They live by night (N. Ray, 1948)

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They live by night (N. Ray, 1948)

Message par Invité le Dim 21 Oct 2012 - 15:47

Premier film de Ray.
Tout commence par une voiture qui sort la route à cause d'un pneu éclaté ; un peu plus tard, c'est une voiture qui s'interpose et que Bowie percute. Figures de l'accident et figures de la répétition qui traversent tout le film.
C'est à cause de ce pneu éclaté que Keech vient chercher Bowie et qu'ils se rencontrent dans la nuit et sous le couvert des arbres – nuit et arbres qui seront aussi leur lieu de séparation physique à la fin du film. Entretemps, c'est dans un bungalow à l'abri sous les arbres qu'ils passent ce qui leur tient lieu de Lune de miel.
Mais cette lune de miel, que Bowie peut offrir à Keechie grâce à l'argent pris dans un premier hold-up, est interrompue par un de ses complices, One-eyed Chikamaw, qui vient chercher Bowie pour le contraindre à un second hold-up, qui cette fois tourne mal et aboutit à la mort de leur troisième complice, Henry T. Dub. Pendant son absence, la tuyauterie de leur bungalow éclate à cause du gel et Keech fait appel à un plombier qui tombe sur un écrin de montre signé d'un bijoutier de Zelton, chez qui Bowie l'a acheté, et qui l'avait reconnu lors du premier hold-up. Série de hasards, d'accidents (l'éclatement de la tuyauterie, la découverte de l'écrin) et de répétitions (les hold-up, le lien à la bijouterie de Zelton) qui contraint les époux à reprendre la route.
Époux, ils le sont depuis qu'ils ont aperçu l'enseigne lumineuse d'un pasteur officiant des mariages express sur la route de Zelton et Cedars – route qu'ils semblent ne jamais quitter. Un contrechamp montre que cette enseigne est réversible mais que ce qui y est écrit d'un côté est inversé de l'autre. Vers la fin du film, Bowie retourne chez ce pasteur qui leur avait proposé des contacts pour passer au Mexique. Mais, lors e cette seconde visite, le pasteur ne veut plus rien dire et refuse d'accepter l'argent de Bowie.
Comme Keech est enceinte, ce qu'on appelle aussi un accident, et qu'elle ne se sent pas bien sur la route, Bowie cherche refuge dans le motel de Mattie, une complice au début du film, qui essaie par tous les moyens de faire libérer son forçat de mari (Bowie est également un ancien forçat évadé) et qui fait ainsi sa réapparition à la fin du film. Mattie leur donne le bungalow du fond, sous les arbres, ce qui était aussi la description de la maison où ils ont passé leur lune de miel. Là, Bowie veille Keech de la même façon qu'elle l'avait veillé après son accident de voiture. Mais Mattie va prévenir la police en échange de la libération de son mari – qui est horrifié du deal que passe sa femme – et Bowie, cerné par la police devant la porte du bungalow, jette un oeil par la fenêtre sur Keechie endormie et, avec un rictus terrible qui évoque celui du mari de Mattie, préfère sortir son arme et se faire abattre. Peut-être pour éviter à Keech de devenir comme Mattie.

Je ne vais pas citer toutes les occurrences des figures de l'accident et de la répétition. Elles abondent dans tout le film. J'en donnerai quand même encore une que je crois symptomatique. La montre que Bowie achète à Zelton en préparation du premier casse, auprès du bijoutier qui ensuite le reconnaît, et dont l'écrin est ce qui les fait repérer par le plombier, est un cadeau que Bowie fait à Keech. Après la lui avoir offerte, il lui demande l'heure et elle répond qu'elle ne peut pas la lui donner parce qu'elle n'a pas de pendule pour régler la montre. Plus tard, au moment de rentrer chez le pasteur pour se marier, il lui demande à nouveau l'heure et elle répond qu'il est minuit moins dix. Encore plus tard, à Noël, alors que Chikamaw est venu chercher Bowie qui a décidé de le suivre, elle lui offre à son tour une montre. Mais, triste et vexée et inquiète de son départ, elle refuse de lui répondre quand il lui demande l'heure pour régler sa montre à lui. Mais elle finit par courir lui crier l'heure pendant qu'il s'en va : il est minuit moins dix.
L'heure est importante mais c'est toujours la même. C'est l'heure de quoi ? L'heure de récupérer Chikamaw et T. Dub à la sortie de la banque (premier hold-up) a beau être différente à l'horloge, c'est encore la même heure, celle où le bijoutier reconnaît Bowie, celle où le plombier reconnaît l'écrin. Il faut être à l'heure, pas à un rendez-vous, à ce qui était prévu : là on arrive toujours en retard, comme Keech vient en retard chercher Bowie au début du film. Il faut être à l'heure à l'accident, à ce qui était imprévu mais qui conditionne tout l'à venir. Et cette heure est toujours la même, minuit moins dix, juste avant la fin du jour, avant que le tour de l'horloge soit bouclé, avant que tout recommence. Faut-il parler de kaïros, ou de momentum ?
Alors, les termes du problème sont simples pour Keechie et Bowie. Comment s'aimer dans ce monde où tout se répète et où tout arrive sans qu'on y puisse rien ? Leur nuit, c'est celle d'un anti-Eden où l'obéissance est contrainte sans échappatoire et pour le pire (nuit d'une fatalité qui nargue tous les destins?). Comment passer à l'amour ? Comment faire venir ce qui n'a jamais été et qui doit rester dans son absolue singularité ? C'est la question déjà posée en pré-générique, où l'on voit les deux amoureux s'embrasser pendant qu'un texte défile pour prévenir déjà de l'impossibilité de cet amour par inadéquation au monde. Ensuite, il est fait allusion au moins par deux fois à l'ignorance dans laquelle ils sont des choses de l'amour, tant affectivement que physiquement. L'amour est la grande nouveauté, ce qui fait intrusion dans ce monde et qui lui demeure étranger.
Comment finalement vivre et faire vivre cet amour ? Dans la dernière séquence, Bowie, désespéré, décide d'aller se livrer à la police, et il écrit une lettre à Keechie, pour lui dire « une chose qu'il ne lui avait jamais dite ». Mais il faut attendre sa mort à lui, et la rupture du cercle des répétitions forcées, pour que Keech prenne et lise cette lettre, cette chose inouïe et dernière : « I love you ».


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Re: They live by night (N. Ray, 1948)

Message par Invité le Dim 21 Oct 2012 - 16:51

j'ai vu quelques films de Nicholas Ray mais hormis Johnny Guitare aucun ne m'a intéressé, je trouve son cinéma ampoulé et tortueux, je ne parviens jamais à le suivre ; je décroche. Henry Hagel avait titré sa critique, 'Johnny Guitare et les Erinyes' et comment ! il y avait un grand souffle mythologique, ici, seulement.

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