Sur les épaules des Wachowski, Cloud Atlas

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Sur les épaules des Wachowski, Cloud Atlas

Message par DB le Mar 16 Avr 2013 - 10:10

La durée hallucinante du film et l'ambition de son récit (enfin ses récits imbriqués) au sein d'une narration éclatée auraient du me mettre la puce à l'oreille ou le cil chancelant à l’œil. Les frères (enfin frère et sœur) Wachowski sont plus proche de Matrix Revolution/Speed racer que de Bound/Matrix.

Cloud Atlas ne racontent pas grand chose sinon une sorte de charabia mystico-science-fictionnesque sur des soit-disants actes de bonté gratuits à divers étapes de la vie de personnages. Au départ il y a un roman dont l'ambition est de raconter ses récits l'un après l'autre, chacun dans un genre et dans un style différents reliés par des objets (le premier personnage écrit un roman lit par le second qui laisse des lettres lue par le troisième qui..etc...etc...) comportant une certaine importance une fois pris dans son ensemble. Derrière ce puzzle se cache aussi une volonté pour l'auteur de jouer sur la "bonne idée" ou ce que les publicitaires appelleraient un "concept" d'enfer, alors qu'au fond, il ne raconte rien de bien nouveau ou d'exaltant.

Mais la vraie question, c'est plutôt comment adapter (ou pourquoi) ce machin ? Je suis allé voir le film en me disant que si le film alignait les courts métrages comme une sorte d'anthologie, ce serait très risqué. Souvent ce qui fait que les films à sketches échouent la plupart du temps c'est la part dont chaque récit a besoin pour démarrer, installer ses personnages, les faire vivre et/ou ressentir des choses, faire advenir (ou non) des événements et les relier. Parfois certaines anthologies ou FAS tentent de nouer leur empilage de courts métrages à l'instar du récent V/H/S horrifique. Raté parce que forcé, parce que les coutures sont trop visibles ou mal imbriqués. Plus simplement, c'est parfois le fait même de hétérogénéité de l'ensemble qui empêche de facto un semblant d’homogénéité ou de fil d’Ariane qui traverserait, coute que coute, les récits épars, alors pillés.

Revenons-en à Cloud Atlas toutefois. Le parti pris des Wachowski est de morceler chaque récit, brisant la narration du film à plusieurs reprises, passant du XIXème siècle au XXIIIème en passant par le XVème. Ce choix a probablement dû se faire au scénario plus qu'au montage puisque bien des raccords ont l'air d'avoir été pensé en amont. Une situation de péril en amène d'autres, une mort ou une fuite se trouve démultipliés. Le genre de choses difficilement imprévisibles à posteriori. Mais c'est exactement ce qui m'intéresse, je ne peux que m'imaginer cette salle de montage avec ces centaines d'heures de rushes et la recherche du raccord, la gestion de la narration de chaque récit qui doit ménager temps forts et temps faibles, apparition et disparition, résolution et énigme.

Ce morcellement, toutefois, je me demande s'il n'a pas à voir avec la tentation des séries. Cette propension récente à l'éclatement des séries télévisées au budget et à l’organisation proche du tournage d'un Cloud Atlas fait lourdement penser à quelque chose comme Game of Thrones. Une dizaine de lieux et de décors différents, une trentaine (voire une soixantaine) de personnages principaux et secondaires, une myriade d'intrigues parallèles non reliées entre elles et la capacité de passer de l'un à l'autre. Les Wachowski ont pris la décision de faire une série dans un film, réutilisant les mêmes acteurs pour jouer des personnages différents mais sans y réfléchir, sans penser ce que cela veut dire. Point de Dr Strangelove ici.

Bien évidemment, cela ne fonctionne pas dans Cloud Atals parce que cela ne pouvait pas fonctionner. Passer de l'humour potache d'une évasion en maison de repos à une dystopie glauque; d'une passion amoureuse contrariée à une expédition en mer périlleuse; tout cela est impossible. Ce que Kiarostami appelle raccord émotionnel ne se fait jamais. On apprendra jamais à aimer la bombe. Même si les déguisements, les prothèses et les maquillages sont très amusants, ce sont la seule chose que l'on voit. Ils deviennent lourds, fatigants et l'apparente vacuité de l'ensemble se gonfle et se gonfle encore. Les personnages (au même titre que les acteurs qui les interprètent) sont voués à un échec prédis et prévu comme des marionnettes ou des poupées à qui l'on fait rejouer la même pénible exécution. Finalement, chez les wachowski on a jamais trop cherché autre chose qu'à continuer à jouer à la poupée. J'ai trouvé ça un peu triste.
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Re: Sur les épaules des Wachowski, Cloud Atlas

Message par Invité le Mer 17 Avr 2013 - 10:13

tout ce grand truc pour une nullité ?

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