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Message par Invité le Dim 8 Fév 2009 - 12:10

Curieux film en effet que cette "étrange histoire de Benjamin Button". Trop plein, voire saturé. Dans l'ambiance mélancolique, le scénario imagé par Fincher (la fascination du cinéaste pour l'imagerie reste intense) fait souvent penser à du Proust, confondant dérive de l'écriture et boursoufflure, mélangé avec une tambouille sur le destin avec un grand "D" (voir par exemple l'épisode raté à Paris auquel on pourra préférer celui dans l'hôtel russe, beau lieu sans lieu habité par la mémoire).

La conclusion du film ("certains sont nageurs, certains sont artistes, certains sont plombiers, pouet pouet tralala") semble démesurément riquiqui en regard des deux heures et demi de film écoulées auparavant.

Le politiquement correct a parfois des relents doucereux, notamment le discours sur l'horloge qui recule pour faire revenir symboliquement les soldats de la grande guerre. C'est bien beau mais lorsque l'horloge est enlevée en 2002, on voit à côté une affiche de l'armée qui recrute, certainement non innocemment. Comme un symbole du fait qu'en 2002 on oublie tout et on repart en guerre : critique à moindre frais. Entre les deux, un siècle, l'histoire de l'Amérique et de ses guerres ne sera, dira-t-on pour rester gentil, que très partiellement évoqué (seule la seconde guerre mondiale est évoquées).

Bizarre que la critique ne nous refasse pas le coup de la transmission mère/fille, après les pères et les fils il y a quelques années à l'époque de "Broken Flower", "Big Fish", etc...il faudra probablement un peu plus que le film de Fincher..

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Re: Curieux BB

Message par Invité le Mer 11 Fév 2009 - 11:46

J'ai bouquiné un peu la nouvelle de Fitzgerald dont est tiré le film de Fincher, étonnant de constater que le scénariste du film a transformé une petite remarque entre parenthèse du père de BB qui reflétait avec beaucoup d'ironie l'état d'esprit de l'époque (fin de la guerre de Sécession) des bourgeois blancs vis-à-vis des noirs (après la naissance de son fils, en passant avec lui prêt d'un marché aux esclaves, Fitzgerald écrit : "pendant un court instant de désespoir M. Button avait regretté amèrement que son fils ne soit pas noir") en une grosse reconstitution de la Nouvelle-Orléans du début du siècle où nulle part, si je me souviens bien, apparait la ségrégation : c'est aussi ça l'horloge qui remonte le temps pour effacer les erreurs de l'histoire, elle fonctionne dirait-on à l'intérieur même du film de Fincher, elle travaille dangereusement (négationnisme) le scénario.

Et le scénariste d'inventer un nouveau personnage, un freak, à l'intérieur même des personnages noirs du films tous bien intégrés : c'est le petit pigmé qui va apprendre à BB que les gens comme eux, différents, sont toujours seuls. Le procédé semble foncièrement malhonnête, mais qu'importe, Fincher le sage - comme on aime aujourd'hui à nous le présenter - nous répondra que c'est cela, la magie du cinéma.


Dernière édition par JM le Mer 11 Fév 2009 - 17:58, édité 1 fois

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Re: Curieux BB

Message par Invité le Mer 11 Fév 2009 - 17:48

En lisant la critique de Neyrat dans les Cahiers, je constate que cette fameuse phrase prononcée par le père dans le bouquin, est prononcée par la mère noire d'adoption dans le film. J'avais oublié. C'est-à-dire que cette phrase se fait d'un coup, dans le film, auto-réflexive, les noirs rigolent et nous font rigoler de leur condition d'alors (vieux cliché hollywoodien).

Pour le reste du texte et du film, Neyrat a visiblement très bien compris de quoi il en retourne idéologiquement mais il ne dira rien, ou plutôt il décrit très bien ce dont je parle au-dessus mais discrédite tout ça, on ne sait trop sous quel prétexte...si, sans doute contre l'idée d'un grain de sable dans le spectacle total. Une fois l'idéologie est laissée de côté pour que le spectateur puisse jouir totalement du spectacle, une fois elle est mise de côté pour que le critique puisse s'extasier devant le film ("Benjamin Button"), comme si le film s'adressait à lui (qui connait bien sûr l'oeuvre complète de Eastwood) en priorité avant de s'adresser aux spectateurs (le texte de Malausa sur le dernier Eastwood). Tous les prétextes sont bons aujourd'hui aux Cahiers pour laisser la critique idéologique aux autres..

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Message par Largo le Jeu 12 Fév 2009 - 13:03

JM a écrit:Bizarre que la critique ne nous refasse pas le coup de la transmission mère/fille, après les pères et les fils il y a quelques années à l'époque de "Broken Flower", "Big Fish", etc...il faudra probablement un peu plus que le film de Fincher..

Hello, pas du tout compris ce à quoi tu faire référence en parlant du "coup de la transmission mère/fille" ?!

Pour la critique Neyrat, en fait, tu voudrais qu'il n'en fasse qu'une critique idéologique ? Mais, dans ce cas précis, je ne vois pas pourquoi Neyrat ne pourrait pas évoquer d'autres aspects du film qui l'ont interpellés, du moment qu'il ne nous berce pas d'illusions sur la morale niaise et le révisionnisme du film.

En revanche, je trouve étonnant qu'il intitule sa critique "L'âge des images" alors que je ne crois pas qu'il mentionne les images en noir et blanc en flash-back pour l'homme qui a pris la foudre 7 fois. De même, il dit peu de choses sur les différences de traitement de l'image en fonction des époques...
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Message par Invité le Jeu 12 Fév 2009 - 14:23

Hello, pas du tout compris ce à quoi tu faire référence en parlant du "coup de la transmission mère/fille" ?!

Je fais référence à la mère qui transmet cette histoire de papas "freak" et "fric" sur son lit de mort. Ce que les parents étatsuniens ont à transmettre à leurs gosses, c'est un sujet qui intéressait (qui "interpelait", devrais-dire Wink) beaucoup les cahiers il y a un ou deux ans, il nous ont écrit quelques tartines là-dessus avant de passer à autre chose deux mois après ..

Pour la critique Neyrat, en fait, tu voudrais qu'il n'en fasse qu'une critique idéologique ? Mais, dans ce cas précis, je ne vois pas pourquoi Neyrat ne pourrait pas évoquer d'autres aspects du film qui l'ont interpellés, du moment qu'il ne nous berce pas d'illusions sur la morale niaise et le révisionnisme du film.


Je souhaiterais (même si au fond je m'en fout tant la rédaction de cette revue a déjà assez prouvé sa misère de cinéphiles désengagés), d'une manière générale, que les Cahiers cessent de faire croire qu'ils sont "interpelés" par le gros des blockbusters américains, "l’art pompier des Empires finissants" pour reprendre Badiou, sous prétexte qu'ils sont en train de lire les bouquins de Rancière et qu'ils voient dans ces films pour gosses l'accomplissement (grotesque, ça c'est moi qui l'ajoute) des théories esthétiques et politiques de ses livres (ici le fameux "dissensus" dans l'image qui n'est rien d'autre qu'un long tunnel de flashbacks académiques et chromo). C'est pourtant simple, je ne cesse de le répéter et je ne suis pas le seul ici. Relis un peu le dernier édito de Frodon, tu verras un peu ce que peut devenir cette manière de noyer le poisson neuneu malveillant lorsqu'elle verse du côté de la politique.

Ceci étant aujourd'hui, comme je te l'explique ailleurs, aussi une stratégie de soutien critique à la programmation des salles de multiplexes, il faut le dire. J'en ai entendu parler concernant Télérama, mais je suis persuadé que c'est la même chose pour les Cahiers qui vendent au public les films que les multiplexes peuvent diffuser en VO. Ils jouent sur tous les tableaux (enfin, regarde le dossier du mois avec le film de Singer, le Fincher, le Aronowski, le Eastwood, je suis sûr que tu retrouveras ses trois là en VO dans ton multiplexe de centre ville si tu habites dans une grande ville). Pour la moitié des cinéastes qu'ils pouvaient pas blairer y'a six ou sept ans et qui font toujours dans le fond "la même chose". Aujourd'hui ils sont "interpelés" par ces films, et plus leur critique est longue plus ont devra croire qu'ils sont interpelés..

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Message par Largo le Ven 13 Fév 2009 - 11:36

Ralph Eugene Meatyard

C'est tout de même autre chose non ?!
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Message par lorinlouis le Lun 16 Fév 2009 - 5:14

Largo a écrit:Ralph Eugene Meatyard

C'est tout de même autre chose non ?!

Bigre !

JM a écrit:
Pour le reste du texte et du film, Neyrat a visiblement très bien compris de quoi il en retourne idéologiquement mais il ne dira rien, ou plutôt il décrit très bien ce dont je parle au-dessus mais discrédite tout ça, on ne sait trop sous quel prétexte...

En effet. Je crois qu'il y fait référence, en parlant de la manière dont Fincher fait fi de la question raciale en l'intégrant à l'iconographie du bon Noir hollywoodien. Neyrat esquisse le reproche de "conservatisme imagier" qu'il usera finalement lui-même pour dresser l'intérêt du film.
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Message par Invité le Lun 16 Fév 2009 - 14:30

Hello,

Un petit lien :

Notre critique du film de Fincher
Wink

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Message par Largo le Lun 16 Fév 2009 - 14:55

Rien à voir mais Lolo, au fur et à mesure que je lis tes messages je réalise que tu es complètement insomniaque, mon pauvre ! lol
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Message par lorinlouis le Lun 16 Fév 2009 - 16:04

Largo a écrit:Rien à voir mais Lolo, au fur et à mesure que je lis tes messages je réalise que tu es complètement insomniaque, mon pauvre ! lol

Complètement. Tu m'as découvert ! Laughing Laughing

Non, toujours un peu de mal à fermer l'œil le dimanche soir. L'angoisse de la reprise.... Wink
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Message par Largo le Sam 21 Fév 2009 - 17:19

Je vois, je vois !

Dans un tout autre registre que Meatyard, avez-vous vu cette affreuse publicité dans le métro ?

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