Les coquillettes de Sophie Letourneur

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Les coquillettes de Sophie Letourneur

Message par Invité le Jeu 4 Oct 2012 - 17:00

Le dernier film de Sophie Letourneur porte donc l'empreinte de ce qui se mange ou plus exactement - comme lors d'autres repas au cours du film qui avorteront, les trois filles, les trois héroïnes du film n'ayant plus faim, n'aimant pas, temporisant tellement et tellement - de ce qui ne se mange pas. Leur dernier repas, les coquillettes, aboutira à la poubelle - tout ça pour ça ? Des coquillettes blanches jetées à la la hâte dans un sac plastique noir, en plan serré, qui peuvent tout aussi bien évoquer une gelée de sperme perdue à l'image de leurs amours stériles et leur incapacité à amorcer une relation sexuelle. Leur corps s'y refuse. Il est juste bon à consommer l'échec, le porter, et de cette gestation en libérer le chapelet des versions comiques et fusionnelles, pour leur trio de pieds nickelés.

Le film déroule donc le sentiment déceptif des trois copines : elles ne savent pas quoi faire des hommes, que Letourneur ne sait pas filmer non plus. Ils sont grotesques, grimaçants, sans épaisseur, des silhouettes presque tout droit sorties d'un cartoon. Au début on rit puis le pathétique prend le pas. N'est pas Rozier qui veut. C'est la limite de ce cinéma.

Le film est tributaire de sa construction , son architecture : des images ont d'abord été tournées au festival de Locarno où du reste il a été projeté. Il ne s'agissait pas de rendre compte de ce qui se passait dans un festival, seulement d'avoir un matériau pour raconter l'histoire des piètres amours des trois copines ensuite, au retour à Paris, dans l'appartement de l'une d'elle, la seule qui a "couché" - il est vrai avec E. Renzi qui compose un personnage aussi ridicule que celui de Vadim dans les nuits de la pleine lune.

Donc, le récit se fait depuis une mansarde à Paris, sur une soirée, celle des coquillettes jetées. A ce récit participent alternativement les trois filles pour les situations qui la concernent, nous permettant de reconstituer par le menu tout ce qui s'est passé à Locarno. La projection de ce souvenir à la fois narcissique et masochiste est faite au contraire par des vues assez larges de Locarno sur quelques jours.

Letourneur aurait pu jouer grâce à ce dispositif de l'espace et du temps, car il y avait matière à faire commenter avec un peu de distance les images qu'elles repassent dans leurs souvenirs et qui nous sont proposées. Nous voyons ce qu'elles ont vu/fait avant, elles savent, nous non, les personnages ont toujours de l'avance sur nous, cela peut être intéressant.

Au lieu de ça Sophie Letourneur systématise son propos et joue assez petitement des deux figures consécutives à la construction du film : l'ellipse - passage Paris/Locarno et la répétition, chacune y va de son petit bout d'histoire.

Bien sûr les ellipses amusent et les répétitions sont de plus en plus pathétiques et nostalgiques.

Ce que je reproche au film est de ne pas avoir tenu un fil directeur, de nous laisser dans une espèce d'indécision, de n'avoir rien fait "de plus" d'un matériau documentaire qu'elle fait accéder à la fiction - tout le tournage à Locarno a été post-synchronisé, et de nous laisser un goût de banalité, pour finalement nous couper l'appétit comme aux trois copines.

Il y a quand même plein de choses réussies. Par exemple les scènes "actuelles" à Paris sont très bien écrites ( Letourneur a déjà eu l'occasion de dire que le texte était dit à la virgule près par ses comédiennes alors qu'il semble complètement improvisé ) et collent très bien aux réminiscences à Locarno ( exception faite de la lumière vraiment nulle sur le festival ).

Les amours imaginaires de Sophie avec Louis Garrel par SMS et facebook interposés produisent un effet de hors champ dans ce film où tout, par nature ou volonté des trois filles est dans le champ. Rien ne nous est épargné de leur physiologie et leur psychologie du moment.

Mais ce sont là des gemmicks - l'incrustation dans un temps donné, une construction hyper-rigide, des fantasmes d'ados en retard -qui m'interrogeaient pendant le film : pourquoi et comment le cinéma formaliste de Letourneur devrait-il dépasser le carcan des contraintes dans lesquelles elle s'est engagée ?


Dernière édition par slimfast le Jeu 4 Oct 2012 - 19:21, édité 2 fois

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Re: Les coquillettes de Sophie Letourneur

Message par Borges le Jeu 4 Oct 2012 - 18:41

Au début on rit puis on se caresse la barbiche en se demandant pourquoi tant de noire dérision. C'est la limite de ce cinéma.

lol
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Re: Les coquillettes de Sophie Letourneur

Message par Invité le Jeu 4 Oct 2012 - 19:22

j'avais modifié avant ton message mais vas-y, je modifierai.

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Re: Les coquillettes de Sophie Letourneur

Message par Invité le Jeu 4 Oct 2012 - 20:03

j'ai regardé le début de Lolita, de suite pris.
c'est fou ces scènes de bal qui reviennent si souvent dans les films de Kubrick

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Re: Les coquillettes de Sophie Letourneur

Message par Borges le Ven 5 Oct 2012 - 8:44


j'aime beaucoup ce texte Wink
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Re: Les coquillettes de Sophie Letourneur

Message par Borges le Ven 5 Oct 2012 - 8:46

slimfast a écrit:j'ai regardé le début de Lolita, de suite pris.
c'est fou ces scènes de bal qui reviennent si souvent dans les films de Kubrick

oui,
héritage fordien diraient certains (bien que ce soit en fait très différent).
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Re: Les coquillettes de Sophie Letourneur

Message par Invité le Ven 5 Oct 2012 - 16:02

merci, Borges.

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Re: Les coquillettes de Sophie Letourneur

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