée, finissait dans la chute ; la seconde relation, plus cérébrale, moins affective, venait sauver ce qui pouvait l'être. Dans TTW, la relation "authentique", la première, a l'air de finir par triompher, par surmonter la chute, laquelle reste inévitable. Ils se perdent, puis se retrouvent ; il y a ce passage où l'héroïne ne peut pas s'empêcher de tromper son amant avec un type de passage.

Lafâme dans ce film a l'air tellement reliée au corps, à la spontanéité, à la "vie naturelle"... avec ses manies enfantines, ses chatteries, ses espiègleries, son côté "ravi de la crèche", ses éclats de rire dont on ne sait pas la cause, ses perpétuels tours sur elle-même, un vrai derviche tourneur ; comme faisait aussi Pocahontas, comme font les chiens quand ils sont contents et qu'ils essaient d'attraper leur propre queue. D'un point de vue rad-féministe, je sais pas si on pourrait placer ce film au panthéon des oeuvres progressistes.... Tout ce mystérieux éternel féminin, genre "elle prend son café en riant, elle me regarde à peine / plus rien ne la surprend de la nature humaine, elle m'a dit qu'elle voulait si je le permettais déjeuner en paix" de l'immortel Stéphane Eicher. Enfin c'est un peu la tonalité qui me reste de ce film.

balthazar claes

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Re: To the Wonder

Message par Borges le Lun 6 Mai 2013 - 13:34

balthazar claes a écrit:avec ses manies enfantines, ses chatteries, ses espiègleries, son côté "ravi de la crèche", ses éclats de rire dont on ne sait pas la cause, ses perpétuels tours sur elle-même, un vrai derviche tourneur...

Hi bc; comment va?

-dans le script de TOL, Malick utilise ce terme pour décrire le jeux des gosses (They dance around, leaping about like
dervishes, spinning...)...


-sinon, si je me souviens bien, la chanson de SE, que j'aime beaucoup, ne décrit pas l'éternel féminin, mais plutôt une conne qui se fout du monde, et qui voudrait qu'on lui foute la paix, qu'elle puisse enfin...

-que malick ne soit pas spécialement féministe, sans doute, mais faut-il encore savoir ce qu'est le féminisme; dans TOL, (au-delà, ou à côté de l'éloge de la voix de la grâce), on trouve aussi une critique de la famille, de la soumission de la femme à son rôle de mère; si on compare ce film a ses deux modèles de structuration mythique (job, et adam et eve), on voit aussi les écarts...Dans le livre de Job, la femme de Job a un rôle moins qu'admirable...Dans le film, c'est la mère qui est Job...

-On peut aussi dire que le "Dieu" de Malick est essentiellement femme, féminin (l'amour qui nous aime a son équivalent "humain" dans l'amour maternel; Malick n'est pas un cinéaste du symbolique, de la loi, du nom-du-père... )

-la femme dans TTW est très différente des femmes des autres films, en fait; elle n'a pas l'innocence des autres, leur bonté; elle est moins dans la grâce; le modèle est russe (dosto); on parle de plus en plus de l'influence de la littérature russe sur Malick (tolstoï, et dosto, bien entendu...); dosto est très présent dans le script de TOL...(Mr O'brien est une espèce de père Karamazov soft; un clown, un histrion, passant de la colère, de l'autorité, de la distance, à une espèce de sentimentalisme grotesque...





Dernière édition par Borges le Lun 6 Mai 2013 - 14:00, édité 1 fois
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Re: To the Wonder

Message par Invité le Lun 6 Mai 2013 - 13:48

(Salut Borges . On se faisait du souci pour toi Very Happy )

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Re: To the Wonder

Message par Borges le Lun 6 Mai 2013 - 13:51

hi Jerzy, vieux pote, merci pour l'accueil; fatigué, j'étais; très fatigué; j'ai été souvent sur le point d'imiter eyquem, de jeter l'éponge...mais j'ai tenu, me suis reposé, ça va mieux...

Wink

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Re: To the Wonder

Message par py le Lun 6 Mai 2013 - 14:29

Salut Borges, apporte-nous du printemps!
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Re: To the Wonder

Message par Borges le Lun 6 Mai 2013 - 14:35

hi py : si tu apportes les hirondelles, et pas juste une, je m'en charge Wink

(sinon, ici, à Liège, le printemps chante; presque aussi bien que dans une chanson de cloclo)
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Re: To the Wonder

Message par Dr. Apfelgluck le Mer 8 Mai 2013 - 21:46

Baudouin II de Barvaux a écrit:(Salut Borges . On se faisait du souci pour toi Very Happy )

Enfin de retour !

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Re: To the Wonder

Message par careful le Mer 8 Mai 2013 - 23:11

.


Dernière édition par careful le Lun 3 Juin 2013 - 16:45, édité 1 fois
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Re: To the Wonder

Message par glj le Lun 3 Juin 2013 - 12:26

Vu le film qui est une sorte de mise à nue du fond et de la forme du cinéma de malick. Un film debarassé de toute fioriture scénaristique, et où le cinéaste fait véritablement ce qui lui plait.

Jamais autant qu'ici les atermoiements amoureux ne m'ont fait penser à ceux de "pierrot le fou". Jamais autant qu'ici les espaces d'habitations ne sont filmés comme des lieux d’imprégnation : lieux de vie absolues quand les personnages s'aiment et lieux de morts ( vivant ) lorsque le doute s'installe. L'attraction,répulsion, l'errement, la solitude et le désir voila TTW.

Comme beaucoup, ce n'est pas mon film préféré du cinéaste, il laisse un gout d'ennui à la fin de sa projection mais je me méfie des premières impressions avec les malick...
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Re: To the Wonder

Message par Eyquem le Mar 4 Juin 2013 - 17:29

Avec DB, on se disait que ça vaudrait le coup de réfléchir à l'idée de la répétition chez Malick. On en avait parlé sur le topic de "Tree of life".

Quand "To the wonder" est sorti, j'ai pas pu m'empêcher de penser que le film engageait un dialogue avec le bouquin de Kierkegaard, "La reprise" (ou "La répétition" selon les traductions), où Kierkegaard s'inspire de ce qui lui est arrivé avec sa fiancée Régine Olsen. Dans "La reprise", Kierkegaard fait parler un jeune homme qui se demande s'il peut reprendre une ancienne histoire d'amour ; le jeune homme a rompu avec sa fiancée mais à présent il s'interroge, il veut reprendre, il retourne sur les lieux où les deux amants se sont aimés, pour retrouver ce qui a été, voir ce qui peut être recommencé.
Or il m'a semblé que le film de Malick ne racontait que ça: pour ainsi dire la même histoire de fiançailles, de rupture et de reprise. Pour ainsi dire la même question: une fois passés le coup de foudre et les fiançailles, comment continuer? Une fois passée la rupture, comment reprendre? Comment reprendre, répéter ce qui ne peut pas être recommencé?
Le film et le livre sont maintenant plus que flous dans mon esprit, mais ça serait intéressant de les lire ensemble à mon avis.

J'aimerais bien pouvoir le faire mais j'avoue que la lecture du bouquin a été une vraie torture, un truc infernal, je le souhaite à personne: en dehors de cette intrigue sentimentale, je n'ai absolument rien capté de ce que je lisais, je n'ai pas compris ce que K. voulait dire par "reprise". C'est horrible, comme expérience, de faire défiler des pages sans comprendre un traître mot de ce qu'on lit. D'entrée, ça m'a découragé d'écrire le texte qu'il faudrait faire sur la répétition chez Malick. Depuis, c'est simple, je lis que des romans: des Philip Roth, ou du Toni Morrison ("Némésis" par exemple, le dernier Roth: grandiose). On me reprendra pas à lire de la philo d'ici un moment. Ah ça non.


Sinon :
Borges a écrit:je me suis souvent demandé quel était le statut de l'expérimentation dans le cinéma de malick; le mot revient deux fois dans TOL, lorsque les gosses s'amusent avec la grenouille, et quand le type avec qui discute Jack adulte, à sa question "que vas-tu faire maintenant (que cette histoire entre toi et elle est terminée) ?" répond : "expérimenter."
En repensant à ce livre de Kierkegaard, je suis allé voir la fiche wiki en anglais, il y a cette citation intéressante : au moment de sa rupture avec Régine Olsen,
Kierkegaard was accused of "experimenting with the affections of his fiancée"
Il y a aurait quelque chose à faire, à partir de là, du passage de Tree Of life que tu cites (l'homme qui veut expérimenter après sa rupture). D'autant que "A Venture in Experimental Psychology", c'est aussi le sous-titre de "La reprise", dans sa traduction anglaise.
Quand j'entendais le type de "ToL" dire "Experiment", je pensais bêtement qu'il voulait connaître d'autres expériences amoureuses. Mais peut-être pas finalement; peut-être qu'il veut mener une expérience à la Kierkegaard, de rupture/reprise - dont "To the wonder" serait l'histoire.
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Re: To the Wonder

Message par Borges le Mar 4 Juin 2013 - 18:45


Hi Eyqyem:

-Je t'avais pourtant conseillé de passer par Deleuze, pour la répétition... chez K, et quelques autres... Wink

-Sinon, comme on l'a souvent dit, K est hyper important dans le cinéma de Malick, de même que cette idée de répétition-reprise... Mais il faut distinguer plusieurs répétition, la cyclique, la mécanique, l'esthétique, qui pourrait être celle du mec qui veut expérimenter après son divorce; il va sans doute se lancer dans des aventures de sexe, et de séduction, passer d'une femme à l'autre; les séducteurs ne s'engagent pas dans le temps, ils veulent toujours retrouver un instant passé, celui de leur séduction; ils répètent sans cesse la même aventure, avec différentes femmes...quand Marina s'ennuie, et que, poussée par la tentatrice, qui lui apprend que la vie n'est qu'un rêve, où tout est possible (le stade esthétique est le stade du possible) où elle peut être tout ce qu'elle veut, elle trompe son mari...c'est un peu de cette répétition esthétique qu'il s'agit...


-A côté de cette répétition esthétique, artistique, si on veut, au mauvais sens du mot, il y a l'autre répétition, la religieuse, celle de Job, et celle de K, lui-même avec sa fiancée; ici, il ne s'agit pas de tenter de retrouver le passé, il faut au contraire renoncer à l'objet aimé; c'est dans le renoncement, et par le renoncement, que ce à quoi on a renoncé est redonné; c'est l'histoire de Job...cette répétition est de l'ordre bien entendu de l'impossible...et c'est ce que vivent les personnages de TOL... le passé est redonné dans l'éternité, qui n'est pas pour Malick située en dehors du temps ...on se souvient des derniers mots du film : "je te donne mon fils"; ce renoncement est la condition qui ouvre à la répétition impossible, la répétition de la foi...


-dans TTW, la reprise semble aussi importante, mais elle ne se situe pas dans le fait qu'ils se séparent, se retrouvent, et tentent de retrouver le moment merveilleux de leur amour, tout cela les situerait encore dans le temps...ce qui est redonné, se situe dans les plans mystérieux de la fin...où les deux après leur divorce pourtant semble vivre dans la même maison, avec des gosses...

-Presque tous les films de malick se terminent par cette reprise impossible; une résurrection, quoi...
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Re: To the Wonder

Message par Borges le Mar 4 Juin 2013 - 18:52

Ce qu'il faut, Eyquem, c'est lire les bouquins de philo comme des romans Wink
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Re: To the Wonder

Message par Eyquem le Mar 4 Juin 2013 - 19:45

'soir Borges
Je t'avais pourtant conseillé de passer par Deleuze, pour la répétition... chez K, et quelques autres... Wink
ah, ne retourne pas le couteau dans la plaie: j'ai essayé aussi, j'ai acheté le volume, j'ai pas franchi le cap des 40 premières pages. J'ai essayé aussi des passages au hasard. Hyper ardu. J'ai constamment eu l'impression, sur ce sujet de la répétition, que je me frottais à des concepts fondamentaux (ce que veut dire être identique, ce que veut dire être différent). Ca s'improvise pas sans un minimum de connaissances de l'histoire de ces problèmes, il m'a semblé.
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Re: To the Wonder

Message par Borges le Mer 5 Juin 2013 - 7:24

Hi Eyqyem; tu sais, c'est un des bouquins les plus difficiles que je connaisse, sans doute le plus difficile de deleuze, avec "logique du sens", mais c'est une autre difficulté; 40 pages, c'est beaucoup; c'est le bouquin d'une vie; c'est tellement dense, riche, technique et libre, parfois énigmatique, fulgurant, mais y a des passages qui se lisent vraiment facilement...je crois que le début c'est vraiment le plus ardu...
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Re: To the Wonder

Message par Borges le Lun 10 Juin 2013 - 18:23

-revu "to the wonder" :

- côté expérience et expérimentation, la tentatrice artiste de marina, à un moment de son speech transgressif (tu peux être tout ce que tu veux), dit : "je fais une expérience avec moi-même"... curieux ici comme dans TOL, l'Italie, l'italien est lié au démonique...

-sinon, je trouve tout de même admirable la cohérence du cinéma de Malick; on le savait amateur de la figure du chien; marina raconte au prêtre que son ex l'a quittée et est allé s'installer aux "îles Canaries", au plan suivant on voit le prêtre avancer vers une maison dans un sale état, il veut rentrer, y a personne, se détourne pour s'en aller, s'arrête, et libère un petit chien que les propriétaires ont certainement laissé là en s'en allant... L' îles aux Canaries, en latin, c'est "Canariae Insulae" : îles aux chiens; jugement moral de malick? l'ex mari de marina serait un chien, un mec qui court après les femmes? Ce serait oublier que le cinéma de malick est un cinéma de la différence, comme j'ai souvent dit : les choses y ont toujours au moins deux sens; si les îles sont liées au chien, et, donc, dans le contexte du film à une sexualité de plaisir, sans morale, c'est aussi dans ces îles, nous dit wiki, que "L'imagination des classiques place les Champs Élysées, le jardin des Hespérides et l'Atlantide de Platon. "

-En citant Rimbaud "ma bohème", où il question de "Petit-Poucet rêveur", donc de cailloux, Tatiana joue à la marelle (jeu qui joint la terre au ciel) et dont le nom vient de merel, dont l'un des sens est "petit caillou".


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Re: To the Wonder

Message par DB le Mar 11 Juin 2013 - 14:14

C'est passionant les liens que vous vous efforcez de tisser mais j'ai véritablement le sentiment, l'impression, la tenace sensation que l'on ne pourra comprendre To the wonder qu'à l'aune des films suivants.

De la même façon que Tree of life était l'aboutissement d'une carrière (un peu la somme de ce que tentait de faire Malick avec le cinéma et en même temps la promesse de quelque chose de neuf), to the wonder augure une "nouvelle expérience" pour reprendre, un peu, vos idées.

La répétition est certainement le moteur de Malick aussi en tant que le point de départ de ces films est toujours lié à quelque chose de très personnel, intime. Comme s'il répétait quelque chose de son vécu pour en faire quelque chose d'autre.
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Re: To the Wonder

Message par adeline le Mar 11 Juin 2013 - 17:25

Mais que fera-t-on si le prochain film de Malick ne peut se comprendre lui aussi qu'à l'aune du suivant ? Wink

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Re: To the Wonder

Message par DB le Mar 11 Juin 2013 - 18:51

On sera bien avancé !

Non mais c'est très sérieusement que je sens ça dans To the wonder, comme si c'était une toute autre façon d'avancer que sur ses précédents. L'avenir le dira.

Je trouve ça assez stupéfiant le temps qu'il a fallu à Malick pour accomplir trois films (TRL, TNW, ToL) à un moment de sa carrière et aujourdh'ui trois films aussi mais dans un laps de temps beaucoup plus court. Ça dit quelque chose de sa manière d'envisager le cinéma, ne serait-ce que dans sa fabrication ou dans son élaboration (qu'est ce qui fait que).

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Re: To the Wonder

Message par Invité le Mer 19 Juin 2013 - 23:37

j'en ai vu une bonne partie, et cette impression que le cinéma de Malick devient de plus en plus parodique, un peu comme le cinéma de Jean-Pierre Melville dans un genre différent à la fin de sa carrière.
"Le mal, dans To the wonder, c'est l'incapacité à s'engager pleinement, un manque de passion subjective dirait Kierkegaard", c'est la critique philosophique de Positif sur le film, le "moi en toi" de Marina ou la passion amoureuse selon son équation qui va de 1 à 2 et puis 1. Si ce n'est pas parodique, alors c'est ce que Peter Brook appelle L’Espace vide, lequel doit développer l'imagination du spectateur, "conception de la scène qui va à un dispositif plus simplifié, épuré".
Malick avait pour projet d'adapter l'histoire de Joseph Merrick après Les moissons du ciel,
et ses recherches comprenaient des notes sur le Holy Theatre de Peter Brook, qui s'appliquent bien aux intentions de son cinéma:

Nous voulons de la magie mais nous la confondons avec la supercherie. Nous avons lamentablement confondu l'amour avec le sexe et la beauté avec l'esthétisme. C'est en tâchant de faire de nouveaux choix que nous élargirons l'horizon du réel. C'est alors seulement que le théâtre pourrait être utile, car nous avons besoin d'une beauté capable de nous convaincre. Nous avons un besoin éperdu de faire l'expérience de la magie, de façon si directe que notre notion même de ce qui est essentiel puisse être transformé. Le théâtre a besoin d'une révolution perpétuelle.


J'ai lu ça dans le bouquin de Maher, Une histoire orale de Terrence Malick. Le jeune éditeur français qui vient de sortir le livre envisage dans son texte d'introduction que To the wonder raconte la vie amoureuse de Malick après son film Les moissons du ciel ; de son refuge européen(Venise) jusqu'à son divorce et le retour au cinéma avec La ligne rouge, To the wonder couvre toute cette période dans la vie de Malick, une vingtaine d'années. Précisément, après Les moissons du ciel, Malick porte beaucoup de projets et la Paramount lui donne un chèque en blanc, il s'engage avec pas mal de monde, et puis il décide de tout plaquer du jour au lendemain, il dit qu'il est amoureux et qu'il ne veut plus travailler...

Bon, je suis assez peu réceptif à l'épure To the wonder ou à Olga Kurylenko qui ouvre les bras au monde tous les deux pas, mais le film m'a quand même amené à chercher quelques histoires qui me parleraient mieux du voyage ou du passage de l'humain à la merveille...







http://www.louiscarre.fr/artistes/gaston-chaissac

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Re: To the Wonder

Message par Invité le Jeu 20 Juin 2013 - 9:20


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Re: To the Wonder

Message par Borges le Jeu 20 Juin 2013 - 11:55

breaker a écrit:

J'ai lu ça dans le bouquin de Maher, Une histoire orale de Terrence Malick. Le jeune éditeur français qui vient de sortir le livre envisage dans son texte d'introduction que To the wonder raconte la vie amoureuse de Malick après son film Les moissons du ciel ; de son refuge européen(Venise) jusqu'à son divorce et le retour au cinéma avec La ligne rouge, To the wonder couvre toute cette période dans la vie de Malick, une vingtaine d'années. Précisément, après Les moissons du ciel, Malick porte beaucoup de projets et la Paramount lui donne un chèque en blanc, il s'engage avec pas mal de monde, et puis il décide de tout plaquer du jour au lendemain, il dit qu'il est amoureux et qu'il ne veut plus travailler...

Hi Breaker

comment va?

C'est pas vraiment  une interprétation très audacieuse de sa part. Avant même que le film ne sorte on  racontait partout sur le Net que le prochain film de Malick serait consacré à  une histoire d'amour....

Histoire d'amour, toujours et encore des histoires d'amour.

C'est tout de même hallucinant, cette obsession  à ne  voir dans les films de Malick  que du kitsch, du new-age,  de la carte postal, la répétition maniérée  de  lieux communs, sur la beauté, l'amour, la nature si belle, le soleil qui se couche et qui se lève...

Les films de Malick n'ont qu'un sujet, c'est l'aliénation du sujet...mais ça on ne veut pas le voir, on se refuse à le voir.  On ne veut pas le voir, et Malick refuse aussi de le montrer dans toute sa violence, dans sa nudité.  Guattari l'avait bien dit, très tôt, après badlands. Badlands est une histoire d'amour, mais d'amour fou.  Les gens regardent l'histoire d'amour, mais refusent de voir la folie de cette histoire, dans cette histoire. "S'il n'y avait pas tous ces meurtres, tout ces éléments qui valent au film d'être comparé à "Billy the Kid," "The Wild Bunch", "Bonnie and Clyde", cela serait un film d'avant-garde qui ne serait montré nulle part."  Guattari s'emporte contre Malick, à cause de l'interview donnée à "Positif". Ca le fait vomir. Malick n'aurait rien compris à son propre film.  Connerie de Guattari. Malick savait ce qu'il faisait, et il n'a jamais fait autre chose depuis, que raconter selon différents modes la même histoire de folie, mais sans faire trop de bruit, en la dissimulant derrière de jolies images; sans doute, parce que comme le conseillaient Nietzsche et Hölderlin, il faut que l'artiste dissimule le déchirement dionysiaque de l'être derrière le calme de la belle apparence apollinienne.

Cette apparence chez Malick, c'est ce que les simples d'esprit appellent kitsch, sans se rendre compte que depuis ses débuts il a mis en place une immense pensée du Kitsch, pas très loin à mon sens de celle de Benjamin, en tous les cas assez loin de Greenberg.

Si vous allez jeter un oeil sur ce que signifie le mot, dans son sens étymologique, vous verrez ce qui lie Kit au Kit-sch :

-Kit ramasse les poubelles, s'occupe des déchets de la société...

- La société le traite  comme de la crasse, de la saleté; voir la scène de son licenciement

- Le mec pour fuir ce jugement se réfugie dans un monde d'images, que l'on appelle kitsch,  magazines jeunes, James Dean, chanson pop, la vie dans les bois.. et finit, ayant intériorisé la violence du monde à son égard,  par se transformer en nettoyeur; liquidant tout ce qui lui ressemble, se tuant  à chaque fois par substitution, avant d'aller tranquillement à la mort, dans une espèce de délire où il s'imagine être Elvis s'envolant pour on ne sait quel super concert...

(Malick on le sait a bossé sur une première version de "dirty harry", à l'époque brando devait tenir le rôle; peu de choses ont été gardé de son script)

Histoire d'amour fou; histoires d'amour folles...

Tous les films de Malick sont l'histoire de l'une ou l'autre de ses folies,  pour le dire avec Rimbaud, que récite Tatiana dans TTW, et dont Malick avait réécrit dans le script de TNW quelques passages de "l'alchimie du verbe", qui commence on le sait par " À moi. L'histoire de mes folies."


Ces délires de Rimbaud sont l'une des plus belles introductions au cinéma de Malick, qui puissent s'imaginer; la poétique de Malick chez Rimbaud...et son autobiographie spirituelle, aussi. Je est un autre; n'oublions pas.

dès le début du texte Rimbaud fait l'éloge du kitsch...

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Re: To the Wonder

Message par Borges le Jeu 20 Juin 2013 - 12:31

Je est un autre.

L'aliénation, dans tous ses sens et littéralement, est partout dans le cinéma de Malick.  

Socialement, économiquement : tous ses personnages sont des étrangers, jamais chez eux, toujours à l'étranger ; dominés, exploités, sans travail... Le seul film dont on voit un extrait chez lui ("Days of heaven")  c'est  "The Immigrant" de Chaplin, qu'il programmera des années plus tard, lors d'une soirée organisée en son honneur, par l'Austin Film Society, avec  trois autres muets : Sherlock Junior, The Battle of the Century, Pool Sharks.


A propos du Chaplin, il évoque, comme tout le monde, la puissance émotionnelle et la critique sociale, et un élément autobiographique. Son grand-père, immigré libanais, avait vu le film à sa sortie. Sans culture cinématographique, de temps en temps, il lui arrivait d'évoquer ce film, dans son "severely broken English", “the tramp… coming to America… I love this film.” Des années plus tard, il trouve le film en vidéo, et le voit avec lui ; jamais de sa vie il n'avait vu un homme si vieux pleurer et rire si fort en même temps. (I never saw a man so old cry and laugh so hard)

Parmi ses autres films favoris, y a le Kazan : " America, America".  

De ce commentaire, je retiens :

"severely broken English", pas seulement parce que c'est presque le titre de ma chanson favorite de M.F (que Careful aime aussi si je me souviens bien)

on l'écoute :



Don't say it in Russian,
Don't say it in German.
Say it in broken English,
Say it in broken English.


What are you fighting for ?
What are you fighting for ?
What are you fighting for ?
What are you fighting for ?
What are you fighting for ?
What are you fighting for ?




Broken english,

Le broken english, c'est pas seulement un très mauvais anglais, un anglais sommaire, c'est comme nous invite à le penser Malick depuis ses films, l'anglais de gens brisés, l'anglais de la brisure, de la cassure, l'anglais de ceux que l'anglais pur, sans accent, sans faute de grammaire, de syntaxe, a brisé ; l'anglais de ceux qui vivent dans "la langue de l'autre", loin de leur langue dite maternelle.

Quand Pocahontas au début de "the new world" invite, en anglais, dans des mots qui ne sont même pas les siens (c'est un mélange de citations) sa mère-esprit à venir, à l'aider à chanter "l'histoire de notre terre", sans que l'on puisse décider jamais quelle communauté, quel "nous", désigne ce "nôtre", ni dans quelle langue elle va chanter cette terre commune, cette terre de la communauté, sans doute introuvable, elle ne s'adresse pas à elle dans la langue de sa mère, dans sa langue maternelle... elle s'adresse à sa mère dans la langue de l'autre, et en faisant des fautes de grammaire, de catégorisation, confondant le masculin-chrétien (spirit) et le féminin-indien (mother); "viens esprit, tu es notre mère"; l'esprit ne peut pas être une mère, c'est un père... La suite n'est pas plus brillante, en terme de cohérence linguistique et psychique... Mélange de christianisme et de croyances powhatans. Synthèse des différences, relève du partage des deux univers, de Pocahontas et Rebecca, ou dispersion de l'esprit?

Devenue Rebecca, Pocahontas, en Angleterre, continue à évoquer ses "dieux", secrètement ; elle est dans la situation de tous ceux qui vivent dans un monde qui interdit à certaines intériorités de se révéler au dehors... Des Juifs d'Algérie, Derrida dit "on ne disait presque jamais la “circoncision” mais le “baptême”, non la Bar Mitzwa mais “la communion”. Dans cet écart de la langue qui travaille les marranes se dessine une formation de compromis étrange et bancale : ceux qu'on surnommait aussi “les nouveaux chrétiens” ne pratiquaient pas seulement un judaïsme intérieur, discret ou secret, invisible depuis l'espace public et peu reconnaissable pour les “non-juifs”, mais la plupart d'entre eux était en même temps ignorants des choses juives qu'ils confondaient peut-être avec une caricature chrétienne. Judaïsme “intérieur” en quelque sorte très “extérieur”, ou ce partage intérieur/extérieur est déstabilisé et déplacé. »

Marina vit le même partage des langues : en soi et avec sa fille, elle parle français, avec Ben et les Américains en anglais, et elle chante dans sa langue maternelle, je pense, une berceuse...


Dans les autres films, y a quelques scènes où l'on évoque un défaut d'accent, corrige une faute ; y a aussi cette scène superbe du script de TRL entre Witt et Fife (alors personnage central du film), qui n'a pas été retenue dans le film, et peut-être même pas tournée :

Terrence Malick a écrit:"WITT
I cain't do that. I tell you it
ain't fair. It ain't fair, and it
ain't square. Any way you look at
it. It ain't justice. It's a
traversty of justice.
FIFE
It's "travesty."
WITT
What?
FIFE
I said you pronounce it tra-ves-ty.

Witt stares at him as if he had never seen him before.
(...)


Un échange dont l'interprétation serait sans fin. C'est la fin de leur amitié, pour Witt : ils ne sont plus amis, il ne veut plus lui parler, le voir, s'il essaye encore de lui parler, il le démolit. C'était une plaisanterie, dit Fife, mais après  un moment, en lui, il pige :  Witt avait raison, il avait fait quelque chose de méchant, de vicieux, d'insultant ; quelque chose de destructeur pour la virilité (manhood) de Witt...






Dernière édition par Borges le Jeu 20 Juin 2013 - 13:29, édité 2 fois
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Re: To the Wonder

Message par Dr. Apfelgluck le Jeu 20 Juin 2013 - 13:04

Borges a écrit:C'est tout de même hallucinant, cette obsession  à ne  voir dans les films de Malick  que du kitsch, du new-age,  de la carte postal, la répétition maniérée  de  lieux communs, sur la beauté, l'amour, la nature si belle, le soleil qui se couche et qui se lève...


Je crois que pour "Tree Of Life" je n'ai jamais lu autant de pseudo-critiques ou d'avis frôlant parfois même le haineux.
Le plus frappant c'était cette volonté d'infantiliser Malick, d'en faire un "neuneu" qui fait des films avec de belles images mais au fond "bêbête" (alors que les vrais abrutis qui sont réellement ainsi, comme Tarantino, ils les portent au pinacle). Même lu des critiques s’insurgeant contre De Niro pour avoir osé donner une Palme à "un film de propagande pour les évangélistes américains". Même l'inénarable JB Thoret y était allé de sa chialerie du genre "il fait de bel image mais c'est un vilain intégriste religieux new-age".
Il y a en même temps quelque chose de fascinant dans toutes ces passions qu'il déchaîne. Comme si sont cinéma était une déflagration, touchant aux question millénaires.

Comme Toole citait Swift dans l'introduction de "Confederacy Of Dunces" :
"Quand un vrai génie paraît dans le monde, on le distingue à cette marque : tous les sots se soulèvent contre lui."
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Re: To the Wonder

Message par wootsuibrick le Jeu 20 Juin 2013 - 13:07

J'espère que certains non-sots se soulèvent quand même contre ce génie... histoire de rendre la partie plus intéressante.
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